saint maurice des noues

Quelques mois avant la déclaration de guerre 1914-1918, nous recevions de M. l'Abbé Teillet, curé de Saint-Paul-en-Pareds et collaborateur érudit de notre Société d'Emulation de la Vendée, une notice sur Saint-Maurice-des-Noues, modeste village du canton de La Châtaigneraie. Les tristesses de l'heure et la pénurie de nos ressources ne nous permirent pas alors de la publier. Nous sommes obligé de l'avouer : Cette étude intéressante demeura dans un tiroir, où elle fut oubliée.
Nous voulons réparer, aujourd'hui, ce défaut de mémoire, en souvenir d'un Adhérent fidèle et dévoué, mort il y a quelques années.

En voici un extrait :

 

SAINT-MAURICE-DES-NOUES

PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE

Le Prieur, M. Turcault occupait son poste en 1792. A cette époque tourmentée, les prêtres furent contraints de prêter le serment schismatique d'obéissance à la Constitution Civile du Clergé. C'était vouloir les soustraire à la seule autorité légitime dont ils tenaient leurs pouvoirs d'Ordre et de Juridiction, dans l'accomplissement de leur mission sacerdotale. Ceux qui demeurèrent fidèles à la soumission au Souverain Pontife et à leur conscience, furent contraints d'abandonner leur paroisse pour la céder à des assermentés, appelés par la population : jureurs, intrus. Beaucoup prirent le chemin de l'exil, d'autres furent emprisonnés ou montèrent sur l'échafaud.

M. l'abbé Turcault eut la faiblesse d'obéir à la loi. Peut-être croyait-il y être autorisé pour demeurer à la garde de son troupeau. Mais, bientôt, la conscience sacerdotale parla plus haut que la crainte ; il rétracta son serment et fut obligé d'abandonner son église. Elle fut mise en vente comme bien national et adjugée à Pierre Dehargne, de La Châtaigneraie et à Jean David, de Saint-Maurice-des-Noues, pour la somme de 1.500 francs.

Plus héroïque que son curé, le vicaire, M. l'Abbé Desnoyers, refusa de se soumettre à la Constitution Civile du Clergé. Il demeura quelques mois dans la région, grâce à une amnistie éphémère, et fut obligé, par la recrudescence persécutrice, de fuir en Espagne. Cette persécution faisait gronder les murmures dans les populations chrétiennes et, quand les prêtres fidèles furent remplacés par ceux qui avaient prêté le serment schismatique à la Constitution Civile du Clergé, l'insurrection vendéenne allait armer des milliers de défenseurs de la religion menacée. Naturellement, on accusait les Pasteurs enlevés à la garde du troupeau, de fomenter la révolte.

Comme document pour servir à l'histoire de cette terrible et sanglante époque, nous reproduisons un arrêté du département de la Vendée, cité par Chassin, dans son livre : Préparation de la Guerre de Vendée, tome II, page 392 :

Du Vendredi, 9 mars 1792
Le Directoire, profondément affligé des désordres occasionnés par les suggessions perfides des prêtres non assermentés :
Considérant que, dans l'étendue du Département, les curés constitutionnels sont journellement insultés, que plusieurs d'entre eux ont été obligé d'abandonner leurs fonctions ; qu'un très grand nombre sont près de laisser les paroisses sans Pasteurs ; que les municipalités sont, la plupart, désorganisées ou inactives ; que la désunion règne entre les citoyens et même au sein des familles ; que tous ces malheurs ne peuvent être attribués qu'à des hommes qui couvrent leurs menées du manteau de l'hypocrisie, et qui, la Déclaration des Droits à la main, poursuivent leurs abominables projets, sans qu'il soit possible de les réfréner ;
Considérant l'impuissance des lois, contre des hommes qui abusent des mystères d'une religion sainte, pour égarer les habitants des campagnes et les exciter au renouvellement des scènes affreuses que nous retrace l'histoire des siècles passés ;
Considérant que plusieurs de ces prêtres ont été dénoncés, par les Autorités constituées, comme perturbateurs de l'ordre public,
Le Directoire arrête ce qui suit ...

