LE MARAICHINAGE
COUTUME DU PAYS DE MONT (VENDÉE)

Il existe encore, dans le Marais mouillé de la Vendée, dit Marais septentrional ou Marais breton, ou encore Marais de Mont, - de formation récente et post-romaine-, une coutume très particulière, appelée le Maraîchinage. Elle a reçu cette dénomination, parce qu'elle n'est pratiquée que par les habitants de ce marais, qui porte plus spécialement le nom de Maraîchins (Le mot "Maraîchin" est connu depuis l'année 1800 au moins. Il est cité dans les mémoires d'un Fontenaysien de la fin du XVIIIe siècle, publiés par Bitton. - En fait de Maraîchin, Littré ne connaissait que le "Boeuf, élevé dans les marais du Poitou"). Et Maraîchiner, c'est se livrer au Maraîchinage.

Vendée


Cette habitude, extrêmement curieuse, est tout à fait limitée à cette partie du département, et est inconnue dans le reste de la Vendée, comme d'ailleurs dans toute la France.
On l'ignore complètement, même dans les autres marais du rivage de l'Atlantique vendéen, qu'on appelle Grand Marais poitevin et le Petit Marais de la Gachère.

DÉFINITION

Elle consiste dans un accouplement bucco-lingual, effectué, dans des conditions données, entre un jeune maraîchin et une jeune maraîchine, à l'âge où l'amour pousse dans le cerveau très neuf de nos alertes et vigoureux compatriotes, au moment où les sens s'éveillent.
L'époque de l'année ne joue, bien entendu, aucun rôle en la matière, car, depuis longtemps, la remarque de Beaumarchais est aussi vraie dans nos provinces les plus reculées et de moeurs très primitives que sur les boulevards les plus extérieurs ou intérieurs de Paris !
Il s'agit là d'un baiser de bouche à bouche, accompagné d'introduction e la langue, exécuté More Columbino, c'est-à-dire à la manière du "becquetage des colombes".
D'après nombre de personnes du pays, il s'accompagne presque toujours, en raison de sa prolongation et de sa grande durée, d'une sensation voluptueuse de part et d'autre.
Scientifiquement c'est un Cataglottisme ethnique.

SYNONYMIE

D'après Erdna (pseudo d'un vieux Challandais), les jeunes maraîchines disaient jadis, pour "maraîchiner" : pêcher les galants. Ce terme est très explicite et très éloquent. Il indique nettement le but poursuivi : la recherche du mari rêvé ! Après cette expérience, les amoureuses sont fixées sur l'époux qu'elles croient devoir choisir. C'est donc, pour le beau sexe, une sorte d'essai avant la noce ; et, pour le maraîchin, un préliminaire obligé de la demande en mariage.
Suivant une remarque récente d'Erdna, "maraîchiner" (se conduire comme une maraîchine) était le terme de mépris donné par les habitants du Bocage au laisser-aller des jeunes filles du Marais, qui finirent par ne plus s'en fâcher et l'employèrent elles-mêmes.
Sarcel (pseudo d'un Vendéen connu dans le Marais de Mont - Respectons son incognito) a écrit de son côté que, d'après lui, l'expression aller à la pêche aux galants n'appartient pas au patois maraîchin [il aurait dû ajouter : actuel], pas plus que Maraîchiner. C'est possible ; en tout cas, il a raison quand il affirme que les Maraîchins ne vont pas "maraîchiner". Ce terme leur est, en effet, presque inconnu ; et on peut dire qu'il est d'origine savante, ou tout au moins bourgeoise, quoique locale. La preuve, c'est que les vieux Vendéens l'emploient constamment ; et, comme nous l'avons signalé, ce sont eux qui l'ont forgé.
D'après Sarcel, les Maraîchins vont "fréquenter" (proconcez fréquentère, suivant l'usage). Oui ; mais "fréquenter" a un sens très spécial. "Fréquenter" veut dire : "faire la cour à sa bonne amie, aller la voir, etc." D'ailleurs "se fréquenter" signifie, là-bas comme ailleurs : "Se voir entre promis, être le futur d'une maraîchine, et se conduire en conséquence, etc."
Ce terme n'a donc rien à faire avec l'acte spécial qui caractérise le Maraîchinage en lui-même.
En effet, le vrai terme patois, signifiant maraîchiner, est : faire lambiche. Mon regretté ami, M. Jodet (de Beauvoir), me l'a répété plusieurs fois ; et je tiens de ma soeur, élevée comme moi dans le pays, que c'est bien là l'expression dont se servent surtout les jeunes filles entre elles. Les hommes ont recours plus souvent au mot "biser", altération locale de baiser, dans le sens de "s'embrasser".
M. Boutineau, savant de Tours bien connu, et d'origine poitevine, m'écrivait le 30 janvier 1905.
" Votre "Maraîchinage" doit être ce que je connais sous le nom de "Lambiche". Quand j'avais 22 ans, âge où l'on est avide de tout connaître, j'ai pénétré dans une maison où ce que vous décrivez se pratiquait en commun ! J'étais avec deux camarades, joyeux étudiants comme moi. Nous avons failli être écharpés ; et nous n'avons dû notre salut qu'à la vive et sagace intelligence de l'aubergiste. Je m'en souviendrai toujours !"
Ce terme de Lambiche me paraît extrêmement caractéristique. D'abord la terminaison iche, qui se rapproche singulièrement de liche, licher, terme patois pour lécher [d'où lichetter, lichette, diminutif], est bien en rapport avec l'acte de maraîchinage, comme le montrera ultérieurement une description circonstanciée. - Quand au radical lamb, il nous est familier. Il est latin ; mais il pourrait bien être d'origine sanscrite. Il vient de lambere (lambo), verbe qui signifie lécher, caresser, et a évidemment la même racine que le mot grec. En  tout cas, on connaît le vieux mot français lampas, signifiant gosier (ayant donné lamper, lampée, etc.), et paraissant dériver du grec ...

