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Saint-Mars-des-Prés est une modeste paroisse, qui se trouve placée entre Chantonnay, Puybelliard, Sigournais, Bazoges-en-Pareds et Saint-Philbert-du-Pont-Charrault. Sa population, mise sous le patronage de saint Médard, se trouve répartie, moitié dans le bourg, moitié dans une dizaine de petits villages : la Roche, la Pignardière, la Bobinière, la Baillière, la Locquerie, Pissotte, le Pont-Ponsay, Dinchin, Bignelay et le Donnet.

Le bourg est situé sur le versant d'un coteau qu'éclaire de ses premiers feux le soleil levant et dans une assez agréable perspective. Si même il était mieux bâti, le voyageur, ami des paysages pittoresques et des riantes campagnes, y pourrait trouver de délicieuses inspirations. On croirait presque que Boileau a voulu en esquisser l'image, quand il écrivit, dans une de ses Épitres, ces vers pleins de grâce et de fraîcheur sur le pays agreste, auquel il demandait le calme et le repos que lui refusait la grande cité :
C'est un petit village, ou plutôt un hameau,
Bâti sur le penchant d'un long rang de collines,
D'où l'oeil s'égare au loin dans les plaines voisines
...
Le village ... forme un amphithéâtre.
L'habitant ne connaît ni la chaux, ni le plâtre,
Et, dans le roc qui cède et se coupe aisément,
Chacun sait de sa main creuser un logement.
...
Le soleil en naissant le regarde d'abord
Et le mont le défend des outrages du Nord.

Des coteaux, jadis recouverts par le pampre de la vigne, s'élèvent en face du bourg. De vastes prairies, auxquelles Saint-Mars-des-Prés doit probablement la seconde partie de son nom, s'étendent à ses pieds dans tout le parcours de la vallée et lui forment comme un gracieux tapis de verdure. Divisées entre elles par des haies touffues, par des arbres au feuillage varié, elles sont traversées par l'Arquiniou, qui, humble ruisseau durant les chaleurs de l'été, mais torrent impétueux pendant la saison des pluies, franchit ses rives et va féconder du limon de ses eaux les terres qui l'avoisinent. Le Lay, qui sépare la paroisse de Saint-Mars des paroisses voisines de Bazoges et de Saint-Philbert, lui paye aussi tribut en répandant sur ses bords la fraîcheur et la fertilité.

Parmi les curiosités du pays, dignes d'attirer l'attention, nous signalerons le château de Dinchin, qui fut jadis un rendez-vous de chasse pour la cour de France. Les souvenirs historiques qui s'y rattachent, à défaut du paysage, suffiraient pour captiver les touristes et les archéologues. Les anciennes constructions ont disparu pendant les guerres terribles qui ensanglantèrent le sol de la Vendée. Il n'en reste debout qu'une large et massive tourelle, dans laquelle existe encore une chambre qui porte le nom de chambre de Louis XI. Un rez-de-chaussée, bâti dans le style moderne, a remplacé les antiques bâtiments.

Capture plein écran 11032013 181820Le nom de Dinchin semble indiquer suffisamment sa première destination. Les étymologistes veulent y trouver en effet : dîner du chien, et ils justifient leur sentiment par la manière dont ce mot est écrit dans Philippe de Commines qui l'appelle : Disne-Chin. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce château fut visité par les rois de France, qui datèrent même de ce lieu quelques-unes de leurs ordonnances. Ainsi, nous lisons dans Commines que Louis XI, au mois de décembre 1472, y libelle des lettres patentes, confirmant à ce seigneur le don qu'il lui avait déjà fait la principauté de Talmont et de plusieurs autres terres. D'après M. de Sainte-Hermine, dans les notes qu'il a mises au second volume de l'Histoire du Poitou, c'est encore de ce lieu que le même roi signa l'ordonnance qui créait le port des Sables-d'Olonne.

Avant la Révolution de 1793, cette propriété appartenait à la famille de Ponsay. C'est par suite d'une alliance contractée avec une demoiselle de cette famille, que M. Ussault, ancien officier supérieur des armées vendéennes, en devint le légitime possesseur.

