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BoyerMME LAVIOLETTE

Peu de jours avant de monter sur l'échafaud, Mme Laviolette, de Tournay, fit peindre sa main appuyée sur une tête de mort, puis elle envoya ce portrait à son mari. "La source de mes larmes est tarie, écrivait-elle, il ne m'en est pas échappé une depuis hier au soir. La plus sensible des femmes n'est plus susceptible d'aucun sentiment ; les affections qui faisaient le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force ; je ne regrette rien, je me sens au-dessus des maux qui m'accablent, et je vois avec indifférence le moment de ma mort."

Mme la Maréchal de Mouchy


CÉCILE RENAUD

Cécile RenaultLe 23 mai 1794, en pleine terreur, une grande jeune fille, d'une beauté saisissante, tenant sous son bras un paquet de hardes, traversait les rues de Paris. Sa démarche était fière et assurée. Elle s'arrête devant la porte d'une maison fort humble d'apparence ; c'était la maison qu'habitait Robespierre, arrivé alors à l'apogée de son terrible pouvoir.
Elle demanda à parler au dictateur populaire. Robespierre était absent. Elle insiste pour le voir.
- Comment te nommes-tu, citoyenne ? je lui dirai ton nom quand il rentrera.
C'était la servante de Robespierre qui parlait ainsi.
- Je me nomme Cécile Renaud, répondit la jeune fille, et je veux parler à Robespierre.
- Je te répète, citoyenne, qu'il est absent.
- Je ne le crois pas, reprend Cécile avec animation ; il est fonctionnaire public, n'est-ce pas ? il doit donc accueillir tous ceux qui se présentent pour lui parler. Ah ! quand nous avions un roi, il n'en était pas ainsi. Chacun pouvait parler au roi et, pour en avoir un, je donnerais tout mon sang !
La belle imprudente qui parlait ainsi était la fille d'un industriel de Paris ; elle avait puisé dans sa famille des sentiments royalistes que les évènements avaient exaltés. L'action héroïquement coupable de Charlotte Corday l'avait enthousiasmée, et elle rêvait la mort de Robespierre comme un but glorieux.
Quelques personnes avaient entendu le dangereux propos tenu par Cécile et, comme un voeu pour le retour de la royauté était un crime capital, la malheureuse enfant fut immédiatement arrêtée et conduite en prison.
Elle subit un premier interrogatoire, où elle ne songea guère à se disculper, si ce n'est en ce qui concernait le projet de tuer Robespierre.
- Que voulais-tu réclamer à l'incorruptible Maximilien ? lui demanda-t-on.
- J'ai voulu voir comment était faite la figure du tyran.
- Pourquoi as-tu déclaré que tu désirais un roi ?
- Parce que vous êtes cinq cents tyrans et que je préfère un roi tout seul.
- Pourquoi portais-tu un paquet ?
- Parce que, m'attendant à aller en prison, j'étais bien aise d'avoir du linge pour changer.
Dans ce paquet on trouva deux couteaux.
- Avais-tu l'intention d'assassiner Robespierre ?
- J'ai l'habitude d'avoir toujours un couteau sur moi, dit-elle, et je n'avais le second que parce que je croyais avoir oublié le premier.
Elle ajouta qu'elle avait agi sans consulter personne, qu'elle désirait voir le rétablissement de la royauté à l'aide des puissances coalisées ; que, pour arriver à ce résultat, elle donnerait avec joie tout son sang.
Répondre ainsi, c'était se perdre, et Cécile le savait bien. On rattacha son affaire, par nous ne savons quels liens, à la conspiration du baron de Batz, qui avait pour but le rétablissement de la royauté.
Parmi les femmes compromises dans cette conspiration, se trouvaient Mmes Despremenil, Suzanne Chevalier, Lamartinière, Lucile Parmentier, Suzanne Griois, Bourgeois, Flos et Poirteboeuf, toutes accusées d'avoir conspiré ou correspondu avec les émigrés.
Mme Lamartinière était, de plus, accusée d'avoir secondé Admiral dans son attentat. Admiral, on le sait, avait tiré deux coups de pistolet sur Collot d'Herbois.
Mmes Lucile Parmentier et Porteboeuf s'étaient écriées en apprenant l'insuccès de la tentative d'Admiral, que c'était un grand malheur qu'il eût échoué.
Mme Griois était accusée d'avoir entretenu une correspondance avec Pitt et Cobourg.
Quant aux autres accusées, le rapport d'Elie Lacoste les désignait comme complices du baron de Batz.
Elles furent toutes condamnées à mort. Cécile Renaud entraîna dans sa chute son père, ses frères et une vieille tante. L'échafaud, ce jour-là, avait plus de soixante victimes à saisir. Les femmes que nous venons de nommer firent preuve de courage et d'une fermeté admirables : aucune ne faillit devant la mort !
Quant à Cécile Renaud, le calme qu'elle avait montré au tribunal ne l'abandonna point devant l'échafaud. Ce fut le sourire sur les lèvres qu'elle monta les degrés de l'échelle : elle avait vingt ans !
Cette figure de Cécile Renaud est étrange. Quelques écrivains ont cru voir en elle une Charlotte Corday ; d'autres, s'apuyant sur le calme imperturbable qui ne l'abandonna pas un instant, ne voient en elle qu'une malheureuse fille à l'intelligence grossière, que les discours de ses parents avaient fanatisée.
Quoi qu'il en soit, elle mourut admirablement. Mourir ainsi à vingt ans, ce n'est ni d'une âme commune, ni d'un coeur dépravé.