Maraîchins 5


HISTORIQUE

Malgré des recherches approfondies dans la littérature locale et dans tout le folklore vendéen, il nous a été impossible - jusqu'à présent du moins - de trouver des renseignements très précis sur l'origine de cette étonnante, mais savoureuse, habitude. Cependant, nous croyons que nos recherches n'auront pas été vaines.
E. Gallet, l'écrivain qui, avec Ch. Mourain de Sourdeval, a le mieux décrit ce pays, n'a pas certes fait la moindre allusion au "Maraîchinage" dans son livre sur Beauvoir, commune située pourtant sur la rive du Marais de Mont. Mais, dans le petit Dictionnaire patois, qui se trouve dans cet ouvrage, nous avons trouvé ce qui suit :
"Mochet (il faut prononcer "Moch-ette", ou "Mô-hette"), Mochette, signifie Maraîchin et Maraîchine. Faire Mochette, s'embrasser à la manière des Maraîchins."
Il est certain que cette définition ne s'applique pas du tout à la coutume dont nous parlons ; et, en réalité, Maraîchiner, en patois, ne se dit pas : Faire Mochette. D'ailleurs, E. Gallet, sans doute par pudibonderie, n'a pas osé insister davantage !
Quoi qu'il en soit, ce renseignement fort précieux, car il nous obligera à rechercher tout à l'heure l'étymologie de ce mot curieux, employé souvent comme sobriquet, pour désigner les jeunes filles du Marais, - dans doute parce qu'elles font également "Mochette" avec le plus vif plaisir ! - et à l'expliquer complètement.
Les chansons elles-mêmes sont aussi muettes que les Légendes antiques. Jérôme Bugeaud, le célèbre auteur de Chansons de l'Ouest, n'a écrit que ces quelques mots : "Furtifs serrements de main, amoureuses oeillades, et confidences soupirées." Mais ce n'est pas là du Maraîchinage !
S. Trébucq, chose extraordinaire, dans son ouvrage sur la Chanson populaire en Vendée, quoiqu'il ait recueilli de nombreux airs et décrit avec soin les danses si piquantes du Marais de Mont, n'a pas ouvert la bouche sur cette question ... buccale !
Dans un mémoire antérieur, je n'ai moi-même que cité le mot et la coutume du Maraîchinage.
Les écrivains d'imagination, dont les oeuvres ont eu pour but la description du Marais septentrional, ont tout à fait négligé cette donnée, qui aurait pourtant pu leur fournir de longs et intéressants développements. Il est vrai que les romans dont l'action se déroule en cette humide contrée sont fort rares, et si exceptionnels même que nous n'en connaissons qu'un seul : la Terre qui meurt, de René Bazin ; et cet auteur a vraiment perdu là une jolie occasion d'écrire quelques pages croustillantes ... Il est vrai que c'est si peu sa spécialité !

DESCRIPTION GÉNÉRALE

Conditions de milieu

Actuellement, on peut observer surtout le Maraîchinage les jours de fêtes religieuses ou de foires importantes ; cela dans les deux grands centres du Marais de Mont : Saint-Jean-de-Mont et Challans. Mais il faut noter, en particulier, les communes de la Barre-de-Mont, Notre-Dame-de-Mont, Beauvoir-sur-Mer, Le Perrier, St-Urbain, St-Hilaire de Riez, les foires de Soullans, de Saint-Gervais, etc. ; les préveils, et surtout les matinées du mardi au marchés de Challans (la capitale du marais), où jadis il florissait au milieu des cages à volailles, etc., etc.
On le pratique aujourd'hui principalement dans les auberges, soit dans la grande salle commune, soit dans les chambres à coucher voisines, quand on désire ne pas rester sous les regards des curieux. Jeunes hommes et jeunes filles s'attablent alors dans un coin, en face d'un verre de liqueur ou plutôt d'une tasse de café (boisson préférée des Maraîchines), et restent là des heures entières, se livrant au Maraîchinage, les uns à côté des autres, sans ouvrir la ... bouche, du moins pour ... prononcer la moindre parole !
On opère dans le recueillement, comme il convient à une coutume, qu'on tient de ses ancêtres et qui doit dater de loin ...
Mais, si l'on préfère aujourd'hui s'aimer à l'auberge, il ne faudrait pas croire que l'on cherche à se cacher le moins du monde !
En effet, on maraîchine, même encore de nos jours, en pleine rue, à la vue de tous, debout, ou au milieu de la foule qui circule le matin dans le marché, ou l'après-midi dans la foire. D'autres fois, en retournant à la ferme, située au milieu du marais, on s'installe, au su et au vu de tous, sur le bord d'un fossé de la grande route, le dimanche dans l'après-midi principalement ; et, la solitude aidant, on va vite en besogne ...

Combien de fois, - à l'époque où, succédant à mon père, entrepreneur de travaux publics, qui venait de mourir (1877), je traversais très souvent seul le marais, du Pissot à Soullans et au Perrier, pour gagner en voiture, de Croix-de-Vie, Bois de Cené et Bouin, - ne me suis-je pas, malgré mon jeune âge (j'avais alors dix-sept ans !), offert le plaisir innocent de troubler, d'un coup de fouet anodin, lancé du haut du cabriolet attelé à un cheval paisible, ces doux tête-à-tête, abrités du soleil le plus innocent par le parapluie classique, emblème vénéré de l'amour maraîchin !

Accessoires

Maraîchins 8a) Parapluie. - Le Parapluie est, en effet, indispensable désormais au Maraîchinage en plein air. Chose curieuse, il est presque toujours porté par la jeune fille ; en tout cas, c'est de celui-ci qu'on se sert le plus souvent, car les jeunes garçons en usent rarement, même en hiver.
Ce parapluie a toute une histoire, qu'il nous faut résumer, car c'est vraiment ... l'arme nationale de la Maraîchine. Arme est certes un peu prétentieux, car on ne se bat guère, pour son galant, au marais, sauf à l'époque des guerres civiles (et alors c'est à la fourche qu'on a recours !), d'autant plus que c'est surtout un appareil de ... plaisir ; mais national est le mot. En effet, pendant la mauvaise saison, la Maraîchine, jeune ou vieille, ne sort jamais sans son parapluie, et souvent son panier.
L'été, il n'y a que les jeunes filles à porter des parapluies, quand le temps est superbe ! Et, quand elles sont en âge de maraîchiner, elles en sont toujours munies.
Il est certain que le port habituel du parapluie l'hiver tient aux conditions locales, c'est-à-dire au pays lui-même, qui est marécageux, et où il pleut assez souvent. Mais l'été ?
Ce n'est pas du tout, comme on pourrait le croire, pour s'abriter des rayons du soleil, que la jeune Maraîchine l'emporte le dimanche, au village ou à la foire, car elle ne s'en sert presque jamais dans ce but (Elle a recours à un autre moyen - mouchoir placé en avant de la coiffe, en visière, formant capeline - ou à une capeline proprement dite, bien connue à la Barre-de-Mont, Noirmoutier, etc.). Non ; c'est grâce à la coutume acquise, qui continue à agir, pendant l'été, comme elle l'a fait pendant la mauvaise saison ; et, dès lors l'inutile objet ne devient plus qu'un excellent voile violet, derrière lequel il doit sous peu ou a dû jadis se passer quelque chose ! C'est un symbole. Tout parapluie, surtout celui d'été, porte dans ses plis une agréable espérance ou un doux souvenir ...
Comme l'étoffe en est solide, comme la voilure en est large (on pourrait presque protéger une ... escouade !), comme le manche en est résistant et long, nos tourtereaux - c'est le vrai mot - se croient mieux cachés, derrière ce compagnon fidèle, que l'autruche sous son aile ; et ils s'isolent ainsi, sous ... les yeux de tous, de la façon la plus naïve et la plus charmante que l'on puisse imaginer.

b) Chapeau Rabalet. - D'après M. Jodet, dans l'ancien Maraîchinage, le parapluie n'aurait pas joué un rôle aussi prépondérant que maintenant ; mais il n'en était pas moins porté. Toutefois, je dois avouer que je n'ai pas connu ce temps-là, et que je n'ai même jamais entendu parler de ce qui suit qu'après une enquête très approfondie, à la Barre-de-Mont et ailleurs.
D'après mon vénérable correspondant, aujourd'hui décédé, c'était le Chapeau du Maraîchin qui jadis aurait joué le rôle du parapluie. Ce chapeau, dit Rabalet (1), avait alors des bords très larges, comme ceux des paludiers du bourg de Batz par exemple [il a disparu aujourd'hui, et est remplacé par un petit chapeau à bords très étroits]. C'est en l'inclinant un peu que le jeune Maraîchin, portant encore les sabots classiques [aujourd'hui presque disparus aussi], arrivait à cacher les deux visages mâle et femelle !
Dans ce temps-là, la fillette tenait ordinairement son mouchoir à la main, pour cacher la partie de sa figure qui ne dérobait pas aux regards le fameux Rabalet.
L'habitude du mouchoir persiste encore ; mais elle est beaucoup moins fréquente que jadis et tend à disparaître.
C'était toujours le cas de l'autruche, en partie double, et encore plus primitif !

