1938 - LE SOUVENIR DE CHARETTE A FONTECLOSE

fONTECLOSE 2

Le dimanche 4 septembre dernier (1938), une foule immense réunie au château de Fonteclose chez le Marquis de Baudry d'Asson a assisté à l'érection d'une croix destinée à commémorer le souvenir du départ de Charette pour les guerres de Vendée. Cette fête admirable dont l'idée est due à l'active association du Souvenir Vendéen, a été organisée par le Comte de Baudry d'Asson avec un dévouement et une compétence qui lui ont assuré une complète réussite.

Dès le matin, de tous les coins de la Vendée et des Marches de la Loire, les assistants arrivèrent nombreux pour entendre la messe célébrée à la Garnache, pour le repos de l'âme du célèbre chef royaliste. L'Amiral Joubert qui présidait la journée, prit place, en grand uniforme, au premier rang de l'église. A l'évangile, le R.P. Girard, missionnaire diocésain, prononça une remarquable allocution dans laquelle il exalta l'indéfectible attachement des Vendéens à leurs traditions.

Après la cérémonie, la foule qui s'augmentait à chaque instant de nouveaux arrivants, se dirigea vers le château de Fonteclose magnifiquement décoré d'oriflammes et surmonté d'un immense drapeau blanc sur lequel se détachait un coeur vendéen.

Tandis qu'une partie des assistants profitaient du beau temps pour pique-niquer dans les prés, d'autres se rendirent sous une tente où dominé par le blason de Charette, un banquet de 500 couverts était servi. Au dessert, le comte de Baudry d'Asson se fit l'interprète de tous ses hôtes en adressant à S.A.R. Madame la duchesse de Vendôme qui avait accepté la présidence d'honneur de la fête mais qui n'avait pu venir y assister, les regrets et les hommages de l'assistance ; puis il transmit les excuses de ceux qui n'avaient pu venir : MM. le Dr Rambaud, R. de Fontaines, R. de Blois, Mis de Dion, Gautherot, Linyer sénateur ; Cte de Chabot, Rochereau, Mis de la Feronnays, Le Cour-Grand-Maison, députés ; Mis de Virville, vice-président de l'Oeillet Blanc ; René Vallette, directeur de la Revue du Bas-Poitou ; Cte de la Rochethulon, Lancelot, Bénatier, conseillers généraux, etc ...

Des toasts chaleureusement applaudis furent ensuite portés par MM. le Dr Coubard, président du Souvenir Vendéen, le Baron de Charette, Pierre Taittinger, député, Delahaye, directeur de La Province.

A l'issue du banquet, un coup d'oeil magnifique attendait les hôtes de Fonteclose : au pied de la tribune destinée aux orateurs et dressée sur le perron du château, autour de la Croix qui, à quelques mètres de là, attendait d'être inaugurée, une foule immense envahissait les prairies. De nombreuses paroisses avaient envoyé des délégations en costumes. La place manque pour les citer toutes. Notons seulement : Saint-Jean-de-Monts, Venansault, La Chevrolière avec leurs cliques ; Montbert avec ses "allouettes" ; Palluau, la Mothe-Achard, les Sables, les Herbiers, Mortagne, Saint-Fulgent, les Essarts, Cholet, tant d'autres encore ...

Les membres de la famille de Charette avaient tenu à répondre en grand nombre, eux aussi, à l'invitation qui leur avait été faite d'honorer de leur présence cette fête du souvenir. Autour du Baron de Charette, on remarquait : Mme de Charette, Mlle de Charette, Bne de Charette, Mme Joseph de Charette, MM. Louis et Maurice de Charette, Mlles Elisabeth et Monique de Charette, Mme de Lussy ; Cse Henri-Joseph de Charette, M. et Mme René de Charette et leurs enfants ; M. et Mme de Yrigoyen et leurs enfants ; Mme Maxence de Charette et sa fille ; M. et Mme Bertrand de Charette et leurs enfants ; Mlle Anne Marie de Charette, Cte et Csse du Fay de Carsix ; Vte et Vsse Alain de Halgouët ; Csse de Cadaran ; M. Henri de Bodard, Cte et Csse Henri de la Roche-Saint-André, etc ...

Nous ne pouvons, par ailleurs, citer toutes les personnalités présentes. Disons seulement que de toute la Vendée et des pays voisins, l'élite de toutes les communes était venue assister à cette belle fête du Souvenir.

croix de charette

Après quelques instants durant lesquels la foule se massa autour de la croix et chanta des cantiques, M. le Curé de la Garnache procéda à la bénédiction solennelle du monument. Sur son socle est gravée l'inscription suivante :

A LA MEMOIRE
DE CHARETTE DE LA CONTRIE
GENERAL VENDEEN
ET DE SES SOLDATS
1793-1796

SOUVENIR VENDEEN, 1938.

