LES GENDARMES DE LA CORREZE
EN VENDÉE EN 1793

gendarmesLe Brigadier Graviche en Vendée : 18 mars 1793 - 28 mars 1794, écrivit un Livret Journalier et Mémoratif de toutes les opérations qu'il fit en Vendée. Ce travail très bref et sans réflexions est fort intéressant en montrant le rôle de la Gendarmerie et toutes les opérations auxquelles elle participa dans la région de Fontenay, Luçon, Chantonnay, Montaigu, les Herbiers, Mortagne, Cholet, Châtillon, et de Fontenay à l'Hermenault, La Châtaigneraie.

Le 13 mai, défaite des Vendéens sur Fontenay, Graviche écrit simplement : "victoire complette". Le 17, il est envoyé avec vingt gendarmes à Frosse près le pont-Charrau. Le 25 mai les Vendéens prennent Fontenay et Graviche se replie sur Marans. Le 30 mai, il arrive à Luçon avec le détachement de la Dordogne. Pendant le mois de juin, tous les jours il patrouille à Luçon, Saint-Amand, Mareuil, Ste-Gemme où il apprend que l'ennemi faisait enlever tous les grains à Ste-Hermine. Le 11 "un détachement de dragons, six gendarmes et un bataillon se rendirent au château de Lemarnaux (L'Hermenault) prirent à l'ennemi 60 mulets ou boeufs et pillèrent le château". Le 26 près de Moutiers ils arrêtent treize rebelles et soixante boeufs. Le 28 défaite des Vendéens à Luçon. On voit par son récit la révolte des troupes républicaines le 21 juillet dans le bataillon le Vengeur qui quitte la garnison ; le 23 par le bataillon de l'Egalité qui part avec son drapeau. "Le 21 juillet, 200 gendarmes sommes partis avec le général Tunc pour l'Hermenault, avons investis le château pour y prendre deux chefs qui furent avertis. Nous prîmes le commandant en chef créé par les rebelles, enfonçâmes la chambre du comité où était sur leurs registres les frais faits pour les envois des généraux. Nous prîmes deux hommes, dont un blessé à l'affaire de Luçon, et une femme, on tua deux hommes et on prit trois chevaux.

On se battait presque tous les jours du côté du Pont-Charreau et Chantonnay. Le 26 à huit heures du soir à Luçon la troupe prend les armes, on brûle trois drapeaux pris à Chantonnay dont un orné de fleurs de lys, une croix en haut et une devise portant les mots Pro Deo, pro rege, et puis la farandole autour du feu. - Le 30 juillet bataille devant Luçon, victoire complète, poussé l'ennemi jusqu'au Moutiers. Le 31 il conduit les prisonniers à La Rochelle.

Le 10 août. Fédération sur la place de Luçon. Messe solennelle à l'Arbre de la Liberté. Grande canonnade au camp pour la Fédération.

Bataille de Luçon le 14, Graviche dit que les chemins et champs sont couverts de cadavres au nombre de près de 6.000. Ils prirent 17 pièces de canons, on ne voulut que 7 ou 8 prisonniers qu'on conduisit à Saint-Amand. Le général Tunc fit fusiller 32 prisonniers qu'on avait pris dans la nuit et l'armée républicaine conserva le Pont-Charreau et Chantonnay.

Le 17 arrivée d'un grand convoi et on passa le château de Loge. Le 21 août, tous les paysans et bourgeois se sont rendus à Luçon, le tocsin ayant été général, pour occuper les postes que l'armée avait quittés pour se porter dans le Bocage.

Le 4 octobre arrivée de 1200 paysans pour marcher en masse. Le 23 septembre Graviche avait vu arriver l'armée des Sables mise en déroute. L'armée républicaine quitta Saint-Amand le 4 octobre et fut à Mouilleron, elle rentra à Luçon le 6 octobre. Le 15 octobre la division de Luçon au puy des Alouettes. Le 16 retraite à Chantonnay. Le 17 marché toute la nuit pour Mortagne. Le 18 arrivée à Cholet qui fut pillé, incendié un clocher et quelques maisons après la bataille, massacre des aristocrates connus.