Supposez aujourd'hui un voyageur qui, vers sept heures du soir, revient au mois d'août des courses de Challans (elles ont lieu dans la prairie de Coudrie, en plein marais), et s'en retourne vers Saint-Jean-de-Mont !
"Sur son chemin rencontre", comme dit la chanson, des deux côtés de la route, au bord des talus, d'énormes

maraîchins 2Parapluies violets, toute voile dehors, au manche semblant figé en terre. Qu'en passant en voiture, au trot, et tout à côté, d'un coup de fouet rapide et habile, il fasse basculer le parapluie (distraction innocente des bourgeois du pays !", il apercevra aussitôt un jeune couple, en habit de fête, que la plaisanterie (2) n'aura pas trop surpris, et qui continuera à s'aimer, sous la brise de mer qui s'avance, en attendant que le soleil aille cacher sa vaste face rouge derrière les dunes et les moulins de Saint-Jean, et même les falaises lointaines de l'île d'Yeu ..."
Tout cela a lieu, inutile de le dire, exclusivement avant le Mariage ; et il n'est pas du tout nécessaire qu'on soit fiancé officiellement, pour qu'on ait la possibilité de se livrer à cette distraction, les dimanches et fêtes, et les jours de foire ! C'est ainsi, en effet, qu'entrent en conversation amoureuse tous les jeunes Maraîchins, dès que les sens ont parlé.
C'est ainsi que les sexes apprennent à se connaître et à s'apprécier ; et ce n'est qu'après cette épreuve, éliminatoire au premier chef, que le gars est admis à se mettre sur le rang des candidats aux légitimes noces.
On affirme d'ailleurs que les jeunes filles recherchent plus que les garçons l'occasion de se renseigner ainsi sur la valeur sexuelle des jeunes gens ...

Aujourd'hui, il serait peut-être difficile d'assister à des scènes semblables, car tout se perd, le Maraîchinage comme le reste, au pays maraîchin ; et cette coutume est de plus en plus localisée aux auberges.
Mais à l'époque dont je parle - époque où j'avais vingt ans, moins de rhumatismes, et moins de vie de Paris surtout ! - les parapluies violets battaient encore leur plein, au grand air de la mer ; et le sceptique, que je suis devenu, s'enthousiasmait, s'extasiait alors devant tant d'ardeur, tant d'amour et de joie : il jurait de faire connaître aux citadins des grandes villes cette coutume si extraordinaire de son pays, et de mettre sa plume, déjà expérimentée, au service d'un usage si pittoresque. - Le Maraîchin, temporairement émigré, mais non déraciné, a mis vingt-cinq ans à tenir sa promesse. Il est grand temps qu'il parle, pour ne pas faire un cours d'histoire ancienne et ... d'amours fossiles !

DESCRIPTION ETHNIQUE

Circonstances du Maraîchinage

Il me faut entrer maintenant dans des détails plus précis, et, pour bien faire comprendre l'intérêt de cette coutume de plein air, raconter exactement ce qui se passe dans les différentes circonstances où l'on pratique le Maraîchinage.
Voici quelques scènes vues, qui méritent de retenir l'attention.

En plein air.
a) Rues et lieux publics d'un bourg.
C'est un dimanche, ou un jour de fête, après l'office religieux, après vêpres surtout. Les jeunes filles se sont réunies et circulent sur les places ou dans les rues. Les jeunes gens ont abandonné le cabaret et leur partie de cartes de luette. Ils recherchent du regard la Maraîchine qui passe et qui leur convient. Les fillettes, attendant avec impatience ... l'assaut qu'elles vont subir, continuent à se promener, causant entre elles. Leur petit coeur bat déjà très fort. Seront-elles remarquées du beau gars, bien rablé, qui se montre au sortir de l'auberge ?
Les Maraîchins les suivent un instant, ou parfois, débouchant d'une rue, les atteignent en courant. C'est alors que commence l'attaque. Quant l'un d'eux a fait son choix, il aborde vivement la jeune fille, en tirant fortement par derrière son jupon de frise (cette brusquerie est très spéciale et indique une coutume antique).
D'autres fois, il procède à la première attaque en lui posant la main sur l'épaule gauche et en passant ensuite le bras gauche autour du cou.
Le plus souvent, la Maraîchine n'oppose aucune résistance, on ne proteste que pour la forme, pour la galerie. Elle suit docilement le jeune audacieux ; elle se laisse alors prendre par la taille et le couple s'éloigne. Audaces fortuna juvat !
Quand la jeune fille est en compagnie (camarades ou même parents plus âgés), sur un signe d'un jeune homme, elle ne craint pas de la quitter de suite, pour rejoindre celui qui la convie au plaisir d'être deux !
Si c'est son amoureux en titre, c'est-à-dire son "galant", elle n'hésite pas, bien entendu. Mais, quand elle est tirée par la "queue de son cotillon" par un nouveau soupirant qui ne lui convient pas, ou si elle a promis à son "galant" qu'elle l'attendrait ce jour-là, elle résiste énergiquement à l'assaut, à la manière des primitifs, pour ne pas dire des préhistoriques ! Et la scène qui se déroule est vraiment pittoresque, voire même comique.

maraîchins 3La Maraîchine ne refuse pas seulement d'accompagner le jeune homme. Comme celui-ci insiste toujours, par ... amour-propre tout au moins, tire la jupe de plus en plus fort, et veut s'emparer du gigantesque parapluie (ce qui est le comble de la victoire !), elle se défend de la façon la plus vigoureuse possible, et cherche à se dégager. Pour cela, elle frappe l'assaillant à coups redoublés, sans aucun ménagement. En l'espèce, elle se sert surtout de ses pieds ; mais, lorsque le danger devient grave, c'est alors que le parapluie entre en jeu ... Quand je disais que ce puissant appareil était l'arme nationale de nos Maraîchines ! La lutte peut être vive ; mais, en général, l'entêté cède et se déclare vaincu. C'est alors que ses camarades se moquent de lui, le "blaguent", comme on dirait à Paris, et l'accablent de quolibets, dont le plus employé est celui-ci : "Comme t'es bouétou (boiteux) ; t'as reçu un coup de patte !"
Voici ma formulette, dont je dois la connaissance à ma soeur, et qui correspond parfois à l'entrée en matière. On remarquera que le mot Mochette est employé, soit à la place d'un prénom (Marie, d'ordinaire), soit plutôt dans le sens de "fillette, ma fille", etc.
"Entins-tu, Mochette ?
Vé dans boare un quarte (c'est l'invitation ... à l'auberge pour maraîchiner faite un dimanche au bourg : invitation qui est refusée, parce que la jeune maraîchine a promis sa journée à son galant, Jeannot. - Quarte signifie un verre de vin, puisqu'il y a quatre vers dans un litre.) anet [aujourd'hui] ?
Non, non, iau vu pouet !
Peurquo ?
Ié promis à tchau gas Hannot.
Vé dan, vé dan, iroï te condire jusqu'à la barrère dau tchairé ! ...

