SAINT-LAURENT-DE-LA-PLAINE APRES LA RÉVOLUTION

... Le coup d'Etat opéré par le général Bonaparte, le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), vint donner une impulsion nouvelle et définitive à la politique de pacification religieuse. Peu à peu, il se fit un certain apaisement, les autorités civiles manifestèrent des dispositions moins tracassières, les prêtres fidèles allaient pouvoir reprendre la vie publique et exercer, en toute sécurité, le saint ministère.

Les habitants de Saint-Laurent n'attendirent pas que le Concordat fût publié. Dès le commencement de l'année 1800, rassurés par l'attitude du nouveau Gouvernement, ils reprirent pour la seconde fois les travaux de reconstruction de l'église, en attendant que la Providence voulût bien leur envoyer un nouveau curé.
Mais, les ressources étaient loin d'être suffisantes, la fabrique était pauvre et les procureurs n'avaient en caisse que la somme minime de 317 livres. La Révolution avait de plus ruiné ou mis dans la gêne presque toutes les familles. Néanmoins, tous les habitants s'imposèrent les hommes et les chefs de maison pour 6 livres, les femmes mariées ou veuves, les garçons et les filles de maison pour 3 livres. Les métayers offrirent des charrois, d'autres des dons en nature : beurre, fruits, lin, bois qui étaient vendus au profit de l'église, d'autres enfin des journées de travail. La quête s'éleva à la somme de 1173 livres qui jointe aux 317 livres en caisse et à 1725 livres provenant des rentes de blé et de paille dues à la fabrique donna un total de 3215 livres. C'était peu sans doute pour une reconstruction d'église, mais, grâce au prix peu élevé des matériaux et de la main d'oeuvre les travaux furent commencés et menés rapidement.
Le 12 avril 1800, l'église était couverte. Mais quelle pauvreté ! Point de sculptures, pour voûte des ardoises sous lesquelles on gelait en hiver et on étouffait en été ; pour dallage la terre nue, de grands murs blanchis à la chaux, un modeste autel en marbre noir. Comme on le voit, c'était le dénuement de Béthléem et l'église ressemblait bien plutôt à une grange qu'à la maison de Dieu.
Cependant, les désirs des habitants de Saint-Laurent furent exaucés, et, au mois de juillet suivant, Dieu, pour lequel avaient combattu les pères, donnait aux fils, comme curé, un vaillant confesseur de la foi dans la personne de M. Grellier.

M. l'abbé Louis Grellier naquit à Neuvy, le 14 décembre 1760, d'une famille véritablement chrétienne et patriarchale. Son père, fermier à la Basse-Goujonnière, se nommait Jean Grellier et sa mère Marie-Anne Devy. Il fut baptisé le lendemain de sa naissance par M. Cosnu-Desaunay, curé de la paroisse ; il eut pour parrain Louis Grellier, son oncle, et pour marraine sa grand'mère, Anne Guibert, femme de Pierre Devy. Appelé à l'état ecclésiastique, il fut ordonné prêtre en 1786, à l'âge de 26 ans et nommé vicaire de sa paroisse natale.

Pendant les premières années de la Révolution, M. Grellier qui avait refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, demeura caché à Neuvy. Au mois d'octobre 1793, il passa la Loire avec l'armée vendéenne et se fixa dans les environs de Laval, à Arquenay, où il exerçat le saint ministère pendant deux ans. Dans plusieurs circonstances, il faillit périr victime de son zèle et de son dévouement, et une fois entre autres, il ne dut son salut qu'à l'habile intervention de M. l'abbé Hudon, son ami. Il avait été pris par une patrouille ennemie et on le conduisait en prison. M. Hudon, averti à temps, choisit un certain nombre de vigoureux Vendéens et les envoie se placer en embuscade sur le chemin que doivent suivre les Bleus. Ceux-ci n'étaient plus qu'à quelques mètres quand, tout à coup, les Vendéens, le pistolet au poing, s'élancent de leur cachette en criant : "Rendez-nous votre prisonnier ou vous êtes morts." Les soldats inférieurs en nombre, et se voyant mis en joue, abandonnent le prêtre et s'enfuient.
M. Grellier fut arrêté de nouveau au mois de janvier 1796 et emprisonné à Laval. Il déclare dans un interrogatoire n'avoir pas obéi à la loi de déportation parce qu'il la trouvait trop rigoureuse, qu'il a toujours exercé le culte dans des maisons particulières et n'a jamais causé aucun trouble. Le tribunal criminel de la Mayenne se dessaisit et le renvoya devant celui de Maine-et-Loire, le 14 nivôse (4 janvier 1796). M. Grellier réclamé à la fois par les habitants de Neuvy et d'Arquenay, fut remis en liberté, sans jugement, et revint se fixer dans sa paroisse natale. Il avait 39 ans quand M. Meilloc, administrateur du diocèse, le nomma desservant de Saint-Laurent-de-la-Plaine au mois de juillet de l'année 1800.

D'une taille élevée, au visage sec et sévère, encadré par une longue chevelure coupée en couronne, M. l'abbé Grellier cachait sous une écorce un peu rude beaucoup de bonté et de simplicité et une âme d'apôtre. Un jour qu'il se promenait à travers la campagne, il rencontra sur le bord d'un grand chemin, un petit berger qui gardait son troupeau. L'enfant n'avait jamais appris à saluer et, son chapeau sur la tête, il regardait avec de grands yeux ébahis, passer le prêtre. M. Grellier s'approche de l'enfant et le frappant amicalement sur l'épaule : "Mon enfant, quand tu rencontreras un prêtre, il faudra te découvrir et le saluer, parce que le prêtre est sur la terre le représentant du Bon Dieu." Puis, il s'éloigna ; la leçon était donnée, elle profita. Le petit pâtre a vieilli, il a aujourd'hui 89 ans et c'est lui-même qui, avec beaucoup de plaisir, nous a raconté ce trait.
Tel était le prêtre que la Providence envoyait à Saint-Laurent pour relever ses autels. M. Grellier n'était pas un étranger. Depuis le départ de M. Bourigault, c'est lui qui gouvernait secrètement la paroisse. Aussi, quand les paroissiens apprirent sa nomination définitive comme curé, leur joie fut grande ; la population tout entière lui fit fête et l'accueillit avec reconnaissance comme l'envoyé de Dieu.

