L'ARRESTATION ET L'ÉVASION
DE MADAME DE LA ROCHEJAQUELEIN
AU CHATEAU DE LANDEBAUDIERE (VENDÉE)
EN 1831

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2ème partie

II - MADAME DE LA ROCHEJAQUELEIN ET LA POLICE (suite)


Le premier renseignement positif qui, sur ces entrefaites, parvint à la préfecture affola complètement. Un officier supérieur de l'armée d'occupation parcourait un jour la campagne vendéenne, guidé par un petit paysan. Ils arrivent devant un échalier que l'officier saute, fort lestement pour son âge. Il se retourne alors vers le gars : "Qu'en dis-tu ?" - "Dame oui ! fait l'autre, vé passé bé les échalers. Mais tot d'même vé les passé pas si bé qu'Madame la Rochejaquelein !" Intrigué, l'officier questionna le petit paysan qui lui raconta que, bien souvent, pendant la nuit, il avait guidé "Madame la Rochejaquelein" à travers la campagne. Elle entrait dans les métairies, et y restait longtemps, pendant que le gars l'attendait dehors ; puis ils repartaient ensemble.

Un tel renseignement, on le devine, avait fait frémir le Préfet et le Procureur du Roi ; cette fois, on ne pouvait plus en douter, un soulèvement se préparait. Sur l'ordre du général Rousseau, on multiplia les patrouilles de gendarmes et lignards à travers le Bocage. Jour et nuit, des détachements parcouraient les environs de la Gaubretière, - et rentraient sans avoir vu personne que ces Messieurs du château, passant au galop à travers champs, et narguant, sur leurs splendides chevaux, les mauvaises montures des officiers philippistes.

Un jour pourtant, la Préfecture crut tenir une preuve tangible de l'existence du complot dont on parlait tant. Au début d'août 1831, un agent secret, dont on ne voulut pas révéler le nom, fit savoir au Procureur du Roi de Bourbon que des armes et des munitions de guerre, chargées sur des charrettes et soigneusement dissimulées, avaient été transportées de Nantes au château de Landebaudière, par les soins de MM. du Chillou. Ces derniers avaient précisément fait au su de tous, plusieurs voyages à Nantes à cette époque.

La dénonciation était sérieuse. Sur ces entrefaites, le Maire de la Gaubretière prévint le préfet que, d'après des bruits circulant dans le pays, des armes et des munitions étaient récemment arrivées à Landebaudière. Par ailleurs, le lieutenant de gendarmerie des Herbiers ¤ envoyait à son commandant des renseignements qui n'étaient pas sans intérêt. Il faisait, quelques jours auparavant, avec le maire de St-Martin-Lars-en-Tiffauges, une perquisition au Chastelier de St-Martin, gentilhommière en ruines appartenant au Comte de Bessay. Le maire, M. Ouvrard, lui déclara tenir de source sûre que des pierres à fusil avaient été transportées de Nantes chez Mme de la Rochejaquelein.

C'était un ensemble de renseignements très sérieux. On l'avait bien compris à Bourbon, et le gouvernement, qui n'attendait que la première occasion pour faire arrêter Mme de la Rochejaquelein, n'en laissa pas échapper une si belle ; on crut l'affaire dans le sac, et on décida de faire une perquisition à Landebaudière. Donc, quelques jours après, le substitut du Procureur du Roi, le Maire de la Gaubretière et le capitaine de gendarmerie, accompagnés de forces militaires imposantes, franchissaient la porte de Landebaudière, pénétrant dans ce mystérieux repaire de "brigands". La maison, comme on pense, fut bouleversée de la cave au grenier, sous les regards ironiques des habitants du château ; on visita également les communs et le vieux château. Le résultat fut absolument nul ; il n'y avait pas une épée, pas un fusil, pas une balle dans cette maison habitée par d'anciens officiers qui chassaient toute la journée ! Evidemment quelqu'un avait trahi le secret, et prévenu Mme de la Rochejaquelein.