Graviche opère avec les colonnes infernales de Turreau

Tous les jours patrouille. Le 28 ils se rendirent à Maulévrier et arrêtèrent trois vieux prêtres en paysans. Le 6 novembre détaché avec quatre gendarmes pour enlever les effets du château de La Boulie (La Boulaye). Le 8 capture des aristocrates qui avaient reçu les brigands. Le 24 à Cholet incendie de 2 drapeaux, grande réjouissance. Le 26 ordre de mettre le feu où l'ennemi aurait passé. Le 30 idem partout où on saurait que les brigands s'étaient retirés.

Le 3 décembre, incendie de Jalet (Jallais) cercle de l'insurrection. Le 5 reparti pour Jalet où on a passé hommes et femmes au fil de l'épée ou fusillé, ayant donné retraite et ayant été chercher les Brigands qui les égorgèrent. Sommes rentrés à Jalet incendié.

Le 6, ordre au citoyen Maynard et son détachement d'aller à la Pestenière où nous avons mis le feu partout et nous faillîmes être pris prisonniers par les brigands cachés aux environs.

Le 13, massacre de femmes et enfants entre Beaupréau et Jalet à Saint-Laurent de la Plaine.

Le 14, mon hôte du May fusillé.

Le 31, battue dans les genêts et taillis dans les environs du May et Jalet, beaucoup de rebelles furent tués dans cette chasse.

Le 1er janvier 1794, ordre de tuer tout paysan et autre qui ne seront pas porteur d'un certificat de leur municipalité visée de celle de Cholet.

Le 13, les bataillons de la garnison rentrèrent après avoir brûlé et pillé plusieurs bourgs, et villages et tué les habitants et habitantes.

Le 20, ordre de se tenir prêt pour le lendemain pour aller incendier.

Le 22, incendié la Tessoune (Tessoualle), etc.

Le 23, incendie du bourg de Moulin et parti pour Châtillon.

Le 25, incendie des maisons qui restent à brûler à Châtillon et parti pour Saint-Amand. Brûlé sur la route et dans la campagne tous les bâtiments ainsi que le bourg de La Baissière.

Le 26, parti de Saint-Amand après l'avoir incendié ...... la gendarmerie fut obligée de passer par Malièvre qui brûlait et que nous traversâmes parmi les flammes.

Le 28, ordre d'aller aux Herbiers ... des volontaires trouvèrent dans le creux d'un arbre un curé qu'ils fusillèrent sur le champ.

Le 31, parti des Epèches (Epesses) après l'avoir incendié et fusillé tous les hommes sauf quelques municipaux. Parti pour Chambreto (Chambretaud), logé dans l'église.

Le 20 février, ordre de partir pour Chantonnay tué en passant aux Herbiers quatre femmes et trois hommes. Après notre passage, l'adjudant général passait avec son escorte et les brigands cachés dans les débris des maisons incendiées firent feu sur lui, son chapeau lui fut enlevé par cette fusillade.

Le 28, à Chantonnay. Le 30 la générale, l'ennemi à Bussoge (Bazoges).

Le 13 mars, congé pour me retirer, parti pour Fontenay le Peuple.

De ce résumé du Mémorial de Graviche, il ressort que les troupes républicaines sortaient de leurs cantonnements pour une journée ou deux et y rentraient aussitôt après. Les détails sur les combats sont courts et se bornent en général à leur résultat, Graviche n'y prit part d'ailleurs pendant l'année qu'il passa en Vendée que depuis son arrivée à Fontenay le 18 mars 1793 jusqu'au 18 octobre à Chollet où il fut détaché de l'armée régulière pour opérer avec les colonnes infernales de Turreau. Si la première est intéressante pour les marches, les combats, l'esprit des populations civiles et des troupes républicaines, cette seconde partie du Mémorial de Graviche dans laquelle il note chaque jour l'emploi du temps avec la même indifférence qu'il s'agisse de l'incendie des maisons, de l'assassinat des prêtres, de son hôte, des femmes et des enfants, me paraît être le témoignage le plus véridique et le plus monstrueux du sadisme sanguinaire du sinistre gredin qui les commandait.

DE F.
Revue du Bas-Poitou
1927 - 1ère livraison