LOUIS-SÉBASTIEN DELAUNAY

portrait Louis Delaunay


Louis-Sébastien Delaunay fut l'un des chefs secondaires, les plus actifs, de l'armée vendéenne.

acte de naissance de Louis Delaunay

Fils de Louis Delaunay, métayer et de Jeanne Ménard, Louis-Sébastien Delaunay naquit en 1774, le 20 janvier, à Saint-Laurent-du-Motay. Ancien garde-chasse du Comte de Colbert, à Maulévrier ; il prend part avec Stofflet à la grande guerre de 1793.

"M. Delaunay, s'était déjà fait remarquer lors des premières guerres. Voici comment l'attestait un de ses chefs :
"Je certifie que M. Louis Delaunay, ex-capitaine de cavalerie, a servi dans l'armée de la Vendée ; qu'il s'y est conduit avec honneur et avec la plus grande distinction.
Monmoutiers, le 1er février 1800.
Comte d'AUTICHAMP."

En 1815, il servit dans le 4e corps, et la preuve de sa bravoure est dans ce qui suit :
"J'ai l'honneur de vous prévenir que, par décision de ce jour, vous avez été nommé adjudant-général adjoint à l'état-major."
Saint-Aubin-de-Baubigné, 24 juin 1815.
Comte A. LA ROCHEJAQUELEIN,
Le général commandant le 4e corps d'armée de la Vendée,
Le Chevalier DUPERAT."

Il avait employé toute sa fortune au service de la légitimité ; il reçut une pension de 900 francs et la croix d'honneur : c'était peu de chose sans doute, mais la bonté royale eut pour intermédiaire M. de La Rochejaquelein, ce qui doubla le prix de la récompense.

... Lorsqu'au mois d'août 1830 Charles X crut devoir se laisser conduire avec sa famille à la terre d'exil, la Vendée fut contrainte d'imiter sa résignation ; car elle fut à la fois saisie soudain d'étonnement et de douleur, et on n'en appela point à son dévoûment. elle ne put songer à improviser une insurrection en faveur d'un trône qu'une tempête de trois jours avait renversé ; mais si à cette époque Charles X se fût jeté dans cette fidèle contrée, elle eût encore tout sacrifié pour sa cause.


Il faut le dire cependant, à la réapparition du drapeau tricolore, les sentimens religieux et monarchiques firent battre plus fort le coeur des Vendéens. Je pourrais citer des hommes qui pensèrent aussitôt à courir aux armes, si je ne devais à leur égard m'imposer une juste réserve. Dès que le clocher de Maulévrier fut privé de son blanc étendard, M. Delaunay voulut organiser un mouvement, mais il dut bientôt en reconnaître l'impossibilité. Le nouveau pouvoir, redoutant l'influence de cet homme actif lui offrit le double de la pension qu'il venait de perdre s'il s'éloignait de son canton. M. Delaunay refusa énergiquement, et on verra jusqu'à quel point il persista dans son désir de combattre encore pour reconquérir ce qu'il regardait comme un droit imprescriptible. Chaque jour, il s'occupait de se procurer de la poudre, des munitions ; il préparait tout seul et en secret le moyen de se mettre bientôt à la tête d'une petite bande. Il n'attendait qu'une occasion favorable. Le système qui régissait alors la France la lui fournit bientôt et le tira de son état d'abattement et de deuil. ... Tout à coup le désarmement général fut ordonné et devint la cause de l'accroissement subit des premières bandes. Un grand nombre de vieux guerriers d'autrefois et de jeunes gens qui n'avaient encore point pensé à prendre part à la chouannerie, ne purent voir sans colère les soldats et les gendarmes venir, au nom de la loi, enlever à la cheminée de leurs chaumières ces fusils d'honneur, véritables trophées de la famille. ...
Diot, de la commune de Boismé, près Clisson (Deux-Sèvres), avait, de son côté, réuni les conscrits des environs qui se rangeaient sous ses ordres avec d'autant plus d'empressement que son adresse et sa bravoure étaient  véritablement rares.
Le jeune Constantin de Caqueray, officier de cavalerie en 1830, était venu se joindre à Delaunay, et grâce à son ardeur, à son intrépidité, il avait été choisi pour chef. Cette bande ou plutôt ces fractions de bande restèrent presque constamment sur la défensive ; elles soutinrent quelques engagements contre la troupe de ligne lorsqu'elles furent harcelées par les balles des colonnes mobiles. ...

