UN COLLEGE DE PROVINCE
AU XVIIIe SIECLE

BEAUPRÉAU

"Il existait, avant la Révolution, dans l'arrondissement de Beaupréau, un collège où l'on faisait d'assez bonnes humanités, et qui comptait de deux à trois cents élèves. C'était une pépinière inépuisable pour le clergé, et c'est peut-être à cet établissement qu'il faut attribuer la ferveur religieuse qui règne dans tout cet arrondissement. L'éducation qu'on y recevait, dirigée par les Sulpiciens, était singulièrement austère et sombre, et se composait d'une multitude de pratiques mystiques et minutieuses."

Ainsi s'exprimait, dans une lettre au Ministre de l'Intérieur, le Préfet de Maine-et-Loire, le citoyen Montault des Isles, à propos de l'enquête scolaire de l'an IX. D'accord avec le Conseil d'arrondissement et le Conseil général, il demandait instamment au Gouvernement de vouloir bien rétablir l'ancien collège de Beaupréau. Le Ministre fit droit à cette demande et le premier Consul approuva la nouvelle institution. On y fait encore aujourd'hui "d'assez bonnes humanités et la maison est toujours pépinière inépuisable pour le Clergé", au grand profit de tout le diocèse d'Angers et des congrégations religieuses.

collège Beaupréau

FONDATION DU COLLEGE

Le collège de Beaupréau eut pour fondateur un membre de la Société de Saint-Sulpice, M. François Chollet, directeur au séminaire d'Angers. Le 3 juillet 1710, il achetait du sieur Bérault de la Chaussaire une vaste maison, appelée le Haut-Verger ou Belair, et située dans l'un des faubourgs de la petite ville de Beaupréau. Au mois de novembre de la même année, on fit l'ouverture des classes. Les choses allèrent si bien qu'elles dépassèrent toutes les espérances, et dix ans après la fondation, on comptait déjà une centaine d'élèves, dont la moitié à peu près étaient externes.
La maison était donc aussi florissante que possible. Le vénérable M. Chollet, craignant que son oeuvre ne périt avec lui, se détermina à en faire donation à la Compagnie de Saint-Sulpice. Le 10 septembre 1723 eut lieu l'acceptation légale de la Société. Les biens du collège appartenaient au séminaire de Paris, mais c'était le séminaire d'Angers qui devait administrer l'établissement, au temporel et au spirituel. Il en fut ainsi jusqu'à la Révolution.

PRINCIPAUX DU COLLEGE

M. Chollet confia la direction de sa maison de Beaupréau à un jeune prêtre de vingt-sept ans, M. Deniau, vicaire à La Jumellière, qui fut ainsi le premier principal du collège (1710-1723). Sa jeunesse ne nuisit en rien au succès de l'oeuvre qui lui était confiée, et quand il mourut, le 13 février 1723, la maison de Belair était un collège de plein exercice, l'un des plus importants de la province d'Anjou.

Le nouveau principal était tout désigné d'avance : M. Housseron succéda à celui dont il avait été constamment l'ami et le conseiller. Ce fut tant mieux pour l'institution, qui prospéra beaucoup sous sa direction. Boisselée par boisselée, M. Housseron acquit une partie des jardins qui entouraient le collège ; si les propriétaires refusaient de vendre, mais consentaient à un échange, il achetait ailleurs des terrains qui leur convenaient et se faisait céder ceux dont il avait besoin. Ce fut là son oeuvre propre, éminemment utile pour un collège naissant. A mesure qu'il faisait ces acquisitions, il les cédait à la Compagnie de Saint-Sulpice ; chaque acte d'achat était suivi d'un acte de donation. Aux vacances de 1746, le principal accepta la cure de Luigné et quitta l'institution, qu'il avait contribué à fonder et si heureusement développée. Il y avait passé trente-six ans.

Le successeur de M. Housseron ne devait pas le faire oublier. M. Gourdon prit en 1746 la direction du collège, mais il ne la garda que six ans et demi ; au mois d'avril 1753, il fut nommé curé de Pommerieux, paroisse du doyenné de Craon.

A son départ, M. René Rompion, chanoine de Sainte-Croix de Beaupréau, devint principal. Il gouverna la maison moins de temps encore que son prédécesseur ; car dès le commencement de 1759, M. Darondeau était installé et rendait compte au supérieur du séminaire d'Angers de l'état du collège.

La maison n'avait pas gagné à tous ces changements : on ne sait rien de l'administration de M. Gourdon, mais celle de M. Rompion n'avait pas été heureuse. Les dépenses étaient supérieures aux recettes, ce qui n'empêchait pas les élèves d'être mal nourris et mal soignés. Le nombre des externes n'avait guère diminué, on en comptait encore soixante-neuf, mais les pensionnaires n'étaient plus que quarante-quatre.

Le nouveau principal allait réparer les fautes de son prédécesseur et remplir de son nom et de ses oeuvres l'histoire du collège pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le principalat de M. Darondeau, commencé en 1759, ne devait se terminer qu'à la tourmente révolutionnaire. Prêtre laborieux et zélé, prédicateur de grand mérite, excellent administrateur, M. René Darondeau avait de plus toutes les qualités qui assurent une puissante influence sur la jeunesse. Tous les contemporains sont unanimes à louer ses talents et ses vertus, et c'est lui qui donna au collège la réputation dont cet établissement jouissait à juste titre à la fin du XVIIIe siècle. On trouve cette opinion émise jusque dans l'enquête de 1791-92, faite par les administrateurs du Directoire du district de Saint-Florent-le-Vieil : "On ne peut refuser à M. Darondeau des sentiments de reconnaissance sur le régime de ce collège, qu'il gouverne en quelque sorte depuis quarante-trois ans et sur les augmentations qu'il a su y faire par une administration sage et économique". En 1779, il jeta les fondements du collège, qui existe encore aujourd'hui, et les travaux de construction, d'ornementation et d'aménagement durèrent jusqu'en 1790.

ADMINISTRATION TEMPORELLE

Le supérieur du séminaire d'Angers surveillait les finances du collège et se faisait adresser tous les ans l'état des dépenses et des recettes. Il y était directement intéressé, car le principal ne dirigeait pas le collège à son compte, il n'était, pour ainsi dire, que le gérant, par suite de la donation faite en 1723 par M. Chollet. Au reste, cette union avec Saint-Sulpice avait les plus grands avantages pour l'établissement : en 1759, notamment, l'intervention du supérieur du grand séminaire contribua beaucoup à tirer le collège de la décadence où il était tombé, et, vingt ans plus tard, la libéralité des Sulpiciens d'Angers permit à M. Darondeau d'entreprendre la reconstruction complète des bâtiments.

Aux vacances de 1731, le principal Darondeau, qui venait d'entrer en fonctions, présenta à M. Dumolin, fondé de pouvoir du supérieur du grand séminaire, l'état des recettes et des dépenses du premier trimestre de cette année. Celui-ci put se convaincre qu'il fallait attribuer uniquement à la négligence et au manque d'ordre de M. Rompion la décadence momentanée du collège, car le rapport de M. Darondeau démontre d'abord qu'avec le montant des pensions, en laissant de côté la rétribution payée par les externes, on pouvait facilement nourrir les élèves et entretenir la maison, ensuite que le total des dettes ne s'élevait pas à 4.000 livres, encore y avait-il à défalquer de cette sommes plus de 2.700 livres de dettes hypothécaires, dont on devait servir les intérêts sans être obligé d'en rembourser le principal. D'autre part, à la même époque, il était du au collège 1.196 livres 10 sols, somme sur laquelle M. darondeau croyait "pouvoir compter", et 7.483 livres, "sur lesquelles on n'a pas grand'chose à espérer".
M. Dumolin et le jeune principal, en présence de la situation critique de la maison, résolurent de faire rentrer, autant que possible, ces reliquats de pensions quelque anciens qu'ils fussent. Qu'on en juge par la lettre suivante, adressée par M. Darondeau à son supérieur hiérarchique :

Monsieur,
Recevez mes remerciements des peines que vous vous donnez pour soutenir notre maison. Les 1.200 livres que vous avez obtenues nous feront grand bien. Mais sur cela il serait à propos d'observer que nous aurions besoin d'en avoir, du moins incessamment, une partie. On trouve quelquefois de petits lots de froment à bon compte, moyennant l'argent comptant ; ce sont des gens qui ne vendent que par nécessité. Je vous prie d'y penser.

