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La commune de Saint-Gervais s'étend à l'est de Beauvoir, son chef-lieu de canton, touche au nord à Bouin et à Bois-de-Cené, du côté de l'ouest à Châteauneuf et à Sallertaine, et au midi à Saint-Urbain.

Suivant la tradition, d'accord avec les dénominations que portent certains lieux, les eaux de la mer couvrirent jadis une partie de ce petit territoire au nord, entre la chapelle de Bordevaire et la ligne dite "la Rive", qui se prolonge jusqu'à Machecoul. On y voit en effet une série de fossés, de chaussées et d'îlots dont les noms sont assez significatifs, comme l'île Boisseau, le Pas de l'île, les Salines, le Puits salé, et le long de cette même rive on montre aussi des rochers, irrécusables vestiges de ce retrait de la mer dont le pays garde un vague souvenir. C'est vers le milieu du XVIIIe siècle que les marais salants de Saint-Gervais ont cessé de recevoir l'eau de la mer et que la navigation du Dain a été arrêtée par une recrudescence d'alluvions considérable.

La commune de Saint-Gervais se divise en trois parties distinctes, d'après la nature du terrain : le Bocage ou le Champ, le Marais et la Plaine. On pourrait même subdiviser la Plaine en Plaine supérieure, du Landas à la Serruère, et en Plaine inférieure de Bordevaire à la Rive.

Une chaîne de collines traverse diagonalement la commune du nord au sud en se contournant près du bourg, de l'est à l'ouest, vers Beauvoir.

L'histoire de Saint-Gervais est toute intérieure. Ses seigneurs et ses prieurs ont eu la sagesse de rester toujours étrangers aux luttes sanglantes du moyen-âge.

Le Bourg s'étend en ligne sinueuse, des deux côtés de la route qui conduit au Gois, sur une longueur de 2 kilomètres. Il est abrité des vents du nord par un coteau sur lequel il était, dit-on, primitivement bâti.

L'église paroissiale, consacrée à saint-Gervais et à Saint-Protais, n'offre rien de remarquable ; elle paraît remonter au XIIe siècle. Louis de Ribaudeau, seigneur de Villebon y était inhumé en 1670.

A l'époque de la Révolution les cloches restèrent longtemps descendues sur le pavé de l'église ; mais à la fin de 1794, elles furent brisées et transportées à l'hôtel des Monnaies de Nantes, avec celles de Noirmoutier et de Beauvoir. On ne les remplaça qu'en 1806.

Dans la cure on montre la "chambre des Camaldules", réservée sans doute aux abbés de l'île Chauvet qui venaient souvent prêcher à Saint-Gervais.

Un prieuré de l'ordre de saint Benoît attenait à la cure, et dépendait comme elle de l'abbaye de saint Jouin des Marnes (diocèse de Poitiers) ; mais comme les seigneurs de la Garnache avaient embrassé la religion réformée, on les dépouilla, sous Louis XIII, du droit de patronage qu'ils s'y étaient réservé.

La cure et le prieuré furent vendus nationalement en 1791.

Saint-Gervais, comme Beauvoir et la Garnache, relevait par appel de la Duché-Pairie de Thouars. Les officiers qui y résidaient étaient les mêmes que ceux de la Garnache, et se composaient d'un juge, d'un procureur fiscal et d'un greffier. Chaveil et les Salines formaient jadis, avec Saint-Gervais, une même seigneurie.

Le fief du prieuré, était indivis avec le seigneur de la Mesnardière, ce qui réduisait considérablement la puissance de ce dernier. Mais aussi il n'avait pas le désagrément de se trouver confondu, en son église paroissiale, avec les gentilshommes du même lieu, et il jouissait du droit de ne faire commencer la messe du dimanche qu'après son arrivée à l'église.

La chapelle de Notre-Dame de Bourg-de-Vert, ou bord-de-vert, sur la rive du marais, aurait été bâtie, suivant les uns par des marins naufragés ; suivant d'autres, elle serait due à la dévotion d'un fermier de la Foullonnière qui éleva une petite grotte à l'endroit où la Vierge lui était apparue dans un buisson. Agrandie et inaugurée en 1715, elle est encore aujourd'hui le but d'un pélerinage.

La Gilletière, qu'a remplacée en 1776 un rez-de-chaussée d'une grande simplicité, appartenait au XVIIe siècle à Louis de Rivaudeau, petit-fils du poète André, qui l'habitait avec son beau-père Nicolas Mourain. De la famille Mourain elle a passé, vers 1750, à la famille de la Forêt, et de celle-ci, éteinte par la Révolution, à la famille de Régnier, continuation de celle de Louis de Régnier, seigneur de la Planche, auteur de l'Etat de la France sous le règne de François II.