M. Grellier eut donc l'honneur et la consolation de bénir l'église restaurée et d'y célébrer pour la première fois, depuis huit ans, la sainte messe. Ce fut un beau jour pour les habitants de Saint-Laurent que celui où ils rentrèrent dans leur église. Elle était bien misérable, il est vrai, et parmi eux il y avait beaucoup d'absents ! ... Mais enfin ils se retrouvaient à prier ensemble sous le toit du même Père. Cette vue les consola, et, confiants dans la divine Providence, ils se prirent à espérer des jours meilleurs.
M. Grellier trouva sa paroisse dans un état bien triste. Le bourg, nous l'avons dit, avait été incendié en 1794. Depuis ce temps un certain nombre de maisons avaient été reconstruites, mais beaucoup étaient encore à l'état de masure. La population se trouvait diminuée de moitié : beaucoup d'habitants avaient péri de la main des Bleus, d'autres étaient morts en prison, au Champ-des-Martyrs ou au-delà de la Loire. L'église n'était point meublée, les vases sacrés indispensables au culte, quelques linges et ornements sacrés composaient toute la richesse de la sacristie ; le presbytère était dans le délabrement le plus complet : tout manquait à la fois, il fallait tout créer.
Les ruines n'étaient guère moins grandes au point de vue moral et religieux. S'imagine-t-on ce que peut devenir une paroisse privée pendant de longs mois de ses prêtres, sans messe, sans offices réguliers, sans instructions, sans sacrements ? Que de difficultés pour le prêtre appelé à réorganiser cette paroisse ! M. l'abbé Grellier ne perdit pas courage. Jeune, actif, zélé, il se mit résolument à l'oeuvre.

Le premier soin du nouveau curé fut de continuer la restauration de son église. Afin de pourvoir aux dépenses, en bon administrateurs, il commença par dresser un inventaire aussi exact que possible des biens-fonds et des revenus de la cure. Pour suppléer aux ressources insuffisantes de la fabrique, M. Grellier fit appel à la générosité de ses paroissiens. Il n'y avait point de cloche, il en acheta une petite vers la fin de l'année 1800. L'année suivante il fit faire le dallage de l'église, placer le grand autel et celui de la sainte Vierge, sept stalles dans le choeur et les fonts baptismaux. Plus tard, au fur et à mesure que les ressources le permettaient, il fit successivement exhausser le clocher, déblayer et reconstruire la chapelle sainte Anne, dite du Pineau, et celle du Plessis-Raymond, plafonner le choeur et voûter la nef de l'église par un lambris de sapin.
Au mois de juin 1826, M. Grellier remplaça le maître autel de l'église par un autre à la romaine plus grand et plus beau. Il est en marbre noir, blanc et rouge. Le devant et les côtés sont en marbre noir. Au dessous de la corniche est une frise en marbre rose de Laval. Le devant porte un agneau immaculé, entouré d'une gloire. De chaque côté sont deux cadres blancs avec fond mosaïque, et derrière, une croix de Malte avec deux losanges en marbre blanc sur fond rose. Le tout repose sur un socle en marbre gris.
Le tabernacle et les gradins, oeuvre de M. Lamarre, sculpteur, sont en bois décoré avec appliques représentant des attributs de l'Ancien Testament. Sur la porte du tabernacle est représenté le Bon-Pasteur portant une brebis sur ses épaules.

L'église ne possédait qu'une petite cloche et le désir des habitants était d'en avoir une autre pour donner plus d'éclat aux solennités religieuses. Pour se procurer l'argent nécessaire, le maire, M. Baraut, d'accord avec le Conseil municipal et le Conseil de fabrique, enjoignit par un arrêté du 17 novembre 1825 de diminuer les dépenses du pain bénit en donnant seulement des petits morceaux au lieu de boules comme auparavant et en versant à M. le curé la somme de 5 francs par chaque métairie et de 2 fr.50 par chaque closerie et maison du bourg.
Trois ans après, le 4 février 1828, il fut convenu avec les frères Peigney, fondeurs à Poitiers, qu'ils prendraient le métal de l'ancienne cloche et qu'ils en feraient deux neuves. Elles furent fondues à Saint-Laurent même, dans la cour du presbytère, et placées dans le clocher pour le 20 juin qui était le jeudi de la Fête-Dieu. Enfin une horloge achetée en 1833 vint compléter l'ameublement du clocher.

Pour l'aider dans l'administration temporelle de la paroisse, M. Grellier eut soin de s'entourer toujours d'hommes recommandables et entièrement dévoués. Au dire de ceux qui l'ont connu, il n'était pas homme à donner sa confiance au premier venu, mais quand une fois il avait expérimenté la droiture et l'honnêteté de quelqu'un il la lui accordait toute entière.

A son arrivée dans la paroisse, il conserva en charge les anciens marguilliers et procureurs de la fabrique ; Jean Gallard, Mathurin et Jean Secher. Il leur adjoignit Joseph Humeau, de Rochard, et René Renou, tisserand. Ces derniers furent remplacés le 1er janvier 1803 par Pierre Onillon et Louis Baraut jusqu'au 16 avril 1804. A cette époque parut l'ordonnance de Mgr Montault qui nommait de nouveaux marguilliers pour administrer les fabriques du diocèse. Louis Baraut fut maintenu, les nouveaux membres désignés furent Mathurin Secher et Jean Gourdon.

Ces préoccupations matérielles ne faisaient pas oublier à M. Grellier les intérêts des âmes confiées à sa charge. Par des catéchismes réguliers, par une solide direction et des conseils donnés avec beaucoup de bonté, de prudence et de fermeté, il s'appliqua à faire refleurir les pratiques chrétiennes et à corriger les abus dans sa paroisse. Lorsqu'une femme venait à la Sainte Table pour communier sans son voile, il la reprenait aussitôt ou la renvoyait. Parfois même au confessionnal ses paroles trahissaient son zèle : "Encore ! Tu as fait cela ?" Notre époque de relâchement s'étonne de cette liberté toute apostolique, n'oublions pas que M. Grellier était de l'ancien clergé et que, si on peut lui reprocher peut-être certain reste de jansénisme, il faut lui savoir gré de cette sévérité qui a corrigé bien des abus et a prévenu bien des fautes.
M. Grellier avait une très grande dévotion envers la Sainte Vierge. Pour marquer sa piété envers la Mère de Dieu, il fit élever dès les premiers mois de son arrivée à Saint-Laurent une croix de bois sur l'emplacement de la chapelle de Notre-Dame-de-Charité, et remplacer l'autel et la statue de la Sainte Vierge dans l'église.

