JACQUES DAVID

Qui ça ? ... Jacques David ... ?

Je suis sûr que si je m'adressais à dix de nos soi-disant érudits, choisis parmi les disciples les plus ferrés de ce qu'on est convenu d'appeler la "nouvelle école", et si je leur adressais à brûle-pourpoint cette question, la moitié au moins seraient obligés de donner leur langue au chat. Quant aux autres, il est probable qu'ils se contenteraient de hausser dédaigneusement les épaules, en me voyant m'occuper d'un aussi petit personnage.

Et pourtant Jacques David, à l'époque de la Grande-Guerre, fut un brave entre tous les braves. Disons le mot : ce fut un héros. Et vous allez voir qu'il y aurait tout un petit volume à composer, rien qu'à recueillir ses glorieux états de service, consignés çà et là au cours des six gros volumes de l'abbé Deniau.

Avant de publier ces états de service, textuellement empruntés au riche reliquaire de l'historien angevin, je demande la permission de brosser en quelques traits le portrait de notre héros. Je m'empresse d'ajouter que ce portrait n'est pas de moi : je le dois à la bonne obligeance de M. l'abbé Deniau, curé de Saint-Macaire-en-Mauges, auquel j'avais pris la liberté de m'adresser pour un petit complément d'enquête, et qui m'a répondu ce que voici :

st hilaire du bois"Jacques David, que j'ai parfaitement connu, avait vingt-et-un ans au moment où éclata la guerre de la Vendée. Il est né dans la paroisse de Saint-Hilaire-du-Bois, canton de Vihiers. C'était un homme d'une très haute stature et de très vigoureuse constitution, il sautait facilement les haies qui mesuraient six pieds d'élévation ; il avait l'humeur tellement guerrière qu'il disait un jour à mon oncle : "Si on était venu me mettre à même d'aller aux noces ou d'aller me battre, j'aurais préféré aller me battre." Vous trouverez dans mon oncle ses brillants faits d'armes, que j'ai bien eu soin de placer dans mon histoire. Vous pouvez être sûr de leur authenticité.

Après la guerre, il vint se fixer au Voide, à la métairie de Beauvais, qu'il a cultivée jusqu'à la fin de sa vie. Mon oncle le choisit pour en faire un marguillier de la fabrique. Il mourut très âgé, il y a plus de quarante ans. C'était un brave entre les braves, mais qui a fait de la bravoure comme M. Jourdain faisait de la prose : sans s'en apercevoir."

La paroisse de Saint-Hilaire-du-Bois, d'où était originaire Jacques David est située à trois kilomètres de Vihiers. Elle se trouve à peu près sur la frontière de la Vendée Militaire, du côté de Saumur. Sauf quelques exceptions, tout le monde s'y insurgea en 1793. Jacques David, qui était au nombre des conscrits visés par la fameuse levée des trois cent mille hommes, fut des premiers à prendre les armes. Lui et ses camarades de Saint-Hilaire rallièrent la petite armée de Cathelineau à Chemillé, le 14 mars, et, le jour même, reçurent le baptême du feu à la prise de Cholet.

Le premier exploit de Jacques David dont fait mention l'abbé Deniau, confident du héros devenu son paroissien, se rapporte à la reprise de Chalonnes, qui eut lieu quelques jours après les fêtes de Pâques : "Peu de volontaires, écrit-il, étaient restés à Chemillé avec Stofflet. Après les fêtes pascales, il les conduisit sur la Jumellière et sur Chalonnes qu'il envahit facilement, car les Patriotes de cette ville firent peu de résistance et se retirèrent. Dans les coups de feu qui furent échangés, Jacques David tua de sa main, au corps de garde de Chalonnes, le tambour-major des Républicains, se saisit de sa canne à pomme d'argent et en fit présent au célèbre Paineau dit la Ruine, tambour-maître des Royalistes et qui, à partir de ce jour, fut déclaré le tambour-major de toute l'armée du bas Anjou." (Histoire de la Vendée, t. 1, p. 401)

Vers le milieu d'avril, nous retrouvons notre héros au combat des Pagannes, qui précéda la prise du château de Boisgrolleau :
"Jacques David, dans cette affaire, se distingua par plusieurs coups d'éclat. Après la bataille, il se lance à la poursuite des fuyards, et sa course est si rapide qu'il se trouve bientôt mêlé au milieu de leurs groupes. A un carrefour, il se rencontre face à face avec deux Républicains : il en tue un, poursuit l'autre et le blesse.
Arrivé dans la vallée de Coron, près le château de la Roche, où deux camarades le rejoignent, il aperçoit dix soldats armés de fusils accourir à travers champ vers le lieu où il se trouve. Lui et ses camarades venaient de décharger leurs armes, et les soldats n'étant plus qu'à une faible distance, ils n'ont pas le temps d'y mettre de nouvelles cartouches. Mais heureusement qu'ils sont dans un chemin creux, et qu'une haie épaisse les dérobe aux yeux des arrivants.
Jacques David garde son sang-froid : "Mettons-nous à dix pas l'un de l'autre, dit-il à ses camarades, et faites ce que je vais vous recommander."
Voyant que les Républicains ne sont plus qu'à quelques pas, Jacques David saute par-dessus la haie et les met en joue avec son fusil déchargé. Ses camarades en font autant : "Bas les armes, crie-t-il aux Républicains, ou vous êtes morts !"
Les soldats surpris s'arrêtent et demeurent hésitants. "Bas les armes promptement, répètent-ils, ou nous faisons feu !" Les Patriotes, qui se croient tombés dans une embuscade, jettent leurs armes à terre. Aussitôt Jacques David et ses deux camarades bondissent dessus et s'en emparent.
Les Républicains s'aperçoivent qu'ils n'ont affaire qu'à trois paysans ; ils font un pas en avant pour ressaisir leurs armes. Mais les trois paysans, sûrs maintenant de leur coup, les couchent de nouveau en joue avec leurs propres armes et leur crient d'une voix plus menaçante encore : "Ne bougez pas ou vous êtes morts !"
Les Républicains atterrés restent immobiles et se constituent définitivement prisonniers. Jacques David les confie à la garde d'un peloton vendéen qui arrive sur ses entrefaites, et avec une nouvelle ardeur continue la poursuite des fuyards.