Puis, du haut de la tribune, MM. le Comte de Baudry d'Asson, le Dr Coubard, l'amiral Joubert et le Dr Robert prononcèrent successivement d'émouvants discours. Celui du Dr Robert, sénateur de la Vendée et président de la Société de la Revue du Bas-Poitou, auquel avait été dévolu le soin de "montrer l'esprit du sentiment local dont Charette fut l'incarnation en 1893, la nature populaire du mouvement spontané qui le fit chef et enfin, l'illustration magnifique, par les faits, de cette notion de lieu qui est une de nos grandes vérités humaines, éveilla une résonance particulière profonde dans l'immense auditoire.

Fonteclose



Après ces discours, les délégations en costumes, défilèrent devant la croix (1), emmenant derrière elles la foule qui se dirigea vers la vieille Fonteclose. Dans le cadre même où les vainqueurs de Machecoul étaient venus, le 14 mars 1793, chercher Charette et le contraindre à prendre leur tête, on avait eu l'heureuse idée de reconstituer cet épisode historique (2). D'autres le suivirent : prise d'un convoi républicain par les soldats de Charette ; traversée du Gois, figurée par un pittoresque passage à gué de l'étang de Fonteclose ; capture de Charette et enfin, dans la cour des communs, la poignante fin du grand chef vendéen donnant lui-même au peloton d'exécution le signal de sa mort. Plus de 200 acteurs avaient prêté leur concours à cette magnifique reconstitution historique. Déguisés en Blancs et en Bleus, venus là, groupés par paroisse comme jadis, ceux de Challans, la Garnache, Bois-de-Cené, Chateauneuf, Froidfond, Sallertaine, Bouin, Beauvoir, Saint-Gervais, Soullans, Saint-Christophe, Paulx, Machecoul, représentèrent avec entrain les scènes de la Grand'guerre qu'avaient vécues leurs ancêtres. M. Beauchêne et Mlle Gillon tinrent excellemment les rôles de Charette et de sa soeur. Sur un livret écrit par le Vte J. de Maupeou et commenté par lui au "micro", M. Mourain, le remarquable metteur en scène challandais avait réussi le véritable tour de force de régler d'une façon parfaite les mouvements de masse de ces épisodes divers et mouvementés.

Après le déroulement de cette vaste fresque historique, une apothéose réunit la foule au chant de la Vendéenne devant la reproduction du monument érigé l'an dernier à la gloire de la Vendée héroïque et fidèle. Enfin, avant de se séparer, les assistants purent encore visiter le musée qui contenait des souvenirs de Charette, une exposition artisanale et admirer des danses maraîchines exécutées par le groupe folkloriste du musée "Bise-Dur" de Croix-de-Vie.

Depuis la grande fête de la Chabotterie dont nous conservons encore le souvenir, jamais la mémoire de Charette n'avait été fêtée avec autant d'éclat qu'à Fonteclose et, dans le soir tombant, ceux qui, sur les routes lointaines regagnèrent leurs maisons du Bocage ou de la Plaine, emportèrent, gravé dans leurs coeurs, le sentiment profond de leur fraternité avec les maraîchins de Charette qui écrivirent jadis quelques-unes des plus belles pages de la magnifique et glorieuse Épopée Vendéenne.

UN TÉMOIN

(1) Inaugurée près du château moderne, cette croix est en réalité, destinée à être érigée au bord de la route de Machecoul, à l'aplomb du talus du parc et à la hauteur de la vieille Fonteclose qu'on, apercevoir de cet endroit.

(2) Sur la maison, le comte de Baudry d'Asson avait fait apposer à cette occasion une plaque de marbre portant cette inscription :
"DE CE MANOIR DE FONTECLOSE - LE 14 MARS 1793 - CHARETTE - A L'APPEL DES GAS DU MARAIS - PARTIT POUR DÉFENDRE - SA RELIGION, SON DIEU ET SON ROI."

Revue du Bas-Poitou
1938 - 3ème livraison

"On a voulu établir une distinction entre la foi religieuse et la foi monarchique des Vendéens. Distinction inutile, inexplicable même, où chacun selon ses tendances actuelles voudrait retrouver son bien en partageant les trophées des morts. Les deux fois, alors n'en faisaient qu'une dans le coeur de l'homme qui ne songeait même pas au partage possible."
Jean Yole, discours prononcé à Fonteclose, le 4 septembre 1938.
Revue SAVOIR
Septembre-Décembre 2010