Bref, M. Delange ne put rien saisir. Du moins, il fit exhiber leurs papiers aux habitants du château, ce qui permit de connaître leur identité. A son retour à Bourbon, le substitut Delange fit savoir au préfet qu'il avait trouvé réunis au château : M. de la Tour du Pin (celui-là même qui avait été arrêté à Bressuire en février pour propos séditieux, demeurant ordinairement en Gironde, fils d'un illustre serviteur de Charles X, - M. Jules de Guerry de Beauregard, neveu de Mme de la Rochejaquelein, ex sous-lieutenant de chasseurs, démissionnaire, - son frère Tancrède, élève à l'école des Eaux et Forêts, démissionnaire, - M. de Bonnechose-Boisnormand, gentilhomme normand, ex-page de Charles X, démissionnaire, - M. Cathelineau, fils du célèbre chef vendéen, ex-officier de la Maison militaire de Charles X, démissionnaire ; il déclara se trouver de passage à Landebaudière, parce qu'il s'occupait des affaires de Mme de la Rochejaquelein, - Mlle de Fauveau, se disant "artiste", - et Mme de la Rochejaquelein, plus les domestiques dont quelques-uns, précisait-on, sont d'anciens militaires.

Évidemment, cette réunion chez un ancien chef vendéen, de jeunes gens "connus pour leurs opinions politiques prononcées", démissionnaires en 1830 pour refus de serment au nouveau gouvernement, et venus là des quatre coins de la France, ne laissait plus aucun doute sur l'existence d'un complot. Mais, encore une fois, du complot on soupçonnait seulement l'existence, et on ne savait rien de plus. Que pouvait donc faire le gouvernement ?

D'ailleurs, tous les papiers étaient en règle, et on ne pouvait légalement arrêter personne.

M. Delange s'avoua vaincu ; pliant armes et bagages, il quitta le château, toujours poursuivi par les regards ironiques de ses habitants. Comme il prenait congé, Mme de la Rochejaquelein lui dit en riant : "Il faudrait que nous soyons bien sots pour avoir laissé ici des armes ... si nous en avions eues !"
Phrase d'adieu qui doublait la colère des philippistes.
Car, tenir Mme de la Rochejaquelein sous les verrous, ç'aurait été un fameux atout dans le jeu des libéraux. Seulement, pour l'arrêter, il fallait bien avoir une preuve quelconque. Or, cette preuve, il était impossible de la trouver.

Une perquisition faite à la même époque chez M. du Chillou ne donna aucun résultat. Suprême espoir, on ouvrit une procédure judiciaire sur les renseignements reçus. Mais ils étaient insuffisants et l'enquête ne put les vérifier. La Chambre du Conseil déclara qu'il n'y avait pas lieu à suivre.

Et de nouveau, pendant près de trois mois, la Préfecture continua à s'affoler, les gendarmes à perquisitionner, les lignards à patrouiller dans la campagne, ... et Mme de la Rochejaquelein à préparer le soulèvement : tout le monde le savait bien, mais qu'y faire ?

Tout a une fin pourtant. Un jour de novembre, le Procureur du Roi criait victoire : il tenait enfin des preuves, et des preuves écrasantes, et bientôt il y aurait à la prison de Bourbon une prisonnière de marque.

On n'avait jamais bien su ce qui avait amené la découverte de Ribion. Les documents que je possède me permettent de le préciser.

Au début d'août 1831, Mme de la Rochejaquelein fut avisée que trois paniers de pierres à fusil se trouvaient à sa disposition à Nantes, en vue de l'insurrection qui semblait imminente ; on la priait de les faire transporter chez elle.

Mme de la Rochejaquelein chargea donc un de ses voisins, Henri de la Pinière, de St-Martin-Lars, qui venait souvent à Landebaudière et s'était occupé quelque temps de ses affaires, de lui trouver un voiturier sûr et discret pour faire ce transport. La Pinière s'adressa à un aubergiste voiturier de St-Martin, nommé Mathurin Rondard, qu'il connaissait pour un très brave homme. Il est vrai que c'était aussi un homme paisible, que la politique n'intéressait guère ; pourtant la Pinière eut l'imprudence de lui confier de quel transport il s'agissait ; et il assura Mme de la Rochejaquelein qu'il avait choisi un homme très sûr, et qu'il n'y avait rien à craindre.

