LE COMTE AUGUSTE DE WARESQUIEL

1752-1858

WARESQUIEL


D'origine Flamande, les de Waresquiel, dont l'existence est connue dès le quinzième siècle, étaient apparentés aux plus grandes familles des Flandres. Anoblie en 1643, la famille de Waresquiel porte comme armoiries : d'argent au chevron de sable ; au dix-huitième siècle elle avait une situation considérable à Lille, où plusieurs de ses membres occupèrent les plus hautes charges de l'échevinage.

Fils de François Marie de Waresquiel de Metzgaland, écuyer, comte de Saint-Obin, et de Françoise-Renée de Francqueville, Louis-Joseph-Auguste de Waresquiel naquit à Lille le 27 décembre 1782. Il se maria à Cambrai, le 4 Février 1807 avec Pauline-Hyacinthe Le Noir de Pasdeloup, fille du marquis de Pasdeloup, commissaire général des guerres, chevalier de Saint-Louis et de Hyacinthe-Louise Parigot de Santenay. De cette union naquirent cinq enfants.

Les Le Noir de Pasdeloup, seigneurs de Chaintre et de Varains, comptaient à Saumur parmi les familles les plus considérées "d'ancienne noblesse" : par leur parenté avec les de Maillé, ils étaient alliés aux ducs de Richelieu, seigneurs de Chinon. Emigré pendant la Révolution, le marquis de Pasdeloup passa à Londres de longues et dures années d'exil. En Juin 1793, son fils, ancien lieutenant de carabiniers, s'engagea dans l'armée vendéenne sous les ordres d'Henri de la Rochaquelein.

Ce dévouement familial à la cause monarchique facilita sous la première Restauration la nomination d'Auguste de Waresquiel comme Sous-Préfet de Chinon. Une ordonnance royale l'appela à ce poste administratif en Mai 1814.

Depuis sa prise de possession dix mois s'étaient à peine écoulés lorsque se produisit le foudroyant retour de l'Ile d'Elbe (mars 1815). Fidèle à ses opinions royalistes, Auguste de Waresquiel ne voulut pas soutenir "l'usurpateur" et résigna ses fonctions.
Fortin, son prédecesseur à la sous-préfecture, vint aussitôt sans autre forme reprendre le poste qu'il avait occupé sous le gouvernement impérial de 1807 à 1814.

Cette mutation fut de courte durée, car les Cent-Jours passés le gouvernement de Louis XVIII s'empressa de rappeler Auguste de Waresquiel à la tête de l'arrondissement de Chinon, où lors de son premier séjour ses qualités administratives avaient été justement appréciées.

Avec son caractère droit et élevé, le Sous-Préfet acquit vite la sympathie de ses administrés. Son administration ferme et bienveillante à la fois ne fût certes pas étrangère pour écarter toute résistance à la politique gouvernementale. On en eût la preuve en Février 1822 lors de la conspiration du général Berton qui causa un soulèvement à Thouars et dans les régions voisines. Grâce à la vigilance du Sous-Préfet, les rebelles ne recrutèrent aucun adhérent dans le pays chinonais, où résidaient cependant de nombreux carbonari, lecteurs assidus des pamphlets du célèbre tourangeau Paul-Louis Courier.

La sollicitude éclairée d'Auguste de Waresquiel se montra également dans les questions municipales relatives à l'embellissement de Chinon. Ainsi en 1829, il usa de toute son influence pour faire aboutir le projet de la belle promenade des quais. Il ne resta pas indifférent non plus aux souvenirs historiques de la cité chinonaise ; sur son initiative des fouilles archéologiques furent faites au château en 1824.

Le bienveillant appui du Sous-Préfet était très apprécié par les édiles chinonais, qui tinrent à prouver leur reconnaissance, et ce d'une façon officielle.

Le 22 décembre 1820, le conseil municipal de Chinon, "empressé de donner à M. de Waresquiel sous-préfet une marque publique de son attachement et de sa reconnaissance", émettait à l'unanimité le voeu "que le Roi serait supplié de vouloir bien autoriser la ville de Chinon à tenir sur les fonts du baptême" l'enfant du sous-préfet, dont la naissance s'annonçait comme prochaine ; en d'autres termes on demandait que le maire fut désigné officiellement comme parrain.