Le document donne une longue liste de ces prêtres faussement incriminés. Nous y relevons les noms de : Desnoyers, vicaire à Saint-Maurice-des-Noues, et Beraud, natif de cette paroisse et résidant dans le département des Deux-Sèvres. Nous ne trouvons rien qui révèle l'existence de M. le Curé Turcault.

Ces ecclésiastiques sont tenus de se rendre au chef-lieu du département, dans la huitaine qui suivra la publication du présent arrêté. Faute d'obéissance, ils y seront contraints par la force. Ils ne pourront habiter à plus d'une lieue du chef-lieu, ni s'en absenter plus de deux jours, sans autorisation, et tous les jours, à 11 heures du matin, ils devront s'inscrire au Secrétariat.

Ce document mérite d'être conservé, comme spécimen d'hypocrisie administrative de l'époque.

M. l'Abbé Desnoyers fut obligé, pour se conformer à ces injonctions brutales, de venir se réfugier à Fontenay, en attendant la déportation qu'il dut subir avec les autres prêtres insermentés.

A Saint-Maurice-des-Noues, les victimes de la Révolution furent nombreuses et choisies dans l'élite de la paroisse.

C'est le 10 septembre 1792 que le vicaire de Saint-Maurice-des-Noues, M. Desnoyers, s'embarqua sur l'Heureux Hazard, dont le capitaine Vassivier avait prit l'engagement de le conduire, avec 94 autres prêtres insermentés, à Saint-Sébastien ou à Bilbao. Nous savons, par une lettre de l'exilé, l'accueil hospitalier qu'il trouva sur la terre étrangère.

Saint-Maurice-des-Noues avait un Comité royaliste, les révolutionnaires avaient aussi le leur, créant d'inévitables conflits, tempête dans un verre d'eau peut-être, mais souvent plus dangereuses que celles de la mer.

Le modeste village fut épargné par les colonnes infernales et n'a pas eu à enregistrer, dans les Archives, le récit des massacres qui en ont ensanglanté tant d'autres, dans notre malheureux pays.


Le calme commençait à renaître et, le Directoire paraissant fermer les yeux et ignorer le retour des prêtres exilés, un d'eux, M. l'Abbé Mailhaud, vint se fixer à Saint-Maurice-des-Noues. Jusqu'en 1804, la paix régna dans la paroisse ; l'église rendue au culte, abritait de nombreux fidèles heureux de reprendre les traditions ancestrales. Mais le schisme de la Petite Église vint troubler encore la tranquillité dont on avait si grand besoin.

Napoléon Ier, d'accord avec le Saint-Siège, avait fait rédiger un Concordat, signé par le pape Pie VII. C'était, d'après la parole du Souverain Pontife, lui-même, une mesure extraordinaire, reconnue nécessaire en des temps calamiteux et rendue indispensable pour le bien social et spirituel de la France.

Le contrat accepté par les deux autorités, concédait aux acquéreurs de biens nationaux, la possession des propriétés ecclésiastiques achetées, souvent à vil prix, sans avoir à craindre d'être dépossédés. La délimitation des territoires diocésains était changée, des évêchés supprimés, des fêtes chômées devenues facultatives. Ces mesures émanant de l'autorité indiscutable du Chef de l'Église, se heurtèrent au refus intransigeant d'un certain nombre d'évêques, égarés par des préjugés gallicans ou jansénistes. Ils entraînèrent des prêtres trop nombreux dans leur désobéissance. Les dignitaires du Clergé finirent par se soumettre, mais les subalternes persistèrent dans leur entêtement et refusèrent, même au lit de mort, de se réconcilier avec l'Église.

M. Mailhaud fut au nombre des curés schismatiques et entraîna, malheureusement, sur ses traces, un bon nombre de ses paroissiens. Monseigneur Paillou, évêque alors de la Rochelle, en attendant sa nomination au siège de Luçon nouvellement reconstitué, essaya en vain de ramener au bercail la pauvre brebis égarée ; il dut priver de l'exercice des fonctions ecclésiastiques, même de la célébration du Saint-Sacrifice, le prêtre demeuré dans sa scandaleuse désobéissance.
M. Mailhaud, forcé de quitter l'église paroissiale, emporta avec lui les ornements et les vases sacrés et se retira dans une famille amie, qui lui fit aménager une chapelle dans laquelle il exerça son ministère jusqu'en 1837.

