"Le monitoire était une affaire à donner la peur. Ecoutez cette histoire que je tiens de mon grand-père, qui me la conta un soir de veillée :

"Il y a de fort longues années, un jour de foire aux Moustiers-les-Maufaits, on ramassa, sur le chemin qui va de ce bourg à Saint-Vincent-sur-Graon, le corps d'un des plus riches métayers du pays. Il avait été tué à coups de fourche et l'outil, couvert de sang, était resté près du cadavre. Le criminel s'était emparé de la bourse de la victime.
On chercha longtemps l'assassin, mais aucun ne put le trouver. La fourche qu'il avait abandonnée sur le chemin semblait prouver qu'il n'était pas étranger au pays ; aussi, le curé de la paroisse ne voulut point laisser ce crime impuni ; il eut recours au terrible monitoire, qui devait atteindre sûrement le coupable, si lointaine et si cachée que fût sa retraite. Il annonça donc en chaire que, le dimanche suivant, il jetterait les monitoires.

Le jour vint. Le coupable ne s'était pas dénoncé. Dans l'église de Saint-Vincent, il y avait, à la messe beaucoup d'hommes, mais moins de femmes et pas d'enfants ni de jeunes filles, et on avait encore prévenu les femmes enceintes de ne pas venir si elle craignaient d'être apeurées.

Le prêtre, comme les autres dimanches, chanta sa messe : mais quand il eut dit, debout devant l'autel, l'évangile du jour, il monta lentement en chaire, un cierge allumé à la main et vêtu comme pour la messe des morts.

Il rappela le crime commis sur la route des Moustiers et demanda au coupable, s'il était dans l'assistance, d'avouer son mal et d'en demander pardon à Notre Seigneur.

Personne ne répondit. On aurait entendu voler une mouche dans l'église. Les hommes disaient leur chapelet ; des femmes pleuraient, d'autres regardaient dans la foule à genoux si quelqu'un ne se lèverait pas pour crier son remord.

Une deuxième fois, le prêtre renouvela sa menace. Nul ne bougea encore.

Enfin, pour la troisième fois, le curé jeta son appel. Et le coupable ne se leva pas.

Le dernier moment était venu. Le prêtre, du haut de sa chaire, condamna l'assassin à tous les plus abominables supplices de l'enfer, qu'il dénomma un à un, puis il s'arrêta un instant pendant que l'assistance priait. Alors, il souffla la flamme de son cierge en criant : "Que l'âme du méchant s'éteigne comme cette flamme !"

Puis il chanta un Requiem, que la foule reprit avec lui en frissonnant, et les cloches sonnèrent à petits coups la remembrée des mourants."

(Dit par un meunier de Chaillé, octobre 1901)

Société d'émulation de la Vendée
1908