Bientôt il arrive à la butte des Hommes, où se sont retranchés les derniers Républicains qui veulent se défendre. Il se précipite dans leurs retranchements, les aborde à l'arme blanche et, secondé par d'autres paysans, les met en fuite et les pourchasse jusqu'à Vihiers, où il est surpris par la nuit.
Trempé de sueur, épuisé de fatigue, après une course de sept lieues, n'ayant pris aucune nourriture depuis le matin, il tombe d'inanition et peut à peine rentrer chez lui au Bourg-Nau, près le Coudray-Montbault. Mais il ne s'y repose que quelques heures. Le lendemain, dès l'aube du jour, oubliant ses fatigues de la veille, il reprend son fusil et rejoint ses camarades à Coron, ne voulant pas, dit-il, qu'ils cueillent sans lui de nouveaux lauriers." (Ibid. pp. 438-439)

JACQUES DAVID A L'ASSAUT DE THOUARS ET A LA PRISE DE SAUMUR

Jacques David fut au nombre des premiers braves qui entrèrent dans Thouars, le 5 mai, à la suite de La Rochejaquelein. Voici le récit de l'abbé Deniau sur la brillante conduite de notre héros à cette affaire :
"... Quétineau est obligé de se réfugier en-deçà des remparts de la ville. Les Vendéens le suivent de près ; ils se rangent en bataille autour des moulins à vent, à environ six cents mètres des murailles, d'où ils canonnent la place. Les pièces d'un faible calibre ne produisent aucun effet ; La Rochejaquelein s'en aperçoit, et appelant à lui tous les braves, il leur crie : Soldats, à l'assaut !
A travers une grêle de balles qui pleuvent sur lui, il arrive au pied des vieux murs qu'aucun fossé ne protège ; n'ayant pas d'échelles pour les escalader, il grimpe sur les épaules de l'un de ses soldats, le brave Texier, de la paroisse de Courlay, et par une échancrure, il fusille les Patriotes dans l'intérieur de la ville. A moitié découvert, il sert de point de mire aux coups de l'ennemi ; son fusil est brisé entre ses mains, à six pouces de la batterie.
Ceux qui l'entourent s'efforcent de l'imiter ; les uns gravissent le rempart et se cramponnent à son sommet ; d'autres cherchent, avec la pointe de leur sabre-baïonnette, à rouvrir d'anciennes embrasures qui ont été murées, et s'introduisent ainsi dans la place. De ce nombre sont Jacques David, Robichon, du Bourg-Nau de Saint-Hilaire-du-Bois, et un autre de leurs amis ; après bien des efforts, ils finissent par percer le mur, et passent sans hésitation par cette meurtrière.
Quand les camarades de Jacques David renversèrent, au dedans de la ville, le parement de l'ouverture qu'ils faisaient, celui-ci leur dit : "Parons-nous de côté, les Bleus vont sûrement faire feu dans le trou qu'ils vont apercevoir." Effectivement, quand les pierres tombèrent, une décharge d'un bon nombre de fusils fut dirigée dans l'ouverture béante, de sorte que ses parois furent toutes noircies par la poudre ; malgré cela, ils eurent la témérité de passer à travers le trou.
Mais se voyant seuls dans la place, en face des ennemis qui s'avancent sur eux, ils se hâtent de revenir, par le même trou, auprès de leurs camarades. Robichon, qui se trouve le dernier, reçoit un coup de baïonnette dans les reins ; l'arme reste dans la plaie ; Robichon l'arrache, et malgré le sang qui coule, il ne quitte pas le feu. Les trois amis, s'apercevant bientôt que plusieurs de leurs camarades se sont introduits dans la ville, se glissent de nouveau à travers l'embrasure, et, s'élançant ensemble, croisent la baïonnette contre les Patriotes ; d'autres les ont imités, ils ont pratiqué de légères brèches et ont sauté par dessus les murailles ; le premier qui les franchit a la tête coupée d'un coup de sabre ; son sang qui jaillit sur ceux qui le suivent n'arrête pas leur élan ..." (Histoire de la Vendée, t. II, pp. 30-31)