Mme Lépinay

Mme MalezeyELISABETH CAZOTTE

Comme Mlle de Sombreuil, Mlle Cazotte eut le bonheur de sauver son père pendant les sinistres journées de septembre. Cazotte avait été le prophète des fureurs révolutionnaires. Lorsqu'il fut appelé au guichet de l'Abbaye, sa fille s'élança au-devant des massacreurs : "Vous n'arriverez à mon père qu'après m'avoir percé le coeur !" s'écrie-t-elle.
Touchés de son courage, les fueirux s'arrêtent, Cazotte est sauvé pour cette fois ; mais bientôt il est traduit devant le tribunal révolutionnaire ; nous laissons la parole à un contemporain : "Le citoyen Jullienne, défenseur officieux, a fait de vains efforts pour pallier les charges dont son client était accusé ; il a ému l'auditoire par l'exposé rapide de la vie privée du sieur Cazotte ; il a retracé le tableau intéressant de ce qui s'est passé dans l'après-midi du 2 septembre dernier, lors du massacre des prisonniers de l'Abbaye. Les expéditionnaires, parvenus à la chambre du sieur Cazotte, qui était détenu, lui demandèrent ce qu'il avait fait, quelles étaient les causes de sa détention ; il les renvoya consulter le registre d'écrou.
Le délit leur ayant paru grave, plusieurs opinèrent pour qu'il fût mis à mort ; mais le spectacle de ce vieillard suivi de sa fille, qui ne l'a point quitté un seul instant dans sa prison ; les cheveux blancs du père, les pleurs de la fille, les frappèrent ; ils convinrent de le mettre en liberté, et, de suite, l'emportèrent à quatre sur leurs épaules : sa fille le suivait. Les citoyens, témoins de cette scène touchante en furent émus jusqu'aux larmes ... Sa fille, pendant la plaidoirie, a paru reprendre courage ; on voyait briller sur son visage une lueur d'espérance. M. le président posa les questions, et les jurés, après en avoir délibéré, rendirent le jugement  qui condamnait le sieur Cazotte à la peine de mort." Le président lui dit : "Va, reprends ton courage, rassemble tes forces, envisage sans faiblesse le trépas ; songe qu'il n'a pas droit de t'étonner ; ce n'est point un instant qui doit effrayer un homme tel que toi."
Cazotte n'avait pas besoin de ces conseils ; il sut mourir, et ses soixante-treize ans ne l'empêchèrent pas de gravir, sans faiblesse, les marches de l'échafaud. Mais on l'avait séparé de sa courageuse fille ; elle était enfermée à la Conciergerie pendant que son père marchait à la mort.

Extraits

Les femmes devant l'échafaud

Louis Jourdan

1863