LOUIS COUVREUR

Quand, dans ses Lettres Vendéennes, le vicomte de Walsh écrivait (tome 2, page 308, huitième édition) qu'en 1793 Louis Couvreur "n'avait pas plus de seize ans", il faisait erreur. En voici la preuve.

LEGÉDans le nouveau cimetière de Legé, où on a transporté ses ossements qui reposaient auparavant près de l'église, sa pierre tombale porte cette inscription :
"Ici repose le corps de Louis Couvreur, Chevalier de Saint-Louis, commandant dans les armées royales de Charette, mort à Legé, le 14 janvier 1815, à l'âge de 43 ans. Priez Dieu pour lui S.V.P."

Ainsi ayant 43 ans en 1815, Louis Couvreur était né en 1772 (le 2 janvier) à Legé, et par conséquent avait vingt ans en 1793.

acte de naissance de Louis Couvreur Legé



Il travaillait avec son père qui exerçait la profession de tisserand.

Lorsque, le 10 mars 1793, éclata la grande insurrection de l'Ouest contre la tyrannie jacobine, il se mit dans son bourg natal à la tête des révoltés et prit part à d'affreux massacres où périrent dix-huit républicains parmi lesquels le curé constitutionnel Bossis et le maire Pierre-Clair Francheteau, ancien Président de l'administration départementale de la Loire-Inférieure.

Ces insurgés formèrent un comité local qui choisit pour chef militaire Alexandre Pineau du Pavillon, lieutenant dans le régiment de l'Ile-de-France, et ils entrèrent en relation avec les révoltés de Machecoul qui s'étaient mis sous les ordres de Charette bientôt accepté comme général dans tout le Pays-de-Retz dont Legé fait partie.

Capture plein écran 04062012 115437D'après le récit du vicomte Walsh qui a connu la veuve et les compagnons d'armes de Louis Couvreur, celui-ci s'enrôla dans la troupe de Charette. Il y fut d'abord employé à garder ses chevaux ; mais un jour, pendant un combat livré près de Legé, ayant entendu crier dans le bourg : "Tout est perdu ! M. de Charette va être pris", il s'élança sur un des chevaux, "armé d'un mauvais sabre et d'un pistolet", et voyant que les Bleus, loin d'être vainqueurs, prenaient la déroute, il s'acharna à la poursuite d'un officier. "Impatienté le républicain se retourne et tire sur lui presque à bout portant en criant : "Enfant que tu es ! retourne garder tes moutons !" - "Et toi, répliqua Couvreur qui n'avait pas été atteint, "Va-t-en chez le diable puisque tu ne sera plus le bon Dieu". Et, d'une main assurée, il fit sauter le crâne à l'officier de la République. Alors il s'empara de son cheval, de ses armes brillantes et du guidon tricolore".

A partir de ce jour Charette le prit en affection et en fit un des cavaliers qui l'accompagnaient partout. D'une bravoure et d'un dévouement rares, Louis Couvreur devint un de ses meilleurs officiers, mais la violence de son caractère l'entraînait souvent à des actes cruels. Quand Alexandre Pineau fut envoyé par Charette dans l'Ile-de-Noirmoutier, il fut nommé capitaine de la paroisse de Legé, puis commandant de l'artillerie composée de quelques canons enlevés aux Bleus, parce qu'il avait travaillé chez un forgeron (De Béjarry, Souvenirs vendéens, page 46).

Il suivit Charette dans presque toutes ses campagnes et partagea ses périls. En 1794, lors de la réorganisation de l'armée du Bas-Poitou et du Pays-de-Retz, il reçut le commandement de la division de Legé.

Le 16 juillet, les généraux Aubertin et Chadau l'attaquèrent avec des forces supérieures dans son poste de Legé et l'obligèrent à l'abandonner malgré une "héroïque résistance" qu'il fit entouré seulement de cent cinquante hommes (Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée Militaire, tome 2, page 285).

Au mois d'octobre 1795, Louis Couvreur et sa division ne purent prendre part à l'expédition dirigée par Charette sur la côte de Vendée afin de faciliter le débarquement du comte d'Artois.

Avec ses principaux officiers et quelques soldats, il résidait près de Legé, dans un petit manoir appelé la Ratière. Un habitant du pays en informa le commandant républicain de Machecoul qui le fit savoir à Hoche. Celui-ci chargea son aide-de-camp Renaud d'enlever Couvreur et son état-major. "Soixante à quatre-vingts hussards, dit Lucas de la Championnière, cernèrent la maison pendant la nuit ; les gardes à peine les aperçurent et tout fut égorgé dans la maison excepté Le Couvreur qui s'échappa des mains des meurtriers."

Le 11 octobre, Hoche écrivait à ce sujet au Comité de salut public : "J'avais chargé mon aide-de-camp Renaud d'enlever chez lui le chef de brigands Le Couvreur et son état-major : les hommes trouvés dans la maison ont péri. L'humanité que permettent les rigoureuses lois de la guerre n'a point été outragée ; les malheureuses compagnes des rebelles n'ont eu d'autre mal que la peur. Ce coup de main a mis en notre pouvoir deux drapeaux et quinze chevaux". (Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans, tome 6, page 16).

Le 20 février 1796, dans une maison du village de la Bégaudière, paroisse de la Copechagnière, Charette annonça à ses officiers qu'il avait l'intention de passer en Angleterre.