Venons à présent à l'affaire de M. Guitonneau.
Mon nom de baptême est René ; celui de M. Guitonneau fils est Maurice.
Ledit Maurice Guitonneau, âgé alors d'environ 18 ans, entra pour la première fois dans notre collège, à la pension de 240 livres par an, le 29 août 1754. Il y demeura jusqu'au 4 septembre 1755, sans aucune absence ; ce qui fait par conséquent une année cinq jours de pension, pour lequel temps il est redevable de 243 livres 5 sols. Il rentra la seconde fois le 5 novembre 1755 et demeura dans le collège, pareillement sans absence, jusqu'au 13 juin 1756, ce qui fait sept mois huit jours de pension, qui se montent à la somme de 145 livres 4 sols. - Ledit Maurice Guitonneau doit de plus, pour les besoins de la première année, 110 livres 8 sols. Item pour les besoins ou fournissements de la seconde année, 62 livres 11 sols. - C'est toute la dette : total, 561 livres 8 sols.
Sur cela, M. Guitonneau a payé : 120 livres le 1er mai 1755, 140 livres le 16 mai 1757. Il n'a rien payé de plus. Il redoit donc 301 livres 8 sols. On s'est contenté de demander 300 livres juste.

Voilà le compte dudit M. Guitonneau, dans la plus grande justesse et équité. Nous vous serons bien obligés d'agir en conséquence.
Je finis en vous témoignant ma peine sur la triste santé de M. Percheron (supérieur du grand séminaire d'Angers 1742-1760), à qui j'offre mon restect très humble
Je souhaite que vous et plusieurs de vos Messieurs assistent à notre représentation (distribution des prix). Je leur offre à tous mon respect très humble, et suis dans les mêmes sentiments,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
R. DARONDEAU, prêtre.
A Beaupréau, ce 19 août 1759.
Vous verrez par l'incluse la façon de penser de M. Augron et le parti qu'il faudra prendre."

Au 1er novembre de l'année suivante (1760), il était dû au collège 7.009 livres 18 sols, somme sur laquelle "on peut compter" et 3.754 livres qu'il était impossible de faire rentrer.
Du 1er mai au 23 octobre 1760, les recettes de l'économat avaient été de 5.463 livres 17 sols, les dépenses de 5.488 livres 1 sol 6 deniers.

M. Darondeau releva les finances de l'établissement. Au début, il était parvenu à ne pas faire de dettes ; dès 1763, nous le voyons accuser un excédent de recettes de 1.200 livres. Plus tard, l'augmentation du nombre des élèves, l'élévation du prix de pension, qui fut porté de 240 à 300 livres, lui permirent de faire des économies considérables ; il les employa à reconstruire les bâtiments du collège. Toutefois pour faire face aux dépenses de cette entreprise, il fut obligé de contracter des emprunts, notamment en 1782, et M. Darondeau avait à payer chaque année, au moment de la Révolution, plus de 1.700 livres d'intérêts.

Le supérieur du grand séminaire d'Angers s'occupait activement de tout ce qui concernait son collège de Beaupréau. Aucun détail ne lui échappait et il savait à l'occasion le rappeler au principal. Voici, entre autres, une lettre que ce dernier adressait, le 29 mai 1762, à M. Dumolin, en réponse à certaines observations qui lui avaient été faites :

Monsieur,
Dès lors que vous connaissez M. Merlin pour un bon sujet et pour un bon caractère, il ne peut y avoir d'obstacle à le retenir pour l'an prochain. M. Soyer, qui l'a demandé, en sera satisfait en particulier. Quant à la présente année, pour suppléer en partie à M. Soyer, je ne puis aujourd'hui répondre positivement : il faut que j'en confère avec M. Mongodin ("préfet" du collège). Je ne tarderai pas, au reste, à vous faire savoir nos petites réflexions.
Il est inutile de nous recommander de faire prendre du linge deux fois la semaine à nos enfants. Nous n'y manquons point, du mois depuis Pâques jusqu'à la fin de l'année. S'il y en a quelques-uns qui n'en changent que tous les huit jours dans toutes les saisons, c'est qu'ils n'ont pas de chemises suffisamment.
Vous me marquez que les enfants venus du collège de La Flèche trouvent de la différence entre ce collège et le nôtre, tant pour la propreté du réfectoire que pour la nourriture.
Quant à la propreté, je ne vois pas que les plaintes soient bien fondées. Nous donnons exactement du linge blanc tous les dimanches. Le domestique balaie ledit réfectoire régulièrement tous les jours et passe un plumet sur les tables. La vaisselle dont on se sert est toujours lavée fort exactement et fourbie de temps en temps. Je ne crois pas qu'on puisse faire davantage.
Que la nourriture de Beaupréau diffère de celle de La Flèche, je le conçois bien. Le prix de la pension était plus considérable à La Flèche qu'il n'est à Beaupréau, et nous sommes encore chargés de plus du blanchissage ; de sorte que, malgré l'augmentation de la présente année, il se trouve encore au moins un louis de différence par chaque écolier. Cela fait un objet de conséquence. Au reste, c'est un fait constant que la nourriture de Beaupréau n'est pas si mauvaise absoluté loquendo. Tous les matins nous donnons du beurre, et du fruit à la collation, ce qui équivaut au dessert que les Jésuites donnaient au dîner et au souper, ne donnant rien que le pain aux petits repas. Quatre fois par semaine il y a entrée, outre la portion, même à souper tous les jours maigres. Très souvent, dans cette saison-ci, nous donnons de la salade le soir avec le rôti, qui, je le puis dire, est bon. Je serais bien après tout de votre avis, de croire que la nourriture serait plus honnête, si les enfants étaient réunis par plat un certain nombre ; mais, pour faire ce changement, comme vous le remarquez bien, il faut attendre les vacances, parce qu'enfin la chose souffre des difficultés, qui ont besoin d'être discutées mûrement.
Les deux personnes qui sont chargées de peigner les enfants sont fort exactes, et je n'ai pas de connaissance que nos élèves aient de la vermine. Je sais, à la vérité, que quelques petits enfants en ont eu, mais cela a été occasionné par des maux externes venus à la tête, et auxquels il n'a pas été possible de remédier, de manière à empêcher que la vermine ne vint à ces enfants. Or, quelques particuliers en très petit nombre et dont on a d'ailleurs très grand soin, ne doivent pas autoriser les plaintes. Quoi qu'il en soit, j'ai encore recommandé aux gouvernantes une plus grande vigilance depuis la réception de votre lettre.
J'écrivis moi-même très fortement à Mlle Godard, lundi dernier, et lui fis part de votre mécontentement pour la presser davantage.
Lorsque nous aurons les chaussons pour MM. Chotard, nous entrerons dans les vues de Madame leur mère."

Quelque temps après, M. Darondeau écrivait encore au supérieur du Séminaire :

Tous nos grains sont rendus à Beaupréau. De compte fait avec notre meunier, je trouve que nous en avons quatre fournitures et demie, mesure de Beaupréau ; sur le pied de 22 livres le septier, elles valent 1.980 ou 2.000 livres, si vous voulez, parce qu'il pourrait faire que quelques septiers eussent coûté 22 livres quelques sols.
Suivant l'état que vous m'avez envoyé, il conste que vous avez payé :

compte


Ce qui fait tout au plus 150 livres de profit, qui se trouve à peu près absorbé par la différence des grains de Doué sur ceux de Beaupréau, attendu que les premiers ont souffert dans le transport. Partant notre marché est sans profit comme sans perte.
Mlle Godard, pressée par un tradat que j'avais donné sur elle à notre marchand d'étoffes, m'a écrit pour me demander grâce. Elle me propose jusqu'à parfait paiement une rente annuelle de 42 livres, 6 boisseaux de seigle, 2 chapons, 4 poulets, 4 livres de beurre. Faut-il accepter l'offre ?

