Fiançailles en Bretagne - Henri Mosier - 1895

LES FIANCAILLES - UNE CURIEUSE SENTENCE DE L'OFFICIALITÉ DE LUCON

La pieuse coutume des fiançailles était jadis consacrée par l'Église. Une fois qu'ils s'étaient donné leur parole, le promis et la promise ne pouvaient se dégager sans un motif grave, dont l'autorité diocésaine était seule juge. Celle des parties qui obtenait alors la rupture devait même à l'autre une indemnité, au paiement de laquelle était subordonnée la permission de pouvoir "se marier ailleurs".

Voici, à ce propos, la curieuse sentence rendue au XVIIIe siècle par l'official et visiteur de l'évêché de Luçon, au sujet de la rupture des fiançailles entre un sieur Nicolas Bonneteau, paroissien d'Aizenay, et Françoise Bellutelle, paroissienne de Sallertaine :

"A la Garnache, lors de la visite de son église paroissiale.
Par devant Nous, official et visiteur de l'évêché de Luçon, ont comparu Nicolas Bonneteau, paroissien d'Aizenay, et Françoise Bellutelle, paroissienne de Sallertaine : lequel Bonneteau nous a exposé que depuis un an, ou environ, entre les mains d'un prêtre et par paroles de futur, il a contracté avec ladite Bellutelle des fiançailles dont les bans ont été publiés ; mais depuis il est venu à sa connaissance que ladite Françoise, sa fiancée, est atteinte du mal caduc.

L'exposant s'est donc, par ce motif présenté devant Nous pour demander et requérir la rupture des fiançailles et obtenir la permission de se marier ailleurs, offrant de délivrer à Bellutelle six boisseaux de méture, mesure de Commequiers, un lit de plume garni de traversin avec une berne, et deux aunes de drap gris ; et il affirme, en outre, par serment qu'il n'y a jamais eu entre sa fiancée et lui aucune copulation charnelle, ni aucun acheminement à mariage autre que lesdites fiançailles.

Interrogée par nous sur lesdits faits, Bellutelle a reconnu leur exactitude et aussi juré qu'elle n'a eu avec son fiancé aucune copulation charnelle ; puis, avouant qu'elle est atteinte dudit mal caduc ou autre semblable, elle a consenti à la rupture des fiançailles, à condition que Bonneteau lui donnera les objets mobiliers énumérés ci-dessus.

Lesquelles choses vues par Nous, et parties ouïes, Nous avons cassé les fiançailles susdites, et Nous donnons respectivement à Nicolas Bonneteau et à Françoise Bellutelle le droit de se marier ailleurs, les solennités de l'Eglise préalablement observées ; pourvu que l'exposant ait d'abord fait délivrance des objets mobiliers indiqués ci-dessus ..."

La Vendée Historique
1901