Le 13 pluviôse 1793, le sieur Vacheron, membre de la Commission militaire d'Angers, s'était rendu à la communauté du Calvaire, qui était convertie en prison, pour interroger les détenus. Le n° 18 du registre d'écrou lui indique une fille, Anne Offraie ; il la fait venir, lui pose quelques questions : les rép¤nses lui paraissent évasives. Alors de suite, il marque son nom de la lettre F (fusiller). Après avoir accompli cet acte inique et sans précédent, il eut un remords de conscience, et, dans son procès-verbal, il déclara que si ses collègues avaient été présents, très-probablement ils eussent agi comme lui.

Voici l'acte modèle extrait du greffe de la Cour Impériale d'Angers.

(7e cahier, prison dite le Calvaire)

"L'an deuxième de la république fse une et indivisible, le treizième pluviose, la commission militaire a dit Vacheron, retournera ce jour six heures du soir aux prisons du Calvaire, il s'y est rendu de suite et a interrogé les nouvelles venues ainsi qu'il suit : n° 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, tous marqués F ; 8, 9, sursis ; 10, 11, 12, sont des enfants ; 13, sursis ; 14, 15, 16, 17, marqués F.

F n° 18 - Anne Offraie, âgée de 40 ans, née à Hérigné, fille domestique, arrêtée chez elle par des citoyens, ce jour, à Soulaines, la veuve Avril (condamnée à mort par la Commission Militaire, le 13 ventôse) était sa metresse, déjà arrêtée avant elle, et toutes les quesquions qu'on ait pu lui faire, tant à l'effet de savoir si elle avait logé des prêtres, des brigands, si elle avait été aux messes de cachettes ou de prêtre sermenté, na fait que répondre quelle ne connaissait point les affaires (si mes collègues sétaient trouvés à l'interrogat¤ire, ils nauraient pu se dispenser de la juger par F.)"

Non content de juger par F, Vacheron mettait une extrême brutalité dans ses interrogatoires. Il menaçait les prisonniers qui ne voulaient pas avancer ; il tirait son sabre d'un air furieux et le leur posait sur le cou en leur disant : Tu vas y passer. C'est une fanatique, disait-il, en questionnant des femmes, à son digne secrétaire Brémaud : f... moi lui une F.

Ces interrogatoires étaient habilement précédés d'amples libations. Les dépenses de Vacheron en vin et eau-de-vie surprirent la Commission militaire. Ses goûts sont révélés par des autographes. Employé à l'armée, Vacheron était sorti de Paris avant d'entrer dans la commission militaire de Proust, la deuxième d'Angers ; il remplissait auprès des représentants en mission les fonctions de "sommelier" : on a conservé de lui la lettre suivante :

Angers, 15 frimaire an II de la République française une et indivisible.
Vive la République !
RÉPUBLIQUAIN,
Il faut absolument que ce matin tu fasses venir ou apporter dans la maison des représentants une quantité de bouteilles de vin rouge, dont la consommation est plus grande que jamais. On a bien le droit de boire à la santé de la République, quand on a coopéré à la conservation de la commune que toi et les tiens habitez : je te fais responsable de ma demande.
Le républicain Vacheron.

Avec cette lettre, on a un état des vins livrés aux citoyens représentants, et pris dans différentes caves d'émigrés : du 14 brumaire au 26 nivôse, 19 lots formant un total de 1974 bouteilles de vin, estimé 5,206 fr.

Bulletin historique et monumental de l'Anjou
1868