800px-Siege_of_Lyon_(1793)

LOLLIERE (MARIE), dame Sébastien Cochet, papetière, née à Beaujeu (Rhône), demeurant à Lyon, place Grenouille, âgée de 27 ans, condamnée par la Commission révolutionnaire de Lyon et guillotinée le 13 décembre 1793

"Fusilier, a porté les armes déguisée en homme, et dit que si elle pouvait égorger Dubois-Crancé, elle le ferait avec plaisir."

Mme Cochet fut avec Marie Adrian, une des femmes qui montrèrent un courage héroïque pendant le siège de Lyon. Revêtue, d'un costume d'homme, elle n'était pas la moins intrépide au c¤mbat. Mais elle était aussi une femme de coeur, et elle savait allier au courage militaire le dévouement le plus simple.
On raconte qu'un jeune officier d'état-major, à peine âgé de 17 ans, le jeune de Chavannes, avait été blessé à la Croix-Rousse, fait prisonnier et conduit devant le représentant Châteauneuf-Randon. La citoyenne Cochet voulut le sauver. Elle revêtit son plus beau costume et se rendit en parlementaire auprès de Châteauneuf-Randon. Après échange de questions et de réponses, Mme Cochet lui dit : "Je sais qu'un prisonnier rebelle doit être fusillé dans les vingt-quatre heures, mais je sais aussi que les tigres ont parfois des mouvements de générosité et des retours inouïs sur eux-mêmes, l'histoire en fait foi ; Dubois-Crancé l'a prouvé à ma concitoyenne Chapuis, et Châteauneuf-Randon est moins tigre que Dubois-Crancé." Alors, elle se proposa comme otage à condition que Chavannes serait rendu sur l'heure à la liberté. Châteauneuf-Randon accepta, mais, plus généreux envers elle que ne l'avaient été les Carthaginois envers Régulus dans une circonstance semblable, il lui rendit, à elle aussi, sa liberté, en admirant sa c¤nduite.

Mme Cochet fut condamnée à mort pour avoir porté les armes pendant le siège ; dans son interrogatoire, elle affirmait n'avoir revêtu le costume d'homme que par curiosité pour se rapprocher des combattants et non pour combattre. Rien ne put la sauver, pas même la déclaration qu'elle espérait mettre au monde un enfant. Quand elle fut conduite au supplice, elle ne put maîtriser ce violent désespoir auquel elle était en proie, elle qui avait montré un si grand courage au milieu des combats. Le peuple lui-même demandait grâce pour cette dame dans toute la force de l'âge et la splendeur de sa beauté.

Le jugement qui est particulier à Mme Cochet est d'une révoltante injustice ; il montre les juges se faisant les serviles valets d'une prétendue "vengeance nationale", de la calomnie des dénonciateurs, et d'une cruauté sauvage. On peut en juger par ses considérants suivants :
"Considérant que la vengeance nationale doit s'étendre sur les moteurs et instigateurs de la révolte ;
Considérant enfin qu'il est instant de purger la République de ces monstres femelles qui déshonorent leur sexe, et se servent de l'ascendant que la nature leur a donné sur les hommes faibles, pour les égarer et les conduire à des forfaits, en leur donnant l'exemple,
D'après ces considérations et interrogatoire subi par la nommée Marie Lollière, femme de Sébastien Cochet,
La Commission révolutionnaire la condamne à mort,
Pour avoir dit hautement qu'elle couperait la tête à un des Représentants du peuple, envoyés près l'Armée des Alpes, et qu'elle la porterait au bout d'une pique, et donné l'exemple de la rébellion, en portant les armes contre sa patrie, et s'être travestie en homme pour mieux exécuter ses dessins ... etc."

13 décembre 1793 (23 frimaire an II)
45 condamnés, dont 32 fusillés aux Brotteaux et 13 guillotinés à 2 heures du soir, place des Terreaux :
ALBERT J.-C. - quincailler - 35 ans
ARTAUD J. - commis - 23 ans
BAROU DU SOLEIL P.-A. - 52 ans - G
BONNET P.-A. - commis - 18 ans
BRET Fr. - bouquiniste - 48 ans
BRUYSER Cl. - rentier - 58 ans
CHAIX A. - marchand de bas - 62 ans
CHEVASSU Cl.-A. - instituteur - 45 ans - G
CLÉRICO Camille - commis - 20 ans
CLÉRICO Jean - commis - 22 ans
CLÉRICO Pierre - cons. sén. - 51 ans - G
COLLOT P. - commis - 57 ans
DANGUIN Cl. - cabaretier - 42 ans
DAVID J.-H. employé - 58 ans
DUBREUIL P.-F. - de Sainte-Croix - 74 ans - G
DUFRAINE J. - épicier - 33 ans
DUSSURGEY N. - fabricant de gazes - 27 ans
DUVERNAY A.-E. - rentier - 52 ans - G
FISICAT J.-B. - baron - 64 ans - G
FLEUR-DE-LYS P. - commis - 27 ans
GACHET M. - prêtre feuillant - 38 ans - G
GAUDIN J.-M. - rentier - 49 ans
GAUGÉ J.-B. - marchand de soie - 56 ans - G
GUBIAN P. - faiseur de bas - 46 ans
JOME L. - perruquier - 37 ans
JOUTY J. - rentier - 38 ans
LAGRIVE L. - fabricant - 42 ans
LAMBERT J.-H. - noble - 59 ans
LAURENCET L.-P.-M. - commis - 26 ans
LOLLIERE M. - femme Cochet - 27 ans - G
MANECHAL G. - commis - 49 ans
MÉGI P. - perruquier - 30 ans
MICHALET Fr. - ouvrier - 42 ans
MORISOT M.-A.-B. - toilier - 31 ans
PASSOT B. - négociant - 53 ans
POQUAT J.-J. - cabaretier - 38 ans
PUY B. - ouvrier - 24 ans
RÉVILLY F.-M. - ouvrier - 40 ans - G
ROUX L. - architecte - 68 ans - G
TABARD Fr. - plieur de soie - 22 ans
THIERRY P. - ouvrier - 24 ans
VERNON J. - rentier - 51 ans
VINCENT J.-F. - visiteur des rôles - 44 ans
VIOLET F. - négociant - 60 ans - G
VOUTY Dominique - rentier - 68 ans - G

Exécution de Charles Guinat, évadé le 11 décembre. Il aurait dû y avoir 46 exécutés. Mais Gachet ne fut point guillotiné, par suite d'erreur, bien que son nom soit porté sur le procès-verbal d'exécution par la guillotine.

Tableau général des victimes et martyrs de la Révolution
en Lyonnais, Forez et Beaujolais spécialement sous le Régime de la Terreur
1793-1794
Antonin Portalier
1911