Au mois de septembre 1811, M. Grellier reçut de Rome par l'entremise de l'Evêché une relique de Saint-Laurent martyr, patron de la paroisse. Il fit faire à cette occasion un reliquaire pour recevoir et exposer le précieux présent. C'est un petit coffret carré en bois doré, vitré par devant et surmonté d'une statuette également en bois doré de 30 centimètres de haut, qui représente le sain martyr la main gauche appuyée sur la poitrine et tenant de la main droite le gril, instrument de son supplice. Le 22 juillet 1820, il reçut aussi de Mgr l'Evêque d'Angers une relique de la vraie croix qu'il fit enchâsser dans une belle croix d'argent fleurdelisée.

Pendant que M. Grellier travaillait avec ardeur à relever sa paroisse des ruines accumulées par la Révolution, les habitants de Bourgneuf avaient vu la leur supprimée et annexée à celle de Saint-Laurent-de-la-Plaine. ...

LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME-DE-CHARITÉ
DEPUIS 1820 JUSQU'A NOS JOURS

La paroisse de Saint-Laurent-de-la-Plaine était enfin sortie de ses ruines. Les habitants voyaient avec bonheur leur église à peu près restaurée ; une seule chose cependant manquait encore à leur piété, la chapelle de Notre-Dame-de-Charité.

L'un des premiers soins de M. Grellier, comme nous l'avons dit, fut d'ériger une modeste croix de bois sur l'emplacement toujours vénéré de l'ancienne chapelle. Une dalle de granit restée seule en place y servit de socle (Cette dalle de granit forme le seuil de la chapelle actuelle. On voit encore la petite cavité dans laquelle fut fixé le pied de la croix) ; cette croix fut l'objet d'une grande vénération dans tout le pays (Lors de la construction de la nouvelle chapelle en 1817, cette croix fut placée à l'entrée du bourg, en face de l'ancienne route de Chalonnes où elle fut remplacée par une croix de mission. Conservée pendant de longues années dans la grange du presbytère, elle fut installée en 1857 au carrefour du Plessis-Beuvereau, non loin de l'étang. Cette croix n'existe plus).
Mais le petit coin de terre sanctifié par la présence de la très Sainte Vierge, témoin de tant de prières, souvent arrosé des larmes et du sang des Vendéens, demandait quelque chose de plus. Il fallait un monument durable pour perpétuer ces glorieux souvenirs et attester aux générations futures la foi et la religion des ancêtres. Pour répondre au désir des populations, M. Grellier se décida à relever de ses ruines la chapelle tant aimée des anciens. Il la voulait plus grande, plus belle, mieux ornée, plus digne enfin de Celle qu'il voulait honorer. Pour cela il lui fallait du terrain. Il s'adressa d'abord aux enfants du premier fondateur, Mathurin et Pierre Secher, de la Brunetière, dignes héritiers de la foi et de la générosité de leur père, puis à M. Desmazières, chanoine titulaire de la cathédrale d'Angers. Tous les trois lui firent bon accueil et s'empressèrent de lui céder le terrain nécessaire à la nouvelle construction.

En même temps, il écrivit à M. Montalant, vicaire général, pour le prier de communiquer son projet à Mgr Montault et de lui demander son avis. Il reçut la réponse suivante :
"MONSIEUR LE CURÉ,
J'ai fait part à Monseigneur du désir que vous avez de reconstruire la chapelle de la Sainte Vierge dont vous m'avez parlé. Sa Grandeur approuve de tout coeur votre projet et n'y voit aucun inconvénient. Cependant, comme cette chapelle doit être bâtie sur le terrain de particuliers, qu'ils fassent à la fabrique de votre paroisse abandon de ce terrain par un acte en forme devant notaire de peur que par la suite ils ne vinssent à s'approprier cette chapelle comme étant sur un fonds de terre à eux appartenant. C'est une mesure de sûreté qu'il ne faut pas omettre.
Agréez les sentiments d'estime bien sincère avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble serviteur.
Alexandre MONTALANT, vic. général"

Le plus difficile était de se procurer des ressources. Malgré la gêne qui régnait encore dans beaucoup de familles, on donna généreusement. Il y eut l'offrande du riche, il y eut l'obole du pauvre, mais tous se firent un honneur et un devoir de piété et de reconnaissance de contribuer selon leurs moyens à l'érection du sanctuaire. Pour réunir ces ressources M. Grellier se fit quêteur, à Saint-Laurent et dans les paroisses voisines. La Sainte Vierge bénit visiblement ses efforts. En peu de temps, le produit de la quête s'éleva à peu près de trois mille francs et permit de commencer les travaux à l'automne de cette année 1817. Un fait mérite d'être rapporté pour prouver une fois de plus la vénération des habitants de Saint-Laurent pour cette terre privilégiée et la réalité des apparitions. Au moment de creuser les fondations, quand il fallut abattre un vieux chêne qui ombrageait autrefois la chapelle, tous ceux qui étaient présents s'empressèrent d'en détacher quelques parcelles et les emportèrent précieusement comme des reliques.
Trois ans après seulement, les travaux étaient terminés et le 7 août 1820, qui était un lundi, M. Gruget, curé de Saint-Florent-le-Vieil, délégué par Monseigneur l'Evêque d'Angers, bénit la nouvelle chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Charité. Vingt-quatre prêtres et trois mille personnes venues de toutes les paroisses environnantes assistèrent à cette cérémonie. Il faisait un temps magnifique. Sous les vifs rayons du soleil et les guirlandes de fleurs et de verdure, la chapelle resplendissait de blancheur (Récit de Renée Brevet, veuve Neau, de la Jaltière). Tout autour, dans les chemins et dans les champs voisins, les fidèles se pressaient en rangs serrés et faisaient retentir l'air de leurs cantiques qui redisaient à tous les échos que la Sainte Vierge prenait possession du sanctuaire que lui avaient élevé la foi et la piété de ses enfants.