Tireur habile, Jacques David manquait rarement son coup. Entre tant de soldats républicains qui tombèrent victimes de son adresse, mentionnons en passant le pauvre diable qu'il coula au fond de la Loire, lors de la prise de Saumur, le 9 juin : "Jacques David, écrit l'abbé Deniau, arrivé sur le quai de Limoges, voit un Bleu qui se sauvait à la nage, au milieu de la Loire, il le vise et le tue." (Ibid., p. 153)

En quittant Saumur pour marcher sur Angers, et de là sur Nantes, Cathelineau avait cru devoir laisser dans la ville une garnison sous les ordres de La Rochejaquelein. C'était compter sans l'indépendance et l'amour du clocher qui faisaient le fond du caractère vendéen. Les paysans qui avaient été choisis pour tenir garnison étaient tous braves, mais pas un ne pouvait consentir à demeurer renfermé entre les murs d'une ville où ils ne connaissaient personne et se défiaient de tout le monde : ils abandonnèrent presque aussitôt leur poste, et Jacques David, qui se trouvait parmi eux, fit comme les autres :
"Jacques David, dit l'abbé Deniau, fut l'un de ceux qu'on laissa en garnison à Saumur ; il quitta cette ville secrètement avec trois de ses camarades, traversant le pays patriote de Doué, au péril de se faire arrêter et tuer à chaque pas. Je lui demandais un jour pourquoi il avait si facilement quitté son poste : "Tous mes camarades, me répondit-il, en faisaient autant que moi, et je ne voulais pas me faire prendre comme un lièvre dans un piège. J'avais besoin, du reste, de revoir mon père, ma mère, et la maison de chez nous". (Ibid., p. 236)
Tout le Vendéen est peint dans cette réponse.

COMMENT JACQUES DAVID ÉCHAPPA UN JOUR A SEPT HUSSARDS RÉPUBLICAINS

Jacques David prit part à toutes les batailles importantes que livra la Grande Armée après l'échec devant Nantes. M. l'abbé Deniau nous le montre successivement à Châtillon, le 5 juillet, à Martigné-Briand, le 15, et, les jours suivants, aux deux affaires de Coron. Le 5 août, à la suite de la démonstration malheureuse faite contre Saumur par un détachement de l'armée de Bonchamps sous les ordres de Scépeaux, notre héros faillit être pris par sept hussards, dans des conditions particulièrement dramatiques. Voici le récit de l'abbé Deniau :
"Au moment où il passait vis-à-vis la métairie de la Pajoterie, près le Coudray-Montbault, le brave David fut victime d'une illusion qui faillit lui coûter la vie. Comme il était à la recherche des boeufs de la Métairie de Touchelouine, dans les champs qui avoisinent la grande route, son fusil à deux coups sur l'épaule, il prit les Républicains, qui passaient, pour les cavaliers de Scépeaux. - L'uniforme des compagnies d'élite de Bonchamps différait peu de celui des Bleus. - Se croyant en présence d'amis, il continuait sa marche sans défiance, préoccupé uniquement de ramener à l'étable les boeufs qu'il venait de trouver, lorsque les hussards de Ronsin lui crient d'arrêter.
Reconnaissant alors le danger où il se trouve, il fait volte-face et se sauve en aiguillonnant ses boeufs avec la baïonnette pour accélérer leur marche. Un hussard le poursuit ; deux autres galopent sur sa gauche pour lui barrer le passage ; deux autres se portent encore sur sa droite dans le même dessein ; deux autres, enfin, faisant un plus long circuit, descendent par le village du Bourg-Nau, pour lui couper toute retraite.
Quoique poursuivi par sept cavaliers, il ne se déconcerte pas, et voulant sauver ses boeufs à tout prix, il les aiguillonne de plus en plus ; mais nonobstant la rapidité de sa course, le cavalier qui s'est mis directement sur ses traces est sur le point de l'atteindre. Abandonnant alors ses boeufs, il saute par-dessus une haie, et s'élance dans le chemin de Touchelouine.
Il y avait à peine fait quelques pas qu'il se voit en face de deux cavaliers qui l'ont tourné par sa gauche. Sans hésiter, il court à leur rencontre et les met en joue. Les hussards déchargent leurs pistolets sans l'atteindre, et se baissent pour éviter ses coups. Jacques David, pour n'être pas pris au dépourvu, en cas du plus pressant besoin, se garde de tirer et laisse passer les Bleus, qui s'efforcent d'arrêter leurs chevaux lancés au galop. Lorsqu'il les voit revenir sur lui, il franchit rapidement une nouvelle haie et se dirige à travers champs vers la métairie du Godet.
Il n'en est plus qu'à quelques pas, quand il rencontre les deux cavaliers qui l'ont tourné sur sa droite ; il s'élance sur eux comme sur les deux premiers, essuie leur décharge sans être atteint, évite leurs coups de sabre et, les visant lui-même au passage pour les effrayer, il saute par-dessus une troisième haie, pendant que, pleins de frayeur, les deux Bleus se tiennent penchés sur le cou de leurs chevaux.
Dans le but de se dérober plus facilement aux cinq ennemis qui galopent derrière lui, furieux de l'avoir laissé échapper, il prend la direction de la métairie de Noue-Roche, précipite sa course, s'esquive habilement et débouche dans le chemin du Bourg-Nau, où les deux cavaliers qui ont descendu la route de ce village lui barrent pour la troisième fois le passage. Sans se déconcerter, il les aborde avec la même résolution que les autres hussards, les vise, les effraie par la crainte de ses coups, et leur échappe comme il vient d'échapper à leurs camarades.
Se croyant alors dégagé, il dirige sa course vers la vallée du Lys, mais les deux cavaliers qui l'ont assailli à Godet, ayant fait demi-tour, se présentent derechef devant lui. A leur vue, il fait volte-face ; mais à peine a-t-il rétrogradé de quelques pas, que les derniers hussards qui l'ont attaqué lui barrent la route et le chargent avec fureur. Sans perdre sa présence d'esprit, il recourt à la manoeuvre qu'il a toujours exécutée et passe encore sain et sauf.