ADMINISTRATION SPIRITUELLE

On a vu plus haut que, dès 1720, le collège comptait déjà une centaine d'élèves. Il arriva alors ce qui arrive à toute communauté qui grandit et qui commence à se suffire à elle-même. Le principal du collège possédait dans son établissement une chapelle assez vaste et bien ornée, dont la fondation remontait à un siècle. Il ne tarda pas à trouver long et rude le chemin de l'église paroissiale, et tendit insensiblement à s'en séparer. Le curé, M. Cusson, faisait au contraire, tous ses efforts pour l'y maintenir. L'évêque d'Angers avait bien permis de célébrer certains offices dans la chapelle, mais le saint sacrement ne devait pas y résider. En 1720, MM. Deniau et Housseron demandèrent cette faveur à Mgr Poncet de la Rivière, qui rendit, le 3 juin de cette année, l'ordonnance suivante :

Michel, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque d'Angers, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
Savoir faisons que sur ce que les sieurs Deniau et Housseron, prêtres, travaillant à l'instruction de la jeunesse dans l'étendue de la paroisse de Notre-Dame de Beaupréau, nous ont représenté que dans leur maison de Belair, située à l'extrémité de ladite paroisse de Notre-Dame de Beaupréau, où ils demeurent, ils ont un grand nombre de pensionnaires, qui, avec les externes qui viennent prendre des leçons des suppliants, sont au nombre de plus de cent écoliers : qu'il y a une chapelle dans laquelle, avec la permission de nos prédécesseurs, on dit la messe depuis longtemps, que même, avec notre permission, on fait certains offices pour les écoliers seulement dans ladite chapelle, et que ceux des écoliers qui ont dévotion d'y communier y communient aux messes qui y sont dites ; que s'il nous plaisait accorder aux suppliants la permission d'avoir le saint sacrement dans ladite chapelle, cela contribuerait beaucoup à la décence du service qu'on y fait et à l'augmentation de la piété des écoliers que les suppliants instruisent ; sur laquelle demande avant faire droit, nous nous serions informé de la vérité des faits allégués par les suppliants et de l'état de la chapelle, et aurions entendu le sieur curé de ladite paroisse de Notre-Dame de Beaupréau et examiné les mémoires qu'il nous a présentés ; et tout considéré nous permettons auxdits sieurs Deniau et Housseron et à ceux qui leur succèderont dans la place qu'ils occupent, d'avoir dans leur chapelle de Belair un tabernacle et d'y faire reposer jour et nuit le saint sacrement dans un ciboire, laquelle permission ne durera qu'autant de temps qu'il nous plaira à nous et à nos successeurs, et laquelle permission avons accordée aux conditions suivantes :
1° Qu'il y aura jour et nuit dans la chapelle une lampe allumée devant le saint sacrement ;
2° Que, nonobstant ladite permission, les écoliers externes, pensionnaires et les domestiques de Belair seront obligés de faire leur communion pascale dans l'église de la paroisse de Notre-Dame de Beaupréau ;
3° Qu'aucun des écoliers, pensionnaires ou domestiques ne pourra faire sa première communion qu'à l'église paroissiale et que du consentement du sieur curé ;
4° Que les prêtres demeurant dans ladite maison de Belair, ne confesseront dans ladite chapelle, pendant le cours de l'année, que lesdits écoliers, externes, pensionnaires et domestiques, et n'y confesseront aucun des paroissiens de Notre-Dame de Beaupréau ; pendant la quinzaine de Pâques n'y confesseront même lesdits écoliers, externes, pensionnaires et domestiques que du consentement du sieur curé ;
5° Qu'on ne dira point de messe dans ladite chapelle pendant la messe de paroisse les dimanches et fêtes, qu'on n'y distribuera point de pain bénit  et qu'on tiendra ces jours-là les portes du dehors de ladite chapelle fermées ;
6° Qu'on n'y chantera point de messe les quatre fêtes annuelles et la fête patronale, auxquels jours et le mercredi des cendres ceux de ladite maison de Belair assisteront à la messe paroissiale, et ils assisteront pareillement à la paroisse au service du vendredi-saint au matin et à la procession de la Fête-Dieu ;
7° Qu'on n'exposera point le saint sacrement dans ladite chapelle, qu'on n'y fera point des saluts avec le soleil ou ciboire et qu'on y fera même aucun autre salut où le peuple assiste ;
8° Que les malades de la maison ne pourront recevoir les derniers sacrements que du sieur curé ou son vicaire, ou de leur consentement ;
9° Qu'aucun curé ni prêtre voisin ne prendront le saint-sacrement dans la chapelle pour les malades, si ce n'est dans le cas de nécessité ou de pressant besoin ;
10+ Que la susdite permission ne pourra nuire ou préjudicier aux conventions faites ou à faire entre ledit sieur curé et lesdits prêtres, lesquels même nous exhortons de rendre audit sieur curé et ses paroissiens tous les services spirituels qui ne sont pas incompatibles avec leurs fonctions ordinaires.
Donné à Angers, le 3e jour de juin 1720, dans notre palais épiscopal.
Par Monseigneur : MICHEL, év. d'Angers.
JUTEAU, secrétaire.

Au début les régents de Belair se tinrent pour satisfaits du règlement épiscopal. Mais peu à peu, à mesure que le collège prenait de l'importance, on trouva génantes certaines restrictions de Mgr Poncet. Mgr de Vaugirauld, ancien curé de Saint-Martin de Beaupréau, se montra encore plus libéral que son prédécesseur : les portes de la chapelle restèrent ouvertes pendant la messe du dimanche, et le prélat accorda un salut du saint sacrement le jour de la fête de saint Joseph et les cinq jours dans l'octave de la Fête-Dieu.
En 1735, il prit énergiquement la défense de cette maison. Le curé de Notre-Dame de Beaupréau, Me Jean Cusson (1704-1749), qui avait assisté aux débuts du collège, était devenu l'ennemi déclaré du principal, M. Housseron (1723-1746). Il était allé jusqu'à le faire assigner devant le Présidial d'Angers. L'évêque informa la Cour de ce qui se passait à Beaupréau, et quelque temps après, Me Cusson recevait d'un des ministres de Sa Majesté Louis XV la lettre suivante qui dut lui faire regretter son manque de modération :

Monsieur,
Le collège de Belair, situé dans la paroisse de Notre-Dame de Beaupréau, ayant été mis sous la conduite et administration de Messieurs du séminaire de Saint-Sulpice, ils ont, en conséquence, nommé le principal et les régents. Sur ce qui est revenu au Roi que vous aviez fait assigner le premier au Présidial d'Angers, pour savoir de quelle autorité il tenait ce collège ; Sa Majesté m'a chargé de vous faire savoir qu'elle l'a pris sous sa protection et approuve la manière dont il est régi. Son intention est que vous cessiez toutes poursuites contre le principal et que vous laissiez subsister ce collège de la manière dont il se trouve aujourd'hui. Vous aurez donc, s'il vous plaît, attention de ne point troubler celui qui est à la tête de cette maison dans ses fonctions, non plus que de l'inquiéter pour raison des prérogatives qui lui ont été ou seront accordées.
Je suis, Monsieur, votre très affectionné serviteur.
SAINT-FLORENTIN
A Versailles, ce 9e mars 1735.

