HENRI BOURGEOIS

[LA VENDÉE HISTORIQUE]

Acte de naissance de Henri Bourgeois


Né le 12 juin 1856, à la Cressonnière de la Verrie, Henri Paul Antoine Marie Bourgeois est décédé le 5 février 1942, dans sa propriété de Bois-Joli, à Moutiers-les-Mauxfaits, où il a été inhumé le 9 février.

Docteur Paul Bourgeois(Docteur Paul Bourgeois - 1827-1912)

Henri Bourgeois était le fils aîné du Docteur Paul Bourgeois, qui fut le député catholique de la Vendée depuis la constitution de 1875 jusqu'en 1906, date à laquelle il donna sa démission à la suite d'une grave maladie. Détail pittoresque : le bruit de son décès ayant alors couru, des articles nécrologiques furent publiés par la presse parisienne, et la société "Les Vendéens de Paris" envoya à la Cressonnière une magnifique couronne mortuaire que le "mort vivant" reçut lui-même et qu'il conserva pieusement jusqu'à sa fin, survenue six ans plus tard.

Henri Bourgeois s'était destiné au Barreau où il avait conquis, tout jeune, une place de premier plan. Mais, brusquement atteint de surdité en 1895, il quitta le barreau de La Roche-sur-Yon dont il avait été le bâtonnier, pour prendre une retraite prématurée. Il abandonnait à regret une vie très active où il avait mêlé aux joutes oratoires les luttes politiques et la défense des religieux au moment des décrets.

C'est alors que, s'étant retiré à Luçon auprès de la famille de sa femme, il fonda la "Vendée Historique", dont le premier numéro parut le premier janvier 1897.

Pour comprendre et admirer Henri Bourgeois - écrit dans le Phare du 10 février l'auteur d'un article remarquable, juste de ton comme de pensée - il faut avoir consulté, parcouru, feuilleté les dix-sept années de la Vendée Historique, la revue dans laquelle, retranché de sa vie d'avocat par une infirmité pénible, il avait placé tout son idéal et toute son âme.

"La Revue, déclare Henri Bourgeois dans le premier numéro, s'occupera de tout ce qui fut la Vendée d'autrefois : histoire, légendes, vieux usages et documents inédits : elle aura place pour tout. La plus large place cependant y sera réservée à l'étude de la Vendée militaire. L'épopée de 1793 est notre titre de gloire à nous autres Vendéens ; c'est un devoir pour nous de ne laisser dans l'oubli aucun des hauts faits de cette grande époque."

Dans cette revue, Henri Bourgeois, pendant dix-sept ans, prodigua toutes les ressources d'une érudition et d'une culture étendues. Combattant les sectaires, les sots, les pseudo-savants, fussent-ils professeurs d'Université, les réduisant au silence par une documentation qui n'avait d'égale que sa verve de grand écrivain et son prodigieux humanisme, se délassant ensuite à conter les légendes de sa vieille Vendée, ou bien encore versificateur aisé et sûr de sa langue dans ses délicieuses chansons, il laisse un nom et une oeuvre qui ne périront pas.

Nous ne pouvons aujourd'hui que citer rapidement ses principaux ouvrages : Etymologies Vendéennes - Histoires de la Grande Guerre - Les mille et une Nuits Vendéennes - Statues et Statuettes de la Vendée Militaire - Zigs-zags au Pays des Géants - La Vendée d'autrefois - Calendrier martyrologe de la Vendée Militaire - Chroniques Luçonnaises - Mélanges sur la Vendée Militaire - Chansons de la Grande Guerre - et des quantités de brochures se rapportant à des polémiques ou à des curiosités vendéennes. Dans un autre genre, où transparaît la limpidité de son âme, nous nommerons : Les Saints et les Animaux - Nos Frères les Animaux - Les Animaux Calomniés.

Son gendre, Monsieur Lory, nous écrivait : "A lire Henri Bourgeois, on croit l'entendre. Il s'exprime avec une simplicité parfaite et une bonhomie enjouée. Aucun écrivain, mieux que lui, ne peut transparaître à travers son oeuvre. Sa foi vendéenne et chrétienne est si vive et si profonde, il s'identifie si bien avec le passé qu'il évoque, qu'il donne souvent l'impression d'écrire ses propres mémoires et ses souvenirs."

Avec les lignes si compréhensives parues dans le Phare, nous ne pouvons concevoir un plus bel éloge que celui-ci.

Profondément atteint en 1921 par la perte d'un fils, en 1934 par le décès de l'épouse qui fut pendant 52 ans la compagne de sa vie, Henri Bourgeois n'a rien publié pendant ces dernières années. Mais il ne cessa pas de travailler dans sa retraite féconde de Bois-Joli et il a constitué jusqu'à sa mort des dossiers sur les sujets les plus variés où il sera intéressant de puiser.

Notre Vendée, qu'il a passionnément chérie, qu'il n'a jamais délaissée un seul jour de sa longue vie, doit à ce fils de son sol un hommage plus durable que les quelques mots que nous traçons ici. Puissions-nous du moins pour notre modeste part contribuer à mettre en relief la figure de ce vieux Chouan, survivant d'une époque à la foi ardente, dont le Curé-Doyen de Moutiers-les-Mauxfaits disait dans son éloge funèbre, que "fier de ses convictions religieuses, il n'était pas de ceux qui mettent leur drapeau dans leur poche. Sans ostentation, comme sans respect humain, il vint, tant qu'il put marcher, à la messe chaque matin et communiait avec la piété d'un religieux."

Il avait fait sien le testament de Louis Veuillot :

Placez à mon côté ma plume,
Sur mon coeur le Christ, mon orgueil,
A mes pieds posez ce volume
Et clouez en paix le cercueil.

Une telle vie, un tel exemple, ne sont jamais vains.

A.T.
Revue du Bas-Poitou
1942 - (2ème livraison)