Cette décision était appuyée sur les motifs suivants : "Le conseil, considérant que depuis sept ans que M. de Waresquiel est sous-préfet de Chinon, il n'a cessé de donner à la ville des marques de l'intérêt constant qu'il lui a porté ; que c'est par ses soins que le plan du nouveau collège a été arrêté et que cet établissement est devenu avantageux pour la ville et ses environs ; que c'est à ses sollicitations que la ville est redevable du secours accordé par le Roi et plusieurs princesses de son auguste famille pour la maison des soeurs, qui établies depuis peu de mois, ont déjà rendu d'importants services à la classe malheureuse ; qu'en 1815, il fut un des premiers administrateurs, qui à la nouvelle de la rentrée du roi vinrent reprendre le poste qu'il avait été contraint d'abandonner ; et que ce fut à sa sagesse et à sa fermeté que la ville dut sa tranquillité dans les premiers moments du passage de l'usurpation au gouvernement du roi légitime".

Nous avons tenu à citer en entier ce document, qui ne laisse aucun doute sur la profonde sympathie des édiles chinonais pour leur sous-préfet.

Sur l'homme privé, nous relaterons ici les faits recueillis par nous de la bouche d'une personnalité chinonaise, décédée nonagénaire en 1885. D'après ce témoin auriculaire, Auguste de Waresquiel, musicien de talent, jouait délicieusement de la harpe, cet instrument très en vogue au début du dix-neuvième siècle. Suivant ce même témoin, le sous-préfet, charmant causeur, avait comme familiers : le marquis d'Effiat, maire de Chinon de 1816 à 1828, nommé pair de France en 1828, et Poirier de Beauvais, l'ancien commandant en chef de l'artillerie vendéenne. Ce dernier, chevalier de Saint Louis, vivait très retiré dans sa terre de Beauvais, commune de Ligré, où il mourut en 1826. Que de fois la conversation du sous-préfet avec ce chef royaliste a dû avoir comme sujet cette guerre de Vendée, sur laquelle Poirier de Beauvais très documenté rédigeait alors une relation.

La Révolution de Juillet 1830 mit fin à la carrière administrative d'Auguste de Waresquiel, qui avait toujours refusé tout avancement pour rester dans son cher Chinon. N'acceptant pas le nouvel ordre de choses, Auguste de Waresquiel, qui avait prêté serment de fidélité aux Bourbons, donna sans hésitation sa démission dictée par un sentiment de loyauté.

Les circonstances politiques le forçant à quitter Chinon, qu'il habitait depuis seize ans, Auguste de Waresquiel fixa sa résidence à Poitiers, où il mourut le 18 mars 1858, âgé de 76 ans.

Un article nécrologique, inséré dans le Journal de la Vienne (n° du 19 mars 1858) fait en ces termes l'éloge du regretté défunt : "Il fut au début de la Restauration nommé sous-préfet de l'arrondissement de Chinon. Un instant les Cent-jours le mirent àl'écart, mais au retour du roi, il reprit sa charge et l'exerça pendant quinze années avec tant de zèle, de dévouement, de tact, de parfaite aménité, qu'il semblait à tous les habitants du pays, non pas seulement un magistrat digne de respect et de reconnaissance, mais l'un des leurs, vivant de leur vie, s'identifiant d'une manière complète à tout ce qui les intéressait, comme à tout ce qu'il aimaient. Aussi 1830 le trouva-t-il dans la même ville."

De son côté, dans une lettre du 7 avril 1858, le marquis d'Effiat appréciait ainsi l'administration de l'ancien sous-préfet :
"Pendant tout le cours de son administration, M. de Waresquiel a donné à la ville de Chinon de nombreuses preuves de sa sollicitude pour tout ce qui pouvait contribuer à sa prospérité et à son embellissement ; c'est à lui qu'on doit le quai en aval du mont et qui a donné lieu aux deux autres.
Maire de la ville de Chinon pendant 12 ans, j'ai été à même d'apprécier l'intérêt que M. de Waresquiel portait au chef-lieu de son arrondissement."

Tous ces témoignages confirment nos dires sur l'attachement porté à Chinon par Auguste de Waresqueil. Le souvenir de son séjour dans notre cité resta présent à sa pensée jusqu'à ses derniers moments. Avec grand plaisir il en parlait aux amis, qui venaient le visiter pendant les longs mois, où une douloureuse paralysie le força à garder la chambre.

Amis du Vieux Chinon, honorons la mémoire de cet homme de bien, qui aima tant notre pays.

HENRY GRIMAUD
Bulletin - Amis du Vieux Chinon
1905