L'année suivante, on plaça dans le beffroi une petite cloche (cette cloche porte la date de 1660), enlevée à l'église de Bourgneuf, et qui par ordonnance de Mgr Montault avait été mise à la disposition de la fabrique de Saint-Laurent. Craignant peut-être quelque opposition de la part des habitants de Bourgneuf, et pour prévenir toutes difficultés, le maire avait eu la précaution d'écrire au Sous-Préfet de Beaupréau pour lui demander son avis. Il en reçut la réponse suivante :
"MONSIEUR,
Les lois organiques du culte catholique ont mis à la disposition des églises conservées tous les meubles et effets appartenant à celles qui leur étaient réunies. C'est en vertu de ce principe que Monseigneur a autorisé la fabrique de Saint-Laurent à se nantir de quelques ornements et cloche qui se trouvaient dans l'ancienne chapelle de Bourgneuf. Cet arrêté de Monseigneur doit être littéralement exécuté et rien ne peut s'opposer à ce que vous enleviez la cloche dont vous m'entretenez par votre lettre du 4 de ce mois. Toute opposition, s'il en existait, ce que je ne suppose pas, serait par vous dénoncée aux tribunaux et leurs auteurs sévèrement punis.
J'ai l'honneur de vous saluer bien sincèrement.
Amédé DE BÉJARRY."

La modeste chapelle s'élève à la place de l'ancienne, au sommet d'une petite éminence et près du même carrefour où se croisent, comme nous l'avons dit, les deux grands chemins qui mènent de Chalonnes à Beaupréau, de Saint-Laurent-de-la-Plaine à la Pommeraye. La construction, qui est des plus simples, trahit le pauvre style de 1817, sans le moindre vestige d'un passé plus ancien, sans le moindre enjolivement d'un art plus nouveau. Une petite flèche en ardoises la couronne d'une croix (la croix portait autrefois une girouette représentant un ange sonnant de la trompette. Le clocher a été construit par le sieur Bertrand, charpentier à la Pommeraye. L'auvent a été démoli au moment de la construction de la maison, en 1857) en fer et reposant sur une base carrée qui sert de beffroi. Une façade triangulaire soutient les ailes du toit aussi recouvert d'ardoises. Cette façade est percée, en haut d'un oculus ou petite fenêtre ronde, et, en bas, d'une porte à cintre surbaissé, encadré dans une bordure blanche que surmonte une petite croix avec cette inscription, sur une pierre de marbre noir : Sainte Mère de miséricorde, priez pour nous. Au-dessus de la porte, adossé à la façade existait jadis un petit auvent, de forme triangulaire, couvert d'ardoises et reposant sur deux piliers, qui offrait aux visiteurs un abri contre la pluie ou le soleil lorsque la chapelle était fermée, pendant qu'un judas pratiqué dans chaque battant de la porte leur permettait de contempler et de prier la Vierge qui leur souriait de l'intérieur.
La nef compte environ 27 pieds de long sur 15 de large et 33 de hauteur sous voûte. Le choeur, sorte d'hémicycle à trois pans, était autrefois éclairé par deux fenêtres à cintre rond et à vitres blanches. Au fond était adossé un autel en marbre noir (c'était l'ancien autel de l'église), de style grec, que surmontait une statue de la Sainte Vierge placée dans une niche. Quatre pilastres peints en marbre, avec hapiteaux dorés, décoraient le retable (le retable a été fait par le sieur Basson, tailleur de pierres à Chalonnes) et supportaient une gloire chargée des attributs de la Sainte Trinité et des figures d'Anges. Deux statues de Saint-Joseph et de Saint Jean l'Evangéliste encadraient l'autel. Appendus aux murs, des béquilles et des bâtons, des faisceaux de nombreux ex-voto en cire creuse, bras, têtes, jambes, corps d'enfants, des vêtements du premier âge ; quelques cadres, des bouquets de fleurs champêtres, de petits vases en porcelaine, modeste offrande de la dévotion des fidèles, formaient l'ornementation de la chapelle.

Ce lieu sanctifié à jamais est resté célèbre et, de tous côtés, souvent même de très loin, les fidèles recommencèrent à y venir en pèlerinage. Plusieurs guérisons attribuées à Notre-Dame-de-Charité par la piété populaire, notamment celle d'une enfant de 11 ans, Perrine Oger, en 1824, et celle de Mathurin Bernier, en 1838, contribuèrent beaucoup au renom de l'oratoire.

st laurent de la plaine chapelle miracles

Perrine Oger habitait avec sa famille une ferme voisine de Bourgneuf. A la suite d'une longue et douloureuse maladie, elle perdit l'usage de ses jambes ; elle ne pouvait se soutenir ni marcher qu'avec des béquilles. En vain ses parents eurent recours à tous les médecins et lui prodiguèrent tous les remèdes et tous les soins, le mal demeura incurable. Profondément chrétiens et dévots à la Sainte Vierge, le père et la mère promirent de faire célébrer une messe à la chapelle de Charité et de s'y rendre en pèlerinage. Au jour fixé, on monte la petite malade dans une charrette, ses béquilles à ses côtés, et on se rend à la chapelle. La Sainte Vierge récompensa la foi et la piété de ces braves gens. A la fin de la messe, l'enfant sent comme un frisson parcourir tous ses membres ; ses jambes semblent sortir d'une sorte d'engourdissement, elle se sent mieux et essaie de faire quelques pas. Ses jambes, ô miracle ! peuvent la porter, elle peut marcher ; la bonne Vierge l'avait guérie. Après avoir remercié Notre-Dame-de-Charité, elle s'en retourne, laissant dans la chapelle ses béquilles comme preuve de sa touchante et merveilleuse guérison.

En 1838, c'est le tour d'un jeune soldat, Mathurin Bernier, de l'Aveneau. Vers l'âge de dix à onze ans, ce jeune homme s'était fait en tombant une blessure grave au genou. Dans la pensée que l'accident n'aurait pas de suite, il évita d'en parler à sa mère, mais au lieu de diminuer, le mal fit des progrès rapides et lorsqu'on appela le médecin, celui-ci se jugea impuissant à le guérir. Vint l'époque du tirage au sort et du conseil de révision, en 1832. Le jeune Bernier fut jugé propre au service malgré son infirmité. Il fut envoyé successivement en garnison à Paris, à Quimper et enfin à Bordeaux où il fut employé comme tailleur. En 1838, parut une circulaire du ministre de la Guerre qui ordonnait d'envoyer au bain tous les soldats de la garnison. Justement inquiet, le jeune homme va trouver le chirurgien, lui découvre la nature de son mal et le supplie de l'exempter du bain. Tout fut inutile. A peine était-il entré dans l'eau qu'il ressentit les plus vives douleurs au genou et ce n'est qu'à grand peine qu'il parvint à se traîner jusqu'à la caserne où il tomba évanoui. Transporté à l'hôpital, Mathurin Bernier resta 50 jours cloué sur son lit sans pouvoir faire le moindre mouvement. Pendant ces longues journées de souffrance,  sa pensée se portait souvent vers son village natal, la maison paternelle, la petite chapelle de Notre-Dame-de-Charité, et l'idée lui vint de demander à la Sainte Vierge sa guérison. Après quelques jours d'hésitation, il écrivit à sa mère de faire une neuvaine pour lui à Notre-Dame-de-Charité. On devine l'empressement de la pauvre mère. Elle réunit plusieurs femmes, ses voisines, et, chaque jour, elles allaient réciter leur chapelet et faire brûler des cierges à la chapelle pour le cher malade. Leurs prières ne furent pas vaines. Bientôt le jeune homme éprouva un mieux sensible, si sensible même que ses camarades furent étonnés de le voir si vite et si parfaitement rétabli. Son service achevé, Mathurin Bernier rentra à Saint-Laurent, devint le chef d'une nombreuse famille et, toute sa vie, il est demeuré reconnaissant à Notre-Dame-de-Charité de sa guérison.