Une autre phrase, que je dois à l'un des maires amis de la région, exprime le même désir de Maraîchinage, mais sous une forme plus poétique et plus distinguée, parlant un peu trop bourgeoise ...
" Si ol était in effé de vout'bonté de me laissère BAILLOTERE su les remparts de vout' pauv' petit tcheire, ve seriez la feille la pu aimable de chès maroï [Si c'était un effet de votre bonté de me laisser bailloter sur les remparts de votre pauvre petit coeur, vous seriez la fille la plus aimable de ce marais] !
[Bailloter signifie, ici plus que "baiser sur les lèvres" ; il indique nettement la pose, mouvementée et répétée, de lèvres masculines sur des lèvres féminines, avec l'intervention de la langue. En effet, bailloter doit venir du terme patois maraîchin : Balot ou ballot (ou baillot), qui signifie lèvre.

Voici encore une autre formulette :
Mais gll'o-z-a-pris de haut
Gll' en restit tot ballot.

Ce mot a ici le sens de "bouche bée" ; il a été traduit par le terme "bégaud", inconnu de nous, par Maurice Bouchor (Quarante chansons popul. de l'Ouest, p. 138).
On retrouve le mot Ballot dans plusieurs vieilles chansons de l'ouest ; qu'il nous suffise de citer ces vers de : "Maman j'ai-z-un amant" (J. Bujeaud, Chans. de l'Ouest, t.II, p. 56) :
"Il vous a-t-un menton
...
Et un "Ballot" qui r'semble
Au grouin d'un cochon."

On connaît le terme Amuse-Ballot ou Use-Ballot, qui désigne, dans le Marais de Mont comme sur les côtes de Vendée, un petit mollusque portant le nom de Pignon.
Le mot ballot remonte jusqu'à Nantes et peut-être plus haut ; car il est cité par P. Eudel (Loc. nant., 1884, p. 14).

"Te velà, Rousit [Rose, en maraîchin, se dit Rousit, comme Marie se dit Mochette], veux-tu qui allions ché Quevéa [aubergiste] ? Y a dau chambres hautes. Y érons prendre in cafaé et pis y crochererons ; et y ferons lambiche. Jacquot Nauléa y est déjà avec Mochette Baude. I passerons un bon moment."
A noter le terme "crocheter" s'appliquant à l'acte de se prendre par la taille et par l'épaule, c'est-à-dire signifiant "s'enlacer".

Enfin, les couples se forment peu à peu. Deux à deux, on prend un chemin différent ; mais bientôt on s'arrête sur l'un des côtés de la rue, ou bien de préférence dans l'encognure d'une maison, sur la voie publique. On se prend les mains et tombe en extase.
La jeune fille ouvre alors son parapluie ; et, à l'abri des indiscrets, plutôt que du soleil (on s'arrête souvent à l'ombre d'une habitation) et de la pluie, la conversation s'engage et le Maraîchinage commence.
Le "gars" reprend à ce moment la main de la jeune fille ; puis l'embrasse ; il s'efforce, surtout à l'époque actuelle, de la décider d'entrer à l'auberge.

b) Auberge

Maraîchins 4Quand la jeune fille accepte, elle se rend la première dans la chambre choisie ; et son galant la suit. C'est là qu'à lieu désormais le vrai Maraîchinage, que nous décrirons dans un instant.
Après avoir pris leur consommation (ce qui demande souvent plusieurs heures !) et s'être longuement embrassés, les jeunes gens sortent de l'auberge, parfois exténués de fatigue ; et cependant on ne s'en tient pas là.
Un Maraîchin a signalé lui-même les faits suivants : "A Saint-Jean-de-Mont, par exemple, le Maraîchinage bat son plein, le dimanche, de midi à 4 heures, l'hiver, et de 3 à 8 heures l'été ... [Après la danse], les Maraîchines se dirigent vers l'église ; mais, en route, tirées au cotillon (telle est l'expression) par leurs galants, et, après quelques doux mots échangés, elles s'empressent de se diriger vers une auberge voisine, où les joyeux couples sont reçus en chambre particulière. Et il n'est pas rare de voir, dans la même pièce, appuyés au bord des lits, quinze garçons et autant de filles s'embrasser des heures entières, tout en prenant une consommation."

Retour à la maison

Le jeune homme va accompagner la jeune fille sur la route de la maison de sa famille, située souvent au milieu du marais. C'est alors qu'il porte lui-même le parapluie, et parfois le panier, s'il y a lieu. Il va jusqu'à quelques centaines de mètres de la demeure de sa "bonne amie". De temps en temps, en route, ils s'arrêtent d'ailleurs sur le bord du chemin ou se cachent derrière un buisson, dans une prairie, dans un fossé, et même dans les "loires" (partie basse des prés où séjourne l'eau pendant l'hiver).
Ils recommencent là à maraîchiner. Ils attendent souvent le crépuscule, et même la nuit, avant de se quitter.
C'est à ce moment, l'obscurité aidant, et l'excitation sexuelle étant portée à son comble, qu'ils en arrivent parfois au véritable coït. Mais, en réalité, sauf dans certaines communes (La Barre-de-Mont, Notre-Dame-de-Mont, etc), cette éventualité est assez rare, et ne rentre presque plus dans le fait ethnique, c'est-à-dire dans la coutume en question proprement dite. En général, la jeune fille revient pour souper ; et le jeune Maraîchin va la reconduire presque jusqu'à sa porte. La plupart du temps, il s'arrête pour embrasser son amie une dernière fois, à la dernière barrière de la prairie voisine de la ferme.
Le dimanche soir, comme nous l'avons dit, on voyait jadis de nombreux couples, échelonnés ainsi sur les différentes routes au sortir du bourg, et stationnant de longues heures, toujours sous le parapluie, à l'orée des prés ou à l'entrée des "charrauds" (chemins de traverse).

Garde

Le dimanche, dans l'après-midi, tout le monde va au village ; il ne reste à la métairie que la servante, ou une jeune fille, qui est de garde pour le soin des bestiaux.
Celle-ci retrouve alors son galant en allant "tirer" les vaches, dans les prés du Marais. Le jeune homme porte le seau à lait ; et c'est accoté au paillier de la cour ou à une meule de foin que l'on maraîchine.