PRËTREM. l'Abbé Durandet, nommé curé de Saint-Maurice-des-Noues en 1839, eut la joie de voir revenir sous la houlette du Bon Pasteur, le plus grand nombre des brebis égarées de son troupeau. Il y eut un essai de rébellion parmi les dissidents qui voulaient faire venir de Toulouse un prêtre schismatique, mais la manoeuvre échoua piteusement. Aujourd'hui la Petite Église, en Vendée, n'est plus qu'un souvenir. Le département des Deux-Sèvres s'est montré le plus acharné dans son erreur ; cependant, comme chez nous, les sectateurs ne sont plus guère que des unités éparses et sans influence.

La Petite Église avait pour capitale religieuse, Saint-Martin-Lars-en-Tiffauges. Il y a plus de soixante ans, une chapelle desservie par leur papesse, Mlle Cossin, réunissait, tous les ans, le 8 septembre, dans un pieux pèlerinage, les derniers fidèles à ce fanatisme auquel nous devons reconnaître une bonne foi égarée. La personne, dont nous venons de citer le nom, succédait dans la direction des adhérents, à un vénérable curé, un héros de l'insurrection vendéenne, demeuré à son poste de dévouement, ayant souffert un véritable martyre. Il ne voulut pas le quitter malgré la nomination d'un nouveau curé auquel l'évêché avait donné l'ordre d'entourer le vénérable vieillard de tous les égards capables de le ramener à l'obéissance.

Mlle Cossin fut chargée de la conduite des dissidents. Pieuse et charitable, elle était la providence des pauvres. A sa mort, elle légua sa fortune assez considérable pour l'époque, à un ami d'âge avancé, pour continuer ses oeuvres de bienfaisance. L'héritier ne le conserva pas longtemps et la transmit à une famille Jottreau, de Mortagne-sur-Sèvre. La femme austère, avare, ne s'attira pas, comme papesse, les sympathies des fidèles, et son fils, menant la grande vie à grandes guides, dissipa bien vite le trésor de la Petite Église. Ce fut la fin peu héroïque du schisme. Les missions données dans les paroisses du Bocage ramenaient en grand nombre les brebis égarées et, aujourd'hui, on n'en compte quelques-unes encore que dans dans les environs de Cerizay, un canton des Deux-Sèvres.

Saint-Maurice-des-Noues ne se rendit que vers 1848. M. Durandet attendit, près de 10 ans, ce résultat, récompense de son zèle.

Nous sommes heureux de conserver ici, grâce à M. l'Abbé Teillet, la lettre épiscopale adressée par Monseigneur Baillès, alors évêque de Luçon, aux nouveaux convertis. La forme un peu archaïque n'est pas sans charme :

JACQUES MARIE JOSEPH,
Par la grâce de Dieu et du Saint Siège Apostolique,
Evêque de Luçon :

Aux Fidèles de St-Maurice-des-Noues, en notre diocèse.
Salut et bénédiction en N.S.J-C.

"Nous tressaillons de joie dans le Saint-Esprit, nos Très Chers Fils, lorsque nous apprîmes, il y a plus de six mois, par le digne prêtre chargé de conduire vos âmes que vous vous empressiez de rentrer en grand nombre, dans le giron de notre Sainte Mère l'Église.
Nous n'avons cessé, depuis, d'adresser à Dieu des prières ferventes, afin que votre joie soit complète et que vos consolations soient au comble.
Saintes âmes qui, depuis quelques mois, vivez d'une vie toute nouvelle, témoignez à Dieu toute votre reconnaissance, en disant à vos frères, à vos soeurs qui n'ont pas encore imité vos bons exemples, quelle est votre joie, votre confiance, votre bonheur, et de quel ineffable contentement le Seigneur remplit votre âme.
Nous appelons de tous nos voeux le moment, si doux pour nous, où nous vous visiterons, où nous vous nourrirons du pain de la parole et du pain eucharistique, où nous vous confirmerons par l'onction des forts.
Puissiez-vous ramener par vos prêtres, vos exemples, votre charité, ces âmes, par trop généreuses, qui se sont égarées.
Nous vous écrivons cette lettre de notre propre main, en signe de notre tendre affection pour vous.
Et sera notre présente lettre pastorale lue et publiée au prône de la messe paroissiale, le dimanche qui en suivra la réception, et gardée dans les Archives paroissiales.
Donné à Luçon sous notre seing et le sceau de nos armes,
le premier février de l'an de grâce 1848.
JACQUES MARIE JOSEPH,
Evêque de Luçon."