Rondard prit donc à Nantes les paniers de pierres à feu et les apporta à Landebaudière. Guidé par M. de Beauregard, il alla les déposer dans un champ éloigné ; puis il rentra chez lui, assez inquiet.

C'était une belle imprudence qu'avait commise M. de la Pinière, en confiant un secret aussi grave à un homme qu'avec une légèreté impardonnable il assurait être discret et sûr. Imprudence qui allait coûter cher à ses amis et à lui.

Saint-Martin-Lars-en-Tiffauges (aujourd'hui St-Martin-des-Tilleuls), comme presque tous les bourgs de la Vendée royaliste, était occupé, depuis l'avènement de Louis-Philippe, par un détachement d'infanterie de ligne. Le poste de St-Martin était commandé par un jeune sous-lieutenant, nommé Charles Renaud, passé depuis peu de la Garde municipale de Paris dans la ligne. Cet officier, intelligent, débrouillard, très dévoué au gouvernement, et par-dessus tout avide d'avancement, s'agitait beaucoup à fournir à ses chefs des renseignements sur les agissements carlistes. Il recueillait tout ce qu'il entendait, et en faisait régulièrement part à ses chefs.

Au début de septembre 1831, des bruits très vagues, mais persistants, se mirent à circuler à St-Martin, à demi sous le manteau. On disait que des pierres à fusil avaient été transportées de Nantes à Landebaudière. Et c'est ainsi que nous avons vu le maire de St-Martin confier ces renseignements au lieutenant de gendarmerie, au cours d'une perquisition au Chastelier.

A Bourbon, on avait au fond attaché peu d'importance à ce renseignement ; on l'avait simplement assimilé aux bruits vagues qui depuis un an couraient le pays. L'intelligent Renaud, au contraire, avait jugé qu'il n'y avait pas de fumée sans feu ; surtout il avait remarqué que ce nouveau renseignement différait des précédents. Jusqu'ici on n'avait parlé que "d'amas d'armes et de munitions de guerre" ou de "foyer de carlisme" ; cette fois il s'agissait de "pierres à fusil apportées de Nantes chez Mme de la Rochejaquelein", cette fois on précisait. C'était très sérieux et Renaud l'avait bien compris.
Comme ces rumeurs semblaient avoir pris naissance à St-Martin, il s'était dit que celui qui avait fait le transport devait être de cette commune. Et tout de suite il avait pensé à Rondard qui se rendait régulièrement à Nantes.

Peu à peu, cependant, les renseignements se précisaient davantage ; on ajoutait des détails nouveaux. Maintenant on mêlait à l'affaire le nom de M. de la Pinière ; on disait même que les pierres à fusil avaient été conduites, non pas à Landebaudière, mais à la ferme de Ribion, dépendance du château.
Renaud, toujours actif et débrouillard, enquêtait sans arrêt, notait soigneusement tout ce qu'il entendait, enfin jouait au policier. Rapidement il obtint la certitude que des pierres à fusil avaient été cachées, par les soins de Mme de la Rochejaquelein et de M. de la Pinière, à la ferme de Ribion, près Landebaudière. Lors d'une course qu'il fit aux Herbiers, il en avait parlé à son commandant qui accueillit les renseignements avec beaucoup de scepticisme, il avait reçu tant et tant de dénonciations !

Renaud, cependant, ne se décourageait pas. Il n'avait qu'une simple conviction ; il lui fallait maintenant des preuves, et il les trouverait.
Il s'adressa alors à Rondard. Habilement, il lui parla des rumeurs qui circulaient, et des pierres à fusil qui auraient été transportées de Nantes à la Gaubretière par les soins de M. de la Pinière, Rondard ne sourcilla point et n'avoua rien du tout. Renaud revint plusieurs fois à la charge, mais toujours inutilement. Devant l'inutilité de ses efforts, Renaud laissa de côté cette affaire, et s'occupa d'autre chose.