Marchés, foires et fêtes

Les jours de marché et de foire sont, comme les jours de fêtes religieuses et les dimanches, des occasions de rencontre pour les jeunes gens.
Quant un galant et sa bonne amie sont venus à la foire, ils maraîchinent ensemble, généralement à l'auberge, mais aussi dans les rues.
Chose très curieuse, si la Maraîchine n'a pas son galant à la foire, elle n'hésite pas, parfois, à accueillir les propositions de n'importe quel autre Maraîchin, pourvu que le jeune homme lui plaise. Mais jamais elle n'acceptera les avances d'un jeune Bourgeois, ou d'un homme du Bocage !
Elle veut bien s'amuser, vérifier si, par hasard, elle a bien choisi son galant, en essayer un nouveau, tenter encore une fois la chance, mais avec un camarade de son rang et de son pays, car elle sait qu'il ne peut pas y avoir de mariage possible, si, au bout du ... fil, il n'y a pas un Maraîchin.
Dans ces conditions, elle entre à l'auberge ; et, bien qu'elle ne connaisse pas encore son partenaire, elle lui accorde les mêmes faveurs qu'à son amoureux en titre.
Dans les foires, aux préveils, il n'est pas rare de voir quinze à vingt couples dans la même salle de l'auberge ; mais, ordinairement, et à l'époque actuelle surtout, ce Maraîchinage par groupes se fait dans une salle spécialement réservée à cet effet.
D'autres fois, les couples s'isolent sous le parapluie entre les baraques des marchands ambulants, et même sur la voie publique. Alors, pour circuler et passer, il faut les bousculer ou les écarter soi-même, quand on conduit, par exemple, une voiture ou un cheval par la bride.
Au retour de la fête, même cérémonie que les dimanches, tout le long de la route !

Noces

On "maraîchine" aux noces, comme les jours de foire ou de fêtes religieuses.
Je n'insiste pas sur les détails des noces maraîchines, fort intéressantes d'ailleurs, car cela m'entraînerait trop loin. Je me borne à dire quil est de règle, pour les jeunes gens, de ne pas se coucher, et de ne pas dormir la nuit qui suit la cérémonie ...
C'est vers minuit qu'on sort généralement de table. On va alors danser la "Maraîchine", dans l'aire de la ferme, au clair de la lune.
Mais, bientôt, les danseurs fatigués se dispersent peu à peu. Tout semble alors endormi. En réalité, les jeunes gens veillent : ils Maraîchinent ! Ils sont "au pailler", c'est-à-dire couchés deux par deux, entre des tas de foin ou de paille, et ne perdent pas leur temps.
Quand le pailler est encombré, - ce qui est fréquent, car les invités sont fort nombreux aux noces ! - les couples amoureux se réfugient dans les granges et les greniers. Il est de règle de Maraîchiner jusqu'à l'aube.
Parfois le sommeil a raison des plus ardents baisers ; mais, dès qu'on se réveille, on recommence ! Pourtant, il n'est si bons amis qui ne se quittent ; et c'est ce qui arrive quand apparaissent, à l'horizon lointain du marais, les premiers feux du soleil, tout chargés de la buée des marécages d'alentour.
Un jour, ma soeur, âgée de quatorze ans (ceci se passait en 1887), assistait avec ma mère à une noce en plein marais, à la ferme de la Basse-Epine, commune de Saint-Jean-de-Mont. Après le repas du soir, un jeune Maraîchin, - sans doute exclusivement pour plaisanter, en raison de son jeune âge, - lui proposa d'aller au pailler rejoindre ses grands camarades, en train de maraîchiner. Elle a gardé un souvenir très précis de cette aventure locale, qu'elle me contait récemment, en me voyant rassembler des notes sur la coutume caractéristique d'un pays qu'elle connaît bien.
Un maraîchin de Saint-Jean-de-Mont a écrit : "Chose vraiment curieuse, après la chanson de la mariée, sur les 11 heures de nuit, chaque garçon prend sa fille [sa cavalière, comme on dit] sur les genoux, je crois ; et, dans les bras l'un de l'autre, l'on s'embrasse des heures entières, sous la surveillance du chef de maison, qui ne tolérerait à aucun prix une absence trop prolongée, en plein air, d'un des couples. Quand cela arrive, on recherche immédiatement les absents, qui sont ramenés en brouette, à titre d'expiation, devant toute la noce."

Veillées

La veillée est très connue dans le Marais de Mont ; et R. Bazin, dans son roman, a essayé de la décrire. Rarement on y maraîchine, parce qu'on est en hiver, et qu'il ne fait pas beau, en plein air ! Cependant parfois on y danse ; et, alors, comme aux noces, un couple a bien vite fait de tromper la surveillance des parents. On va se cacher dans la grange ou à l'écurie, derrière un tas de paille.
Après la veillée, vers minuit, les jeunes gens vont reconduire en yole les jeunes filles chez elles, car, l'hiver, le marais est presque en entier sous l'eau, à part les petits îlots, d'où émergent les fermes isolées. Si dans la yole, il y a un moyen de maraîchiner, on ne le laisse pas échapper.

EPOQUE DU MARAICHINAGE

Il faut absolument insister sur ce fait que le Maraîchinage se termine avec les Noces.
Il ne se continue jamais, sous forme de libertinage, après le mariage, qui est sa seule raison d'être. Les maraîchins et les maraîchines mariés ne maraîchinent plus. - C'est donc une coutume, qui a pour but "le bon motif", et non pas un simple mariage de la main gauche !
Les maraîchines, si libres d'allure, alors qu'elles sont encore jeunes filles, et parfois plus que demi-vierges, une fois devenues des épouses, sont d'excellentes mères de famille. Leur conduite ne donne, d'ordinaire, prise à aucune critique.
Certes, les mères ne surveillent pas leurs filles, comme on le fait dans la bourgeoisie ; et c'est ce qui explique la persistance de la coutume. Certes, elles répètent, pour le Maraîchinage, comme pour bien d'autres choses : "Ma fille ne fait que ce que j'ai fait ; et tout s'arrangera".
On a pu écrire : "Quand arrive le soir, galants et galantes se reconduisent jusqu'à la maison paternelle ; d'où bon accueil des parents, qui sont enchantés le plus souvent de cette façon d'agir de leurs enfants, car, pour le public, leurs filles ont des amateurs ; donc, aucun inconvénient de ce côté-là !"
Il en résulte que la maraîchine jeune est toujours d'un abord facile pour le maraîchin.
Une locution du pays donne une idée de son caractère, au point de vue des relations sexuelles. Quand un jeune homme lui propose les choses les plus hardies, elle répond toujours : "Fais tôt ce que tu voudras ; mais vaque à ma coeffe".
Cette jeune fille est attachée au sol natal et le quitte très rarement pour aller à la ville, soit comme ouvrière, soit comme domestique ; et on n'en découvrirait peut-être pas une seule originaire de ce Marais dans les rangs de la prostitution clandestine ou publique.
Nous trouvons d'ailleurs presque la preuve de ce fait, dans la statistique de l'origine des prostituées de Paris, publiée par O. Commenge, pour la période de 1878 à 1887. Cet auteur a noté, pour la Vendée, un total de six, pour une période de dix ans. Or, ce chiffre est un des plus bas qui ait été observé !
Au-dessous de la Vendée, on ne trouve, en effet, que la Corse, les Pyrénées-Orientales, le Tarn-et-Garonne, le Var et les Basses-Alpes (avec 5), le Vaucluse (avec 4), l'Aude et l'Ariège (avec 3), le Gers, l'Hérault, le Tarn, la Lozère (avec 2), les Hautes-Alpes (avec 1).
Les Deux-Sèvres et la Charente-Inférieure, départements voisins sans grandes villes, ont déjà des chiffres de 13 et 14, au lieu de 6 !
[La plupart des prostituées originaires de Vendée viennent d'ailleurs à Paris ; mais, cependant, quelques-unes s'arrêtent à Nantes. La plupart proviennent des ports de mer, et non du Marais septentrional dont nous parlons.]

