UN TERRORISTE NANTAIS

JEAN-JACQUES GOULLIN

Capture plein écran 16032012 225619Dans l'effroyable histoire de la ville de Nantes pendant les années 1793 et 1794, on ne retient ordinairement qu'un nom, celui de Carrier. A côté de ce carnassier se trouvait pourtant un fauve plus dangereux qui fut le véritable organisateur de la chasse à l'homme.

Jean-Jacques Goullin, né à Saint-Domingue, en 1757, vivait à Nantes dans la débauche et sans autre profession que celle de joueur de tric-trac. Intelligent, éloquent, sans scrupules, il ne fut pourtant qu'un clubiste obscur, jusqu'au 2 avril 1793, où le conventionnel Fouché le nomma receveur d'enregistrement.

Quelques mois après, il démissionnait pour devenir secrétaire du conventionnel Philippeaux, alors en mission à Tours, puis secrétaire de la Commission nationale des représentants en mission à Nantes.

Dès lors, il hume le sang versé, se fait nommer accusateur public près le Comité révolutionnaire, organise une compagnie de quarante "scélérats" pour procéder aux arrestations. Carrier arrive, approuve, Goullin domine le Comité, invente de faux complots, marque les victimes. Les prisons s'emplissent, débordent. Pour les vider, Carrier invente les noyades. Goullin dirige lui-même celle de la nuit du 24 frimaire, et crie aux exécuteurs : "Chers amis, dépêchons-nous, la marée baisse !"

Le pillage des bijoux n'est que peccadille pour ce tigre. Mandé une première fois à Paris après le départ de Carrier, il en revient triomphant. Dénoncé une seconde fois, traduit avec ses complices au tribunal révolutionnaire, il parvient à sauver sa tête en accusant Carrier. Indignée de ¤ cet acquittement, la Convention ordonne un nouveau procès devant le tribunal criminel d'Angers. Le procès n'a pas lieu, les prisonniers sont élargis sans être jugés (8 décembre 1795). Goullin, partout menacé, disparaît. Errant sous un nom d'emprunt, il finit par se réfugier au fond du Limousin, au Repaire, commune de Bussière-Poitevine. Il y meurt, le 12 juin 1797 (24 prairial an V), âgé de quarante ans, chez le citoyen Jean-François Desbordes, président de l'administration du canton.

GOULIN DECES z



C'est un des gîtes du fauve que nous avons trouvé, près de Chinon, au cours d'une chasse aux archives nationales. Il dut y séjourner peu de temps. On ne sait d'où il venait, ni où il alla.

ARCHIVES NATIONALES
Série Fle III. Indre-et-Loire. 10
Dossier concernant Chinon. Cotes 11, 12, 13 et 14

COTE 11
A Madame Galon, née Bonami, à Parilly, près de Chinon (Cachets de la poste de Saumur)
Il est de l'intérêt de l'étranger qui est arrivé chez vous hier de s'éloigner promptement. Les jeunes gens de Saumur menacent de l'assassiner partout où il sera. On parle hautement de lui et avec horreur. On dit qu'il est chez vous. Qu'il fuye. C'est le moyen d'éviter les scènes qui se prépare (sic) et dont vous serier (sic) la victime.

COTE 12
A. Goulin
Saumure, le 8 nivôse, de l'an 4ème (29 décembre 1795)
D'après l'imprudence que vous avez commise en vous montrant au grand jour, dans une maison publique aussi fréquentée que l'Auberge de l'Oie Rouge, vous devez sentir aisément tous les dangers, non moins grands que ceux auquels vous venez d'échapper, que vous courrez encore, si vous ne quittez promptement la retraite que vous vous êtes choisi beaucoup trop près de Nantes et du Soleil de Saumur aussi, où il passe et séjourne trop de Nantais, pour que vous y restiez longtemps ignoré, si d'ailleurs telle est votre intention, et où vous seriez tôt ou tard découvert infailliblement.
Il ne s'agit rien moins ici où retentit votre nom, que de vous faire boire, à votre tour, un coup à la Grand'Tâsse.
Je suis trop philanthrope pour hésiter un seul instant à vous manifester les risques que court encore celui qui porte un nom aussi généralement proscrit partout que le vôtre ; vous le savez. Profitez donc de l'avis salutaire et fondé que vous donne celui qui abjure toute haine, et tout ressentiment du passé, et renonce pour jamais à la vengeance des persécutions qui m'ont été personnelles, dont vous étiez le principal instrument.
Je ne vous veux point de mal ; ainsi croyez-moi, prenez vos mesures et usez de diligence.
Si je garde l'anonyme, c'est pour ceux entre les mains desquels pourrait par la suite tomber la présente, si vous ne la mettiez au feu.

COTES 13 ET 14 (Analyse)
Deux jeunes gens, Pierre Bourgeois, capitaine, aide de camp du feu général Boussard, demeurant à Angers, âgé de 27 ans, et Jacques Leroy dit Duverger, cultivateur à Seiche (M.-et-L.) se présentent le 21 ventôse an 4 (11 mars 1796), vers 6 heures du soir, à Parilly, chez le citoyen Guérinet, demandant à voir le citoyen Goullin, pour lui remettre une lettre de Nantes.
Les citoyennes Gallon et Deschamps refusent de leur laisser voir Goullin. Ils insistent, disant qu'ils ne peuvent remettre cette lettre qu'à lui seul, et essayant d'entrer par ruse.
Ils lui font donner rendez-vous pour le lendemain, 8 heures, à leur auberge, à Chinon.
Le lendemain, Goullin envoie un nommé Angelliaume à l'auberge chercher la lettre.
Les jeunes gens répondent "qu'ils s'étaient trompés, que la lettre était pour le Citoyen Joulin, et ensuite, qu'au surplus il n'en avaient point, qu'ils ne voulaient pas communiquer avec un scélérat comme Goullin, que c'était un Gueux et qu'ils le chargeaient de lui dire de leur part".
Ils sont arrêtés, interrogés, confrontés et emprisonnés le 23 ventôse à la prison de Chinon. La suite de l'affaire manque.

E. AUDARD
Bulletin - Amis du vieux Chinon
1913 ♣