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Après avoir accordé à Dinchin l'attention que lui méritent ses vieux souvenirs, jetons un coup d'oeil sur le château de Ponsay, qui est situé dans une délicieuse position. Par la tour et le pavillon qui s'élèvent sur la terrasse, du côté du jardin, il aurait quelque peu l'air d'un antique manoir, d'autant plus qu'on y remarque les modes de défense qui protégeaient, au moyen âge, les abords de cette demeure féodale. Ainsi, on voit des meurtrières dans les tourelles et à l'entrée de la cour, de chaque côté du portail, se trouvent des constructions massives qui devaient autrefois former des redoutes respectables.

Ce château, jadis propriété de la noble famille des Grignon, dont les armes sont encore conservées en plusieurs endroits, est habité aujourd'hui par la famille de Ponsay.

On peut voir, dans la paroisse de Saint-Mars, un chemin nommé Chemin de Charlemagne. D'où lui vient ce nom glorieux ? Il est assez difficile de le dire. Peut-être de ce qu'il était suivi jadis par les rois de France, alors qu'ils se rendaient au château de Dinchin ? C'est du moins ce que racontent les savants du pays aux voyageurs curieux qui les interrogent.

Au village de la Pignardière, on découvre quelques vestiges d'un ancien couvent de Fontevrault. Toutes les constructions, comme il est facile de se l'imaginer, ont complètement aujourd'hui changé de forme et d'apparence, et personnes, assurément, ne soupçonnerait, dans la maison actuelle qui est une métairie, une ancienne maison de prière et de pénitence. Seul, le bâtiment qui autrefois était la chapelle, et qui est transformé maintenant en un cellier, peut en donner une légère idée, surtout si l'on veut écarter les lierres qui ombragent les murs et dissimulent le caractère des ouvertures.

Pendant la période révolutionnaire, de douloureuse mémoire, alors que le Dieu du monde était chassé de ses temples et remplacé par des idoles de prostitution, les bandes incendiaires qui parcouraient le pays, marquant de tous côtés leur passage par la ruine et la mort, mirent le feu à l'humble chapelle dont nous venons de parler. Tout ce qu'elle renfermait fut dévoré par les flammes : les murs seuls restèrent debout, gardant quelques souvenirs des anciens jours. C'est ainsi qu'on voit une console, à droite de l'autel sur laquelle, dit-on, reposait la statue vénérée du saint protecteur de ces lieux. On remarque également le dais, en pierre sculptée, qui surmontait l'image bénie. Il y a même encore quelques traces de peinture que les flammes ne purent effacer complètement et qui rappellent l'ancienne beauté de cette modeste chapelle. Ce socle et ce dais sont si bien scellés dans la muraille qu'ils semblent, pour ainsi dire, en faire partie et se rire des efforts du temps et de la violence des hommes. Dans le mur collatéral de droite, existe aussi une piscine régulièrement taillée, et même au chevet du sanctuaire on voit l'emplacement et les pierres assez bien conservées d'une croisée qui devait être dans le style du XIVe siècle.

Les vieillards racontent aussi, comme un souvenir légué par leurs ancêtres, qu'il y avait autrefois, à Saint-Mars-des-Prés, un couvent de religieux. Ce monastère, d'après eux, devait être dans la partie du bourg qui touche au jardin du presbytère et qui a retenu le nom de Jardin de Saint-Thomas. Dans l'ancienne église, il y avait une porte murée qui donnait de ce côté et qui, dans l'hypothèse précédente, aurait été réservée à l'usage exclusif des moines.

Il nous a semblé que ces quelques notes méritaient d'échapper à l'oubli, et c'est pour ce motif que nous les offrons aux lecteurs de l'Annuaire de la Société d'Emulation.

L. TEILLET
Curé d'Antigny
D'après les notes de M. l'Abbé Félix Clot
Ancien curé de cette paroisse



Au procureur syndic du district de la Châtaigneraie était adressée la lettre suivante, relative à l'un des prêtres réfractaires, qui, depuis l'origine, avait le plus travaillé aux agitations vendéennes, l'ancien curé de Saint-Mars-des-Prés.

Dompierre, près La Rochelle,
le 10 septembre 1792, l'an 4e de la Liberté et le Ier de l'Égalité.

Les troubles, Monsieur, dont plusieurs districts du département des Deux-Sèvres et peut-être quelques-uns de celui de la Vendée ont été agités, ont dû donner lieu à ce que l'on recherchât avec attention toutes les personnes venant de ces quartiers. Sur quelques soupçons qu'on conçut, dans une paroisse du canton de La Rochelle, qu'un particulier nouvellement arrivé chez un prêtre insermenté pouvait être un fugitif des environs de Châtillon, la municipalité du lieu le fit arrêter et conduire à la ville, où il fut mis en lieu de sûreté. Ce ne fut qu'avant-hier, 8, qu'en ma qualité de juge de paix du canton de La Rochelle je pus l'interroger.

