RENÉ QUINTON, VAILLANT SOLDAT ET ... PRETRE

RENÉ QUINTON était âgé de dix-huit ans environ lorsque éclata la Grande-Guerre. Il avait bien commencé à se préparer à embrasser l'état ecclésiastique, mais ses études avaient été brusquement interrompues par la persécution religieuse qui précéda et motiva l'insurrection.

Depuis cette époque, il vivait tranquillement dans sa famille à Angrie, près de Candé, c'est-à-dire de l'autre côté de la Loire, et assez loin du théâtre de la guerre.

Ce fut après le désastre de Cholet et le passage du fleuve par la Grande Armée en déroute, que notre jeune homme fut amené à s'enrôler contre la République, dans les curieuses circonstances que je vais vous rapporter d'après le témoignage de l'abbé Deniau, auquel plus tard l'abbé Quinton, devenu curé de Montilliers, fit lui-même le récit de ces campagnes.

En entendant le canon de la Grande Armée dans le voisinage de Candé, René Quinton était accouru de chez lui à la rencontre des Vendéens. Bien qu'il partageât leur manière de voir et qu'il eût tressailli plus d'une fois au récit de leurs exploits, c'était plutôt à un mouvement de simple curiosité qu'il avait obéi, sans avoir le moins du monde l'intention de s'enrôler parmi ces braves, qu'il voulait seulement admirer à leur passage.

Comme il se méfiait des Patauds, dont la garde nationale occupait encore Candé et faisait mine de vouloir défendre la ville, notre curieux s'était prudemment dissimulé derrière un buisson, afin de ne rien perdre de ce qui allait se passer. Il arrivait juste pour voir déboucher l'avant-garde vendéenne.

Ici, je passe purement et simplement la plume au témoin qui fut le confident de notre héros.

vendéens 9"Il était blotti au fond d'un vallon au milieu des broussailles, tout stupéfait de l'immense brouhaha que produisait dans sa marche l'armée vendéenne, lorsqu'il voit tout à coup un homme armé jusqu'aux dents et l'attitude extrêmement résolue sauter une haie à quelques pas de lui et le coucher en joue : "Rends-toi, lui dit cet homme, ou tu es mort !"
Sans s'émouvoir, M. Quinton lui répond : "Je suis un des vôtres, approchez ; et puisque je vois enfin, de mes yeux, un de ces fiers champions de la Vendée que je désirais tant voir, je suis satisfait, car je ne suis venu ici que pour me procurer cette jouissance."
Le Vendéen (car c'en était un) se défie de son calme et croit que son air d'ami n'ait qu'une ruse pour lui donner le change. "Mettez votre main sur mon coeur, lui repart M. Quinton, et vous verrez s'il bat plus fort qu'à l'ordinaire. - Si tu es un des nôtres, lui dit le Vendéen, viens avec nous, prends les armes et montre ce que tu es ; du reste je vais te conduire au commandant" ; et il le conduisit à l'officier qui commandait le détachement blotti dans l'embuscade dont nous venons de parler.

Cet officier l'engage aussi lui à se joindre à l'armée royale. "Mon grand désir, reprend M. Quinton, serait bien de vous suivre, mais présentement des raisons de famille y font obstacle. Cependant soyez sûr qu'aussitôt que j'aurai toute ma liberté, je serai des vôtres. - Pas de force, mon jeune homme, lui repart le commandant royaliste, de bon gré ou point." Et il congédia M. Quinton ...

Quelques temps après cet évènement, M. Quinton s'enrôlait dans la compagnie des Chouans du canton du Lion-d'Angers, commandée par le célèbre Sans-Peur."

A partir de ce moment, René Quinton se battit bravement pendant toute la guerre. Après la pacification générale, il se remit à l'étude du latin, entra au séminaire et fut ordonné prêtre. Il fut successivement vicaire à Doué, puis curé à Soulanges, et enfin à Montilliers. Aussi bon prêtre qu'il avait été vaillant soldat, nous dit l'abbé Deniau, "pendant trente-et-un ans, avec un zèle et une piété des plus édifiants ; il alla enfin mourir chapelain de Vaillé, dans la solitude qu'il avait choisie."

L'ex-volontaire des bandes de Sans-Peur ne devait pas, j'imagine, infliger de bien grosses pénitences à ceux qui venaient s'accuser à son confessionnal d'avoir autrefois rembarré et démoli les Bleus ?

HENRI DU BOCAGE
La Vendée Historique
1901