Lorsqu'il les dépasse d'une trentaine de mètres, il saute par-dessus une nouvelle haie, traverse un champ, se jette dans un autre, et s'estime heureux enfin d'avoir dépisté les Bleus. Mais le premier cavalier qui s'est lancé à sa poursuite, et qui a fait un long détour, arrive au galop sur lui. Quoique essoufflé et ruisselant de sueur, David se retourne, l'attend de pied ferme et lui crie :
"Gare à toi ! si tu avances de quarante pas, ton compte est bon !"
Le Bleu hésite. Profitant de son hésitation, Jacques David reprend sa course vers la rivière, dans la direction d'un champ de genêts qui se trouve sur le versant opposé, et où il espère pouvoir trouver un refuge assuré.
Un instant, les sept cavaliers l'entourent. Dans leur rage, ils blasphèment et lui crient : "Rends-toi, Brigand, rends-toi !" Son sang-froid ne l'abandonne pas. Il traverse une grosse haie, en côtoie une autre qui le conduit au bas du vallon, et se dérobe aux regards de ses ennemis.
Cependant, un cavalier l'aperçoit dans une éclaircie ; il veut faire franchir la haie à son cheval. Jacques David fait un brusque mouvement en arrière, se glisse à travers des broussailles, dans le lit desséché de la petite rivière, et parvient enfin à pénétrer inaperçu dans le champ de genêts, il rampe à plat ventre et atteint le sommet du coteau opposé où les chevaux ne pouvaient monter. Il était sauvé.
Longtemps les hussards blasphèment, et, tapageant avec rage, le cherchent dans la vallée et sur la lisière des genêts ; ils finissent par perdre courage et s'éloignent. La joie de Jacques David, dans le moment, fut si vive, ses émotions et ses fatigues furent si grandes, qu'il faillit s'évanouir.
Ayant repris néanmoins ses sens, il s'achemine vers la métairie de la Feuillée, pour s'y remettre complètement. Il sondait du regard les sentiers qu'il devait parcourir ; ses précautions n'étaient pas vaines. Les hussards, en l'abandonnant, avaient pénétré dans la susdite métairie, avaient pillé la maison et emmenaient six boeufs à leur suite. Son premier mouvement fut de faire feu sur eux. Excellent tireur, il eût sûrement couché sur le terrain deux de ses ennemis avec ses deux coups de fusil ; mais son épuisement ne lui permettant pas de s'exposer à une nouvelle poursuite, il se cacha dans les broussailles jusqu'à leur entière disparition."

Notre héros avait eu de la chance, et j'imagine qu'il dut joliment remercier le bon Dieu, ce jour-là, de lui avoir donné de solides jarrets !

JACQUES DAVID PENDANT LA CAMPAGNE D'OUTRE-LOIRE

Jacques David assista à la funeste bataille de Luçon, le 14 août ; il faillit périr dans la retraite, au passage de la Smagne, et, rapporte l'abbé Deniau, "pleurait de rage de ne pouvoir se battre." Deux mois plus tard, nous le retrouvons prenant part aux sanglantes batailles qui se livrèrent autour de Cholet ; il y fut légèrement blessé en protégeant la retraite sur la route du May : "Jacques David, écrit l'abbé Deniau, se trouvait avec les soldats de Piron, au Pontreau ; comme il mettait en joue un Bleu, une balle lui passa entre la joue et la crosse de son fusil et ne fit que lui égratigner la peau."
Notre héros passa la Loire avec la Grande Armée. A la bataille qui précéda l'entrée des Vendéens à Laval, "Jacques David, toujours au premier rang, tue le commandant de la garde nationale de Laval, revêt son chapeau, et, dans cet accoutrement, continue à se battre pendant le reste de la bataille ; quand il se retire du feu, il remarque que le chapeau a été troué à quelques lignes seulement au-dessus de sa tête." (Abbé Deniau : Histoire de la Vendée, t. III, p. 125)

Jacques David ne s'était pas seulement emparé du chapeau du commandant de la garde nationale de Laval ; il avait également fait main basse sur deux montres, dit l'abbé Deniau, "lui appartenaient sans contredit par droit de conquête. Il n'en jugea pas de la sorte : il crut avoir commis un vol manifeste. Etant venu, par une coïncidence assez extraordinaire, prendre son logement dans la maison du commandant qu'il avait tué, sa conscience l'obligea à rendre les objets de son prétendu larcin. Il confia les deux montres à la voisine du commandant, en la chargeant de les rendre à sa veuve. Toute sa vie, qui a été fort longue (il est mort au Voide, à quatre-vingt-sept ans), il s'est toujours amèrement reproché ce crime ; "car Dieu merci, disait-il, dans les soixante batailles, grandes ou petites, auxquelles j'ai assisté, je ne me suis jamais emparé de la valeur d'une obole !" - Quelle délicatesse de conscience ! ... Et c'était un Brigand ! ... (Ibid.)

