LA CHAPELLE DE QUINQUENEVENT
AU PAYS DE RETZ

Le petit chemin de terre jaune qui, pour mener à Quinquenevent, se faufile entre des fossés d'eau dormante où se reflètent des saules têtards ou entre des flaques de marais et des pâturages à chevaux, conduit à une espèce de bout du monde. Là, entourée de bâtiments agricoles tapis au ras du sol - on craint ici le vent de mer - se dresse la chapelle romane qui va faire l'objet de ces courtes pages. Au-delà, il n'y a plus de terre ferme, mais le Marais de Machecoul, et plus loin à l'Ouest, ceux de Bouin et de Bourgneuf que vient baigner la mer grise. On est sur le terroir communal de Machecoul, donc en Loire-Atlantique ; mais, d'un saut, on serait en Vendée, à Bois-de-Cené, donc en Bas-Poitou. Pourquoi ne pas dire qu'on est en ce pays de Retz, que féodaux poitevins et bretons se disputèrent, les comtes de Nantes finissant par l'emporter sur ceux de Poitiers ? Pourquoi ne pas souligner aussi que, comme l'abbaye de l'Ile-Chauvet, toute proche, l'ancien prieuré de la Madeleine de Quinquenevent, relevant de l'abbaye augustine de Nieul-sur-l'Autize, faisait partie de cette chaîne littorale d'établissements monastiques dont le rôle a été maintes fois souligné relativement à l'exploitation de la frange de marais ?

PRIEURE DE MACHECOUL

Malheureusement, on ne possède sur ce petit prieuré que des documents d'époque tardive, sans aucun intérêt pour l'étude archéologique qui fait l'objet de cette courte note. Qu'on se représente donc une chapelle de plan très simple, réduite à une abside en hémicycle et à une courte nef sans bas-côtés qui devait être autrefois plus longue. La particularité la plus intéressante réside dans le fait que l'abside englobe une crypte de même volume relativement peu enfoncée dans le sol. Cela tient sans doute à la nature fangeuse de celui-ci. Voûtée en cul-de-four brisé, la crypte prenait jour au ras du sol extérieur par cinq baies en plein cintre découpées dans la voûte. L'appui de ces baies est appareillé en petits gradins comme celui de certaines meurtrières de forteresse. La voûte est dotée d'un arc de tête assez large qui part du niveau du sol actuel. La largeur de l'abside est ici d'environ 2m50. Au-delà de l'arc, se développe une sorte de nef rectangulaire, large de 3 m, longue de 5 m. Elle est couverte d'un berceau brisé qui, lui aussi, part du niveau du sol actuel. Cette nef est fermée à l'Ouest par un mur dans lequel était ménagée une porte en plein cintre appareillée de claveaux. Cette porte donnait sur la nef de la chapelle proprement dite. Deux fenêtres s'ouvrent au Sud, également au ras du sol.

Ces dispositions réagissent sur l'aménagement intérieur de la chapelle. Du fait de la présence de la crypte si peu enterrée, le sol de l'abside et de la travée de choeur qui la précède correspondant aux deux parties décrites ci-dessus est très surélevé par rapport à celui de la nef. Le mur ouest de la crypte présente un arc de décharge en tiers-point qui doit coiffer la porte en plein cintre signalée à l'instant ; mais la surélévation artificielle du sol masque cette baie.
Pour en revenir à l'abside haute, elle est voûtée en cul-de-four brisé et le choeur, d'un berceau de même profil. L'arc d'entrée du choeur, à deux rangs de claveaux est porté par des colonnes engagées dont les bases à deux tores et scoties sont posées sur le mur ouest de la crypte. Les chapiteaux sont ornés de têtes humaines informes. Seule, la fenêtre nord a son appui appareillé en gradins. Les trois baies en plein cintre de l'abside et la baie sud du choeur ne présentent pas ce dispositif.

PRIEURE DE MACHECOUL

Deux colonnes engagées en vis-à-vis indiquent que la nef comptait deux travées ; mais celle de l'ouest a été singulièrement raccourcie. Au dehors, le chevet est épaulé par des contreforts rectangulaires peu saillants. Les fenêtres sont peu ébrasées. Celles de la crypte, très étroites, présentent leur cintre évidé dans une dalle. Les modillons de la corniche sont de simples consoles. La façade occidentale procédant du raccourcissement de la nef primitive, ne présente d'autre intérêt que ses contreforts placés obliquement sur les angles. La partie conservée de la nef est dépourvue de toute fenêtre. La chapelle n'était donc éclairée que par l'abside et peut-être - simple hypothèse - par une baie ménagée dans la façade primitive. L'appareil calcaire est de bonne facture, les matériaux de construction venant, selon les occupants de l'exploitation agricole, d'une carrière voisine au lieu dit fort exactement les Roches, dans ce pays où la pierre est rare.