DESCRIPTION PHYSIOLOGIQUE

Une chose sur laquelle il faut revenir tout d'abord, c'est la façon dont commence le Maraîchinage. "L'entrée en matière, a dit avec raison mon ami A. Barrau, l'écrivain maraîchin bien connu, s'opère invariablement de la même façon. Le jeune homme tire par son jupon, ou par son parapluie, la jeune fille avec laquelle il veut entrer en conversation amoureuse ; puis, brusquement, il lui prend la main gauche ; puis il lui agrafe la taille, et enfin lui passe le bras (gauche) autour du cou, en lui écrasant les lèvres d'un baiser sonore ..."
C'est là le début des hostilités ... vraiment intimes. Le parapluie s'ouvre alors et simule un abri tutélaire pour les "caresses incendiaires" qui vont suivre. C'est la jeune fille qui tient de la main droite l'accessoire ouvert.

Quelques formulettes ou dictons, ou expressions spéciales, vont de suite donner une idée du Maraîchinage. Je vais me borner à en citer quelques-unes :
Mé ton pé contre mon pé,
Mé ta main dans ma main (impossible d'écrire la prononciation du mot main en patois)
Et bisons-nous !

Cette phrase est souvent prononcée par les jeunes filles, au début des escarmouches amoureuses, d'après ma soeur qui me l'a citée.
Cette autre, que je dois à mon ami, Ch. Milcendeau, l'habile pastelliste du Marais de Mont, originaire de Soullans, sort de la bouche des hommes ; elle est d'ailleurs plus vulgaire et moins poétique !
"Mé ta langue dans ma goule, et dis mé que te m'aimes !"
Erdna a écrit : "Le maraischinage est un flirt grossier, avec torsions de bras, tapes et coups de poings, rires bruyants, et déclarations amoureuses". C'est exact, mais au début seulement ; et c'est jadis surtout qu'on opérait ainsi ! - Actuellement, on est devenu plus calme, comme l'a noté A. Barrau.

Quoi qu'il m'en coûte, c'est le moment de décrire avec détails, en homme de science, l'acte véritable du Maraîchinage, description devant laquelle tous les Vendéens ont ... reculé jusqu'à présent, tant leur respect est grand pour les choses antiques ! Le français, dans les mots, pouvant, aussi bien que le latin, braver l'honnêteté, on me pardonnera cette ébauche, faite à dessein en langage très technique, et dans un style volontairement sobre d'épithètes suggestives.

a) Auberge

Assis le plus souvent sur un banc, ou renversé et à demi-couché sur le bord du lit, ou même absolument couché sur un lit, de même que sa "galande" tout de son long étendue, le Maraîchin commence par embrasser sur les lèvres sa "bonne amie" ; et celle-ci lui rend son baiser avec un égal entrain. Quand l'accoutumance est obtenue, on va un peu plus loin. On se serre ; on s'enlace ; on se roule sur le lit !
Quand les amoureux sont assis, en face d'un verre de vin ou d'une tasse de café, la jeune fille tient d'une main son mouchoir sur sa joue, pour se cacher le bas de la figure ; et, en cette occasion, le mouchoir semble restiné à remplacer l'ancien chapeau Rabalet, ou plutôt le parapluie du Maraîchinage en plein air.
Le jeune homme n'hésite pas alors à introduire sa langue entre les arcades dentaires, pas toujours très intactes (Très souvent les maraîchines ont des dents cariées - c'est un fait qui a frappé tous les médecins étrangers venant dans le pays - mais seulement à un certain âge, et surtout après-le-mariage), de sa partenaire, qui lui rend instantanément la monnaie de sa pièce, sans la moindre hésitation et avec une satisfaction visible.
L'introduction s'accentue et s'accompagne de mouvements de circumduction et de plongées pharyngiennes, parfois très profondes, si l'on peut ainsi parler. Les langues fouillent en sens contraire tous les recoins des muqueuses buccales, et tous les diverticules, pour multiplier les contacts ; et, bientôt, à ce petit jeu, d'abord sans conséquence, succède un éréthisme nerveux, local, qui, par l'intermédiaire des centres, retentit rapidement sur les organes génitaux de l'un et de l'autre sexe.
Cela va même si loin, quand il s'agit de maraîchins ardents, et non encore blasés sur les ... avantages de ce flirt buccal, que très souvent sensation voluptueuse s'en suit, et pour la femme et pour l'homme.
On prétend même qu'il y a parfois éjaculation véritable chez l'homme, sans attouchement ou frottement local.
Mais il est inutile de dire que, si l'on peut sans difficulté assister aux manifestations extérieures du maraîchinage, il est fort malaisé, soit de savoir ce qui se passe vraiment sous les vêtements mêmes, soit de provoquer des confidences assez intimes et suffisamment véridiques pour que le médecin puisse être édifié sur les phénomènes génitaux qui se produisent réellement, au moment où l'excitation sexuelle est portée à son maximum par es attouchements bucco-linguaux énergiques et répétés.
Certains prétendent qu'à un moment donné la jeune fille énervée ne résiste plus et qu'elle est à la merci de son galant. Celui-ci, dans ces conditions, la masturberait à différentes reprises, cela pendant plusieurs heures, et presque sans relâche.
[La masturbation génitale de la femme par l'homme est un fait rare, mais qui est indéniable à mon avis. - C'est surtout dans les bourrines de la Rive de Mont que le fait a lieu, d'ailleurs à l'insu des parents. Les jeunes gens sont généralement couchés ensemble sur un lit, la maisonnette étant vide ; et alors ils passent, comme ils disent, "un bon moment" ! La maraîchine est alors étendue les jupons relevés, et le haut du corps seulement éclairé. - Jadis cette masturbation était plus fréquente.]

En tout cas, jamais, à l'auberge, il n'y aurait coït vrai.
On a dit aussi que la jeune fille se livrait elle-même à des attouchements de la verge de son amant ; mais je me permets de douter beaucoup de cette masturbation génitale particulière, au point de vue de la coutume générale, s'entend.
En réalité, il n'y a guère là, à mon avis, qu'une masturbation buccale réciproque. La sensation voluptueuse n'est obtenue que par l'intermédiaire d'une muqueuse non génitale et du système nerveux central.

Maraîchins 7

b) Plein air

Les choses se passaient en plein air, autrefois, de la même façon ; mais, actuellement, sur les routes et dans les prés, on se borne à s'embrasser debout more columbino sous le parapluie, bien entendu. Mais le parapluie ne joue guère un rôle de protection contre les regards des curieux. "Ce fragile paravent ne serait-il donc qu'un symbole narquois vis-à-vis des quolibets qui pleuvent, mais glissent sur son étoffe légère", comme l'a dit récemment le Dr Vigne ?
Puis l'on s'asseoit d'ordinaire sur l'herbe ; et l'on s'étend sur le sol, comme on le ferait sur un lit, à l'auberge !
Le coït, quand il a lieu, se produit généralement dans ces conditions, à l'abri d'une dune ou sur la lisière des sapins qui la couvrent (N. D. de Mont, etc.), plus rarement dans une prairie (Le Perrier, etc.).