Ce n'était pas seulement des guérisons que l'on venait demander à Notre-Dame-de-Charité, Marie Moreau, fondatrice de la Communauté des Soeurs de la Providence de la Pommeraye, dans le but d'attirer les bénédictions spéciales de la mère de Dieu, réunit les plus pieuses jeunes filles de la paroisse et fit avec elles le pèlerinage de la chapelle de Charité. A l'exception d'une seule alors souffrante, toutes accomplirent ce voyage, aller et retour, à jeun et pieds nus.

Vers 1855, Notre-Dame-de-Charité qui avait béni si visiblement la Congrégation a son berceau donna à la Communauté une marque sensible de sa bienveillance en guérissant la Supérieure générale, la révérende Mère Marie de l'Incarnation, d'un mal assez grave qui inspirait de justes inquiétudes. En reconnaissance de cette faveur, la Communauté se fait un devoir de se rendre chaque année, dans le mois de mai, en pèlerinage au sanctuaire vénéré de Notre-Dame-de-Charité.

La chapelle ne possédait pas encore de sacristie. Le calice et les ornements sacerdotaux étaient déposés à la ferme voisine de la Gourdonnière. M. Réthoré, curé de Saint-Laurent, en fit construire une en 1848.
Dans les premiers mois de l'année 1849, mourait à Angers une bienfaitrice insigne de la chapelle de Charité, Mme Victoire Desmazières. Dans son testament du 18 janvier 1848, elle légua à la fabrique de Saint-Laurent-de-la-Plaine une somme de deux cents francs de rente annuelle, plus tard réduite à 180 francs, pour l'entretien de la chapelle. La fabrique accepta avec une vive reconnaissance la donation de la généreuse bienfaitrice et demanda en conséquence l'érection de la chapelle de Notre-Dame-de-Charité en chapelle de secours, érection qui fut accordée par un décret du Président de la République le 19 décembre 1850.

Le 1er mars 1852, arrivait à Saint-Laurent-de-la-Plaine comme curé un prêtre qui fut toute sa vie le dévot serviteur de Notre-Dame-de-Charité et le zélé propagateur de son culte. De bonne heure, pendant qu'il était vicaire à Saint-Maurille de Chalonnes, M. l'abbé Bourtault avait appris à connaître et à visiter la petite chapelle. Quand il fut devenu curé de Saint-Laurent, il n'eut qu'un désir, celui d'orner et d'embellir le sanctuaire confié à sa garde. A peine installé, il y érigea, le dimanche 8 août, en vertu d'un indult du Souverain Pontife, un chemin de croix, don de M. l'abbé Ledroit, prêtre habitué à Notre-Dame de Chalonnes (mort, le 10 décembre 1888).

Des travaux d'embellissement étaient projetés, des fonds même réservés à cet effet, quand, au mois d'août 1856, un vol stupide autant qu'odieux vint tout arrêter. En arrivant un matin pour dire la messe, M. Bourtault s'aperçut que des malfaiteurs s'étaient introduits dans la sacristie en forçant la fenêtre. Ils avaient enlevé une chasuble en soie jaune, une aube, des linges d'autel, un bénitier argenté et jusqu'à un morceau de tapisserie représentant les instruments de la Passion. Malgré des recherches actives les coupables sont demeurés inconnus ; ils n'auront même pu tirer aucun profit de leur sacrilège.
Des personnes généreuses réparèrent ce désastre. Mais l'avertissement était donné ; la chapelle ne pouvait se défendre seule ; force était d'y annexer une maison de gardien. Cette maison fut construite en partie des deniers qui auraient dû recevoir un autre emploi.
Une autre perte pour la chapelle fut celle de sa cloche qui provenait, nous l'avons dit, de l'ancienne église de Bourgneuf et dont ce bourg redevenu paroisse exigea la restitution.

Cependant, M. Bourtault n'avait pas renoncé à ses projets d'embellissement. Vers 1860, il remplaça l'ancienne statue de la Vierge par une autre plus belle qui lui fut donnée par Mme la Comtesse de la Grandière. En 1875, il fit enlever l'autel en marbre noir et mettre à sa place un autel en pierre blanche orné d'un bas-relief représentant l'apparition du Sacré-Coeur à la Bienheureuse Marguerite-Marie ; il ajouta de chaque côté le groupe de Notre-Dame-de-la-Salette et celui de Notre-Dame de Lourdes. La bénédiction solennelle de l'autel et des statues eut lieu le 8 septembre (le 8 septembre 1875 était un mercredi. La cérémonie eut lieu après les vêpres ; le sermon fut donné par M. l'abbé Sigogne, curé de Saint-Maurille de Chalonnes, dans un pré de la ferme de Villetrouvée) au milieu d'un grand concours de fidèles, venus de toutes les paroisses voisines. Les deux statues de Saint-Joseph et de Saint Jean l'Evangéliste, peintes sans art, furent remplacées en 1880 par deux autre plus grandes et plus belles, payées avec les offrandes des visiteurs.