Tel est ce petit édifice roman impossible à dater de très près. Il ne va pas sans poser de menus problèmes. A quoi répondait la crypte, dont l'importance relative est assez accusée pour qu'on puisse parler de chapelle basse et de chapelle haute ? Etait-elle dépositaire de reliques, et lesquelles ? Etait-elle plus simplement destinée, en le surélevant fortement, à assainir le sol de l'abside haute ? Si l'on devine assez bien qu'on y accédait en descendant quelques marches, on voit moins bien comment, de la nef, on montait à l'abside haute, sinon par des marches de bois tant bien que mal remplacées par l'escalier branlant actuel, lui aussi en bois. La chapelle basse était-elle à usage funéraire ? Frappé du pied, le sol sonne creux, comme si un caveau se trouvait à faible profondeur.

Voici quelques raisons, semble-t-il, pour que Quinquenevent soit mieux connue, protégée et - pourquoi pas ? - méthodiquement explorée.

RENÉ CROZET
Revue du Bas-Poitou
1970 - 3ème livraison

Chapelle_de_Quinquenevent

LE PRIEURÉ DE QUINQUENAVANT
COMMUNE DE MACHECOUL (Loire-Inférieure)

Non loin de la petite ville de Machecoul, dans la direction du Sud-Ouest, existait autrefois le prieuré de Sainte-Marie-Magdelaine de Quinquenavant, ordre de Saint-Augustin, dépendant de l'abbaye de Nieul, uni à la mense capitulaire de l'église cathédrale de la Rochelle.
Un aveu du 30 octobre 1739 nous donne, en ces termes, sa désignation et son débornement : "Le lieu de Quincquenavant, consistant en logement de métayer, chapelle, toit et grange, ruages et jardins, sittuées en cette paroisse, contenant environ 3 journaux, tenant d'un bout à chemin qui conduit dudit lieu à Machecoul, d'autre à la pièce de la Gangnerie cy-après et des deux costés aussy à deux chemins qui conduisent dudit lieu de Quincquenavant en cette ville."

Les terres dépendant du prieuré étaient :
1° En la paroisse de Machecoul : "la pièce de la Guynefolle, la pièce de la Gangnerie, le pré à Vache, le pré du Gareau, le pré des Roussières, le pré à Ouaille, le pré à Claudys, le pré des Jards, le pré à Bossis, et le canton de la Bouchoue ;"
2° En la paroisse de Bois-de-Cené : "la vigne des Guybonnières, le canton des Ecassières, le pré de l'Enclose, le pré du Grand-Bernard, le pré du Bernard de la Vallée, le pré du petit Bernard, le pré Long, le pré de la Folliette et le pré de la Cibère (Aveu de 1736).

La contenance totale des biens de Quinquenavant était de 187 journaux, dont 102 en Machecoul et 85 en Bois de Cené.

Les documents inédits que nous allons publier, font partie des archives de la chambre des notaires de l'arrondissement de Nantes. En raison de leur mince intérêt, nous les donnons, soit par extrait littéral, soit par extrait analytique, en procédant d'après l'ordre des dates.

30 octobre 1736. AVEU au duc de VILLEROY - "Le 30 octobre 1736, avant et après midy, a comparu devant nous nottaires royal apostolique de la cour de Nantes et du duché de Retz, pairie de France, résidants dans la ville de Machecoul, paroisse de la Trinité, soussignés, honorable homme Estienne Vrignaud, marchand fermier, demeurant en cette ville de Machecoul, paroisse de la Trinité ; lequel en vertu de la procuration luy donnée par messire Anthoine GUIMONT, prieur commandataire du prieuré de Quincquenavant a déclaré pour le dit sieur abbé GUIMONT, en qualité de titulaire dudit prieuré de Quincquenavant, que ledit sieur GUIMONT tient de très haut et très puissant seigneur Monseigneur François-Louis de NEUFVILLE, duc de VILLE-ROY, de RETZ et de BEAUPREAU, pair de France, mestre de camp du régiment lionois, brigadier des armées du Roy, capitaine de la première et plus ancienne compagnie françoise des Gardes du Roy, gouverneur de la ville de Lyon, pays Lyonois, Forest et Beaujollois ; - à cause de sa chatelaine de Machecoul, à foy hommage et sans rachat, mais en franc fief d'église, à devoir vers mondit seigneur de prières et oraisons et à la charge de 3 messes par semaines pour la deserte de la chapelle de Quinquenavant, etc ..."