De l'autre côté de la Loire comme au pays vendéen, chaque engagement était pour Jacques David, l'occasion de nouvelles prouesses. Voici, par exemple, ce que rapporte l'abbé Deniau, en racontant la déroute des Républicains qui suivit la victoire d'Entrammes :
"Beaupuy, Marceau, les représentants Merlin et Turreau veulent rallier les fuyards ; ils font des efforts désespérés pour les maintenir sur les hauteurs de l'Ouette. Le pont de cette petite rivière n'était plus gardé. Kléber veut s'en rendre maître à tout prix, car c'est par ce passage que peut s'effectuer la retraite. Il y dirige les deux bataillons qui lui restent. Mais ces soldats qui ont toujours un oeil sur le dos, dit ce général dans ses Mémoires, voyant qu'ils ne sont pas soutenus, sentent leur courage défaillir et abandonnant ce poste. Ils perdent sur ce pont leurs derniers canons ; ce fut Jacques David qui en détermina la prise.
Cet intrépide volontaire s'était glissé dans une carrière voisine du pont, à demi portée de fusil. Au moment où un soldat du train attelle ses chevaux à une pièce pour l'entraîner, il tue du même coup ce soldat et un cheval ; leurs cadavres et l'affût du canon obstruent le passage et arrêtent les autres canons qui tombent immédiatement au pouvoir des Vendéens.
Ce coup de vigueur pensa coûter cher à Jacques David, comme il se retirait de la carrière pour aller rejoindre sa colonne, il se trouva tout à coup face à face avec un grenadier républicain, au fond d'un chemin creux et étroit. Sans prendre le temps, ni l'un ni l'autre, d'user de leurs armes, ils les jettent à terre et luttent corps à corps. Malgré sa force peu commune, Jacques David crut un instant qu'il allait succomber sous les vigoureuses étreintes de son adversaire ; mais redoublant d'efforts, et luttant des ongles et des dents, il put enfin le terrasser et l'étouffer sous ses genoux. Son intime ami, Mathurin Marin, l'aperçoit et accourt pour le défendre ; par un de ces mouvements rapides et irréfléchis, il tire à quinze pas le Bleu que Jacques David tient sous lui, et le tue sans avoir touché son camarade. Débarrassés de cet ennemi, les deux Vendéens rejoignent leur division et continuent à se battre au premier rang." (Ibid. pp. 142-143)

Lors de la malheureuse attaque de Granville, Jacques David fut au nombre de ceux qui tinrent bon jusqu'au bout. Avec quelques braves comme lui, il était parvenu à se blottir derrière une maison, au pied des fortifications, et, de cet abri, il avait abattu plusieurs artilleurs républicains postés sur les remparts. Il montra la même intrépidité au siège d'Angers, le 4 décembre :
"Jacques David voit plusieurs de ses amis tomber à ses côtés dans le faubourg Bressigny ; il se jette dans une boutique de marchand, traverse les parpaings de trois maisons, se pose à une lucarne, à une quinzaine de mètres de la porte Saint-Aubin, tue plusieurs ennemis, les vise encore entre les gros quartiers de pierre qu'ils ont placés sur le rempart pour se protéger et les force à se retirer. Ses coups sont d'autant plus meurtriers que son ami Marchand, du Voide, placé derrière lui, coupe les balles en quatre pour mieux décimer l'ennemi. Remarqué enfin dans son embuscade, une grêle de balles le couvre à son tour. L'une d'elles perce son pantalon et casse le pouce à Marchand. Malgré le danger qu'il court, il garde son poste de combat." (Ibid. p. 315)
Lorsque les Vendéens battirent en retraite, "Jacques David était toujours dans son grenier fusillant sans relâche les assiégés, à travers les ouvertures des murailles. Une femme de la ville, inquiète du danger où il était, accourut l'avertir de la retraite des siens ; il s'esquive en hâte et rejoint sans accident le gros de son armée". (Ibid. p. 322)
Après leur échec devant Angers, les Vendéens prirent la route du Mans. A Baugé, ils durent livrer un combat au cours duquel Jacques David faillit être prisonnier. "Toujours en avant-garde, et des plus avancés au feu, selon son habitude, il venait, avec un de ses camarades de Trémentines, de tuer deux cavaliers ennemis et de s'emparer de leurs chevaux, lorsque deux autres hussards, profitant du temps qu'ils mettent à enfourcher leurs nouvelles montures, reviennent sur eux à fond de train, pour venger la mort de leurs frères d'armes.
Géné dans ses mouvements par un gros pain qu'il tenait lié sur son dos, et n'ayant que de gros sabots pour talonner son cheval, David était prêt d'être arrêté ou sabré, déjà la tête des chevaux ennemis atteignait la croupe du sien, et les hussards lui crièrent : "Arrête, rends-toi, tu n'auras pas de mal." Ses camarades craignent pour sa vie et le pressent de se débarrasser de son pain ; mais il ne veut pas s'en dessaisir, vu la rareté des vivres. Son cheval heureusement, qui était un excellent coureur, gagne de vitesse sur ceux des hussards et l'emporte dans les rangs des Royalistes. La Rochejaquelein le félicita de son courage et lui acheta six cents francs le magnifique cheval qu'il avait capturé." (Ibid. p. 338)