Une route carrossable allant de Saint-Laurent à la Pommeraye remplace aujourd'hui l'ancien chemin devenu impraticable et amène sans cesse de nombreux visiteurs à la chapelle de Notre-Dame-de-Charité. Des messes nombreuses y sont célébrées (une soixantaine environ par an). Le 6 mai, jour de la fête de Saint-jean devant la Porte-Latine appelée communément dans la contrée la "Petite Saint-Jean" les mères y amènent leurs petits enfants pour les faire bénir, et essayer leurs premiers pas sous le regard maternel de Marie. Les premiers communiants viennent lui confier leur persévérance ; la jeune vient et revient sans cesse mettre sa vertu sous sa sauvegarde, la mère de famille place son foyer sous sa vigilance et l'homme à tout âge se réclame de sa puissante protection. Le jour de la fête de Saint Marc et le mercredi des Rogations, le deuxième dimanche après Pâques et le dimanche de la Trinité, aux fêtes de l'Assomption et du Saint-Rosaire, il est d'usage à Saint-Laurent d'aller en procession à la chapelle de Notre-Dame-de-Charité. Au temps de Pâques, touchante tradition, les fidèles de la paroisse se font un devoir le jour de leur communion de faire ce pèlerinage. Rentrés en grâce avec Dieu, ils viennent demander à la Sainte Vierge de bénir leurs résolutions et de leur conserver le don précieux, la charité, l'amour de Dieu.

En l'année terrible de 1870, les prières se succédèrent sans interruption et le jour et la nuit à la chapelle de Notre-Dame-de-Charité. Pendant que leurs maris, leurs pères ou leurs frères se battaient au loin sur quelque champ de bataille, les vieillards, les femmes et les enfants humblement prosternés au pied de l'image de la Vierge égrenaient leur chapelet et la priaient de leur conserver des existences qui leur étaient chères.
Ceux qui pour lutter n'avaient rien que leurs larmes
Ils disaient : "Défendez-les, Vierge, qui les aimez !"
La Vierge les sauva ; la prière a des armes ;
Les mains jointes parfois valent des bras armés !

Dans les temps de calamité, de maladies épidémiques, de sécheresse on a recours à Notre-Dame-de-Charité. Combien de malades ont été soulagés et guéris, combien d'autres ont été consolés et fortifiés ! Combien qui ont été éclairés sur le choix d'un état de vie, affermis dans une vocation sainte après avoir prié dans ce sanctuaire béni ! Les nombreux ex-voto appendus aux murs prouvent que la sainte Vierge aime à récompenser ceux qui viennent la prier avec confiance en leur accordant le soulagement et la guérison du corps et surtout les grâces spirituelles dont ils ont besoin. Avant la restauration de la chapelle, on y voyait, sur l'autel, et suspendus aux murs, des couronnes de mariées, des brassards et des couronnes de jeunes communiants que des mains pieuses avaient apportées là comme un touchant symbole de cette autre couronne qu'ils étaient allés cueillir au ciel, couronne qui n'est point tressée de roses éphémères mais de gloire et d'immortalité, application vraie des paroles du cantique :
Prends ma couronne,
Je te la donne,
Au ciel, n'est-ce pas,
Tu me la rendras.
Une belle croix de granit blanc, élevée de l'autre côté de la route, le 1er mai 1893, complète le paysage et lui donne l'aspect d'un gracieux ermitage. (Cette croix due à la générosité de Louise Secher, veuve Montaillé, morte le 26 août 1905, âgée de près de 90 ans, fut bénite par M. Migneau, le mercredi des Rogations, 10 mai 1893. Elle a remplacé une ancienne croix de bois élevée par la même donatrice et qui avait été bénite par M. Bourtault en 1875, le premier dimanche d'octobre). Elle nous rappelle aussi de ne jamais séparer dans nos coeurs l'amour de Jésus et l'amour de Marie.

Plus de quatre vingts ans s'étaient écoulés depuis la bénédiction solennelle de la chapelle de Notre-Dame-de-Charité. Le temps qui n'épargne rien l'avait profondément endommagée ; depuis de longues années elle tombait en ruine, et, en 1901, il fallut procéder d'urgence à sa restauration.

Vous vous la rappelez, sans doute, assise sur la colline, au bord de la route, parmi les arbres et d'épais buissons, la petite chapelle aux murs sombres, tout crevassés que soutiennent à peine d'énormes étais. Ah ! nous l'aimions bien quand même, et ce qui la rendait en quelque sorte plus vénérable à nos yeux et à nos coeurs c'était la consécration du temps et le souvenir des générations se succédant à genoux sur ses dalles pour y verser leurs larmes avec leurs prières. Cependant, en comparant les murs blancs et propres de la nouvelle église et les murs sévères, verdâtres et lézardés de la vieille chapelle, on éprouvait un sentiment de pitié. Aujourd'hui, l'impression est toute différente. C'est bien le même paysage, la même ceinture de verdure, mais le paysage s'est éclairé et la petite chapelle rajeunie, transformée, apparaît toute resplendissante de fraîcheur sous un vêtement blanc et sans tâche. Franchement, elle a un certain cachet d'ancienneté joint à un petit air de renouveau qui lui sied à merveille.

L'idéal, de l'aveu de tous, eût été de reprendre par le pied, ces vieux murs rongés par le salpêtre et de les refaire à neuf, mais pour cela il eut fallu de dix à douze mille francs et les ressources étaient loin d'atteindre ce chiffre. A moins de s'engager dans des dépenses insolvables, force était de se borner à une simple restauration. Le plan est bien compris. La sacristie a été changée de place et adossée au chevet de la chapelle auquel elle forme un solide contrefort ; deux transepts ont été ajoutés de chaque côté pour appuyer également les murs de la nef et l'agrandir. Un chaînement en fer sous voûte empêche l'écartement et a permis de supprimer l'énorme poutre qui déguisait l'intérieur. Quatre fenêtres, de 2 mètres de haut sur 0m60 de large, ménagées dans les transepts et au fond du choeur, versent à profusion la lumière.

Mais entrez. Vous ne la reconnaîtriez plus avec ses gracieuses peintures, sa voûte d'un beau bleu ciel, ses murs couleur rose pâle, parsemés de fleurs de lys, de liserons et de roses, son autel, ses statues, son chemin de croix richement polychromés. On dirait qu'une fée a passée par là, qui, d'un coup de pinceau comme d'une baguette magique, a tout transformé. Au fond, la Vierge couronnée présente l'Enfant Jésus qui tend les bras avec une grâce charmante aux pieux visiteurs. La Vierge a les yeux baissés ; elle est enveloppée d'un long manteau bleu rehaussé d'or et tout dans sa physionomie suave reflète la modestie et la bonté.

