LA MARIANNE
UNE SOCIETE SECRETE CONTRE L'EMPEREUR

Capture plein écran 15042013 220133La République française a un surnom : Marianne. Coiffée de son bonnet phrygien, elle trône dans toutes les mairies, orne les timbres-poste et sème à tous vents sur les pièces de monnaie.
La Marianne fut aussi le nom d'une société secrète qui fit beaucoup parler d'elle en Anjou dans les années 1850, au moment où l'Empereur Napoléon III exerçait en France un pouvoir absolu et autoritaire. Fervents défenseurs de la République, de la démocratie et des idées politiques de gauche, les Mariannistes étaient les ennemis jurés de Louis Napoléon Bonaparte dans lequel ils ne voyaient qu'un odieux tyran, ainsi que de son Empire qualifié de régime dictatorial.

La Marianne recruta l'essentiel de ses troupes dans la région de Baugé, ainsi qu'à Angers, aux Ponts-de-Cé et à Trélazé où de nombreux ouvriers des carrières d'ardoise furent sensibles à ses idées et à ses idéaux. En intégrant la société secrète, ses membres prêtaient le serment des Mariannistes lors d'une cérémonie initiatique. Une main appuyée sur un poignard, ils juraient "fidélité" à la République démocratique et sociale" avant d'ajouter : "Je jure de me sacrifier et d'abandonner ma famille pour exécuter l'ordre qui me sera donné et de poignarder ceux qu'on m'indiquera si le sort me désigne" (rapport du commissaire de police d'Angers au Préfet de Maine-et-Loire en date du 29 septembre 1853, cité par François Simon dans son ouvrage de référence : La Marianne, société secrète au pays d'Anjou).

Pour déjouer la surveillance politique de la police, les chefs communiquaient par écrit à l'aide d'un alphabet secret, et les membres de la Marianne utilisaient des signes de reconnaissance connus d'eux seuls : "En entrant dans une maison, on salue de la main droite en portant sans affectation la main gauche sur le coeur. S'il y a dans la maison un affilié à la Marianne qui désire se faire connaître, il vient à lui, lui donne la main en frappant trois coups avec le pouce. On trinque ensuite en couvrant son verre du premier doigt de la main droite".

Dans la nuit du 26 au 27 août 1855, les conspirateurs tentèrent de s'emparer de la ville d'Angers au cours d'une opération insurrectionnelle qui tourna rapidement au fiasco total. Les émeutiers commencèrent par attaquer la gendarmerie de Trélazé où ils dérobèrent quelques armes, se rassemblèrent aux Plaines en chantant à tue-tête la Marseillaise, puis pénétrèrent dans Angers par le quartier de la Madeleine, armés de sabres, de poignards et de vieux fusils. Ils progressèrent jusqu'à la rue Hanneloup avant d'être stoppés par les soldats de l'Empire qui se trouvaient en embuscade dans la rue Bressigny. Escortée par une vingtaine de conjurés, une charrette pleine de barres de fer et de 200 kilos de poudre volée aux ardoisières parvint jusqu'à la place du Ralliement avant d'être saisie.

On ne connaît pas exactement le nombre des insurgés : les chiffres varient entre 600 et 1.500. Toujours est-il que 138 hommes sont arrêtés, jugés et condamnés. La plupart d'entre eux sont emprisonnés au Mont-Saint-Michel, à Belle-Ile-en-Mer où à l'abbaye de Fontevraud. Mais les principaux chefs sont déportés au bagne de Cayenne en Guyane française, également appelé "la guillotine sèche".

En août 1856, trois d'entre eux nommés Attibert, Chauvin et Guérin parviennent à s'enfuir de l'Ile du Diable et à regagner le Surinam sur un radeau en paille de maïs, lors d'une évasion digne de Papillon. Enfin, le 16 août 1859, Napoléon III accorde l'amnistie aux mariannistes angevins. Onze ans plus tard, en 1870, l'Empereur est déchu de son trône et la troisième république est proclamée. Marianne peut alors coiffer à nouveau son bonnet phrygien frappé de la cocarde tricolore.

Extrait
Angers mystérieux
Pierre-Louis Augereau