29 août 1749. Prise de Possession. - Aux fins d'acte rapporté le 29 août 1749, par M. René Deluen, notaire royal et apostolique à Machecoul, "messire Claude LELOUP DE LA BILLIAIS, prestre chantre chanoine premier dignataire et vicaire général de l'église de Dolle, demeurant en la ville dudit lieu rue Sainte, paroisse du Crucifix," prit possession du prieuré de Quinquenavant "en présence de missire Pierre MICHEL, prêtre vicaire de la paroisse de Saint-Etienne-de-Montluc, demeurant au bourg dudit lieu, et de noble homme FILLETTE DE LA FERTÉ, bourgeois, demeurant à sa terre de la Pastelière, paroisse de Saint-Pierre de Paulx, témoins à ce requis et apelés, qui ont signés et plusieurs autres à ce présents." (Signé : l'abbé Leloup de la Biliais, Michel prêtre vicaire de Saint-Estienne, fillette de la Ferté, Leloup de la Biliais recteur de Blain, F. Leloup prieur de l'abbaye de Buzay, Leloup de la Biliais, Joachim de Monti, Louis Leloup de la Harblais, Joseph-Louis-François Leloup de la Mercredière, Louis-François Leloup d'Anvigan et Deluen).
M. Claude Leloup de la Biliais avait été nommé prieur de Quinquenavant par brevet donné à Versailles le 5 juin 1749 et par provisions de la cour de Rome données par le Pape Benois XIV la veille des ides de juillet même année.

6 et 7 octobre 1749. Procès-verbal et rapports d'experts concernant les réparations à faire aux chapelle, logements et fossés des terres, prés et vignes, dépendant du prieuré de Quincquenavant. - "Aujourd'huy par devant les notaires de la cour royale de Nantes et de celle du duché de Retz, résidants en la ville de Machecoul, soussignés, sont comparus en leurs personnes, Jan DOUILLARD, tailleur de pierre et entrepreneur, demeurant au bourg et paroisse de Saint-Estienne de Bois-de-Cené, et Pierre GUILLAUD, md fermier, demeurant au lieu de l'isle Jan-Marais et dite paroisse de Bois-de-Cené ; lesquels ont dit qu'à la réquisition de messire Claude LELOUP DE LA BILIAIS, prestre chantre, premier dignitaire et grand vicaire de l'églize et diocèze de Dol, prieur du prieuré de Quincquenavant, situé marche et paroisse de la Trinité de Machecoul ; ils ont vûs et visités les réparations nécessaires d'estre faites aux chapelle, logements, terres et prés dépendant dudit prieuré, estre prests de faire leur raport de l'état desd. réparations desdits domaines et nous ont requis de leur en raporter acte pour valloir et servir aud- Sr abbé Leloup de la Biliais ce qu'il appartiendra, ce que nous leur avons accordé, et y procédant ils nous ont dit qu'il faut pour recarler la chapelle 1,500 de carreaux quy couteront, y compris la main de l'ouvrier, 27 l.
Qu'il est nécessaire de faires plusieurs marches à pierre de taille à lad. chapelle aux endroits où il en menquent, quy couteront, compris la main de l'ouvrier, 60 l.
Qu'il y a à la mesme chapelle 4 pilliers qui menasse ruine dans le dehors vers soleil levant, que pour les réparer à pierre de taille, ils couteront, compris la main de l'ouvrier, 110 l.
Que les pilliers du grand portal menassent ruine, que pour les réparer et y plasser une porte et une barrière neuves, il en coutera 70 l.
Signé : Guillaud, Maulouien et des notaires Biclet et Deluen."

10 décembre 1749. - Marché pour les réparations de Quinquenavant. - Le 10 décembre 1749, suivant acte rapporté par Mes Biclet et Deluen, notaires à Machecoul, il fut procédé en l'étude dud. Me Deluen à l'adjudication au rabais du marché des réparations de Quincquenavant. M. Jacques JOURDAIN, demeurant au château de Machecoul, fut déclaré adjudicataire moyennant la somme de 1,600 l. Cette opération avait lieu à la requête de "Don Gabriel LELOUP, docteur de Sorbonne, prieur de l'abbaye de Buzay, y demeurant en cet evesché de Nantes et de présent en cette ville, procureur spécial de messire de Claude LELOUP DE LA BILIAIS, son frère, prestre, licencié en théologie de la faculté de Paris, maison et société royale de Navarre, prieur commendataire du prieuré royal de Sainte-Marie-Madeleine de Quincquenavant, etc ..."