La grosse question était la communion pascale. Fort du règlement épiscopal, le curé exigeait que tous les habitants du collège fissent leurs Pâques en son église, et, en vertu de l'article 4, interdisait aux élèves de se confesser à leurs régents pendant la quinzaine de Pâques. Mais M. Housseron s'adressa à Mgr de Vaugirauld, son protecteur, qui, chaque année, accordait la permission demandée : "Je vous permets, Monsieur, écrivait-il au principal, et à MM. les prêtres du collège de confesser dans votre chapelle vos pensionnaires pour les Pâques prochaines ; les régents pourront aussi s'y confesser et vous aussi par conséquent, quand même M. le curé n'y consentirait pas." - "Ne manquez pas de voir M. le curé, lui écrivait-il encore le 23 mars 1735, de lui faire bien entendre la nécessité qu'il y a que vos pensionnaires et régents fassent leurs Pâques dans votre chapelle. Parlez-lui avec toute la politesse possible. Offrez-lui vos services ; enfin n'oubliez rien pour l'adoucir." - Trois semaines après, le Prélat écrivait au même : "Je suis bien aise de la manière dont vous en avez usé avec M. Cusson. Vous le mettez plus que jamais dans son tort. Il suit de mauvais conseils ; il en sera la dupe. La seule chose que je crains, c'est que sa tête n'en soit altérée. Ne faites aucun record que devant moi." Mgr de Vaugirauld fait allusion au coup ressenti par le curé au reçu de la lettre ministérielle.

Le 5 mars 1736, le prélat écrivait au principal sur le même sujet : "Nous permettons à M. Housseron et aux régents de confesser leurs pensionnaires et de leur faire faire leur communion pascale cette année, dans la chapelle du Collège. Le sieur Housseron et les régents pourront aussi s'y confesser et y faire leurs Pâques".
En 1738, une sorte de rapprochement eut lieu entre la cure et le collège. "Je suis bien aise, écrivait l'évêque, que vous et vos régents rendiez service à M. le curé et à la paroisse. Vous devez confesser ses paroissiens dans votre chapelle, puisque M. le curé y consent". (Lettre du 11 mars) - Le curé était loin pourtant d'avoir cessé ses récriminations, témoin cette lettre adressée, quelques semaines après, au principal par le même prélat : "Je crois que vous ferez bien d'envoyer quelques-uns de vos pensionnaires faire leurs Pâques à la paroisse, pour contenter M. le curé et pour le bien de la paix." (1er avril)

La situation n'avait point changé quand M. Gourdon devint principal. C'est ainsi que le 18 février 1747, Mgr de Vaugirauld lui accordait encore la même autorisation qu'à M. Housseron, pour la communion pascale. Plus tard, sous M. Rompion, la paix semble avoir régné entre le curé et le principal.

Mais hélas ! la lutte se renouvela avec une violence plus grande que jamais, en 1762, dans les premières années du supériorat de M. Darondeau. M. Trottier, curé de Beaupréau (1750-1782), était un redoutable adversaire : il avait eu maille à partir avec les chanoines de Sainte-Croix de cette ville, et les tribunaux avaient retenti des échos de ses ardentes protestations. Il sut intéresser en sa faveur Mgr de Grasse, successeur de Mgr de Vaugirauld, et les permissions accordées par ce dernier furent sujettes à caution. Ecoutons l'exposé des plaintes du jeune principal, dans une lettre écrite à son supérieur immédiat, le supérieur du grand séminaire :

Monsieur,
"Une société nombreuse ... insultée, outragée, n'entend retentir autour d'elle que des cris de haine et de proscription. Elle voit couler avec rapidité un torrent qui mine le terrain qui la soutient, et qui creuse sous ses pas l'abîme d'ignominie. Plus de jours de repos, plus de nuits de sommeil ... Incertains de ce qu'ils font et de ce qu'ils feront, chaque jour leur amène de nouveaux périls et de nouvelles calamités, et les larmes de la veille ne sont que le présage et l'essai des larmes plus abondantes du lendemain."

Ainsi s'exprime le P. de Neuville aux dernières pages de ses Observations sur l'Institut des Jésuites.

Je puis avec quelque proportion en dire autant de notre petite société : chaque jour, pour ainsi dire, nous offre de nouvelles peines et de nouvelles alarmes.

Contents des bienfaits d'un respectable prélat, nous n'étions occupés qu'à répondre aux vues saintes qu'il avait eues en les accordant à nos prédécesseurs, et nous ne pensions à rien moins qu'à sortir des bornes qui nous avaient été prescrites. Animés et encouragés par le bien qui se faisait dans le collège, bien qu'on doit rapporter en grande partie aux faveurs spirituelles dont nous jouissons, nous travaillions à l'envi à répandre dans le coeur de nos élèves les semences de la religion et de la piété. Nous ne nous bornions, au reste, à la seule instruction de nos écoliers. Le pasteur de la ville et son troupeau trouvaient en nous des ministres pleins de bonne volonté et toujours disposés à leur rendre service en toute occasion. Nous n'avions tous qu'une même âme et un même coeur ; on nous aimait parce que nous étions obligeants ; nous aimions, parce qu'on était reconnaissant.
Le démon de la discorde a tout troublé. Il n'avait souffert qu'avec peine, pendant plusieurs années, cette union si belle et salutaire pour le bien spirituel des uns et des autres. Il nous a représentés aux yeux de M. le curé comme des gens entreprenants, ambitieux, indépendants et ennemis de toute subordination. Dès lors nous avons commencé à faire ombrage. Aux sentiments de reconnaissance de la part de M. le curé, ont succédé des sentiments, sinon d'une aversion formelle, du moins d'un très grand refroidissement. Toutes nos démarches les moins mal intentionnées et les plus innocentes ont été prises en mauvaise part. On s'en est servi comme d'un prétexte plausible pour agir contre nous.
Cependant la tempête ne s'est formée que peu à peu. La nue s'est grossie, insensiblement.
Enfin l'orage a éclaté, et du premier éclat il nous a presque anéantis, interdits, suspens pour une partie de nos fonctions, indignement placés au rang de ceux qui n'ont point fait leurs Pâques, privés, je ne dirai pas de toute prétention, nous n'en avons jamais prétendu aucune mais de toutes les faveurs spirituelles que nous tenons de nos premiers supérieurs, reclus et bientôt murailles, si je puis dire, comme des personnes pestilentieuses et voilà l'état où nous sommes réduits.
En restera-t-on là ? Nous laissera-t-on désormais tranquilles ? On le devrait bien. Mais non. On nous prépare d'autres maux, on nous assure qu'on pourra nous priver de l'avantage inestimable d'avoir jour et nuit Jésus-Christ résident dans tabernacle. Hélas ! ce nouveau malheur n'en attirera-t-il point d'autres ? Ne nous fera-t-on point défense de célébrer dans notre chapelle tout office à l'exception des messes basses ? Nous l'appréhendons. Autre chose. voudra-t-on consentir que les missionnaires accoutumés nous donnent la retraite ? Selon les principes de M. l'abbé Guéret, dont M. le curé est grandement partisan, ils ne le peuvent faire sans l'agrément du curé. Sommes-nous sûrs de l'avoir ? ou plutôt n'est-il pas presque certain que nous ne l'aurons pas ? A quoi il est bon de pourvoir de bonne heure. Mais quand nous l'aurions, quelle espèce de retraite sera-ce ? Ne pouvoit-on donner la bénédiction ni le soir ni le matin, ce qui se pratique, du moins pour le soir, par tout le diocèse, même pour de simples maîtresses d'école, qui dans certains temps se réunissent à Angers pour y les exercices spirituels. Si nous avions toujours été sur ce pied-là, la chose pourrait être tolérable. Mais de se voir réduits à ces extrémités pour salaire de nos services, c'est ce que je ne puis supporter, d'autant moins encore qu'on en exige comme si l'un avait pour nous tous les égards possibles. Aussi, je ne saurais vous le cacher, je succombe sous le poids de mes ennuis. Dieu veuille ne pas nous abandonner ! Je ne vous dissimulerai pas même que tous ces tracas, qui renaissent sans cesse, dégoûtent extrêmement tous ces Messieurs.
Daignez nous marquer définitivement s'il y a apparence que nous demeurerons tranquilles, moyennant l'exécution exacte stricte et littérale du réglement de M. Poncet. C'est la dernière extrémité à laquelle consentent d'être réduits ceux qui composent la maison.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DARONDEAU, prêtre.
(Cette lettre n'est pas datée).

