LA PAROISSE DE SAINT-MARS-DES-PRÉS, EN 1788

SAINT MARS DES PRES 77

On n'a pas assez étudié au point de vue local les assemblées provinciales de 1787. Elles le méritent cependant à plus d'un titre, ne serait-ce qu'à celui de véritables ancêtres de nos conseils généraux actuels. Elles étaient divisées en trois catégories ; l'assemblée provinciale résidant à Poitiers chef-lieu de la province, les assemblées d'élection dans chaque chef-lieu d'élection et les assemblées de paroisse. Chacune de ces dernières relevait de celle immédiatement supérieure. Aussi, dès ses premières séances, l'assemblée provinciale s'occupa de rédiger une Instruction pour les assemblées d'élection, dont les principaux articles étaient :

"Les assemblées d'élections sont chargées :
1° De la répartition, sur les paroisses de leur district, de la taille, des impositions accessoires et de la capitation ;
2° De celle de l'imposition qui tient lieu de corvée et autres impositions ;
3° Des adjudications des travaux de route, des ouvrages, dont la dépense sera supportée par les communautés.

Elles donneront d'avance tous leurs soins à se procurer des renseignements sur les inégalités qui peuvent se trouver dans les contributions respectives de ces communautés, afin qu'on puisse y remédier lorsque leurs forces relatives seront mieux connues.

Elles tâcheront de se procurer des renseignements sur tout ce qui peut intéresser et encourager l'agriculture et le commerce dans l'étendue de leurs districts respectifs. Elles s'occuperont également des moyens à prendre pour détruire la mendicité et procurer aux pauvres des occupations qui puissent assurer leur subsistance."

Conformément à cette instruction, l'assemblée d'élection de Fontenay envoya dans chaque paroisse de son ressort un questionnaire, dont la lettre ci-dessous donne implicitement tout le détail, en même temps qu'une statistique de la paroisse de Saint-Mars, en 1788. La réunion de toutes les réponses du même genre offrirait bien de l'intérêt.

Messieurs,
Je désirerais bien répondre avec précision aux vues de la respectable assemblée dont vous êtes membres, mais je crains bien qu'elles ne puissent être entièrement remplies dans notre paroisse, malgré notre bonne volonté. La suite de cette lettre vous le fera connaître.

13° Je ne connais point de moyen propre à détruire la mendicité dans cette paroisse. Les habitants ne pouvant faire, aucune offre, nous ne pouvons rien entreprendre, à moins que l'assemblée provinciale ne nous voulût accordé des charités.

Article II

1° Le Gouvernement ne nous a accordé aucune indemnité en aucune façon.

Article III

La grande route ne traverse point notre paroisse, notre bourg étant éloigné d'une petite lieue de Chantonnay, où passe celle de Nantes à la Rochelle. Nous n'avons que des chemins qui conduisent aux bourgs voisins, qui sont St-Philbert-du-Pont-Charrault, Sigournay, le Puybéliard et Chantonnay, qui sont en partie en mauvais état et qui se laisseraient pas de nous être utiles tant pour aller aux premières messes qu'aux marchés et foires du Puybéliard et joindre la grande route de Nantes à la Rochalle qui passe à Chantonnay. Mais de quelque utilité qu'ils nous puissent être, nous ne sommes point en état de les raccomoder, à moins que comme j'ai eu l'honneur de vous dire, vous ne nous obteniez des charités sur les 25.000 livres réservés pour être employés à la réparation des chemins vicinaux, ou que vous ne nous fissiez décharger de l'imposition de la corvée des grandes routes, pour être employée à raccommoder nos chemins qui joignent nos paroisses voisines, dans des endroits à une demie lieue de distance, dans d'autres à un tiers de lieue et dans d'autres à un quart de lieue, autant que l'on en peut connaître les bornes.

L'on ne nous a point désigné de lieu précis où l'on voulait que se fit la corvée de l'an dernier. L'on nous marqua seulement que la paroisse devait travailler sur la route de Fontenay aux Sables, atelier du pont de Puybernier, et que l'adjudication s'en ferait ainsi que celle de plusieurs autres paroisses, le 2 juin, devant M. Majou : mais on n'eût ni le temps ni la volonté d'y aller, étant d'abord trop éloignés des travaux et n'y ayant personne dans la paroisse à même de prendre des adjudications de la force dont on les faisait, d'ailleurs la saison ne permettant pas à nos habitants de s'absenter pour une chose qu'ils ne pouvaient entreprendre, nous ne savons à qui ni comment elle fut adjugée.

Article IV

L'on récolte dans la paroisse un peu de tout grain, mais en très-petite quantité, un peu de vin et de foin naturels, n'y ayant point chez nous d'artifice. Voici, Messieurs, à peu près en quoi consiste notre richesse qui est bien médiocre, nos pacages étant très-peu étendus. On y élève cependant quelques boeufs, vaches et moutons, dont le commerce est peu de chose, vu le peu d'élèves qu'on y fait à cause du peu d'étendue des pacages. Nous n'avons ni landes ni lieux marécageux.

Il n'y a dans la paroisse ni haras ni étalons. Il peut y avoir trois ou quatre juments poulinières de peu de valeur dans les métairies, qu'ils font servir du baudet.

L'on ne suit aucuns principes pour le soin des brebis, mais le vieil usage qui serait peut-être susceptible de perfection, si nous n'étions pas si pauvres.

Nous n'avons pas de manufactures et ne sommes point dans le cas d'en établir par les raisons ci-dessus.

Nous n'avons, grâce à Dieu, point de procès de communauté.

Je ne parle point des frais qu'entraîneraient les assemblées de la municipalité, puisqu'il n'est plus question d'en payer les membres et que M. notre Curé veut bien nous permettre de nous assembler chez lui.

LOUIS DE LA BOUTETIERE
Société d'émulation de la Vendée
1875