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NOUVELLES DE LA VENDÉE

ÉVASION DE TROIS CHOUANS

Le 29 du mois dernier, à neuf heures du soir, les nommés Bourreau, condamné à la peine de mort, et pour lequel il y a eu commutation en quinze années de prison ; Delime, conscrit réfractaire, complice de Diot, pris les armes à la main, à la suite d'un engagement avec un détachement de la ligne, traduit aux assises prochaines, et Gaboriau, condamné à la peine de mort par la Cour d'assises de Bourbon-Vendée, et renvoyé devant celle de Niort, par suite d'un arrêt de cassation, se sont évadés de la prison de cette ville, en escaladant un mur de dix-huit pieds de haut. L'activité apportée par la gendarmerie de Niort, à la recherche de ces individus, a puissamment contribué à les remettre sous la main de la justice. Leurs signalemens furent donnés par elle le 30 au matin, à M. Prévost, commandant le détachement du premier régiment de gendarmerie à cheval en cantonnement à Coulonges. Cet officier actif et dévoué dirigea sur-le-champ quinze gendarmes sur les communes qui avoisinent Coulonges, pour prévenir les autorités de cette évasion.

A cet avis, M. Benoist, maire de Faye-sur-Ardin, s'est aussitôt mis à la tête de la garde nationale de sa commune, pour fouiller un petit bois où l'on soupçonnait que les prisonniers s'étaient réfugiés. On n'a pas tardé à les apercevoir ; ils ont cherché à se sauver ; mais la garde nationale s'est précipitée sur eux, les a saisis et livrés à la gendarmerie. On ne saurait trop louer le zèle qu'a déployé dans cette circonstance M. Benoist et les braves citoyens qui l'accompagnaient. M. le préfet lui en a adressé une lettre de félicitations, en se réservant d'informer le ministre de la conduite vraiment honorable que ce fonctionnaire a tenue dans cette occasion délicate.

Le 30, à cinq heures du soir, le détachement de gendarmerie de Coulonges a ramené à Niort Bourreau, Delime et Gaboriau. Le peuple, indigné des brigandages des chouans, a manifesté de la manière la plus énergique que la haine qu'il ne cesse de leur porter. Les rues que ces misérables ont parcourues étaient encombrées de monde, et les mots de "mort aux chouans, aux brigands, aux carlistes !" (car c'est tout un), se sont fait plus d'une fois entendre. Les prisonniers ont été mis aux fers à leur rentrée dans la maison de justice. Gaboriau les a vu river avec beaucoup de sang-froid ; Delime en a fait autant ; Bourreau seul a versé quelques larmes. Ce dernier s'est blessé assez grièvement au pied, en escaladant le mur de la prison. Cette blessure les aura sans doute retardés dans leur fuite ; ils n'étaient qu'à quatre lieues de Niort quand ils ont été arrêtés.

Tous les renseignemens qui nous sont parvenus sont unanimes pour n'attribuer cette évasion qu'à la négligence du concierge. Cette négligence peut être susceptible d'excuse, si l'on considère les ordres donnés par les membres de la commission des prisons, pour adoucir le sort des détenus : c'est ce que l'on ne peut tarder de savoir d'une manière positive.

- On écrit de Parthenay :
"Robert et quatre hommes de sa bande se sont montrés dans la commune de Vouhé, qu'ils n'avaient pas l'habitude de parcourir.
En cherchant chez l'adjoint le buste de Louis-Philippe pour le briser, Robert a mis la main sur un vieux drapeau blanc jeté dans un coin, présent qu'avaient fait autrefois à la commune deux nobles des environs, et l'a emporté.
Voulant rendre visite à une jeune personne qui habite près de l'adjoint, il a pris, pour ne pas l'effrayer la précaution de se faire annoncer ; il a même poussé plus loin la galanterie, qu'il n'a pas voulu manger la seule demi-livre de pain-blanc dont cette demoiselle fût alors approvisionnée.

Mais une autre bande, commandée par un inconnu, n'a pas agi aussi civilement envers M. Cottenceau, maire de la commune d'Azay-sur-Thouet. Elle est entrée chez lui le 27 de ce mois, à sept heures du soir : après avoir frappé de plusieurs bourrades de fusil et d'un coup de baïonnette à la main gauche, elle l'a lié et contraint à la suivre. Chemin faisant, et sans doute pour l'obliger à marcher plus vite, son habit a été percé de plus de trente coups de baïonnette, dont plusieurs ont atteint la peau et fait couler le sang. Enfin, arrivés à une ferme non loin de sa maison, M. Cottenceau leur a dit avec courage : "Vous pouvez me tuer, mais je n'irai pas plus loin !" C'est alors que ces brigands carlistes se sont décidés à lui rendre la liberté, en lui imposant toutefois une rançon de dix-neuf pièces de six livres, seul argent qui fût en la possession d'un fermier chez qui ils étaient entrés, et que lui a emprunté M. Cottenceau.

Telle est la position désespérante du Bocage ; l'on ne peut plus y reposer tranquille.

Les chouans disent tout haut qu'on les craint, et qu'ils font trembler le gouvernement. Leur audace s'accroît de leur impunité : et comment n'échapperaient-ils pas à la vigilance des nombreux soldats qui les cherchent, puisque l'entrée des maisons est interdite à ces braves, tandis qu'elles sont pour les rebelles des refuges assurés et inviolables."

LA GAZETTE DES TRIBUNAUX

D'autres informations sur Robert le Chouan : http://chemins-secrets.eklablog.com/le-chene-de-robert-le-chouan-a79070071