Voici la continuation de la correspondance :

Monsieur, je crains que le mauvais temps ne nous prive de l'honneur et de l'avantage de vous voir. Il est vrai cependant que dans cette saison le temps peut devenir beau d'un jour à l'autre. Ainsi nous ne perdons pas entièrement espérance.
Il ferait bon voir actuellement le chemin qui conduit du collège à la paroisse. On reconnaîtrait la difficulté qu'il y a d'y traîner 150 écoliers, qui est notre nombre, à quatre, cinq près, y compris les externes. Mais il est inutile de revenir sur cette affaire. La cause est décidée, il n'est plus besoin d'examen ...
M. le curé s'est imaginé que Monseigneur en avait décidé que quelques uns de nos Messieurs iraient régulièrement, toutes fêtes et dimanches, lui aider à chanter son office, et qu'en outre nous lui dirions régulièrement aussi la messe ces mêmes jours. En conséquence de cette opinion, il m'envoya samedi demander la messe, environ une heure après mon arrivée. Pour ne pas le molester, je lui fis simplement réponse par son commissionnaire que j'étais fatigué et que j'aurais le lendemain matin trop de confessions au collège pour pouvoir quitter. J'ai su que ma réponse ne l'avait point offensé. Mais il compte sur nous constamment, je ne vois pas en vertu de quoi. Ce ne peut pas être en vertu de sa bonne volonté pour nous, puisqu'il ne nous accorde rien de ce qui peut dépendre de lui. Je ne sache pas, d'ailleurs, que Monseigneur nous en ait fait une obligation, d'où je conclus à me tenir tranquille, disposé toutefois à l'obliger dans le besoin, mais non pas par une espèce de servitude, qui me ... chaque instant et à toutes les demandes de M. le curé. Ces paroles, d'ailleurs, de votre dernière lettre "do ut des", et ces autres "sans pourtant se laisser cracher au visage", me prouvent que ce n'est point votre intention ni celle de Monseigneur que nous fassions pour M. le curé tout ce que nous aurions fait s'il nous eût mieux traités. - Au surplus, si le mauvais temps ne met pas d'obstacle à votre voyage, nous statuerons ici définitivement. Je me réfère à ce temps-là à vous parler du salut de dimanche.
Je vous prie de ne pas oublier les papiers pour les assises du château.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DARONDEAU, prêtre
A Beaupréau, ce 8 mai 1762.

Le supérieur du Grand-Séminaire vint faire au collège la visite annoncée. Il essaya de tout accommoder, mais ce fut peine perdue. On en jugera par la lettre suivante, que M. Darondeau lui adressait, le 20 mai, c'est-à-dire quelques jours après son voyage de Beaupréau :

M. le curé de Beaupréau, je crois, me fera tourner la cervelle. Non content de nous avoir réduits au règlement de M. Poncet, il demande encore que nous l'obligions comme de coutume. Hier, il vint lui-même me demander la messe. Sur sa demande, nous entrâmes de nouveau en pourparlers, et je lui déclarai, comme je l'avais fait devant vous, que s'il voulait avoir des services de nous, il fallait que de son côté il se relâchât de ses prétentions, et que pour peu qu'il n'en voulût rien rabattre, nous nous en tiendrons littéralement au règlement de M. Poncet. A cette proposition il tergiversa beaucoup, chuchota quelques mots sans suite et finalement, pour abréger, il s'en tint mordieus au règlement de M. Poncet ; et moi, de mon côté, je me tins sur la négative de services. Cependant, après bien des raisons plausibles de ma part, sans réfutation de la sienne, je m'avisai de lui dire : "Monsieur le curé, en attendant mieux, donnons-nous mutuellement un pour un. Trouvez bon que nous chantions la messe le jour de la Pentecôte, et dès lors je vous promets la messe et demain et le jour de la Pentecôte". Il n'y voulait consentir, et moi je lui déclarai que je me tiendrais clos, excepté les jours ordonnés par le règlement de M. Poncet. Offensé de mes refus, qui pourtant me paraissent légitimes, et que, d'ailleurs, je lui ai faits avec toute la politesse possible, il me dit qu'il se pourvoirait. Je lui répondis que je n'en empêchais et qu'au reste, si je déplaisais dans le pays, on pouvait solliciter mon changement.
Autre point. J'abrège beaucoup et m'en tiens à la substance des dires respectifs. M. le curé ne nous croit pas en sûreté de conscience d'avoir fait cette année nos Pâques chez nous. Sur quoi, moi lui ayant représenté que je pensais que la permission de feu M. de Vaugirauld, n'ayant point été rétractée, je pouvais en user en sûreté de conscience, il me riposta que j'étais du système des moines, mais que pour lui il ne croyait pas qu'un évêque pût accorder cette permission contre le gré du curé, et qu'il pensait que le faisant, sa permission était nulle de plein droit. A quoi je répliquai que, comme j'avais tout le respect possible pour l'autorité des premiers pasteurs, ni moi, ni nos Messieurs, ni nos enfants ne penserions à accomplir un précepte auquel nous étions convaincus d'avoir satisfait. Ce parti ne tranquillise pas M. le curé, que le zèle de notre salut dévore ; et il persiste à croire et à dire que nous ne sommes pas en sûreté de conscience. S'il y avait moyen que vous pussiez nous envoyer la décision de Monseigneur ; je m'en servirais à l'occasion pour tranquilliser M. le curé, qui seul est inquiet sur ce point, au détriment de l'autorité supérieure.
Nous sommes encore éloignés de l'octave du sacre, néanmoins, vous me ferez plaisir de me marquer votre sentiment au sujet des saluts, que Monseigneur nous a accordés pour cette huitaine. Comme M. le curé s'appuie beaucoup sur ces saluts pour exiger de nous les services accoutumés, vous déciderez s'il ne serait pas plus à propos de nous abstenir de les faire, afin de lui ôter toute occasion de pouvoir raisonnablement rien exiger de nous. Je dis que M. le curé s'appuie sur ces saluts pour exiger de nous les services accoutumés : et, en effet, il s'en fait ou prétend s'en faire un grand mérite auprès de nous, disant à qui veut l'entendre qu'il les a sollicités fortement pour nous auprès de Sa Grandeur, qui sûrement, selon lui, ne nous eût accordé quoi que ce soit sans ses instantes sollicitations.
Tels sont, sans parler de mille autres, les bruits et les contes qui journellement nous fatiguent les oreilles. C'est bien assez que nous en soyions étourdis, et je les omets pour ne pas vous ennuyer.
Quoique vous nous ayiez dit qu'il n'y aurait point d'ordination, on désirerait savoir si sur ce il n'est point survenu de changement.
Tous nos Messieurs vous assurent de leur profond respect. Avec votre permission, j'offre les assurances du mien à M. Ferrand et à M. Gauvery.
J'ai l'honneur d'être dans les mêmes sentiments, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DARONDEAU, prêtre.