"Aussitôt, dit M. Bittard des Portes suivant le récit de Hyacinthe de la Robrie, dans sa Justification imprimée à Nantes en février 1815, Lecouvreur, commandant de la division de Legé, l'interrompit : "Que deviendrons-nous, mon général ? Charette reprit : "Je recevrai tous ceux qui voudront me suivre ; mais il vaudrait mieux, et je vous y engage, rester en France, vous soumettant aux lois ; vous me serez plus utiles ainsi qu'au parti royaliste. Vous me mettriez à même de tenir avec vous une correspondance qui me donnera la facilité de profiter d'une circonstance plus heureuse."

Cette pensée de quitter la France n'avait fait que traverser l'esprit de Charette. Il résolut bientôt de lutter jusqu'à la mort.

De nouveaux combats se livrèrent, mais sans aucun espoir, et enfin voyant l'inutilité de tant d'efforts, Louis Couvreur, Hyacinthe de la Robrie et Jean Guérin firent leur soumission à la République.

Le 27 février 1796, Couvreur "se rendit à Legé où le commandant du cantonnement le fit arrêter, puis transférer dans les prisons de Nantes." (Justification de M. de la Robrie, page 12).

Dans une lettre du mois d'avril, Hoche disait au Directoire exécutif : "J'ai jugé nécessaire d'envoyer au château de Saumur les chefs de division vendéens La Robrie, Le Couvreur, Caillaud et Rezeau. Guérin sera détenu également. Le motif de cette rigueur est la crainte de l'effet des guinées anglaises ; l'or peut tout sur ces messieurs. On aura soin d'eux, mais ils ne pourront former aucun rassemblement et les habitants oublieront qu'ils furent leurs chefs, ce qui n'est pas peu ... Ils abuseraient de la liberté, si on la leur laissait. La détention jusqu'à la paix est tout ce qu'ils peuvent espérer de la bonté du gouvernement ; il serait peut-être de sa justice comme de sa prudence de les faire déporter." (Ch. L. Chassin, Les pacifications de l'Ouest, tome 2, page 479).

Mais Louis Couvreur et ses compagnons Caillaud et Rezeau se méfiant de la bonté et de la Justice du Directoire, prirent leurs précautions contre elles en trouvant le moyen de s'évader du château de Saumur à la fin de l'année 1796.

En 1799, la guerre civile recommença, et Couvreur rassembla de nouveaux combattants.

A la tête de 300 hommes de pied et de 50 à cheval, dans les premiers jours de novembre, il parcourut les cantons voisins de Legé et vint jusque sous les murs des Sables d'Olonne enlever des chevaux, des armes et des munitions. (Lettres de l'Administration centrale de la Vendée au Ministre de la Guerre des 10 et 16 novembre 1799).

Le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1800), le commissaire du Directoire exécutif près l'Administration départementale de la Vendée écrivait au Commissaire de la Loire-Inférieure :
"Citoyen collègue.
Je reçois par ce courrier une dépêche de Challans qui m'annonce un rassemblement de 400 hommes à Legé qui menace Challans etc - que le citoyen Voineau (Voyneau) du Bourg-sur-la-Roche et Couvreur de Legé le commande - qu'un nommé Verrier, de Nantes, émigré, commande l'arrondissement d'Aizenay ; - que l'on commence à faire marcher le peuple de force dans le canton de Legé et communes environnantes, et que l'intention des chefs est de forcer toutes les campagnes à marcher.
Il est de l'ordre que vous soyez instruit de ce rassemblement. Cependant j'ai cru devoir vous en prévenir. J'en fais part aussi au général Travot commandant dans le département à Montaigu, afin qu'il prenne de concert avec le général de votre département les mesures convenables pour comprimer ce mouvement et dissiper ce rassemblement.
Salut et fraternité.
(Signé) : POUPEAU"
(Inventaire sommaire des Archives départementales de la Loire-Inférieure postérieures à 1791, par M. Léon Maître. Série L. 156)

 

DRAPEAU LEGÉ LOUIS COUVREUR

Bonaparte qui cherchait à s'attacher tous les hommes d'énergie offrit à Louis Couvreur de lui conserver le grade qu'il avait dans l'armée royaliste et de donner une pension à sa femme. Mais, voulant rester fidèle à son drapeau, il préféra l'exil et la misère. Le drapeau blanc de sa division est encore chez sa petite-fille, Mme Dodin. On en trouve une reproduction dessinée par M. de Cambourg dans le 2e volume de l'Histoire de la Vendée militaire, par Crétineau-Joly, édition Drochon.

En 1815, peu de jours avant sa mort arrivée le 13 janvier, Couvreur fut décoré de la croix de chevalier de Saint-Louis. Lorsque le vicomte Walsh parcourut les campagnes de l'Ouest pour écrire ses Lettres Vendéennes, il alla faire une visite à sa veuve. Elle vivait pauvrement à Legé du produit d'un bureau de tabac et d'une petite pension sur la cassette du Roi.

Louis Couvreur, Chevalier de Saint-Louis, époux de dame Marie-Catherine Nicolleau, est décédé le 13 janvier 1815, à l'âge de 43 ans.

acte décès Louis Couvreur


JOSEPH ROUSSE
Revue de Bretagne et de Vendée (Vannes)
1906