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ÉCHAUFFOURÉE A LANDERONDE
1er Mars 1793

Le vendredi 1er mars 1793, dès qu'ils apprennent la levée de 300.000 hommes qui les atteint, dix jours donc avant l'explosion générale, les gars de Landeronde et des environs, c'est-à-dire de Venansault, d'Aizenay, de Beaulieu, de Saint-Georges, de Beaufou, du Poiré, et sans doute plusieurs de la Mothe-Achard, partent, furieux, sublimes et naïfs à la fois, tout simplement pour prendre les Sables d'Olonne. Ils étaient soulevé par M. Nicollon des Abbayes de l'Aumondière, de Landeronde.

Cette première levée en masse inattendue émeut profondément la population et l'administration sablaises, alertées par le maire de la Mothe-Achard qui révèle que le tocsin sonne de tous côtés. Le 2 mars, ledit maire, M. Lansier, réclame une force armée d'au moins cent hommes, et celui de Sainte-Flaive-des-Loups appelle au secours car vingt-cinq à trente "brigands" (déjà !) ont pénétré chez lui et l'ont désarmé ainsi que ses amis patriotes. Deux troupes de cinquante gardes-nationaux chacune sont en marche sur Beaulieu. Le Directoire du département, à Fontenay, décide d'envoyer sur les lieux le citoyen Gallet comme commissaire, avec un canon et vingt-sept canonniers. Le 3 mars a lieu un combat, nous ne savons en quel endroit. A 11 heures 3/4 du soir, Biret, le chef des gardes-nationaux, de son quartier-général de La Mothe, envoie son bulletin de victoire. Il annonce que les mutins sont dispersés, qu'il a fait près de trente prisonniers, mais que La Roche-sur-Yon réclame aussi son aide (sans doute M. de Bulkeley, habitant le château de la Brossardière en Saint-André-d'Ornay, a-t-il dès le 2 mars imité Nicollon des Abbayes) et qu'il a une troupe bien faible. Le district ému envoie un troisième détachement. Et Biret fait, comme on dit, de la belle ouvrage. S'il faut en croire une page des mémoires de Collinet, ce fut épouvantable.

"Dans la nuit du 4 au 5 mars, les patriotes ont brûlé Landeronde, Sainte-Flaive, les Clouzeaux, Saint-Georges, Aubigny, Venansault et la Mothe-Achard jusqu'au moulin du Retail. Les bourgs et les moulins ou châteaux ont tous été incendiés, les métairies seules exceptées. Saint-Julien a été brûlé ainsi que le beau château de la Bassetière. Ce jour les femmes et quelques enfants sont conduits en ville (?). Tous les hommes et beaucoup de femmes ont été tués dans le bourg de Landeronde, il n'y a rien eu d'épargné. Comme ce petit bourg avait été le foyer de la révolte, tout ce qui s'y est trouvé a été fusillé sans exception. Il est à croire que bourgs, châteaux et moulins de l'intérieur (?) par où l'armée a passé ont subi le même sort que ces derniers (?). Cette armée est toujours à la poursuite des brigands, dont elle aura bientôt la fin, ce qui est à désirer."

On voudrait croire que ces carnages, si peu connus, sont apocryphes et exagérés. La date du 4 et du 5 semble contre-dire, d'ailleurs, un autre document d'après lequel, sur le bruit qu'une autre insurrection fermente à La Roche-sur-Yon, le district des Sables envoie le troisième détachement à La Mothe-Achard en intimant l'ordre à Biret de s'y cantonner jusqu'à l'arrivée de Gallet. Celui-ci, vice-président du Directoire, arrive aux Sables le 5 avec 120 gardes-nationaux et deux can¤ns (donc beaucoup plus qu'il n'avait d'abord été décidé) et se rend aussitôt à La Mothe. Et le 9 mars il annonce solennellement que le calme est rétabli à six lieues à la ronde. Voici son rapport à ses collègues de Fontenay.

"Au quartier-général de la Mothe-Achard, le 9 mars 1793, l'an II de la R.F. Conformément, citoyens et chers collègues, aux dispositions renfermées dans ma lettre du 7 courant, je vais vous donner quelques détails de mon expédition. Tout attroupement est dissipé, et la terreur est répandue à plus de six lieues à la ronde. Il y a eu un peu de sang répandu. J'ai décerné des exécutoires. Ma troupe a été divisée en détachements et en escadrons pour aller faite le recouvrement des exécutoires décernés ... J'ai été sourd à toutes les prières et réclamations de la somme exigée, et je puis vous assurer qu'en mettant pour un instant de côté ma sensibilité naturelle, j'ai impitoyablement fait exécuter militairement et sur-le-champ tous ceux qui ne soldaient pas. Cette méth¤de pour avoir de l'argent est bonne. Je puis en répondre, car au moment où je vous écris, les insurgés ont versé à ma caisse militaire 6.500 livres. Aussi on se plaît à me congratuler sur ma manière d'agir, et je ne sache pas que jamais Cartouche et Mandrin aient eu de plus belles épithètes que celles que tous ces gens-là me prodiguent ..."

Il semble après cela que les mémoires du sieur Collinet n'exagèrent pas, qu'il se trompe seulement de date, et qu'il faille placer les incendies et les massacres le 6, le 7 et le 8. D'autant plus qu'il n'est guère probable que tous ces incendies aient pu être perpétrés la même nuit du 4 au 5. Il se peut malgré tout qu'il y ait eu d'abord les terribles représailles de Biret. (Collinet semble bien, écrivant au jour le jour, conter l'affaire le 6 ou le 7) et ensuite les stupides représailles de Gallet, exécutions de ceux qui ... n'exécutaient pas les exécutoires ! ... Il est à croire aussi que ces premiers incendies précipités ne durent pas dévorer beaucoup de maisons, la gloire des grandes destructions étant réservées comme un privilège à Monsieur le Marquis de Turreau.

En tout cas, il ressort de cette étude que le canton de La Mothe-Achard en générale, et la commune de Landeronde en particulier, se sont lancés les premiers dans la grande Aventure, et d'une façon retentissante qui méritait, nous semble-t-il, d'être enregistrée par l'histoire. C'est une gloire qu'ils ont chèrement achetée.

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Fr. ETIENNE-JOSEPH
Revue du Bas-Poitou
4ème livraison