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Aspasie, dite Carlemigelli, naquit à Paris en 1778. Elle était fille d'un coureur de la maison du prince de Condé, et essuya, dès son enfance, les mauvais traitements de sa mère. Une maladie cruelle, qu'on voulut faire disparaître par le moyen de remèdes trop violents, la laissa dans un état voisin de la folie. On l'enferma dans une hospice d'aliénés d'où elle sortit bientôt.

En 1793, elle fut emprisonnée pour avoir tenu des propos inciviques, et fut relâchée. Aspasie ne possédait certainement pas toute sa raison. Elle s'en alla un jour crier Vive le Roi ! dans les rues ; mais on ne la condamna pas. Sa misère était grande. Des malfaiteurs lui avaient volé l'argent qu'elle p¤ssédait. Peu à peu elle devint comme furieuse, et tourna sa rage contre sa mère, qu'elle voulut faire condamner. Les juges n'agirent pas selon ses voeux, et Aspasie, tourmentée par un démon inconnu, se mit au nombre des fanatiques de Robespierre, des Tricoteuses. A peine était-elle enrôlée dans la légion des terroristes femelles, que le 9 thermidor renversa son idole.

Dès lors, Aspasie poursuivi une idée fixe, celle de venger Robespierre. Le 1er prairial an III, elle se mit à la tête des femmes des faubourgs Saint-Antoine, Saint-Jacques et Saint-Marceau, et marcha sur la Convention avec les sections armées qui demandaient du pain ! et la Constitution de 93 ! C'est dans cette journée qu'Aspasie montra jusqu'où allaient son fanatisme et sa frénésie. Les insurgés, les femmes surtout, encouragés par Aspasie, menacèrent de leurs piques le président Boissy d'Anglas, que Féraud voulut protéger de son corps. Féraud, l'épaule fracassée par un coup de pistolet, tomba sous les pieds des furieux. Aspasie, riant et criant, les traits renversés à tel point qu'on ne pouvait définir si c'était de la douleur ¤u du délire qu'elle ressentait, trépigna avec ses galoches sur le corps du malheureux député, et l'assomma à coups de pique pendant que la foule lui tranchait la tête. Horrible scène, qui faillit se renouveler un instant après. Les insurgés présentèrent à Boissy d'Anglas la tête de Féraud, et le président se découvrit. Camboulas, vêtu du costume de représentant, essaya d'apaiser le tumulte en s'écriant :
- S'il vous faut une victime parmi les représentants du peuple, prenez mon sang, mais épargnez celui de mes collègues.

Aspasie regardait Camboulas avec une ironie affreuse, et, au moment où il découvrait sa poitrine pour s'offrir aux coups des insurgés, la Furie, au milieu des cris et des injures, saisit un couteau et s'élança sur lui. Camboulas eût éprouvé le sort de Féraud, si un officier de section ne se fût jeté au-devant du coup. Le mouvement du 1er prairial fut apaisé, et cette fois, on prit les actes d'Aspasie au sérieux. On l'arrêta, on l'interrogea. Elle prétendit d'abord qu'elle n'avait obéi qu'aux impulsions des Anglais et des royalistes. Une année plus tard, en 1796, elle déclara au tribunal que, "si elle était libre, le bras qui avait mal atteint Boissy d'Anglas et Camboulas, les frapperait de nouveau ; qu'elle ne connaissait point Féraud, mais qu'elle l'avait assassiné avec plaisir parce qu'il était député, et que tous les députés avaient fait le malheur du peuple." Elle se défendit elle-même, entendit prononcer son arrêt de mort avec le plus grand sang-froid, et ne se démentit pas davantage en allant au supplice.

Aspasie Carlemigelli fut guillotinée à l'âge de 23 ans.

Extrait :
Lecture pour tous
La Terreur
par l'abbé Pioger
1861