Au dessous, l'hôtel forme comme un magnifique trône et de chaque côté, sur deux colonnes, encadrant la statue, des médaillons à fond bleu, formés de feuillages entrelacés redisent les titres les plus élogieux et les plus touchants que la piété des fidèles décerne à la Mère de Dieu.
Mère du Sauveur.
Porte du Ciel.
Secours des chrétiens.
Refuge des pêcheurs.
Reine des Vierges.
Vierge puissante.
Santé des infirmes.
Consolatrice des affligés.
Reine des anges.
Reine du très saint Rosaire.

cathelineau 3Dans les transepts ont pris les groupes de Notre-Dame de la Salette et de Notre-Dame de Lourdes et sur le mur de la façade, saint Joseph et saint Jean l'Evangéliste. De chaque côté de la porte, un ange quêteur et un autre portant un bénitier ; dans le sanctuaire, une gracieuse lampe dorée, deux élégantes couronnes de lumière et quatre vitraux coloriés complètent l'ornementation. Les vitraux du choeur représentent, celui de droite, Cathelineau du Pin-en-Mauges, arrivant en procession à Notre-Dame-de-Charité et portant la croix de procession (Ce vitrail a été payé par M. le chanoine Secher, supérieur de la communauté de Saint-Charles d'Angers et par les prêtres originaires de la paroisse ; M. Th. Delaunay, curé de Blaison, M. Raymond Gourdon, aumônier de la communauté de la Salle-de-Vihiers, M. René Roullier, aumônier des Dominicaines de Chaudron, M. Joseph Roullier, vicaire à Chanteloup. C'est ce que rappelle le petit médaillon placé en bas du vitrail portant un calice enlacé d'une étole). Celui de gauche représente une apparition de la Sainte Vierge dans un chêne près de la chapelle en ruine (Il a été donné par M. et Mme Garreau, du Plessis-Raymond).
Trois médaillons formant clé de voûte portant les initiales entrelacées LG et les armoiries de Mgr Montault et de Mgr Rumeau, évêque d'Angers. Ils rappellent aux visiteurs deux dates importantes de l'histoire de la chapelle, celle de sa construction, en 1817, par M. l'abbé Grellier, sous l'épiscopat de Mgr Montault, celle de sa restauration, de 1901 à 1903, par M. l'abbé Migneau et M. l'abbé Boisdron, sous l'épiscopat de Mgr Rumeau.

Enfin, un dallage en ciment remplace les carreaux poussiéreux d'autrefois et une centaine de chaises disposées dans la nef et les transepts permettent aux pèlerins d'y prier plus à l'aise et en plus grand nombre à la fois.

Pour dire comment s'est opérée cette transformation, il faudrait nommer ici tous les bienfaiteurs qui ont contribué à la restauration et à l'ornementation de la chapelle. La liste en serait trop longue, je courrais le risque d'en oublier et plusieurs ne me pardonneraient pas de divulguer leurs noms. Je dirai donc seulement que le pauvre sanctuaire décrépit a trouvé des âmes compatissantes à Saint-Laurent et dans les paroisses voisines. Déjà, en 1817, M. Grellier jugeait le premier monument trop petit ; à notre tour, nous voulions le second plus grand et mieux orné. Tout cela ne va pas sans argent et ce n'est pas sans une certaine appréhension qu'il fallut songer à tendre de nouveau la main (la restauration complète de la chapelle a coûté environ 5.000 francs). La vénération des paroissiens pour leur chapelle nous était connue, sans doute, mais quêter après la construction de l'église, après tant d'autres quêtes faites pour son ornementation n'était-ce point téméraire et abuser de leur générosité ? Le succès a prouvé que les fils n'ont pas dégénéré et qu'on peut compter sur eux lorsqu'il y a une bonne oeuvre à accomplir. Sans parler des charrois de chaux, de pierre et de sable, offerts généreusement et gratuitement par les habitants de la campagne, on a donné, qui la modeste obole, qui des sommes assez rondes, les petites bourses, dis-je, se sont ouvertes comme les grandes, et je sais plus d'une mère de famille, plus d'une modeste ouvrière qui ont donné des sommes au-dessus de leurs moyens, parce que c'était pour la Sainte Vierge, et qui regrettaient de ne pouvoir donner davantage.

chapelle Notre-Dame-de-Charité

Il est un nom cependant qui mérite une mention spéciale, c'est celui de l'artiste qui a si généreusement décoré la chapelle, M. Désiré Onillon.
Il y a une quarantaine d'années, M. Onillon, natif de Saint-Laurent-de-la-Plaine, débutait à Angers, comme peintre-décorateur. Dévôt à la Sainte Vierge, il promit à Notre-Dame-de-Charité, s'il réussissait dans sa carrière, de décorer son sanctuaire. Sa prière fut exaucée et, en homme de coeur fidèle à la parole donnée, M. Onillon a tenu sa promesse. Il avait déjà donné le chemin de croix de l'église, il donna la décoration, le chemin et les gracieuses statues d'anges de la chapelle.
L'artiste a fait preuve de talent et de bon goût dans la conception et l'exécution de son oeuvre. Il a su garder, qualité précieuse dans la décoration, la pureté et la sobriété des lignes qui doivent faire ressortir et non détruire l'architecture et la douceur du coloris. Là, rien de heurté, tout est sobre et en rapport avec l'extrême simplicité du monument. Point de tons durs ni criards, rien que des teintes très douces, comme il convient à une chapelle de la Vierge. Tout parle aux yeux et au coeur dans ce sanctuaire et porte à la prière, et volontiers je lui appliquerais cette parole de saint Bernard : Ibi aer purior, coelum apertius, familiarior Deus." L'air y est plus pur, le ciel plus serein, Dieu plus familier, la Sainte Vierge plus aimante, plus disposée à nous accueillir et à nous excuser.

A M. Onillon et à tous les bienfaiteurs de la chapelle nous disons notre reconnaissance. Elle est inscrite sans doute en gros caractères sur les murs comme un mémorial pour les âges futurs, mais surtout en nos coeurs et nous demandons à Notre-Dame-de-Charité de récompenser en bénédictions de toutes sortes la générosité et le concours dévoué de tous ceux qui nous ont aidé et que nous ne pouvons payer que par un merci.