7 janvier 1758. - Prise de possession - Messire Joseph-François Leloup de la Biliais, recteur de Blain, fut nommé prieur de Quincquenavant, après le décès de M. Claude Leloup de la Biliais, prestre, vicaire général de l'église de Dol, dernier titulaire, par brevet de S.M. mentionné aux provisions obtenues de la cour de Rome, données par le pape Benoit XIV à Ste-Marie majeure le 3 de nones de décembre 1757. "Missire François Nicolle, prêtre de choeur de l'église de la paroisse de la Trinité dudit Machecoul, demeurant au château dudit lieu, susdite paroisse, en qualité de procureur spécial de messire Joseph-François Leloup de la Biliais", prit possession du prieuré ainsi qu'il résulte d'acte rapporté par M. Archambaud, notaire à Machecoul, en présence de témoins, le 7 janvier 1758.

QUINCQUENAVANT

7 juin 1758. - Devis estimatif des réparations. - "Pierre Anthoinne GOUELLE, architecte, demeurant à l'abaye de Beuzé (Buzay), expert nommé par messire Louis-Anthoinne LELOUP, chevallier, seigneur de la Billiais, faisant pour luy et consorts, les tous héritiers beneficiers de feu messire Claude LELOUP, vivant dernier prieur titulaire du prieuré royal de Ste-Marie de Quincquenavant, et Joseph DROSNET, fermier, demeurant à Saint-Denis, paroisse de Ste-Croix de Machecoul, experts nommés par messire Joseph-François LELOUP DE LA BILIAIS, recteur de Blain et prieur actuel dudit prieuré," firent ensemble l'estimation des réparations de benefice les 5, 6 et 7 juin 1758. Ce procès-verbal fut annexé à un acte de dépôt reçu par Mes Charruau et Archambaud, notaires à Machecoul, le 7 juin 1758.

28 juin 1758. - Ferme du prieuré. - Suivant acte passé devant M. Charruau et Archambaud, notaires royaux et apostoliques à Machecoul, le 28 juin 1758, Mathurin BRISSON, marchand, demeurant à Machecoul, paroisse de la Trinité, "en qualité de procureur spécial de messire Joseph-François LELOUP DE LA BILIAIS, prêtre, recteur de la paroisse de Blain, prieur titulaire du prieuré royal de Quincquenavant, situé en la paroisse de la Trinité de ce lieu, aux fins de sa procuration sous seing privé, signée dudit Sr Leloup en date du 16 de ce mois," ... à loué et affermé ... pour 3,200 l. par an, "les logemens, jardins, prés, terres labourables et autres, si aucunes y a dépendants et formant le temporel dudit prieuré de Quincquenavant." Ce bail devait commencer, pour les terres labourables et les logements, le 29 septembre 1758, et pour les prés, le 2 février 1759.

26 mars 1776. - Prise de Possession. - Le 26 mars 1776, en présence de M. Julien Archambaud, notaire royal et apostolique et des fermiers du prieuré, "noble et discret missire Rolland HERVÉ DE LA BAUCHE, prêtre, docteur en théologie, doyen de Retz, recteur de la paroisse de la Trinité de Machecoul, demeurant au presbitère et paroisse dudit lieu, faisant pour missire Jacques de ROCHEMAURE, prêtre du diocèse de Nismes, docteur en droit canon, vicaire général du diocèse d'Alby, ayant ci-devant été vicaire général du diocèze de Montpellier, en vertu de sa procuration en datte du 29 février dernier, ... a pour ledit Sr de Rochemaure pris et apréhendé la possession réelle et personnelle du prieuré de Quincquenavant, ordre de St-Augustin, sittué en cette ditte paroisse de la Trinité audit diocèze de Nantes, dont il a été pourvû par sa majesté d'après le décès du Sr Leloup, dernier titulaire, suivant le brevet du 27 décembre dernier (signé : Louis, et plus bas, de Lamoignon), aux fins duquel il a obtenu des provisions en cour de Rome, in forma gratiosa, dattées à St-Pierre de Rome le 4 des ides de février dernier, au 1er du pontificat de nôtre St-Père le pape actuel Pie VI, etc ..."

Nantes, le 25 mai 1871
CH. BOUGOUIN
Bulletin de la Société archéologique de Nantes
et du département de la Loire-Inférieure