La situation se compliquait de plus en plus. M. Darondeau devait faire face à tout. Il écrivait encore à M. Dumolin :

Vous ne trouvez pas que le bien du collège demande précisément que les portes extérieures soient ouvertes ou fermées. Rien de plus juste. Mais vous avez insisté vous-même fortement pour qu'elles fussent ouvertes. Sans doute quelqu'un à qui cela ne plaît pas, vous aura conseillé de nous mander que nous les fermions. Mais convient-il de les fermer après les démarches que M. le curé de Saint-Martin a faites en notre faveur et à notre considération ? Mais encore est-il raisonnable qu'après nos instructions, nous fassions sortir le monde qui y a assisté, tandis que la messe commence immédiatement ? Daignez peser ces raisons. D'ailleurs, y a-t-il quelque inconvénient à attendre que M. le curé de Beaupréau le demande formellement ? (Lettre non datée).

La correspondance était active entre Beaupréau et Angers. C'est que la lutte ne discontinuait pas. La lettre suivante, datée du 9 juin 1762, nous met au courant des négociations de part et d'autre :

Monsieur,
Jusqu'ici vous n'aviez pas désespéré de pouvoir gagner M. le curé de Beaupréau. Je vous avouerai que, quoique je sache par expérience et par son propre témoignage oral qu'il veut bien ce qu'il veut, je n'étais pas néanmoins de mon côté sans aucune espérance. Je l'ai désormais perdue tout entière, et je ne vois pas qu'on en puisse conserver. M. le curé de La Chapelle-du-Genêt (Claude-Sébastien Mondain - 1734-1763) était le seul homme que je connusse, qui pût engager M. le curé de Beaupréau à une conciliation d'amis, qui contentât les deux parties. Or, M. le curé de La Chapelle ayant tenté cette conciliation et n'ayant pu réussir, qui désormais pourrait l'opérer ? Je ne crois pas que Monseigneur lui même en pût venir à bout, par la voie des conseils et des engagements ; il faudrait qu'il y employât l'autorité ; encore si elle n'était absolument contraignante, Sa Grandeur ne ferait rien. Je connais l'homme, jamais il ne sut céder. Il voit sa paroisse généralement dans la désolation ; il est instruit de l'indignation et des murmures de ses principaux paroissiens ; il sait que la plupart de Messieurs ses confrères, les plus respectables curés de notre conférence, sont appointés contre lui, jusque-là qu'il évite ces assemblées ecclésiastiques pour éviter les reproches ; il est persuadé qu'il vous ferait plaisir ainsi qu'à nous de se relâcher de ses droits : n'importe. Le règlement de M. Poncet lui plaît : il ne s'en départira pas. Il veut, il peut, c'est assez.
Mais vous serez sans doute bien aise d'avoir un petit détail touchant la négociation de M. le curé de La Chapelle-du-Genêt. Le voici : - Lundi j'allai souper à La Chapelle avec M. Rompion, pour souhaiter la bonne fête audit M. le curé. Je lui remis alors moi-même la lettre que vous m'aviez adressée pour lui. Il m'en donna lecture et parut très flatté de la confiance que vous aviez en lui. Il me promit d'employer tout son crédit dans l'affaire en question, et il se flattait même de réussir. De plus, pour ne pas traîner les affaires en longueur, il m'assura que, pour peu que sa santé le lui permit, il viendrait, dès le lendemain dîner à Beaupréau. Il y vint effectivement ; et d'abord après son arrivée, il monta chez M. son confrère, conféra avec lui et l'amena dîner au collège. Après dîner, ces deux Messieurs, avec M. Mongodin et moi nous passâmes dans une salle, et là, pendant près de deux heures, nous rebattîmes inutilement ce qui avait été dit ici devant vous, aussi inutilement, il y a un mois, M. le curé de La Chapelle s'efforça de lever toutes les difficultés de M. le curé de Beaupréau. Il lui fit observer qu'il n'avait rien à risquer pour ses droits, vu les reconnaissances que nous lui promettions. Il insista sur les services que nous étions en état de lui rendre, et dont il nous mettait naturellement dans le cas de nous abstenir, s'il ne voulait avoir aucune bonne volonté pour nous. Enfin, pour tout dire en deux mots, il lui protesta qu'il l'assurait en homme d'honneur et en bon ami que lui, s'il était curé de Beaupréau, acquiescerait sans aucune difficulté à nos demandes, qui lui paraissaient raisonnables aux conditions que nous les faisions. A toutes ces représentations et instances de la part de M. le curé de La Chapelle, quelle réponse de M. le curé de Beaupréau ? Peu de paroles et nulles raisons. Sur quoi M. le curé de La Chapelle, peu satisfait, s'en retourna.
Tel est l'état actuel des choses, et tel il restera, comme vous le voyez. Dans cette position, devons-nous faire les cinq saluts accordés par Monseigneur pour l'octave ? Si nous les faisons, comment et avec quelle précaution les ferons-nous ? Car enfin faut-il donc que l'opiniâtreté d'un homme nous prive des grâces qu'il a plu à Monseigneur de nous accorder et qui dépendent de lui seul ? Que peut-il en arriver, si nous en usons ? Si vous craignez quelque retour, décidez pour la négative. Au moins j'espère que ni Monseigneur ni Messieurs du Comité ne nous blâmeront de nous tenir fermes vis-à-vis d'un homme qui ne veut rien faire pour nous, lorsque tout concourt à le déterminer en notre faveur, et ses propres besoins, et son peuple, et ses amis et ses confrères.
Je vous serai obligé de ne pas perdre de vue notre retraite. Daignez me faire une réponse par le présent porteur afin que nous sachions à quoi nous en tenir pour vendredi et les autres jours convenus de l'octave.
M. Rompion, qui nous assure de son respect, nous prie de demander pour lui la permission d'absoudre des cas spécialement réservés, une ou même dans le doute deux personnes.
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect ; Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DARONDEAU, prêtre.
A Beaupréau, ce 9 juin 1762.

Quinze ans après, la question était encore en suspens. M. Trottier était toujours exigeant et le Collège continuait de demander son émancipation. A la date du 18 décembre 1777, le principal adressait à Mgr de Grasse la supplique suivante, signée également du préfet du Collège, M. Prinne :

Supplient très humblement Votre Grandeur les soussignés.
Vu les inconvénients qui résultent de l'obligation de conduire à certains jours à la messe paroissiale de Notre-Dame de Beaupréau les écoliers du Collège de ladite ville, dont les principaux sont : l'embarras de contenir une jeunesse nombreuse sur qui on n'a pas la facilité de veiller ; l'indécence qu'il y a de voir des enfants bien nés confondus dans le choeur de la paroisse avec tous les polissons de la ville, sans avoir même souvent ou pouvoir s'asseoir pendant une heure et demie au moins que dure l'office ; la dissipation et le trouble que cause nécessairement l'interruption du règlement.
D'ordonner qu'ils ne soient plus tenus de mener les écoliers à la grande messe de paroisse de leur permettre, en conséquence, de dire ainsi qu'il se pratique les autres dimanches et fêtes de l'année, une grande messe dans la chapelle du Collège, le jour de la Toussaint, le jour de Noël, le dimanche de Pâques, le dimanche de la Pentecôte, le jour de la Fête-Dieu et le jour de l'Assomption ; de permettre de bénir et de donner des cendres aux écoliers le jour des Cendres ; de faire l'office le jeudi et le vendredi saint ; de dire le samedi saint une messe basse ; d'exposer le Saint-Sacrement pendant la messe de communauté seulement et de donner la bénédiction le soir, tous les jours de l'octave du Sacre ; de permettre que les écoliers s'adressent pour les Pâques à leurs confesseurs ordinaires et fassent leurs Pâques dans la chapelle dudit Collège, ordonnant néanmoins que quatre des plus anciens iront le jeudi saint les faire à la paroisse, comme il se pratique au Collège de Château-Gontier, pour reconnaître le droit curial, auquel les soussignés n'ont nulle intentions de se soustraire ;
Supplient de plus Votre Grandeur, pour fournir aux soussignés les moyens de faire germer et d'entretenir la piété parmi la jeunesse confiée à leurs soins, qu'il leur soit permis d'exposer le Saint-Sacrement pendant la messe de communauté seulement et de donner le soir la bénédiction les jours ci-après, savoir : le jour de l'octave de la Présentation (auquel jour les soussignés supplient que l'office de la Présentation soit remis pour le Collège, comme il l'est pour le Séminaire) ; le jour de l'Annonciation ; le jour de la fête de saint Joseph, patron du Collège, que les soussignés prient de faire fixer pour le Collège au IIIe dimanche après Pâques ; à la fête du Sacré-Coeur, à la fête de l'Assomption et le dernier jour de l'année scolastique, auquel les soussignés prient qu'il leur soit permis de continuer la petite fête de dévotion établie depuis longtemps pour demander le secours du ciel pour leurs élèves pendant les vacances ;
Supplient encore qu'il leur soit permis de donner la bénédiction du Saint-Sacrement quand il y aura des Quarante Heures ordonnées dans le diocèse ;
Supplient enfin qu'il leur soit permis d'exposer le Saint-Sacrement pendant la messe de communauté seulement et de donner la bénédiction à la fin du dernier exercice pendant la retraite annuelle qu'il est d'usage de donner aux écoliers.
Ce que daignant accorder, Monseigneur, auxdits suppliants, ils ne cesseront avec leurs élèves de redoubler leurs prières pour la conservation de Votre Grandeur.