La Mesnardière était avant 1789, le manoir féodal du seigneur de Saint-Gervais ; il passa successivement entre les mains des Clérambault et des La Boulaie et fut détruit complètement par les colonnes infernales de Turreau, en 1794, au moment où mourait à Nantes son dernier seigneur, qui s'y était réfugié. Il ne reste plus de cette habitation qu'une partie des anciennes servitudes.

Le Puy-Verger est une maison du bourg qu'habitait André Tiraqueau au XVIe siècle. A partir du siècle suivant il était aux Rivaudeau ; ceux-ci s'allièrent aux Eveillard, originaires d'Anjou, qui comptèrent un échevin et un maire d'Angers, et occupèrent un rang honorable dans le Bas-Poitou, pendant le XVIIe siècle. Les registres de Saint-Gervais contiennent le mariage d'Esprit Baudry d'Asson, écuyer, seigneur de la Rairie, avec Françoise-Gabrielle Eveillard, le 7 février 1714. Le Puy-Verger passa ensuite par succession à la famille Guéry, et de celle-ci à la famille Boux de Casson.

Deux fermes voisines, le Bois-Cathus et les Cathusières doivent leurs noms à la famille Cathus, dont un des membres figura au fameux combat des Trente, dans la lande de Mi-Voie, le 27 mars 1361. La qualité de Breton, donnée à Hugues Cathus, dont le nom a été quelquefois défiguré en Cabus ou Capus, doit lui venir de quelques fiefs qu'il possédait dans le pays de Retz ou sur les marches communes de Bretagne et de Poitou.

Les Cathus avaient cette terre depuis le commencement du XIVe siècle ; l'ancien manoir n'existe plus. On trouve aussi dans le voisinage les ruines de deux châteaux plus anciens, entourés de fossés.

Fontordine, situé dans une position ravissante, qui domine au loin tout le pays, eut pour seigneurs en 1603, Charles d'Aiguillon de la Juliennaye et Gilles Desprises en 1700. C'était la résidence de M. Charles Mourain de Sourdeval, ancien juge au tribunal de Tours et conseiller général de la Vendée, mort en 1880, qui nous a laissé de si précieux travaux sur toute cette partie du Bas-Poitou.

La Belle-Chaussée, simple et coquette villa, voisine de Fontordine, était habitée en 1692 par dame Suzanne Papin ; depuis elle passa aux familles Musset, Ganachaud et Michel.

Le Villebon ou Villeton, dans le bourg même, appartenant aujourd'hui à M. Boux de Casson, a été habité, vers 1640, par Louis de Ribaudeau, et passa ensuite à la famille Eveillard. Il était occupé en 1789 par Guéry de la Fortinière, qui fut un des principaux chefs de l'insurrection royaliste de 1793.

Bellevue, autre maison du bourg, a été longtemps le quartier général des troupes vendéennes en 1794 ; Charette y séjourna plusieurs fois. Là aussi se retira, en 1794, le général Pajot, qui vainquit avec 900 hommes, dans les marais du Perrier, des troupes républicaines beaucoup plus nombreuses que les siennes.

La Joucaillère, maison noble de la commune, relevait du marquisat de la Garnache, et fut détruite à la même époque.

Saint-Gervais, qui resta longtemps attaché à la famille des Bourbons, se mêla aux mouvements insurrectionnels qui agitèrent la contrée en 1815 et en 1830.

La culture principale et presque unique de cette commune est celle du froment. Les prairies artificielles y sont rares. Les marais sont excellents et toujours couverts de bestiaux. Le cheval de Saint-Gervais est le cheval d'armes par excellence et se vend surtout pour la remonte : c'est la fortune du pays. La foire de Saint-Gervais est la plus considérable de la contrée ; elle existait déjà en 1662.

M. l'abbé Menuet, qui devint vicaire général du diocèse de Luçon sous l'épiscopat de MM. Soyer et Colet, était né à Saint-Gervais en 1792. Fils de ses oeuvres, car il appartenait à une famille voisine de l'indigence, il mourut en 1862, emportant dans la tombe l'estime de tous ceux qui l'avaient connu.

On trouve, à peu de distance de Saint-Gervais, à la Salle et à la Martellerie, les ruines d'un établissement romain assez important ; on y voyait une tour ronde en petit appareil, de 3m50 de diamètre, dite le Huguenote ou Motte au Huguenots. La commune possède encore les monuments mégalithiques du Caillou-Blanc, près de la chapelle de Bordevaire, et de la Pierre-Blanche.

EUGENE LOUIS
NOTES HISTORIQUES SUR LA VENDÉE
Société d'émulation de la Vendée
1882 - 3e série, vol. 2