LE DERNIER DISCOURS DU TRONE DE LOUIS XVIII

Louis_XVIII_BestEn classant de vieilles archives j'ai retrouvé une lettre adressée par M. des Villattes à mon aïeul Constant de la Bassetière. La famille des Villattes, actuellement éteinte, habitait la commune du Poiroux. Mr Charles de Lézardière, auquel il est fait allusion, venait d'être nommé député de la Vendée aux élections, qui avaient eu lieu à la suite de la dissolution de la chambre, le 24 décembre 1823. Les élections avaient été un triomphe pour le ministère Villèle ; sur 430 députés les opposants n'étaient que 19. Leurs chefs, La Fayette et Manuel, avaient échoué.

C'est la séance d'ouverture du parlement dans laquelle le roi prononçait le discours du trône dont parle M. des Villattes dans sa lettre. Accablé par la maladie, en but à des sommeils prolongés Louis XVIII laissait faire : "pas fâché, disait-il, de voir ce qui se passerait sous son successeur." Il expira d'ailleurs le 16 septembre 1824, c'est-à-dire cinq mois après la date à laquelle fut écrite cette lettre :

"A la Proutière 13 avril 1824.
J'ai l'honneur de vous adresser, Monsieur, l'adresse que vous désirez : M. Charles de Lézardière, hôtel des Etrangers rue de Beaune, faubourg Saint-Germain. La correspondance de ce cher député ne nous dit jusqu'ici guère plus que les journaux. Il n'y a qu'un point fort touchant sur lequel il s'explique autrement qu'eux. L'apparition du roi à l'assemblée a étonné tout le monde. Ses jambes sont grosses comme des barriques, son visage maigre et défait, plutôt cramoisi que rouge, sa vue perdue au point qu'aucunes lunettes (sic) ne lui servent. Son discours, qu'il n'avait jamais pu apprendre par coeur, était écrit en très grosses lettres, il n'en pouvait rien lire. M. de Blacas le soufflait à haute voix mot à mot et le poussait sans cesse parce que sa tête tombait et que le sommeil l'emportait. Ceux qui ont eu ce triste spectacle ne croient pas que le roi voye la fin de la session. Il paraît au reste, que l'on espère des bonifications assez intéressantes. M. de Curzay a rejoint récemment au grand plaisir de M. de Lézardière.

Mon frère aîné est arrivé avant-hier ayant laissé sa femme rétablie d'une petite maladie qui a inquiété un instant, il se joint aux deux soeurs pour vous prier d'agréer et distribuer à tout ce qui vous appartient l'assurance de l'attachement inviolable et de tous les autres sentiments que vous leur connaissez.

des Villates"

P.C.C.
H. DE LA BASSETIERE

Revue du Bas-Poitou
4ème livraison

louis XVIII

"Louis XVIII souffrait d’une goutte qui empira avec les années et lui rendait tout déplacement extrêmement difficile à la fin de son règne. Dans ses dernières années, le roi podagre devait se déplacer en béquilles et était souvent déplacé en fauteuil roulant dans ses appartements, lui-même se baptisant « le roi fauteuil ». Vers la fin de sa vie, il était atteint d'artériosclérose généralisée, en outre la gangrène rongeait son énorme corps impotent, déjà appesanti par l'hydropisie. À la fin du mois d'août 1824, la maladie avait provoqué une large plaie suppurante en bas du dos et l'avait rendu méconnaissable. Fièrement, il refusait de s'aliter, reprenant les propos de Vespasien : « Un empereur doit mourir debout ». Mais, le 12 septembre, sa terrible souffrance l'obligea à se coucher. Il se décomposait vivant et dégageait une odeur si nauséabonde que sa famille ne pouvait rester à son chevet. Un de ses yeux avait fondu ; le valet de chambre, en voulant déplacer le corps, arracha des lambeaux du pied droit ; les os d'une jambe étaient cariés, l'autre jambe n'était qu'une plaie, le visage était noir et jaune."

(Wikipédia)