JEAN-JOSEPH CORTEZ D'AULIAC

Colonel

CORTEZ


Elève de l'Ecole militaire de Paris, il entra en 1786, comme volontaire, dans le régiment de Lorraine-cavalerie, et y devint successivement brigadier, maréchal-des-logis et lieutenant.
En 1791, il passa, avec le grade de capitaine, dans les chasseurs des Cévennes, et fut attaché, l'année suivante, en qualité d'adjoint à l'état-major général de l'Ouest.


Nommé adjudant-général chef de bataillon en 1792 et 1793.


Suspendu de ses fonctions par les représentans du peuple Hentz et Francastel, le 28 germinal an II, pour s'être hautement déclaré contre les massacres et les incendies ordonnés dans la Vendée, il fut bientôt réintégré dans son grade par le Comité de salut public, qui lui expédia, le 22 fructidor suivant, le brevet d'adjudant-général chef de brigade (colonel), et fut envoyé à l'armée des côtes de Brest. Il resta dans cette circonscription militaire jusqu'à l'an VI, et y rendit tous les services que le gouvernement pouvait attendre d'un esprit juste et conciliant.


Nommé par le Directoire au commandement d'une expédition contre l'Irlande, il partit de La Rochelle, le 19 vendémiaire an VII ; mais peu de temps après, ayant appris la défaite du général Bompart, il rentra en France et vint rendre compte des motifs qui avaient compromis sa mission. Il fit ensuite les campagnes des ans VII et VIII à l'armée d'Italie, et celles des ans IX et X à l'armée d'observation du Midi. Commissionné le 1er vendémiaire an XI, comme chef d'état-major de la 13e division militaire, il y reçut, le 4 frimaire an XII, le brevet de membre de la Légion-d'Honneur, et celui d'officier le 25 prairial suivant. Envoyé au camp de Rennes le 2 vendémiaire an XIV, il y resta jusqu'au 17 février 1806, époque à laquelle il reprit ses fonctions dans la 13e division militaire. Attaché au 8e corps de la grande armée, le 22 septembre 1806, il rentra en France l'année suivante et mourut dans ses foyers, en 1807, à la suite d'une courte maladie.

Fastes de la légion-d'honneur :
biographie de tous les décorés.
Tome 2 - Troisième édition
1844

CHAMPAGNÉ-LES-MARAIS

Nous relatons, dans une déclaration du sieur Jean Butaud, une maison tenant, par devant, à la grand'rue qui conduit de la halle à l'église Saint-Mathurin et, d'un bout, aux maisons des héritiers d'Olivier Lezin, appelé le Dauphin.

Le Dauphin devait occuper le terrain où s'élèvent les maisons n° 16, 18 et 20 de la rue de La Roche.

C'est là que Cortez, sur l'ordre du Comité de surveillance révolutionnaire, arrêta le général Huché, ancien boucher, devenu officier supérieur des armées républicaines, envoyées pour dompter les rebelles de la Vendée.

Ce monstre avait conservé le goût du sang de sa profession première ; sa conversation émaillée de blasphêmes et d'expressions ordurières faisaient de lui un bandit capable de déshonorer même le crime.

Cette arrestation fut contée à M. Pilier, instituteur honoraire, en retraite à Luçon, membre du Bureau de la Société d'Emulation de la Vendée, décédé il y a quelques années. C'est à lui que nous devons ces extraits intéressants à l'inventaire des barons de Champagné.

Le récit fut fait à notre regretté Collège par Mme Victoire Chrétien, veuve d'un frère du général Cortez. Cette respectable dame est décédée à Luçon, en 1888, à l'âge de 83 ans.

Cortez se présenta chez Huché pour prendre ses ordres. Celui-ci était couché. Craignant d'être assassiné, il avait toujours, sur sa table de nuit, deux pistolets chargés. Cortez se précipite sur les armes, les braque sur le misérable et le menace de lui faire sauter la cervelle s'il fait le moindre geste et, l'entraînant hors du logis, il l'enferme sous les verrous.