Sur ces entrefaites, à la fin d'octobre 1831, il fut affecté au détachement de Mortagne ; il pria Rondard de lui apporter ses bagages à sa nouvelle garnison, puis il partit de St-Martin, sans plus songer aux fameuses pierres à feu, et sans se douter que pour lui le succès était proche.
Car Rondard, s'il n'avait pas sourcillé quand Renaud lui avait parlé des pierres à fusil, n'en avait pas moins été profondément troublé. C'est que le tranquille et timide paysan vendéen n'aime guère se mêlé malgré lui à des choses inquiétantes. Quand, sur l'ordre de M. de Beauregard, il avait emporté dans champ éloigné les mystérieux paniers, subitement il s'était dit qu'il venait de faire quelque chose de très grave. Il était rentré chez lui, la terreur dans l'âme, se répétant que ne pas avouer cela à l'autorité, c'était peut-être se mettre dans un mauvais cas, - mais aussi n'osant pas dénoncer M. de la Pinière qu'il connaissait bien et pour qui il avait de l'amitié.

Par une sorte de transaction entre ces deux alternatives cruelles, transaction où le Vendéen, timide est tout entier, il était allé trouver le maire de son village, un brave bonhomme, philippiste plutôt par tempérament, si j'ose dire, que par opinion politique ; à mots couverts, par bribes, il lui avait dit son affaire, mais en lui demandant de ne pas trop en parler.
Le brave M. Ouvrard s'était trouvé lui aussi tout terrifié de la confidence, et bien ennuyé d'être mêlé à cette affaire. Profitant de la perquisition au logis du Chastelier, il en toucha un mot au lieutenant de gendarmerie des Herbiers, mais sans rien lui dire de précis, et sans nommer Rondard. Pourtant, ne s'estimant pas suffisamment en règle avec son devoir de citoyen, il glissa bribes par bribes toute l'affaire à l'oreille de celui-ci et de celui-là, et notamment à l'oreille de Renaud. C'est ainsi que le sous-lieutenant put reconstituer à peu près toute l'affaire, sans se douter que le brave maire de St-Martin, qui feignait de raconter ce qu'il entendait à droite et à gauche, était bien plus au courant qu'il ne voulait le dire.

Tout de même, Rondard n'était pas encore très tranquille ; et quand Renaud lui avait parlé des bruits qui circulaient dans le pays, il avait été très troublé. Il n'avait pas sourcillé, mais l'inquiétude le tourmentait. Après de longues réflexions, enfin, il s'était décidé à tout avouer ; seulement il n'en avait pas le courage. Pendant six semaines, il fut en proie à de cruelles hésitations.

Sur ces entrefaites, Renaud était venu lui annoncer son départ de St-Martin, et le prier d'apporter ses bagages à Mortagne. Nouvelle incertitude, Rondard connaissait bien Renaud, et à lui il aurait fini par tout dire ; maintenant allait venir un nouveau chef de détachement, un inconnu à qui Rondard n'oserait jamais parler. Et un jour, la police découvrirait les pierres à feu, chercherait les complices, - il serait arrêté, condamné ...

Aussi sa résolution fut vite prise. Le premier novembre, il arrivait à Mortagne, et portait les bagages dans la chambre de Renaud qui se trouvait précisément chez lui. Réunissant tout son courage, il mit la conversation sur les fameuses pierres à fusil ; à son air embarrassé, Renaud comprit vite de quoi il s'agissait. Bluffant et feignant d'être tout à fait au courant, il eut vite fait d'amener Rondard aux aveux complets.
Et quelques instants après, tout guilleret à la pensée de l'avancement qu'il obtiendrait infailliblement, le sous-lieutenant Renaud expédiait à son commandant le billet suivant :

"Mortagne, le 1er novembre 1831,
Mon Commandant,
Lors de ma visite aux Herbiers, j'ai eu l'honneur de vous voir et de vous parler des sieurs de la Pinière relativement aux pierres à feu. Je connais actuellement la personne qui a été chargée de les apporter près de leur château qui est à St-Martin-Lars. Arrivées avec deux caisses, à deux portées de la dite demeure, les dites caisses ont été déchargées dans un champ, et transportées dans une métairie qui appartient à Madame de la Rochejaquelein, qui est la ferme de Ribion sur la Grume, près la Gaubretière. Tous ces renseignements viennent de la personne qui les a chargées à Nantes et déposées à la dite place. Cette personne m'a dit plus. Elle m'a dit que l'on pourrait trouver autre chose que des pierres à fusil dans cette affaire. Madame de la Rochejaquelein y est pour beaucoup. Il faut pour cela ne pas se contenter d'une visite ; il faut que les troupes envoyées y restent quelques jours. L'on pourra trouver tout, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de la maison. C'est le père de la Pinière qui a payé lui-même pour le port des pierres qui se montait à seize francs.
Je travaille de plus en plus pour en finir.
J'ai l'honneur, etc.
Renaud, sous-lieutenant.
A M. le Commandant Jeanson, aux Herbiers."

