JEAN-THOMAS D'ABOIN DE CORDES
noble, né à Firminy (Loire), y demeurant, âgé de 61 ans, condamné par la Commission révolutionnaire de Lyon et guillotiné le 19 mars 1794.

Il y eut, ce jour-là, dix-neuf exécutions, sur la place des Terreaux.

M. Jean-Thomas d'ABOIN DE CORDES, était chevalier de Saint-Louis et ancien capitaine d'infanterie ; il habitait Cordes, près Firminy, lorsqu'il fut arrêté, le 20 octobre 1793, par ordre de Benoît Pignon, fondé de pouvoirs de Javogues dans le district de Saint-Etienne. Une note qui donne le motif de s¤n arrestation s'exprime ainsi :
"Capitaine de la deuxième compagnie, ayant été en festin avec les muscadins. Il a été à Lyon, il y a demeuré pendant le siège ; un citoyen a déclaré lui avoir vu la ganse blanche à son chapeau." (Archives du Rhône, Feurs, I. VIII)

Le chevalier d'Aboin fut obligé d'abandonner à la nation le montant de sa m¤deste pension de retraite. Nous avons retrouvé sa déclaration qui est ainsi libellée :
"Je soussigné, Jean-Thomas Daboin, ci-devant capitaine au IIe régiment d'infanterie, déclare faire un don de ma pension pendant tout le temps que durera la guerre pour le soutien de la République.
A Armes-Commune, ce 23 nivôse an II de la République, une, indivisible et démocratique.
Signé : DABOIN

M. d'Aboin était un cadet de famille sans fortune. En abandonnant sa pension, il donnait tout ce qu'il avait. Le féroce Javogues voulut encore lui arracher sa croix de Saint-Louis en échange de sa liberté. M. d'Aboin refusa énergiquement de se déshonorer. La Merlasse, qui s'était interposée en médiatrice, reçut de lui cette fière réponse : "J'aime mieux mourir que donner ma croix".
Cette réponse, qui fait honneur au vieux soldat, a été mise en doute par quelques auteurs. Elle est arrivée jusqu'à nous par tradition et elle ne peut se trouver dans des documents officiels. Elle est assez véridique pour y croire, d'autant plus que M. d'Aboin, prisonnier à Saint-Etienne depuis le 20 octobre, n'a pu faire lui-même le dépôt de sa croix de Saint-Louis, ainsi que le prouve la date du document suivant :
Délibérations du Directoire du District de Saint-Etienne (séance publique du 6 nivôse an II). - "S'est présenté le citoyen Perrin, maire de la commune de Firminy, qui a déposé sur le bureau une croix de Saint-Louis et un brevet, qui avaient été déposés à la commune par le citoyen Thomas d'Aboin et a requis un récépissé et a signé : J. PERRIN, maire
Le Directoire arrête qu'il sera donné récépissé audit Perrin de la Croix de Saint-Louis et dudit brevet, et qu'ils seront adressés au président de la Convention nationale." (Archives de la Loire. L. 123)

Il est probable que ce dépôt a été fait, pour sauver la tête de M. d'Aboin, par une personne de sa maison et à son insu, puisqu'il était prisonnier à Saint-Etienne ; ce dépôt était ordonné par un odieux décret du 28 juillet 1793. Ceci montre encore mieux l'iniquité de la condamnation de ce vieux capitaine, dépouillé de tout, auquel on en voulait pour avoir quitté l'armée, en 1792, lors de la chute de la monarchie. Le motif de sa condamnation est d'ailleurs stipulé comme suit : "Ex-noble, contre-révolutionnaire, ayant quitté son régiment en 1792."

Conduit à Feurs en Janvier 1794, il n'eut pas le temps d'y être jugé avant la suppression du tribunal révolutionnaire de cette ville. Il fut transféré à Lyon et monta sur l'échafaud le 19 mars suivant.

Son frère aîné, M. Denis d'Aboin, était marié à Anne-Philippe du Favray, qui lui donna trois fils et deux filles, dont une mariée à M. Chaumetton, de Monistrol, a seule laissé des enfants. Mme Denis d'Aboin fut emprisonnée sous la Terreur et recouvra sa liberté le 12 juillet 1794 par un arrêté de Reverchon, représentant du peuple.

Furent guillotinés, ce même jour, 19 mars 1794 (29 ventôse an II), à 1 heure du soir, place des Terreaux

BAILLOT J. - homme de loi - 58 ans
BARRIEU P. - notaire - 62 ans
GONIN-LURIEUX, noble - 26 ans
HAMOIR L. - prêtre - 66 ans
JAUSSAINT A. - gendarme - 30 ans
JOANNON P. - commis - 19 ans
LARÉAL Laurent - maire - 53 ans
LECONTE H. - receveur - 71 ans
NEPLES J.-B. - commis - 23 ans
ORELUT P. - chirurgien - 41 ans
PERROUD B.-Th. - marchand de vin - 24 ans
PITRA L. - commis - 21 ans
PRIAL Cl. - fabricant - 52 ans
SAINT-DIDIER (GENESTEL DE) - lieutenant - 33 ans
TALLON A. - drapier - 37 ans
VINCENT A. - dit Soleymieux - 55 ans

Tableau général des victimes et martyrs de la Révolution
en Lyonnais, Forez et Beaujolais spécialement sous le Régime de la Terreur
1793-1794
Antonin Portalier
1911