Le Comité, par la lettre suivante, en informa le général Turreau, commandant en chef des armées républicaines :

"Citoyen Général,
Nous te prévenons que nous venons de faire arrêter Huché, général de brigade que tu avais envoyé dans nos murs pour y commander la force armée. Ce coup hardi, peut-être, nous a été inspiré par le salut de la chose publique que nous avons cru en danger, déposé en de pareilles mains.
Nous remplissons notre devoir ; remplis maintenant le tien, en pourvoyant à son remplacement. Les mesures que nous avons prises conduisent Huché à un jugement prompt et terrible". (9 avril 1794)

Extrait
Inventaire de la Seigneurie
de Champagné-les-Marais.
M. Pilier
Archives Départementales de Vendée.


Le 20 germinal (9 avril), le président Parenteau fit arrêter Huché et son aide-de-camp, Goy de la Martinière, et nomma l'adjudant-général Cortez à sa place. Le général fut conduit à Rochefort, où il échappa à la justice, mais la Martinière fut traduit, le 22, devant la commission militaire de Fontenay, et exécuté dans la journée. Hentz et Francastel, jetèrent des cris de fureur, à la nouvelle de ce qui c'était passé. Ils accoururent à Fontenay, où ils entrèrent le 26, et accablèrent d'injures les diverses administrations : "Vous êtes de mauvais citoyens et des traîtres, leur dit Hentz ; vous êtes connus et démasqués. Malheur à vous !" Et comme Dominique Dillon, membre du département, voulait se recrier et parler des crimes de Huché : "Tais-toi, bavard, s'écria le représentant, tu n'as le droit de parler que  lorsqu'on t'interroge. D'ailleurs, tu n'as rien à dire ; un général est maître absolu dans son commandement."

Après cette scène scandaleuse, il révoqua la commission militaire, fit mettre en prison les suspects élargis par Laignelot, destitua le maire Testard, désorganisa la Société Populaire, et demanda à la convention, d'évoquer ce qu'il appelait le crime des modérés. Le 28, on signait à Paris cet ordre impératif : "Le comité de salut public arrête, que la commission militaire de Fontenay, dans la Vendée, enverra, sans délai, au comité, les pièces, la procédure et le jugement rendu contre Goy de la Martinière, adjudant du général Huché, commandant à Luçon. Les représentants du peuple sont chargés de l'exécution du présent arrêté.

Signé : C.-A. PRIEUR, CARNOT, COLLOT-D'HERBOIS, BILLAUD-VARENNE, B. BARERE."

(Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay,
par Benjamin Fillon  - 1883)

UN DES REPRÉSENTANTS A ROCHEFORT AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Rochefort, 5 floréal an II - 24 avril 1794 (Reçu le 30 avril)

[Guezno annonce l'arrivée à Rochefort d'une prise espagnole, du port de 100 tonneaux. "Sa cargaison est composée d'huile d'olive, eau-de-vie, vin, fruits secs et autres objets. La corvette de la République le Lazowski s'en est emparée sous le feu d'un des forts d'Espagne. L'équipage ennemi a fui et a gagné la terre à l'approche du canot envoyé pour l'amariner, mais le navire nous est resté, et les braves sans-culottes qui l'ont conduit ici nous font espérer que leurs camarades nous en amèneront d'autres. - Mon collègue Topsent est parti ce matin pour la Rochelle, où il doit rejoindre nos collègues Hentz et Francastel, qui ont témoigné le désir d'avoir une conférence avec nous. Nous venions de donner l'ordre d'exécuter leur arrêter du 29 germinal, relatif à la translation du général Huché à Paris, lorsque nous avons connu votre arrêté du 28 qui ordonne de le retenir ici et de vous transmettre des copies en forme de toutes les pièces qui le concernent. Cet arrêté est exécuté, et le général Huché doit rester à Rochefort jusqu'à de nouveaux ordres de votre part." - Ministère de la guerre ; Armée de l'Ouest. - De la main de Guezno.]

(Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay,
par Benjamin Fillon  - 1883)