JACQUES DAVID FAILLIT ENVOYER UNE BALLE A STOFFLET ET UNE AUTRE A SON AMI BANCHEREAU

Jacques David, après sa glorieuse retraite, avait rallié à Laval les débris de la Grande Armée, échappés au désastre du Mans. Dans le lendemain, il fallut continuer à fuir vers la Loire. Ce fut au cours de cette marche, en sortant de Laval, que notre héros, piqué au vif par certains propos malheureux de Stofflet, mit en joue le général et faillit lui envoyer une des balles qui lui restaient encore. Voici comment l'abbé Deniau rapporte cet incident :
"Afin de n'être pas enveloppé dans Laval par les Républicains qui approchaient, La Rochejaquelein fit battre le départ, le 14, dès trois heures du matin. Quinze mille hommes à peu près, avec sept canons et quelques caissons, lui restaient encore. Bien qu'il vît qu'il ne pouvait plus conduire les débris de son armée contre les Bleus, dans l'état de délabrement où ils étaient réduits, il ne désespéra pas de les ramener dans leurs foyers.
Il plaça, au centre des hommes armés, les femmes et les enfants, et commanda de prendre la direction de Cossé, Craon, Pouancé, Saint-Mars-la-Jaille, afin d'atteindre Ancenis.
Il faisait froid ; une petite gelée avait succédé à la pluie ; tous les malheureux fugitifs qui étaient privés, pour la plupart, de chaussures et de vêtements chauds, grelottaient. Jacques David, qui avait fait le trajet du Mans à Laval pieds nus, fit encore de la même sorte celui de Laval à Ancenis avec ses talons, il brisait la glace qu'il rencontrait sous ses pas.
En sortant de Laval, il aperçoit Stofflet dans un violent accès d'irritation contre ses soldats. "Vous avez abandonné vos chefs au Mans, s'écriait-il, vous n'avez pas voulu vous battre ; eh bien, devenez ce que vous pourrez. Je vous déclare que je ne suis plus votre général." Et, saisissant son écharpe blanche, il la déchire et la jette dans la boue aux pieds de son cheval.
Jacques David, qui s'était bravement et si longuement battu pendant que Stofflet était en fuite, ne put soutenir des reproches aussi immérités. Il met le général en joue ; mais, faisant toutefois réflexion, il abaissa son arme et pardonna à Stofflet son incartade. La vue de La Rochejaquelein, qui est soucieux et calme et qui jure à tous qu'il ne les abandonnera point, achève de l'apaiser." (Histoire de la Vendée, t. III, p. 415)

Serrée de près par les Républicains, la Grande Armée, de plus en plus démoralisée, arriva bientôt à Ancenis, d'où La Rochejaquelein et Stofflet parvinrent à traverser la Loire sur un bateau qu'on avait trouvé dans un étang voisin. Après le départ de ces deux généraux, quatre autres bateaux ayant été découverts et amenés sur la rive, ce fut à qui y monterait :
"Aussitôt qu'ils touchent le bord, rapporte l'abbé Deniau, la foule s'y précipite, et, pour s'y introduire avec plus de célérité, elle se jette à l'eau jusqu'au cou ; son empressement est si grand, que les bateaux menacent un instant de couler bas.
Pour prévenir ce danger, les bateliers sont obligés d'écarter à coups d'avirons tous ceux qui en ont saisi les bords d'une main convulsive et qui veulent s'y hisser malgré la surcharge. Tous voudraient y monter et toucher déjà la rive vendéenne. Ceux qui attendent tremblent que les Bleus n'arrivent par derrière et ne les précipitent dans le fleuve.
Les bateliers, par prudence, appellent à leur aide ceux qui connaissent la manoeuvre de l'aviron ; René Fonteneau, de Cholet, se présente. Il n'a jamais conduit de bateau, mais il agite de son mieux la rame qu'on lui confie, et se sauve par ce stratagème. Banchereau, l'ex-fédéré du Voide, suit son exemple.
Jacques David, qui est dans l'eau jusqu'à mi-corps, veut les imiter ; déjà il a saisi le bateau avec la main, quand les bateliers, qui s'aperçoivent que l'esquif est trop chargé, crient de le repousser. Banchereau, sans commisération pour son ami, lui donne un coup violent de gaffe sur le bras et lui fait lâcher prise. Jacques David entre en fureur, il met en joue Banchereau ; son fusil, imbibé d'eau, rate heureusement ; il revient sur le rivage, et veut viser encore, mais ses camarades le saisissent et calment enfin son exaspération." (Ibid. pp. 430-431)