La réponse de Mgr de Grasse fut sans doute favorable, car M. Emery, le nouveau supérieur du Grand Séminaire, avait toute la confiance du prélat. Il était sans conteste le plus influent des trois vicaires généraux et peut-être la supplique était-elle due à son initiative. Quoi qu'il en soit, nous n'avons trouvé aucune pièce concernant des difficultés ultérieures entre le Collège et la cure de Beaupréau, et tout nous fait croire que l'harmonie complète régna jusqu'à la Révolution, grâce au nouveau règlement du successeur de Mgr Poncet de la Rivière.
Dans les derniers jours du mois d'août, à la fin de l'année scolaire, les élèves avaient l'habitude de donner une représentation théâtrale. Ainsi, en 1745, ils avaient joué la pastorale, le Retour de Daphnis, et une pièce comique, le Règne de Minerve, qui était l'oeuvre des rhétoriciens. En 1752, ils représentèrent Absolom, tragédie précédée d'un prologue, et deux comédies, Esope à la Cour et le Mort imaginaire. La séance se terminait toujours par un ballet.

Les élèves devaient donc, au mois d'août 1762, imiter leurs aînés et danser un ballet, suivant l'usage ; les répétitions étaient déjà commencées, quand le curé de Beaupréau résolut, pour faire pièce au principal, d'opposer sa protestation de pasteur. De concert avec le curé de La Chapelle-du-Genêt, il dénonça au supérieur du Grand Séminaire, comme inconvenant, le ballet qui se préparait. En conséquence, M. Dumolin intima à M. Darondeau l'ordre de le supprimer. M. Darondeau protesta contre cette décision, dans une lettre pleine de détails intéressants et curieux. Nous sommes heureux de la donner ici :

Monsieur,
Il paraît que vous avez été pressé pour m'écrire afin de ne pas perdre l'occasion du messager. Je me trouve moi-même fort pressé pour vous répondre, et peu en état, par cette raison, de vous faire une réponse réfléchie.
Vous voulez que je conclue à la suppression du ballet pour cette année. La conclusion ne répugne pas à mon sentiment particulier, et j'avais prié M. Rompion de vous en faire part. J'ignore s'il l'a fait, ou plutôt je serais tenté de croire qu'il ne l'a pas fait, car s'il s'était acquitté de ma commission à l'entier, vous eussiez pu balancer pour vous décider. Il faut donc que j'y supplée.
Qu'il y ait des inconvénients dans les ballets, je ne suis pas à l'ignorer, et, pour vous ouvrir mon coeur, je crois qu'il serait plus expédient qu'il n'y en eût pas ; s'ils n'étaient point établis, je ne donnerais pas ma voix pour les mettre en usage. Mais ils sont établis depuis environ dix-huit ans, sans aucune interruption. Est-il bien aisé de les supprimer aujourd'hui sans aucune raison extérieure connue du public ? MM. les curés de La Chapelle-du-Genêt de Beaupréau crient beaucoup contre ; moi-même, pour le redire encore, je ne les approuve pas. Mais si nous les supprimons, que dira le public, qui ignorera les raisons de notre suppression ? Ne dira-t-on point, du moins dans tout notre canton, que ce sera une défense qui nous aura été faite à cause du ballet de l'an dernier ? Croyez-vous que M. le curé de La Chapelle-du-Genêt ne répande pas dans le public qu'il est la cause de cette suppression, et qu'il ne s'en fasse une espèce de gloire ? Tout homme est homme et est flatté de réussir dans un projet qu'il a à coeur. De là, ne serons-nous point exposés à la raillerie de plusieurs malins de notre voisinage, surtout à celle de nos critiques ? Que de gorges chaudes, que de turlupinages à essuyer ! Avec un peu de vertu on pourrait encore les supporter ; mais dans les villes d'Angers, de Nantes, de Saint-Florent, de Cholet, que pensera-t-on quand nos programmes n'annonceront point de ballet ? "D'où cela vient-il ? dira-t-on. - Qu'est-ce que ce changement ? - Quelle peut en être la cause ?" Ainsi l'on raisonnera ; et les conclusions qu'on en tirera, ne seront-elles point injurieuses et désavantageuses ? Sur ce d'abord, je vous prie de faire réflexion.
Mais il y a autre chose de plus embarrassant : le ballet est annoncé ; tout le collège en est imbu. Le maître a déjà beaucoup travaillé, et sans votre lettre aujourd'hui on commencerait. Pensez-vous qu'il soit bien aisé et sans aucun inconvénient de retirer ce qui est déjà lancé ? Cependant, si vous le voulez, on le fera, et j'ai engagé M. Duval à retarder jusqu'à mercredi pour attendre votre dernière réponse ; ce qui m'oblige de vous envoyer cet exprès, parce qu'enfin il est temps de se déterminer pour le oui ou pour le non. Vous me marquâtes, il y a environ quinze jours, vos difficultés sur ce point et vous conclûtes pour qu'on continuât le ballet. Je ne dis rien alors de votre lettre à nos Messieurs ; mais aujourd'hui j'ai été obligé de parler en secret de votre dernière à M. Duval, pour qu'il ne commençât pas ses exercices, quoique pourtant au fond ils le soient équivalemment. Si la première fois que vous m'avez parlé du ballet, vous aviez statué la suppression, il n'y avait pour lors que l'inconvénient du public en général, et actuellement il y a en outre l'inconvénient de la chose pour ainsi dire commencée.
Daignez peser ces deux raisons. Maintenant j'en ajouterai quelques autres un peu moins déterminantes et qui néanmoins ne sont pas à négliger :
1° Nos écoliers, qui comptent aussi sûrement sur le ballet que sur la tragédie et comédie, accepteront-ils des personnages sans le ballet ? S'ils ne les acceptent pas, tout tombera donc pour cette année.
2° Des danses solitaires, telles que M. le curé de La Chapelle, ne les réprouve pas, sont-elles moins dangereuses que celles qui ont une certaine suite dans le cours du ballet, surtout quand on prend de justes précautions, comme l'a fait M. Duval pour cette année ? Car j'ai lu tout son ballet, et je n'y vois rien de mal.
3° Que deviendra le fond de nos habits, qui sans ballet, nous seront aux trois quarts inutiles ?
4° Où prendrons-nous de quoi fournir à la dépense ?
Il pourrait encore y avoir quelques raisons en faveur, que le temps ne me permet pas de vous exposer.
De tout ceci, voici la conclusion qui me paraît la plus juste pour le présent et que j'avais prié M. Rompion de vous communiquer. Comme les ballets ne sont pas sans inconvénients, il pourrait être à propos de les supprimer. Mais comme la chose demande de mûres réflexions, des pourparlers où l'on expose à loisir les raisons pour et contre, je crois, sauf votre meilleur avis, qu'il faudrait, en conséquence surtout des deux premières raisons ci-dessus alléguées, tolérer le ballet pour cette année ; et quand à l'avenir, si, après mûr examen, on concluait à les supprimer, je pense qu'il serait à propos de faire intervenir l'autorité de Monseigneur pour tous les collèges de son diocèse, afin que le public, instruit qu'il y en aurait dans l'un et point dans l'autre, ne jugeât pas désavantageusement de celui où il n'y en aurait point.
Voici le peu de réflexions que j'ai pu faire en courant ; si ces raisons vous déterminent à juger pour la continuation du ballet, faites-moi le plaisir de me marquer si elles peuvent mettre ma conscience en sûreté contre les inconvénients que je ne nie pas pouvoir se trouver. Je différerai à faire passer votre lettre à M. le curé de La Chapelle.
A la première occasion je vous marquerai le résultat de notre retraite.
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DARONDEAU, prêtre
18 juillet 1762.
P.S. - Tout ne vient pas à la fois à l'esprit. J'ai oublié de vous marquer que vendredi dernier j'annonçai moi-même en pleine étude qu'il y aurait cette année les exercices accoutumés, mêmement le ballet ; et pour prévenir ce qui pourrait arriver l'année prochaine, je déclarai que si l'on n'était pas sage, ces exercices seraient abrogés par la suite, surtout le ballet, qui causait plus de dissipation. Il est donc comme donné ce ballet, et ce d'autant plus que M. Duval vient de me dire que le maître en avait composé le tiers, pouquoi il demandera légitimement des honoraires, si on le supprime.
Enfin, si, malgré les raisons que j'allègue sans passion certainement et même avec autant de désir de la supprimer que qui que ce soit ; si, malgré ces raisons, dis-je, vous vous en tenez à ladite suppression, daignez me suggérer comment je pourrai faire goûter à nos Messieurs, aux écoliers et au public un changement si prompt et si inattendu. J'y suis plus embarrassé que vous ne sauriez vous l'imaginer. Il est bien disgracieux, pour moi d'avoir tant de contre-temps à essuyer. Mon règne, si je puis me servir de cette expression, n'a été marqué que par des revers. J'en conclurais aisément que la divine Providence ne m'a point voulu dans cette place. aussi j'ai l'honneur de vous le répéter, vous m'obligeriez infiniment si vous vouliez en gratifier un autre. M. Mongodin est fort au fait de la maison ; d'ailleurs, je m'imagine qu'il prendrait la place volontiers. Depuis longtemps je désir aller finir mes jours dans quelque retraite, et je ne serai content que lorsque j'y serai.
En un mot, tâchez, Monsieur, de me tirer d'embarras ; j'attends votre réponse avec la dernière inquiétude. On murmure déjà de la suspension des exercices. Je ne puis m'expliquer, incertain quelle sera la dernière décision. Tôt ou tard on saura d'où vient toute cette intrigue, et alors quel brouillamini de la part de tous nos Messieurs et principalement de la part de M. Mongodin !
Donnez-vous, s'il vous plaît, la peine de tout peser ; et surtout ayez égard à ce que j'ai l'honneur de vous marquer pour ma conscience, qui n'ose prendre sur elle la décision affirmative du ballet et qui se contente d'exposer les raisons en faveur, les laissant à votre prudence et à vos lumières.
Avec un peu plus de temps et moins d'accablement, je répondrais plus solidement et plus exactement à vos objections.
Je vous dirai en finissant que je suis si tracassé, que si une partie des personnages de la déclamation n'était pas distribuée, j'enverrais tout aux calendes grecques !