Dans cet interrogatoire, le prévenu, quoique habillé en séculier, a convenu être prêtre et ci-devant curé d'une paroisse qu'il a nommée Saint-Mars-des-Prés en Puy-Béliard, district de la Châtaigneraie. Il s'appelle Pierre-Antoine Savari(Savary), né à Bourges en 1750.
Les papiers dont il était muni consistaient : 1° en un extrait de baptême, 2° une espèce de passeport délivré à Saint-Mars-des-Prés, Paradis mère pour maire ; Biret, procureur de la commune ; Pacteau ou Pactau, off. ; Auvinet, pour le greffier de Saint-Mars-des-Prés, département de la Vendée, district de la Châtaigneraie. Le papier est timbré de trois timbres, dont deux anciens et le troisième de la forme actuelle ; mais en général cette pièce n'est nullement dans la forme ordinaire et, sur la remarque qui en a été faite audit Savari, il a répondu que la municipalité de Saint-Mars n'en avait point d'autre. Le passeport au surplus n'a reçu de visa nulle part. Savari y est dit et qualifié de citoyen français, sans autre désignation. Son signalement y est fort détaillé.
Enfin la troisième pièce d'écriture, dont était muni cet ecclésiastique, était un certificat à lui donné, dès le 23 juin dernier, par un particulier qui a pris le nom de François-Philippe Gorrin de Ponsay, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien gendarme de la garde, qui a signé Gorrin de Ponsay, et a eu la complaisance de certifier que le nommé Pierre-Antoine Savari l'avait servi fidèlement l'espace de sept ans.

D'après les déclarations de ce curé, il est parti de Saint-Mars le 15 juillet à cheval, a passé le 17 à Fontenay, a laissé son cheval dans une métairie appartenant au sieur L'Épinay de Beaumont et s'est rendu aux environs de La Rochelle, le 29 août dernier, chez le sieur Goudreau, prêtre non assermenté, où il s'est tenu jusqu'au 6 de ce mois qu'on l'a arrêté.

Interrogé sur ce qu'il avait fait et où il avait été depuis le 17 juillet jusqu'au 29 août, temps beaucoup plus que suffisant pour venir de Fontenay en ces quartiers, il a répondu s'être arrêté en chemin chez diverses personnes, entre autres chez le susdit sieur L'Épinay de Beaumont, paroisse de Bouillé, dont il connaît les parents ; que son déguisement en séculier et la qualité de citoyen français qu'il avait prise, ainsi que le certificat de domesticité, avaient eu pour objet de cacher son état, contre lequel il savait le peuple très prévenu en ce moment ; qu'il avait ignoré jusqu'à ces jours derniers qu'il y avait eu des désordres dans le district de Châtillon et ne l'avait appris que depuis son arrivée auprès de La Rochelle ; qu'il ne voulait pas justifier tous ses confrères, mais qu'on ne pourrait jamais le convaincre, lui, d'avoir participé à ces violences ; que jamais il n'était allé plus loin que la Châtaigneraie, et que le district de Châtillon, même cette ville, lui étaient absolument inconnus.

Comme il nous a paru indispensable de prendre des renseignements sur les lieux relativement à cet homme et à sa marche, j'ai ordonné qu'il fût retenu dans le même lieu. Je vous écris, Monsieur, pour qu'à raison de votre ministère, vous vouliez écrire où il sera nécessaire et me faire passer les lumières qui vous parviendront en m'adressant au paquet sous le couvert du district de La Rochelle.

LECONTE, juge de paix du canton de La Rochelle

Signalement de Pierre-Antoine Savari : 5 pieds 5 pouces, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus et un peu enfoncés, bouche moyenne un peu béante, un petit fosset au menton, nez long et bien fait, figure pleine et colorée, beaucoup marqué de la petite vérole, bien pris dans sa taille.

Du livre : La préparation de la guerre de Vendée, 1789-1793
Tome 3 - de Charles-Louis Chassin - édité en 1892

Selon le site des Archives Départementales de Vendée, Pierre-Antoine Savary serait décédé au Portugal en 1800.