DERNIERES AVENTURES DE JACQUES DAVID JUSQU'AU MOMENT OU IL PARVIENT A REPASSER LA LOIRE

Après le départ de La Rochejaquelein et de Stofflet, l'infortunée Grande Armée, de plus en plus démoralisée, évacua Ancenis et prit à tout hasard le chemin de Nort. Ce fut dans cette localité que Jacques David, bien décidé à ne pas s'éloigner davantage de la Loire, se sépara de ses compagnons d'armes en compagnie de quelques camarades angevins. Ecoutons l'abbé Deniau nous raconter les dernières aventures de notre héros avant son retour dans les Mauges :
"Après être échappé aux mains des Bleus, à Nort, comme nous l'avons dit, Jacques David s'était caché, avec plusieurs de ses camarades, dans la grange d'une métairie voisine. Ils y furent découverts, le lendemain matin, par le métayer qui vint soigner ses boeufs : "Nous sommes des Vendéens, lui dirent les fugitifs, donnez-nous à manger, nous mourons de faim." Il leur donna des aliments, puis, craignant de se compromettre, il les engagea à aller se réfugier quelques lieues plus loin : "Là, dit-il, vous vous trouverez en pays royaliste et vous pourrez vous échapper plus facilement."
Ils se munissent de fortes triques, car on leur avait pris leurs armes à Nort, et s'acheminent vers un moulin à vent pour y demander encore du pain. Le farinier leur en donne, et de là ils s'enfoncent ensuite dans un bois taillis, après avoir pris toutes les mesures de la plus extrême prudence pour franchir la grande route.
Sur le soir, ils abordent un jeune garçon de quinze ans qui ramassait des feuilles, et lui demandent dans quel lieu ils pourraient passer la nuit en sûreté : "Venez chez nous, leur dit-il ; mon grand-père, qui s'est battu avec vous dans la Grande Armée, doit y arriver ce soir ; venez, vous y serez bien reçus." Ils acceptent avec joie sa proposition, se rendent avec lui à la ferme qu'habitent ses parents et où leur compagnon d'armes, qui les y avait devancés, les accueille avec une grande cordialité.
Ils séjournent chez lui pendant quelque temps ; mais, désireux de repasser la Loire pour revoir leurs foyers, ils quittent leur hôte généreux, se rapprochent du fleuve et vont se cacher dans la paroisse de Saint-Herblon.

Craignant d'être surpris, ils changent de gîte presque tous les jours. Au milieu des fatigues de cette vie errante et sous l'humidité de la pluie qui ne cesse de pénétrer leurs habits, Jacques David tombe malade. Il reste huit jours en délire et six semaines en convalescence. Or, pendant ce temps, les patrouilles républicaines ne cessaient de sillonner le pays : elles prennent et fusillent un grand nombre de Vendéens qui sont cachés non loin de lui ; elles furètent partout, mais, par un bonheur inespéré, il leur échappe continuellement.

Un jour cependant, les Bleus arrivent à la métairie qui lui sert de refuge ; c'était au milieu de son délire : on n'a que le temps de le porter dans le jardin et de le blottir entre plusieurs pieds d'osier ; les Bleus passent sans l'apercevoir.
Quelques jours plus tard, à la fin de sa convalescence, il se trouvait caché dans une métairie avec deux de ses compagnons d'infortune, lorsque les Républicains y apparaissent inopinément. Quelques instants après, ils trouvent l'un des amis de David sur le fenil et surprennent l'autre dans l'étable aux boeufs. Jacques David s'était réfugié dans le toit à porc ; pour mieux se dérober aux recherches de ses ennemis, il soulève le fumier sur lequel est couché l'animal, se cache dessous et s'y tient en silence. Peu de temps après, un soldat vient ouvrir la porte du toit et n'apercevant que le porc qui l'accueille par quelques grognements, il se met à jurer de ce qu'on l'envoie fureter dans un pareil lieu, puis il s'éloigne. La Providence avait, une seconde fois, sauvé Jacques David.
Après sa guérison, il parcourut les paroisses de Pouillé, de Pannecé, de Mésanger, et revint à Saint-Herblon, cherchant toujours à se rapprocher de la Loire afin de la traverser. Il erra ainsi pendant tout l'hiver. Mais malgré toutes ses précautions, sa présence à Pouillé, ainsi que celle de deux autres fugitifs qui se trouvaient encore avec lui, fut signalée au commandant de la garde nationale de cette localité. Ce commandant, au lieu de les poursuivre, leur fait dire de venir à la nuit close, dans son aire à battre le blé, où ils trouveront du pain et du cidre, et que chaque semaine il leur en fournira en égale quantité ...
Jacques David et ses camarades, quoique heureux d'offres aussi favorables, ne peuvent s'empêcher de suspecter la générosité de ce Républicain. Cependant, pressés par la nécessité, ils se rendent au lieu désigné après avoir pris toutefois les plus grandes précautions. Ils y trouvent le pain et le pot de cidre promis ; et chaque semaine, pendant plusieurs mois, ils viennent chercher les mêmes secours, qui ne leur firent pas défaut une seule fois. Pleins de reconnaissance pour une assistance aussi persévérante, ils veulent remercier celui qui a tant d'attention pour eux. Ils vont frapper à sa porte : "N'entrez pas, leur répond sa femme, mon mari ne veut pas vous voir, il a fait serment de servir la République." Ils se retirent alors, en priant cette femme d'être auprès de son mari l'interprète de leur vive gratitude." (Histoire de la Vendée, t. IV, p. 505-507).