Pendant les périodes de repos, les amoureux se bornent à se tenir la main. Le maraîchin presse celle de sa "bonne amie", en la regardant d'une façon spéciale.
Le visage semble exprimer, pour la femme, une sensation particulière de bien-être, d'ordre sexuel, tout à fait comparable à celle qui résulte du simple palper, par un sexe différent, de certaines régions cutanées, plus sensibles que d'autres à ce point de vue (peau du cou, cuir chevelu, etc.)
Les paupières sont abaissées ...
Il faut noter tout spécialement dans le maraîchinage cet abaissement des paupières. En effet, Paul d'Enjoy a dit, avec raison, en parlant du baiser chinois : "L'abaissement des paupières ... doit être interprété comme l'expression sensible de l'émotion causée par la satisfaction très vive d'un de ses sens les plus impérieux ... [On] se recueille religieusement [c'est le mot], les yeux fermés, comme pour accaparer le plaisir, l'étreindre, s'y confondre, s'y endormir, et rêver jalousement au bonheur qui vient d'échoir. Les yeux clos dénotent la volupté ... ; ils révèlent un état nerveux, quasi spasmodique ..."

Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette coutume, c'est le calme avec lequel on opère au cours du Maraîchinage, une fois l'action engagée. Les préliminaires sont parfois assez longs ; mais rien n'est susceptible d'émouvoir nos amoureux attablés à l'auberge, et surtout abrités derrière le fameux parapluie traditionnel ! On a beau les surprendre, les bousculer, les agacer, leur faire des farces, se moquer d'eux : ils restent imperturbables ... Ils vont jusqu'au bout du rouleau ..., indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux.
Si fractus illabatur orbis
Impavid [os] ferient ruinoe ...

J'ai éprouvé tout récemment, en considérant ces ébats avec les yeux d'un savant qui aurait oublié sa jeunesse, la même impression qu'en étudiant les mouvements de physionomie des belluaires mondains, et des dompteuses en toilette de soirée [si remarquables à la Bostock's Arena américaine, en particulier]. "Grands dieux, n'ai-je pu m'empêcher de noter ! Que tout ce monde-là est calme en face du danger ... Quelle patience et quel sang-froid !"

En raison de cette impassibilité, incroyable pour qui ne l'a pas vue, la Maraîchine en extase amoureuse reste insensible à toutes les plaisanteries que peuvent imaginer ses amies, ou les camarades de son "galant". Comme l'a rappelé A. Barrau, on peut attacher avec des épingles les vêtements des amants enlacés, sans qu'ils s'en aperçoivent ; et il en résulte, lorsque enfin ils se séparent, que jupes et culottes de drap se déchirent aux endroits dont la loi exige une protection efficace ...
Mon maître et ami, M. le Dr Ch. Féré, a bien montré que "les parties, dont la mobilité est plus grande, sont celles dont la sensibilité est le plus considérable ; que les régions de la face, les plus proches des orifices naturels, sont les plus sensibles, en particulier le pourtour des lèvres et le bout de la langue, qui jouit d'une délicatesse particulière ... Ce sont ces parties qui entrent en jeu dans le baiser ; et leurs sensations sont d'autant plus intenses que leur mobilité est en même temps plus active, c'est-à-dire que les contacts se multiplient davantage entre organes similaires".

Ces données expliquent le rôle joué par la langue dans le Maraîchinage, et comment est obtenue, en l'espèce, la sensation voluptueuse, car, d'après Féré, le Cataglottisme, que célébrait Tibulle : Et dare ankelanti pugnantibus humida linguis - Oscula et in collo figere dente notas ...
procure un ultime de plaisir !

On n'a pas noté de troubles physiques et intellectuels à la suite du Maraîchinage. Cela tient à ce qu'on ne maraîchine forcément que pendant quelques années, et que les maraîchins sont des travailleurs de plein air, et des cultivateurs. D'ailleurs, la masturbation elle-même, pour causer des troubles réels, doit se produire dans de tout autres conditions.
Quelque riche que soit la flore pathogène de la cavité buccale, il n'y a pas grand danger d'infection réciproque, en particulier au point de vue de la syphilis, qui est très rare en ces régions, malgré le service militaire obligatoire.
D'ailleurs, au régiment, le Maraîchin reste chaste en général, ne trouvant pas à la ville à "Maraîchiner" à la manière de son pays.
D'autre part, il est évident que si une jeune fille remarque une lésion quelconque sur la face ou dans la cavité buccale de son galant, elle arrête immédiatement ... les frais et se dérobe, car elle sait qu'elle trouvera très facilement, et de suite, un remplaçant en excellente santé !

Maraîchins 6


LUTTE CONTRE LA COUTUME

RELIGION

On prétend, en effet, que, de tous temps, le Clergé catholique, dont la puissance est si redoutable en cette patrie des soldats de Charette, a essayé de combattre cette habitude. Mais, à mon avis, la lutte n'a jamais, à dessein, dû être menée très vigoureusement. Les prêtres savent très bien que, pour régner sur terre, il ne faut pas chercher à enlever à la femme les plaisirs sans danger !
D'ailleurs, s'ils avaient tenté sérieusement de stigmatiser cette coutume, ils auraient succombé à la peine ! Ce sont là des moeurs qu'on ne déracine pas ; il n'y a qu'à les laisser mourir de leur belle mort. Tout ce qui touche à l'Amour n'est-il pas au-dessus des Religions, surtout chez les peuples les plus primitifs, heureusement d'ailleurs pour l'avenir de l'Humanité ?
En tout cas, les Théologiens connaissent depuis longtemps la théorie de ce baiser spécial. Aussi bien leurs ouvrages classiques traitent-ils de péché mortel "le baiser de bouche à bouche, s'il se prolonge avec délection (c'est-à-dire sensation voluptueuse), et surtout si, comme dit Billuard, il est accompagné de l'introduction de la langue, ou more columbino".
Erdna a écrit : "Du haut de la chaire chrétienne, les prêtres ont tonné contre cette coutume si contraire à la bienséance, recommandant à leurs ouailles d'avoir toujours, dans leur maintien, la retenue, la décence et la sagesse de Rébecca". - Nous avons déjà dit que ce fut toujours peine perdue.
J'ai rappelé plus haut la façon dont un curé du Marais avait voulu châtier de son fouet un couple qui maraîchinait sur route ! Je n'y reviens pas.

Maraîchins 9

 

 