Quelques années après, le vénérable évêque dont la Vendée a gardé le reconnaissant souvenir, était obligé d'abandonner son siège et la ville épiscopale, pour s'exiler à Rome. L'empereur Napoléon III avait demandé cette mesure de rigueur au Souverain Pontife qui supplia le vertueux prélat, pour le bien de la paix, de se soumettre à cette injonction gouvernementale. Monseigneur Baillès mourut en 1872. Son corps, ramené à Luçon, repose dans le caveau de la cathédrale. Il avait légué à l'évêché sa superbe bibliothèque, emportée avec les biens de la mense épiscopale par la séparation de l'Église et de l'Etat.
Nous avons pensé qu'il était utile d'ajouter ces détails pour reproduire quelques traits de la physionomie d'une époque déjà lointaine, bien que nous l'ayons connue.


Nous enregistrons simplement le nom des curés qui ont administré la paroisse de Saint-Maurice-des-Noues, depuis la Révolution.
Ce n'est que vers 1838 que la paroisse de Saint-Maurice-des-Noues reprit sa vie religieuse normale par l'arrivée d'un curé chargé de l'administrer. Il se nommait M. Henri Remolleau. Dès l'année suivante, il était remplacé par M. Durandet, qui garda son poste jusqu'en 1852 pour le céder à M. Remaud. Celui-ci le transmit, en 1859 à M. l'Abbé Staub. Né à Fontenay-le-Comte, le nouveau curé appartenait à une famille originaire de Lorraine. Il remplit consciencieusement ses devoirs de curé, tout en ne rêvant que d'armée et expéditions militaires. Il avait écrit un livre sur un régiment de dragons : Les derniers Chamborand. Ce travail lui valut la croix de Chevalier de la Légion d'honneur. Le général de Cissey vint lui conférer l'insigne de sa dignité, au mois de décembre 1872, devant la municipalité et la population très fières. Ce n'était pas assez. M. Staub fut nommé aumônier militaire du 5e Corps d'Armée à Orléans. Il eut le chagrin de se voir condamné au repos par la suppression de ses fonctions dans l'armée. Il se retira dans sa ville natale, portant toujours, sur sa soutane, le large ruban rouge de sa décoration ; il se croyait obligé d'assister, le plus possible, aux exercices du régiment, dont le Champ de Foire était le terrain de manoeuvres.
Il eut pour successeur, M. l'Abbé Freland, enfant de la paroisse, en 1877. En 1881, M. l'Abbé David vint le remplacer pour céder la place, en 1896, à M. l'Abbé Eugène L'homme. Le dernier curé dont parle M. l'Abbé Teillet est M. Auguste Leboeuf.

Il est juste, après avoir mentionné les pasteurs de la paroisse, de conserver le nom des maires de la commune.
1793, Boucher ; 1793-97, Thibault ; 1797, Jean David ; 1797-98, Pierre Barbarit ; 1798-1800, Jean David ; 1815, Jean Berlouin ; 1821, Pierre Thibaud ; 1829, Jean Giraudon ; 1830, Emile David ; 1832, Jacques Bodin ; 1839, Gabriel David ; 1844, Auguste Bodin ; 1849, Emile David ; 1852, Auguste Bodin ; 1853, Louis-Baptiste Lardy ; 1896, Emile David.

L'étude de M. l'Abbé Teillet ne donne pas d'autres noms ; nous n'avons pas à compléter la liste qu'il a dressée, puisqu'elle est sienne et non la nôtre.


Société d'émulation de la Vendée
1931