Il est regrettable que l'abbé Deniau ne nous ait point conservé le nom du Républicain généreux qui assista aussi charitablement Jacques David et ses infortunés compagnons, car la loyauté, le courage et l'humanité sont également dignes d'admiration sous tous les drapeaux. Les Républicains d'aujourd'hui n'auraient point à rougir de l'histoire de leurs ancêtres, si la République n'avait eu alors que des partisans de ce genre-là !

COMMENT JACQUES DAVID REPASSA LA LOIRE, ET CE QU'IL DEVINT DEPUIS.

L'hiver se passa, puis le printemps sans que Jacques David pût rentrer dans son pays, tellement les frontières en étaient surveillées par les postes républicains échelonnés tout le long de la Loire. Au commencement de l'été, la surveillance se relâcha quelque peu sur certains points, et ce fut alors seulement que notre héros parvint à regagner les Mauges, dans les circonstances que rapporte ainsi l'abbé Deniau :
"Vers le temps de la Saint-Jean, Jacques David apprend que le passage de la Loire peut s'effectuer du côté de Nantes. Il s'y dirige avec cinquante Vendéens, mais, arrivé sur les lieux, il s'aperçoit qu'il est impossible de passer à l'autre bord. Il revient alors sur ses pas, et, chemin faisant, il reçoit l'assurance, par un affidé, qu'il traversera sûrement le fleuve près de Champtoceaux, mais qu'il doit y aller seul. Il s'y rend aussitôt et trouve sur le bord de l'eau cinquante-deux royalistes prêts à s'embarquer, parmi lesquels M. Bondu, curé de la Jumelière, et son vicaire, M. Charruau.
Le maître de la barque risquait sa vie, car les Républicains tenaient, pendant la nuit, sur le fleuve, des chaloupes armées et illuminées, séparées à peine par l'espace d'un kilomètre. Il fallait passer sans bruit.
Les passagers promettent au batelier une forte somme d'argent. Heureusement, la nuit était sombre. A un signal donné, tous se glissent à travers les saules, la moitié seulement pénètrent dans la petite barque où ils se couchent à plat ventre, bien résolus, comme ils l'ont promis, à se battre jusqu'à la mort en cas d'attaque. Le batelier exige de plus que les premiers débarqués resteront sur la rive opposée pour porter secours, s'il en est besoin, aux derniers passagers. Tous passent heureusement sans être aperçus.

Jacques David, transporté de joie, se dirige, toujours pieds nus, sur Cholet ; il traverse cette ville sans rencontrer aucun habitant, et vient à Vezins où il trouve un de ses camarades pêchant à la ligne, en pleine nuit, dans les douves du château. Cet ami lui apprend la mort de sa mère, qui venait de succomber à une maladie dans la forêt de Vezins, et il lui dit que son père et sa soeur se sont retirés aux Tesnières, dans la paroisse du Voide. C'étaient les seuls survivants de toute sa famille, car ses deux frères avaient péri dans la déroute de Laval et Ancenis.

A la première aube, il rejoint son père et sa soeur, demeure quelques jours avec eux et va ensuite offrir ses services au métayer des Trois-Poiriers, pour l'aider à faire sa récolte. Mais, pour obéir à la consigne de Stofflet, tous les deux jours, il suspendait son travail et allait monter la garde au pont de Lys. Il fit encore quelques expéditions sous la conduite de ce général, mais jusqu'à la pacification, il employa la majeure partie de son temps à confectionner des charrues, car les charrons étaient rares et les métayers étaient tous dépourvus de ces instruments de travail." (Histoire de la Vendée, t. IV, 507-508).

Le VoideEn 1815, Jacques David, toujours d'après le témoignage de l'abbé Deniau, partagea avec son camarade Louis Brard le commandement des volontaires de la paroisse du Voide. Bien qu'il fût pauvre, l'ingrate Restauration, qui ne manquait point d'argent pour pensionner les jacobins et les terroristes devenus courtisans, ne fit pas seulement l'aumône d'un centime à ce brave, réduit à peiner pour payer les dettes contractées au service de la Religion et de la Royauté ! Il obtint seulement la décoration du Lys - que Louis XVIII se payait le facile plaisir de prodiguer sans bourse délier - et, quelque temps après, un fusil d'honneur pieusement conservé par ses héritiers.

Ainsi qu'on l'a vu au début de ces notes biographiques, Jacques David, toujours croyant et toujours fidèle, mourut très âgé, au Voide, où l'abbé Deniau, alors curé de la paroisse, eut la bonne fortune de pouvoir écrire, sous sa dictée, le récit de ses dramatiques aventures.


H.B.
La Vendée Historique
1901

JACQUES PIERRE DAVID, fils de Louis David et Marie Habélard, cultivateur, veuf de Jeanne Martin, est né à Saint-Hilaire-du-Bois le 3 juillet 1772. Il est décédé le 8 juin 1859 à LE VOIDE, à l'âge de 87 ans.

Acte de naissance de Jacques David 3

Acte de décès de Jacques David