Plusieurs engagemens eurent lieu, notamment à la ferme de la Billardière, près Trémentine, le 29 septembre. Delaunay, très malade en ce moment, avait chargé son fils Alexandre, qui venait de quitter l'école de Saumur pour venir le joindre, d'un message important et périlleux. Ce jeune homme partit aussitôt suivi de trois chouans. Rencontrés par un espion, ils furent découverts et une quarantaine de soldats se mirent à leur poursuite. Vivement assaillis, ils ripostèrent avec vigueur ; l'un d'eux, Ménard, fut blessé à mort ; mais, accablés par le nombre, ils ne purent lutter plus long-temps et tombèrent au pouvoir des soldats. Ceux-ci, que les ordres du jour excitaient à une guerre sans merci, allaient brûler la cervelle au jeune Delaunay, lorsque le sergent accourut et préserva de la mort du champ de bataille le Vendéen auquel étaient destinées les ignominies de la Cour d'assises. Pendant que les militaires frappaient à coups redoublés de crosse de fusil Delaunay, un de ses compagnons parvint à s'échapper, et, se réfugiant dans un taillis voisin, il monta dans un arbre d'où il entendit les imprécations excitées par sa fuite, et vit ses frères d'armes Delaunay et Yvon, ancien soldat de la garde royale, conduits à Chollet. Ménard fut jeté dans une charrette, dont les cahotemens lui faisaient éprouver d'horribles souffrances. Sans laisser échapper la moindre plainte, il prit son chapelet, et pria avec ferveur, fit un signe d'adieu à ses deux amis, puis, lorsqu'il parut prêt à rendre le dernier soupir, les soldats lui demandèrent durement s'il se rendait. "Je meurs pour Henri V !" Telle fut la dernière parole de ce Vendéen, succombant le jour même de l'anniversaire de la naissance du jeune prince auquel sa voix mourante adressait un touchant hommage. On l'enterra à Chollet, et le lendemain Delaunay et Yvon furent menés à Beaupréau. Soixante hommes sous les ordres de Delaunay père, voulaient se porter sur la route pour enlever les prisonniers ; mais celui-ci ne permit pas qu'ils s'exposassent pour sauver son fils, qui fut incarcéré à Angers. M. Delaunay avait sacrifié sa fortune, sa vie même à la cause de la légitimité ; il venait d'y sacrifier un de ses enfans, qui cependant supportait noblement son infortune ; mais dès ce jour ce malheureux père parut en proie au plus profond chagrin, et demanda en vain, à sa vie d'excursions et de dangers, l'oubli de ce pénible évènement. ...


Delaunay père, traqué comme une bête fauve depuis six mois, était contraint de se réfugier au fond des forêts, car il n'aurait pu se retirer dans les métairies sans compromettre gravement ceux qui lui eussent donné l'hospitalité. Il était suivi de quelques hommes intrépides, qui payèrent de leur captivité ou de leur vie leur dévoûment à son autorité. L'un d'eux, nommé Coutant, fut tué par des soldats de la ligne. Accablé de chagrin par l'arrestation de son jeune fils, il sentait chaque jour ses forces s'épuiser ; bientôt une fluxion de poitrine très intense le saisit, et ses compagnons, dont le plus fidèle fut Henri Rochard, le transportèrent chez un fermier voisin. Le médecin et un prêtre s'approchèrent successivement de son chevet. Cet homme qui, sa vie durant n'avait cessé de suivre ses inspirations religieuses et monarchiques, reçut les secours de l'Eglise avec une visible piété, et lorsqu'il se découvrit la tête pour saluer le crucifix placé au pied de son lit, ses cheveux blanchis formèrent comme une sainte auréole, annonçant qu'il allait échanger sa longue infortune pour le bonheur. Cependant les chasseurs aux hommes connurent l'état de Delaunay, et, jaloux de disputer à la maladie l'horrible bonheur de tuer ce moribond, ils redoublèrent de zèle pour découvrir sa retraite. Ils arrivaient près d'elle lorsque le courageux Vendéen ordonna à tous ceux qui l'entouraient de se retirer. "Je sens que je me meurs, disait-il ; les bleus n'auront que mon cadavre." Les paysans ne voulurent pas le quitter, ils l'enveloppèrent dans une couverture et le déposèrent dans un épais buisson d'aubépine, au milieu d'un champ de genêts. Aussitôt les soldats se précipitèrent dans la maison, y multiplièrent leurs recherches et se répandirent ensuite aux alentours.

