M. de Lisle-Rouhet (ou Rouet) fut un chasseur de renom. René de Maricourt, autre chasseur célèbre du pays de Beauvoisis et auteur d'un Traité de vènerie, compte notre Poitevin au nombre de ceux qui, de son temps, possédaient les meilleures meutes.

Le château Rouhet, commune de Beaumont, à cinq lieues de Poitiers, appartenait à la famille de ce chasseur si expert. C'est lui probablement qui, aussi affectionné à ses chevaux qu'à ses chiens, avait fait écrire, sur la porte des écuries de cette demeure, la fameuse devise : Honny soit qui mal y pense. Les palefreniers, pour qui l'orthographe n'est pas l'affaire, se tenaient sans doute pour bien et dûment avertis. Nous ignorons si cette inscription existe toujours, mais on la lisait encore il y a une vingtaine d'années.

Capture plein écran 21032013 224623A quatre lieues de leur demeure principale, les seigneurs de Rouhet avaient un manoir moins considérable ; il s'appelait le Petit-Rouhet ; il était placé à cinq cents pas de la forêt de la Moulière, à l'est, entre les villages de la Grande et de la Petite-Foye, paroisse de Bonneuil-Matours. C'était, suivant la tradition actuelle, un rendez-vous de chasse. Il ne pouvait occuper une position plus avantageuse. Il y a vingt ans, à ce que nous a rapporté M. Auguste de la Tousche, notre ami, qui a son habitation dans la même paroisse, qu'il y existait encore des ¤ constructions assez considérables ; mais aujourd'hui elles sont réduites aux murailles ruinées d'une chapelle, et au seul rez-de-chaussée d'un corps de logis occupé par deux pauvres ménages de terrassiers.

♣ La famille de Lisle-Rouhet, dont le nom était La Béraudière, s'est éteinte, en 1810 ou 1811, en la personne d'une demoiselle de Lisle, morte au château de Rouhet, aujourd'hui propriété de M. le marquis de La Roche-Tulon.

Il fallait que la meute du sieur de Lisle-Rouhet fût vraiment fort remarquable pour avoir mérité d'être citée à côté de celles du duc de Montbazon, grand veneur de France, et du maréchal de Vitry. Du reste, les races spéciales de chiens du Poitou ont toujours eu de la réputation ; Goury de Champgrand les signale avec celles de Bretagne.

Une espèce particulière a joui jusqu'à ces derniers temps d'une renommée justement acquise. Les chiens de cette sorte étaient connus sous le nom de chiens de Larye. Ce nom leur venait de celui d'un gentilhomme des environs de l'Ile-Jourdain, qui en avait introduit l'espèce dans sa contrée, s'il ne l'avait peut-être même formée, car nous ne savons rien de positif sur son origine. Ils se distinguaient par l'élévation et la longueur de leur taille. Ils étaient un peu levrettés et harpés. Leur encolure était presque horizontale ; ils avaient la tête petite et longue, avec les oreilles bien torsées, bien pendantes, de médiocre longueur et bien plantées, un peu bas. Ils étaient très vifs, bien collés à la voie, bien allant et superbement gorgés ; propres, par-dessus tout, à la chasse du loup. Ils étaient de couleur blanche et marqués de taches orange.

On rapporte qu'un gentilhomme, qui possédait un couple de cette précieuse espèce de chiens, craignant, au moment de partir pour l'émigration, que la mine aristocratique de ces animaux ne leur portât malheur, ne trouva pas de meilleur moyen, pour les soustraire au sort qu'il redoutait, que de leur couper les oreilles et la queue. Les pauvres bêtes, ainsi démocratisées, purent traverser sans encombre, en se tenant coi, les orages de la révolution.

Le loyal gentilhomme revint dans sa patrie ; il avait tout perdu, fors l'honneur et ses chiens bien-aimés qu'il eut la joie d'embrasser, ainsi que la soeur dévouée qui les lui avait conservés. L'âge les avait rendus caducs, il est vrai ; mais autour d'eux était une progéniture jeune et vigoureuse que la bonne soeur avait élevée dans l'ombre. Avec elle il put recommencer son exercice chéri. Avare d'un trésor dont la conservation lui avait causé de poignantes angoisses, le bon gentilhomme se garda bien de le prodiguer. Il ne donna qu'à de rares amis des descendants des chiens de Larye, si bien qu'aujourd'hui nous ne saurions affirmer s'il existe encore quelques sujets de cette race.

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest (1836)

Capture plein écran 21032013 225540Le Poitevin

La race a été créée en 1692 par le marquis F. de Larye. Il aurait notamment pour ascendants les Chiens Ceris et Montembœufs dont les ancêtres étaient les célèbres Chiens Blancs du Roy, des chiens courants irlandais et des Lévriers anglais. Des retrempes ont été effectuées avec le Foxhound et le Saintongeois.
En 1842, une épidémie de rage décima la plupart des meutes. Il ne resta à cette date que un mâle et deux femelles, les ancêtres du Poitevin actuel. Remarquable pour la chasse au loup au XIXème siècle, il s'avère aujourd'hui également excellent pour la poursuite du lièvre, du cerf et du chevreuil. En 1957, son ancienne appellation du " Chien du Haut-Poitou " a été remplacée par celle de Poitevin. Depuis la création du Club Français du Chien d'Ordre en 1977, ses effectifs augmentent régulièrement.