Trois jours après, le quatre novembre au soir, M. Tortat, Procureur du Roi à Bourbon, s'était rendu à la Préfecture pour faire une courte visite à M. de St-Hermine, qu'il trouva dans son salon avec ses trois filles et son gendre, M. de la Fenestre.f "En matière de conversation", le Préfet parla sans nul mystère et comme d'une chose sans importance, d'une dénonciation concernant Mme de la Rochejaquelein, qu'un officier de Mortagne avait expédiée à ses chefs et que le Général Rousseau avait communiquée à la préfecture. M. de St-Hermine l'avait lue avec un complet scepticisme : lui aussi avait reçu tant de ces dénonciations !

Tortat pensait différemment, il trouvait la dénonciation sérieuse. Pourtant il ne voulut rien dire devant la famille du préfet, surtout devant M. de la Fenestre, ancien officier vendéen qui avait été en 1815 aide-de-camp de M. de la Rochejaquelein, et que, dans le camp philippiste, on accusait de trahit le gouvernement. Il écouta donc le récit sans mot dire, et prit congé ; mais, comme le préfet, reconduisant son visiteur, passait dans la salle de billard, Tortat lui dit : "Je crois, M. le Préfet, que la dénonciation de cet officier sort du cercle des contes en l'air dont nous avons été assourdis. Cela me semble sérieux, et je suis décidé à faire des recherches." Il pria donc le préfet de lui envoyer aussitôt que possible un réquisitoire pour que l'on puisse procéder à des vérifications ; M. de St-Hermine acquiesça.

Le lendemain soir, seulement, Tortat trouvait en rentrant chez lui une copie de la lettre de Renaud et le réquisitoire du Préfet. Mécontent d'un tel retard, mécontent aussi du peu de précautions dont on entourait cette affaire, il se rendit aussitôt au parquet, rédigea son réquisitoire, et porta le dossier au juge d'instruction qui légalement avait seul qualité pour diriger les vérifications.

Mais, dès les premiers mots, le bon M. Rouillé leva les bras au ciel ; très âgé, et, de surcroît peureux comme un lièvre, il refusa formellement de faire ce voyage, alléguant ses affaires. En réalité, dit M. Tortat dans ses souvenirs ("Extraits des Mémoires d'Antoine Tortat, 1775-1847"), il avait surtout peur de recevoir un bon coup de fusil au détour d'un chemin.
Force fut donc de chercher une autre personne pour diriger la perquisition. On ne voulait pas en charger M. de Homelles, juge de paix de Mortagne, parce qu'il avait eu avant 1830 des relations de bon voisinage avec le général de La Rochejaquelein. Finalement, on se mit d'accotd pour envoyer la commission rogatoire au lieutenant de gendarmerie des Herbiers, M. Pierre Bussière.
Tortat expédia donc à Bussière la commission rogatoire par dépêche cachetée qu'il devait n'ouvrir qu'à la Gaubretière ; une seconde dépêche particulière lui donnait toutes les indications nécessaires. Il lui recommandait notamment de faire envoyer un exprès au sous-lieutenant Renaud qui, comme auteur de la dénonciation, devait assister aux recherches.

Les dépêches, parties de Bourbon le 6, n'arrivèrent aux Herbiers que le 7 au matin ; un courrier prévint aussitôt Renaud d'avoir à se rendre aux Herbiers le lendemain soir.

Ce qui fit que la perquisition ne put avoir lieu que le 9 novembre.

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AMBLARD DE GUERRY DE BEAUREGARD
Revue du Bas-Poitou
1939 - 1ère livraison