En 1793, le député Joseph Lebon représente le territoire du Pernois à l'Assemblée. Il mène une politique féroce. Le 25 août 1793, à la ducasse d'Aumerval, une fronde royaliste va se déclencher.

Les frères Truyart, deux notables de Pernes, haranguent les jeunes. Ils parcourent les villages en coupant les arbres de la Liberté et en bousculant les notables patriotes. Joseph Lebon sévit. Il exécute dix-neuf personnes. Son arme : la guillotine.

Ce massacre fera dire au député que le Pernois ne sera pas "la petite Vendée du nord".

 

LETTRE DU CITOYEN DARTHÉ,
MEMBRE DU DIRECTOIRE ET COMMISSAIRE DU DÉPARTEMENT DU PAS-DE-CALAIS
PRES LE DISTRICT DE SAINT-POL, POUR LA LEVÉE RÉVOLUTIONNAIRE

Saint-Pol, le 29 août

Citoyens représentants,

Une insurrection vient d'éclater dans le canton de Pernes, district de Saint-Pol, et dans différentes communes du district de Béthune et Saint-Omer ; les deux Truyart (de Pernes) en étaient les principaux agens ; ces scélérats voulaient faire de ce département une nouvelle Vendée ; et leur plan paraît avoir été combiné avec les mouvements des ennemis du côté de Cassel et de Dunkerque ; ils profitèrent, pour l'exécuter, du moment où les jeunes gens étaient appelés au chef-lieu du district pour se disposer à marcher contre l'ennemi extérieur. Grand nombre de mécontents se réunirent à eux dans la commune d'Aumerval ; les cris contre-révolutionnaires, vive le roi, au diable la nation ! etc., se firent entendre, et l'arbre de la liberté fut coupé et foulé aux pieds, les patriotes désarmés ; les rebelles portaient à leurs chapeaux une branche de buis.

Informé, le lundi, à quatre heures du matin, de ce qui s'était passé la veille, je requis sur-le-champ, de concert avec l'administration du district, la garde nationale de Saint-Pol de se mettre sous les armes ; je dépêchai des réquisitions aux commandants temporaires de Béthune, Aire, Hesdin, Funent, et je me mis en marche avec le bataillon de Saint-Pol ; arrivé à Pernes, j'ordonnai l'arrestation des personnes dévouées aux Truyart, de leurs femmes et enfants ; je pris la même mesure à Floringhen, et mis à prix la tête des Truyart.

Je me rendis de là à Aumerval, où les forces sorties de Béthune, Aire, Saint-Venant, Lillers et communes circonvoisines, averties dès la veille, m'avaient devancé ; elles étaient commandées par le brave Ferrand, général de brigade, commandant temporaire à Béthune, qui avait ¤ déjà arrêté plusieurs rebelles ; les bois de Sachin et Aumerval furent bientôt cernés et furetés ; on y trouva du bétail, différents meubles et effets des révoltés, et une centaine de ces derniers furent saisis pendant la nuit ; cinquante hommes de chaque détachement ont bivouaqué, le reste fut cantonné dans les communes voisines.

Le mardi, dès la pointe du jour, l'armée s'est portée en trois colonnes vers la forêt de Nedonchel, qui fut bien investie, et où l'on fit encore plusieurs prisonniers. On annonce que plusieurs de ces brigands s'étaient retirés avec leurs chefs dans les bois de Rachies, Leigy et Bonney, éloignés d'environ trois lieues ; aussitôt des voitures sont requises, les grenadiers y montent à l'envi ; ils y sont transportés en poste ; je les précède avec la cavalerie ; on trouve sur le passage toutes les communes sous les armes et bien disposées à seconder les patriotes ; les bois sont visités et les rebelles pris ou entièrement dissipés.

Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que dans une armée de dix ou douze mille hommes, composée d'éléments divers, après des marches forcées de deux jours, on n'ai point entendu un seul murmure ; le plus grand ordre a régné, les propriétés ont été partout respectées. On doit les plus grands éloges au sang-froid, à la prudence et au zèle infatigable du général Ferrand. Les gardes nationales de Béthune, Saint-Pol, Aire, Lillers ; les détachements du régiment ci-devant Flandre, du 3e bataillon de la Somme, des chasseurs à cheval du 3e régiment de hussards ; les canonniers d'Aire, Béthune ; les gardes nationaux des campagnes, à trois lieues à la ronde, tous ont déployé la plus grande ardeur et montré qu'ils sont dignes de la liberté, et qu'ils sauront la défendre contre tous ses ennemis.

Les habitants de Saint-Pol, craignant que leurs frères d'armes ne manquassent de subsistances, se dépouillèrent de ce qu'ils avaient dans leurs maisons particulières. Tout fut chargé sur des voitures et transporté à l'armée ; cet exemple fut imité partout.

Je ne finirais pas, citoyens représentants, si je voulais vous retracer tous les actes de patriotisme dont mon âme est encore émue. Notre armée aurait bientôt été portée à quarante mille hommes, si on n'avait mis des bornes au zèle des communes. Les Truyart ne sont point encore arrêtés, mais ils ne peuvent échapper. Les différents corps ont été renvoyés dans leurs foyers ; quatre cents hommes seulement ont été cantonnés dans les communes suspectes, et des mesures sont prises pour l'arrestation de toutes personnes équivoques, la destitution et le remplacement des fonctionnaires publics qui ne seraient pas à la hauteur des circonstances.

Deux des plus coupables ont déjà porté leur tête sur l'échafaud, et le procès des autres se continue sans désemparer. Le nombre des prisonniers est au moins de trois cents.

C'est ainsi qu'a été étouffé dans son berceau un germe de contre-révolution dont, vingt-quatre heures plus tard, les suites auraient été incalculables.

Signé DARTHÉ.
1793

Ancien Moniteur (Réimpression) volume 17