Les ruines de la Renaudière étaient encore tout récemment les vieux témoins de l'acharnement que mirent les républicains à tout détruire dans notre bourg des Echaubrognes. L'importance de ce logis, importance dont on peut juger par sa vaste enceinte, et, autrefois, par ces belles ruines, sa proximité du b¤urg, tout le désignait de prime abord aux incendiaires que dirigeait le trop fameux général Caffin.
Au bout d'une petite avenue plantée d'ormeaux s'ouvrait, au bas du bourg, sur le chemin de Loublande, un grand portail dont les deux massifs de maçonnerie ornés de pilastres d'ordre toscan, supportaient un entablement triangulaire au centre duquel était un écusson, portant deux épées en sautoir, arm¤iries qu'on retrouve reproduites sur un autre point du mur d'enceinte. Ce portail, qui ne manquait pas d'élégance, a été abattu comme gênant le passage des charrettes de la ferme. A l'angle sud-est, sur le chemin, une grosse tour était demeurée debout ; on l'a démolie pour élargir la voie. En face de l'avenue était un verger dont les bons seigneurs d'autrefois ne devaient pas être seuls à recueillir les fruits, si les murailles ne les protégeaient pas mieux alors qu'elles ne le font maintenant. Une poterne s'ouvrait près des servitudes, habitation actuelle du fermier, et donnait sur le chemin des Forts. A quelques pas de là, des mâchicoulis surmontant le mur et percés de meurtrières permettaient aux châtelains de surveiller la circulation dans le chemin. On a abattu ce travail dernièrement, en arasant toute l'enceinte.
Du logis il ne restait plus guère que l'étage inférieur d'une gr¤sse tour du XVIe siècle renfermant une chambre à laquelle on accédait par un étroit escalier pratiqué dans l'épaisseur de la muraille. Tout cela vient d'être pareillement détruit ainsi qu'un pan de mur, reste la façade, donnant au midi, et où s'ouvrait une vaste fenêtre ornée de moulures. Une chambre formant jadis l'angle sud-est de l'ancien logis demeure, seul reste, et est encore habitée.

Une pauvre vieille fille aveugle, que j'ai connue étant jeune, m'a dit que le propriétaire de la Renaudière au moment de la Révolution avait nom M. de Pierre. Depuis lors, elle a souvent changé de maîtres, M. de Bois-Jourdan au commencement du siècle l'a vendue à Charles Adélaïde Roy de Mayé, époux de Julie, Marie-Louise Minot d'Houdan ; leur fille Sophie Roy de Mayé, épousa en juillet 1837 Joseph Théodore de Crozé de Clesme, qui a son tour a vendu la Renaudière à M. Jules Escot, de Montreuil Bellay. Le propriétaire actuel est M. Bergère-Pellaumaille, le même qui s'est fait récemment l'acquéreur du château de Maulévrier ! ...

Que de réflexions peuvent faire naître toutes ces vicissitudes ! Il y a juste un siècle, que ce qu'on appelle "la grande Révolution" chassa brutalement les anciens seigneurs de leurs demeures antiques : ceux qui les y ont remplacés comme propriétaires, jouissent-ils beaucoup plus tranquillement de leurs biens ? en présence des convoitises de plus en plus menaçantes des socialistes (qui en font trembler plus d'un à leur tour), ils peuvent se convaincre qu'une seule chose ici-bas a des promesses de stabilité : l'Église de Jésus-Christ.

Revue historique de l'Ouest
1901