On ne sait quelle fut la réponse définitive du supérieur du Grand Séminaire, mais on peut le présumer, après un plaidoyer si habilement présenté. On voit que M. Darondeau savait écrire d'un style vif et animé, mais plein de convenance et du meilleur goût.

petit séminaire Beaupréau

DERNIERS JOURS

Quinze jours après son installation, le curé constitutionnel de Beaupréau, l'ex-Récollet Coquille, écrivait aux administrateurs du département : "Les curés, les chanoines ; les professeurs du Collège, le principal surtout, exercent une autorité aussi despotique que le Pape dans son empire ..." (Lettre du 25 juillet 1791)

C'est que pas un seul prêtre de Beaupréau n'avait voulu prêter serment à la Constitution civile du clergé, et la municipalité avait été obligée d'en faire l'aveu à l'administration départementale, dans sa lettre du 6 février. au mois de mai suivant (1791), les membres de la municipalité s'étaient présentés au Collège pour obtenir la prestation du serment. Ils devaient recommencer le 7 août et enfin le 1er septembre, et toujours avec le même succès. A la dernière visite, le principal et les professeurs avaient même refusé de signer le procès-verbal.

L'année scolaire 1791-92 se termina tristement. Les vacances se passèrent plus tristement encore. Le 12 septembre, près de trois cents prêtres angevins furent traînés d'Angers à Nantes pour la déportation. Cependant M. Darondeau, fidèle jusqu'au bout à son devoir, se préparait à effectuer la rentrée des classes, quand un arrêté du Directoire du district de Saint-Florent-le-Vieil, en date du 10 octobre 1792, lui enleva la direction de la maison et la confia à l'intrus Coquille. Quand cet arrêté fut notifié à Beaupréau, les régents étaient à leur poste et quelques élèves étaient déjà rentrés. M. Darondeau quitta le collège le 9 novembre, et Coquille s'installa à sa place.

Un seul des professeurs, M. Denais, s'expatria en Angleterre. MM. Blouin, Mongazon et Hervé prirent le parti de ne pas s'éloigner de Beaupréau et de rester dans le pays sans se montrer. Nous ne savons ce que devinrent les autres professeurs, qui se nommaient : MM. Joubert, Richou, Savattier, Marais, Molet et Leberre. M. Darondeau ne tarda pas à se rendre à Angers, où il reçut une courageuse et cordiale hospitalité dans la maison Guépin. Il revint en Vendée après l'entrée des troupes royalistes à Angers. Dans la déroute du Mans, qui eut lieu le 12 décembre 1793, il fut atteint par un piquet de volontaires et massacré sur place.

Quant au citoyen Coquille, il n'eut pas plus d'élèves dans son Collège que de paroissiens dans son église. Dès le mois de février 1793, prétextant sa mauvaise santé, il donna sa démission. Le 27, la municipalité demande au département de nommer "des instituteurs" au Collège, et l'administration départementale lui répond de chercher elle-même ceux qui lui paraîtront convenir à cet emploi.

C'était la fin de cette belle institution, orgueil séculaire de la contrée. Les administrateurs du Directoire du district de Saint-Florent, dans l'enquête scolaire qu'ils avaient faite un an auparavant par ordre de l'Assemblée législative, s'exprimaient en ces termes : "Le Collège est l'âme du canton de Beaupréau, parce qu'il nourrit en partie les pauvres de Saint-Martin et fait une consommation considérable dans tous les genres à cause du grand nombre des élèves qui y viennent. Nous passerons sous silence la réputation de ses supérieurs, qui s'empressent de donner la meilleure éducation morale et scientifique. - On ne peut refuser à M. Darondeau des sentiments de reconnaissance sur le régime de ce Collège, qu'il gouverne en quelque sorte depuis 43 ans, et sur les augmentations qu'il a su y faire par une administration sage et économique".

C'est ainsi qu'après avoir été loué par les évêques et tous les gens de bien au cours du XVIIIe siècle, le Collège vendéen devait forcer l'admiration même de la Révolution triomphante.

F. UZUREAU
Aumônier du Champ-des-Martyrs, à Angers.
Revue illustrée des Provinces de l'Ouest
Janvier 1900