ADMINISTRATION

a) On raconte constamment en Vendée, d'autre part, qu'il y a une vingtaine d'années un Préfet du département eut l'idée de prendre un arrêté condamnant à l'amende tout couple surpris en train de Maraîchiner ! Ca aurait été une grosse faute politique et sociale, car, aujourd'hui encore, tout le monde ferme les yeux.
Mais, en ce qui me concerne, j'ai toujours eu certains doutes sur l'existence réelle, et surtout sur la mise en pratique de ce prétendu arrêté, car je n'ai pas pu en retrouver le texte à la Préfecture de la Roche-sur-Yon.
D'ailleurs, pour m'assurer que mes recherches avaient été suffisantes, j'ai, en 1903, consulté le préfet actuel, lui-même, à ce sujet ; et voici ce qu'a bien voulu m'écrire M. d'Auriac, érudit aussi avisé qu'administrateur prudent. "Je n'ai retrouvé aucun arrêté de mes prédécesseurs. J'aurais été étonné, d'ailleurs, qu'un Préfet ait cru devoir et pouvoir intervenir en pareil cas. Les actes en question tombent, en effet, sous le coup de la loi, qui punit les outrages publics à la pudeur, s'ils sont publics ; mais, s'ils ne le sont pas, ils ne constituent ni crime, ni délit. Pour répondre à votre question, on m'a signalé une discussion du Conseil général de la Vendée du 26 août 1890, où il aurait été question du Maraîchinage. Je l'ai sous les yeux ; le mot n'y est pas prononcé ; et, s'il y a allusion à la chose, cette allusion est bien voilée ...
Il paraît toutefois qu'un de mes prédécesseurs a pris un arrêté à ce sujet, à la date que vous indiquez (1880-1882). Mais cet arrêté ne fut pas inséré au Recueil (sans doute parce qu'il était dépourvu de toute sanction) ; et il n'en subsista que la minute, que certains ont vue au bureau du Cabinet. Un secrétaire-général, en partant, l'a emportée, comme curiosité ! Je doute qu'on la retrouve jamais ; mais vous pourriez demander, dans les diverses communes du Marais, si l'on en a souvenir, ou si même il y existe à l'état d'expédition."
Voilà qui est net et clôt définitivement l'incident de l'arrêté préfectoral, signé, disait-on, par M. de Girardin, arrêté auquel semble toujours croire notre ami A. Barrau et son compatriote Sarcel.

En effet, Sarcel a récemment écrit :
"Vers 1882 (?), le Préfet de la Vendée, M. le comte de Girardin, fit dresser, par la gendarmerie, des procès-verbaux aux couples qui maraîchinaient dans les chambres des auberges. Des condamnations pour attentat à la pudeur furent même prononcées par un juge de paix des environs de Challans. Ces condamnations ne portèrent pas chance à ce magistrat, qui fut, quelques années plus tard, mis dans l'obligation de démissionner ; il avait été surpris par des gendarmes en flagrant délit de ... Maraîchinage."

Nous laissons, bien entendu, à l'auteur précité la responsabilité de ces affirmations, qui mériteraient d'être prouvées par des documents manuscrits ou imprimés.
Un de nos correspondants nous avait écrit de son côté : "En 1880, quelques faits ayant été portés à la connaissance de l'administration, le Préfet de la Vendée avait pris un arrêté invitant les agents de l'autorité à verbaliser contre ceux qui maraîchineraient en public."
Mais, comme nous venons de le dire, la Préfecture de la Roche-sur-Yon ignore absolument aujourd'hui, au point de vue administratif, un fait dont toutes les traces ont d'ailleurs disparu !

b) Erdna a parlé du rôle des Municipalités et des maires à propos du Maraîchinage.
"Un jour, dit-il, dans une sainte indignation, le Maire [de Challans] fit fouailler, comme des chiens, ceux qui encombraient si immodestement la voie publique. Ce mardi-là, le fouet du garde-champêtre fut le vengeur de la morale outragée ; mais il n'eût pas été bon de recommencer la même épreuve avec les têtes chaudes du Marais !"
Inutile de dire que les maires de la Barre-de-Mont ont toujours ignoré le précédent créé par leur ancien collègue de Challans ... Cela est vraiment de l'histoire trop ancienne !
L'ami A. Barrau m'écrivait récemment : "J'ai assisté à une scène véritablement comique entre le préfet moraliste M. de Girardin (susnommé) et un paysan, maire d'une petite commune de notre Marais (Châteauneuf), qui reprochait à celui-là d'empêcher le maraîchinage. J'en ai fait le sujet d'un article qui paraîtra dans les Contes Vendéens."
D'après le maraîchin de Saint-Jean-de-Mont déjà cité, "la gendarmerie de Saint-Jean-de-Mont voulut intervenir, il y a une quinzaine d'années ... ; mais les aubergistes lui jouaient le tour. Ils payaient une personne, qui les prévenait de l'arrivée de la police. Or, à ce moment, filles et garçons cessaient leurs embrassades et paraissaient causer sérieusement ; mais, après, que de joyeux ébats !"

En tout cas, en juillet 1904, j'ai eu la preuve que certains maires du pays avaient pris jadis des arrêtés contre le Maraîchinage. J'ai pu retrouver, en effet, le texte de l'un d'eux, datant de 1882, grâce à l'amabilité de mon excellent confrère, M. le Dr Guérin, de Saint-Jean-de-Mont, adjoint actuel de cette commune ; et je crois utile de le reproduire ici pour l'édification de tous.

"Le Maire de la commune de Saint-Jean-de-Mont, considérant que des jeunes gens et jeunes filles de la commune commettent des actes contraires à la morale et outragent la pudeur en se livrant au "Maraîchinage" ; considérant en outre que ces actes ont lieu dans les cabarets et sont tolérés par les débitants ; ARRETE : Art. 1er. Le "Maraîchinage" est interdit, tant sur la voie publique que dans les auberges et cabarets. - Art. 2. Les jeunes gens et jeunes filles qui s'y livreraient seraient passibles des peines portées à l'article 330 du Code pénal. - Art. 3. Les débitants qui le toléreraient dans leur établissement seraient poursuivis comme receleurs. - Art. 4. La gendarmerie et le garde-champêtre de la commune sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
Mairie de Saint-Jean-de-Mont, le 14 Mai 1882.
Le maire : Signé, M. CAIVEAU.
Pour copie conforme,
En mairie de Saint-Jean-de-Mont, le 22 juillet 1904.
Pour le maire absent :
Le 1er adjoint, Dr GUÉRIN."

A noter surtout, dans le texte de cet arrêté, l'emploi du mot Maraîchinage, devenu ainsi officiel !

c) On a essayé aussi, au dire d'Erdna, de poursuivre les délinquants devant le juge de paix ... pour encombrement de la rue, pour infractions aux arrêtés municipaux, etc. Et il paraît qu'aux greffes, on pourrait retrouver des documents relatifs à ces procès !
De plus, on m'a signalé un procès-verbal, qui aurait été dressé, en 1880, contre une jeune fille du Perrier et de son amoureux. Une condamnation assez forte aurait été infligée aux coupables pour outrage public à la pudeur.

Et on prétend que c'est surtout depuis cette affaire que le Maraîchinage se pratique à huis clos dans les auberges.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les Maraîchins payèrent les amendes imposées ; mais, les jours suivants, ils maraîchinèrent à nouveau : "Chassez le naturel, il revient au galop !"

C'est plutôt, à mon avis, le service militaire obligatoire, qui est la cause de la modification actuelle.
Les hommes, après avoir passé par le régiment, deviennent plus timides et plus respectueux des lois modernes.
Toujours d'après le même Erdna, des procès-verbaux auraient été dressés, d'autre part à diverses époques, pour outrages à la pudeur, mais sans grand résultat, l'outrage à la pudeur n'étant pas suffisamment caractérisé.

En somme, l'Autorité, représentée ici par la Religion et l'Administration, a dû battre en retraite. Ce n'est là que de la Justice, et de la bonne : "L'Amour, c'est la Vie ; et "la Vie est plus forte que la Mort !". Et Michelet a dit : "Celui qui n'aime pas demeure dans la Mort !"

chapeau Rabalet

aventure - curé



Extraits de :
Le Maraîchinage :
coutume du pays de Mont (Vendée)
3ème édition
par le Dr Marcel Baudouin
1906