"Si le Seigneur ne bâtit lui-même la maison, est-il dans nos Saints Livres, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent." (Psaume 126)

Si simple, en effet, que parût l'oeuvre à accomplir qu'aurions-nous pu faire si le ciel ne nous était venu en aide ? La Sainte Vierge s'est mise de la partie. Saint Joseph n'a pas oublié non plus qu'il est le protecteur des intérêts matériels et qu'il conserve au ciel les mêmes droits et la même puissance qu'il avait sur la terre au foyer de Nazareth. Saint Jean, le fils adoptif de Marie, a dû nous appuyer, j'aime à le croire, de tout son crédit ; l'accueil sympathique et empressé fait aux personnes dévouées qui ont bien voulu quêter à Saint-Laurent-de-la-Plaine, à Bourgneuf, à la Pommeraye, à Chalonnes et ailleurs, a prouvé qu'on n'avait pas eu tort de compter sur leur puissante protection.

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Il fallait une fête pour célébrer la restauration de notre chapelle de Notre-Dame-de-Charité. Elle fut fixée au lundi de la Pentecôte, le 1er juin 1903. Ce jour-là, M. le chanoine Grellier, vicaire général, vint bénir la chapelle et y ériger un chemin de croix.
La pluie qui était tombée le matin avait retenu chez eux beaucoup de pèlerins. On en comptait cependant, dans la soirée, 1.500 à 2.000 ; les uns venus directement à la chapelle, les autres à l'église paroissiale pour se rendre au lieu du pèlerinage en procession.
Autour de M. Grellier, qui présidait la cérémonie, prirent place M. le chanoine Moreau, supérieur du Petit Séminaire de Beaupréau, M. Vivion, curé doyen de Saint-Maurille de Chalonnes, M. Florent, curé de Neuvy, M. Thuilier, curé de Bourgneuf, M. Boisson, curé de Sainte-Christine, M. Raymond Gourdon, aumônier de la Salle-de-Vihiers, M. René Roullier, aumônier des Dominicaines de Chaudron, M. Joseph Roullier, vicaire de Chanteloup, tous les trois enfants de la paroisse ; MM. les abbés Jolivet, directeur de la Croix Angevine, Tardif, vicaire de Saint-Lezin, Mainguy et Babin, vicaires de la Pommeraye, Mahot, vicaire de Beausse et Gérard, vicaire de Neuvy, M. de Toulgoët, président du Conseil de fabrique, et MM. les marguilliers ; M. Humeau, maire, et plusieurs conseillers municipaux ; M. et Mme Raymond Garreau et M. Maurice Garreau ; M. le Dr Hulin, de Chalonnes, M. et Mme Hulin, de la Jumellière, et leurs enfants assistaient également à la cérémonie.

A une heure et demie, au son des cloches, la procession se mit en marche. Sur deux longues files, près de 600 personnes, les enfants et les femmes en tête, derrière, les jeunes gens et les hommes suivis du clergé se dirigèrent vers la chapelle, au chant des cantiques et des litanies alternant avec la récitation du chapelet.

L'église, les maisons et les rues du bourg étaient pavoisées et, de distance en distance sur le parcours, au dessus des haies, sur la tête des arbres, flottaient des oriflammes qui redisaient à leur manière les louanges de la Vierge et la joie de la paroisse en fête.

La procession prit place dans un champ situé derrière la chapelle. Une estrade y avait été élevée et c'est de cette chaire décorée de verdure que M. le vicaire général adressa la parole à la foule profondément recueillie. Dans un langage élevé, simple et intelligible à tous, il vanta la piété fervente et éclairée des anciens pèlerins de Notre-Dame-de-Charité ; Ils savaient qu'il y a ici-bas, de par la volonté de Dieu, des sanctuaires où les hommes prient mieux et sont plus largement exaucés. Voilà pourquoi ils venaient de très loin prier à cette chapelle, abandonnant leurs maisons et leurs travaux, bravant le mauvais temps, le froid ou la pluie, les moqueries des indifférents et des impies. Ils furent bien récompensé de leur piété puisque, selon des probabilités qui équivalent à une certitude, la Sainte Vierge leur est apparue et opéra même des guérisons miraculeuses. Il termina en encourageant les assistants à être toujours les dévots serviteurs de la très Sainte Vierge.

Oh ! les belles paroles ! qu'il faisait bon les entendre ! La piété envers la Sainte Vierge est toujours chère aux Vendéens. Et puis, c'étaient nos titres de gloire qu'énumérait le prédicateur en célébrant la foi et le courage de nos aïeux.

Ensuite eut lieu, selon les rites la bénédiction de la chapelle et l'érection canonique du chemin de croix, après quoi la procession reprit le chemin de l'église paroissiale pour la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement qui fut donnée par M. le Supérieur du Petit-Séminaire de Beaupréau.

Cette fête a laissé dans tous les coeurs un souvenir ineffaçable. Qu'il nous soit permis d'adresser nos remerciements à tous ceux qui nous l'ont procurée ; d'abord à M. le Curé de Saint-Laurent qui en a été l'organisateur ; à Sa Grandeur Monseigneur l'Evêque d'Angers qui, avec une bonté toute paternelle, avait daigné accorder 40 jours d'indulgence à tous les pèlerins ; à M. le Vicaire général qui nous a édifiés par sa parole ; aux hommes et aux jeunes gens qui avec beaucoup d'amabilité ont aidé aux décorations et au bon ordre et qui ont si bien prévu et organisé toutes choses, aux jeunes filles qui ont prêté le concours de leurs voix comme à celles qui se sont faites quêteuses pour Notre-Dame-de-Charité.

Puisse la modeste chapelle échapper à de nouvelles profanations et abriter toujours dans son enceinte vénérée les populations si douces, au besoin héroïques, comme elles l'ont prouvé, qui viennent s'y agenouiller avec une foi si ardente. Hélas ! en lisant le récit des pèlerinages d'il y a cent ans, plus d'un lecteur aura remarqué la ressemblance qui existe entre cette malheureuse époque et les temps troublés où nous vivons. Si des malheurs plus grands devaient revenir, ce qu'à Dieu ne plaise, ô Notre-Dame-de-Charité gardez votre sanctuaire (la chapelle de Notre-Dame-de-Charité est sous séquestre depuis le 15 décembre 1906) ; gardez surtout l'âme de vos enfants !

...

NOTICE HISTORIQUE SUR
SAINT-LAURENT DE LA PLAINE
PAR L'ABBÉ A. GUINHUT
Ancien vicaire de la paroisse
J. Siraudeau, Editeur, Angers
1909