Louis Sébastien Delaunay 2Toute la nuit se passa sans qu'on pût aller près de lui ; vers deux heures de l'après-midi, le 9 avril, le métayer s'approcha de sa retraite, Delaunay lui fit signe de s'éloigner. Le soir, un berger aperçut Delaunay luttant contre l'agonie ; il revint en toute hâte chercher du secours ; mais, lorsqu'on arriva, le vieux capitaine de 1799, l'adjudant-général de 1815, le chef de chouans de 1832 venait de rendre le dernier soupir ... Toute la nuit le cadavre reçut les hommages des habitans circonvoisins. Grâces aux ténèbres, plus d'un frère d'armes, plus d'un jeune soldat purent venir prier près de ce corps inanimé.

Il y aurait eu trop de danger à lui donner un linceul et six pieds de terre dans cette lande où il était succombé en véritable Vendéen, sans doute la soldatesque eût insulté ses restes. Le lendemain matin un détachement officiel emmena le mort à Maulévrier ; le maire de la commune accompagna le convoi qui réunit un grand nombre d'assistans. On redisait avec émotion la fin déplorable de cet invariable royaliste, auquel fut rendu bientôt un public témoignage d'admiration non suspecte. Le journal libéral d'Angers, dans un article détaillé, raconta que Delaunay père avait dépensé plus de soixante mille francs pour soutenir son parti. Il signala son désintéressement et son abnégation ; il grava en quelque sorte sur sa tombe cette épitaphe : Convaincu et courageux.

Delaunay n'avait point besoin que ses ennemis eux-mêmes lui rendissent justice, car on trouva sur lui un testament qui est devenu pour sa famille un titre de noblesse ; il fut écrit au moment où, en 1830, il organisait une insurrection :

"Mes chers enfans, je vous laisse, en remplacement de toute fortune, le zèle qui l'a anéantie. Puissiez-vous en être toujours animés. Que jamais le vil intérêt ni la crainte de la mort n'y mettent de bornes. Consacrez toutes les forces de votre âme et de votre corps à la défense de votre religion et de votre roi. Soyez vertueux, constans et réfléchis. Faites toujours tout ce que vous pourrez dans l'intérêt de votre pays ; mais souvenez-vous que là où est votre roi, là est votre patrie. N'ayez jamais ni paix ni trève avec ses ennemis. Fils de la Vendée, regardez tout Vendéen comme votre frère. S'il a faim, donnez-lui la moitié de votre pain ; s'il est dans le besoin, secourez-le. Aimez et craignez Dieu, car lui seul peut donner la victoire. C'est lui qui, plus d'une fois, a arraché votre père aux dangers qui le menaçaient, et, s'il n'est avec nous, pouvons-nous espérer de vaincre ? Je vais reprendre les armes et consacrer mes dernières années au service de notre roi ; je ne sais si je vous reverrai encore. Recevez donc ces dernières paroles comme un long et peut-être éternel adieu ..."

M. Delaunay père, brave Vendéen de 93, de 1815 et de 1832 enregistrait fidèlement, chaque soir, dans un journal les moindres incidens de ces journées. Tel est le seul héritage qu'il ait légué à ses dignes enfans."

Extraits
La Vendée à trois époques : de 1793 jusqu'à l'empire, 1815-1832
Auguste Johanet
Tome II - 1840

 

acte de décès Louis Delaunay

L'acte de décès, en date du 12 avril 1832, rédigé par M. Chanlouineau, maire, nous a confirme donc que le corps de Louis-Sébastien Delaunay, découvert par le juge de paix du canton de Cholet, gisait dans un champ d'ajoncs dépendant de la métairie des Gautrêches située commune de Maulévrier (aujourd'hui paroisse de Tout-le-Monde).