LISTE DES PERSONNES DÉCÉDÉES
DANS LES PRISONS D'ANGERS

Les victimes de la Terreur en Anjou, sont d'abord, les personnes qui ont été guillotinées, soit un total de 285. Viennent ensuite les longues chaînes de ceux qui ont été fusillés au Port-de-l'Ancre et au Champ-des-Martyrs, dans la commune d'Angers ; aux Ponts-de-Cé, à Doué-la-Fontaine, à Saumur, etc. Il faut aussi mentionner les noyades qui eurent lieu à Sainte-Gemmes-sur-Loire.

Quand on parle des victimes de la Terreur, c'est aux seules personnes guillotinées, fusillées et noyées que l'on pense. Celui qui pourrait être assez heureux dans ses recherches pour dresser la liste complète des victimes de la guillotine, des fusillades et des noyades, croirait avoir donné les noms de tous ceux qui perdirent la vie par suite de la persécution révolutionnaire. M. Godard-Faultrier et après lui M. Camille Bourcier croient que leur nombre en Anjou fut environ de 10.000 et leurs conclusions motivées méritent toute créance.
Mais ils ont oublié de faire figurer dans leurs raisonnements le nombre très considérable des personnes qui n'ont pu être ni guillotinées, ni fusillées, ni noyées, parce que mortes en prison. Et pourtant, comme les autres, ce sont là des victimes de la fureur révolutionnaire. Il convient donc de les faire entrer en ligne de compte si nous voulons avoir la statistique complète de ceux qui perdirent la vie pendant la tourmente. (Il n'est pas question de ceux qui ont péri les armes à la main et de ceux qui ont été fusillés dans toute la Vendée angevine par les colonnes infernales).

Mais là encore nous sommes loin de connaître tous les individus qui décédèrent dans les maisons d'arrêt.

Pour ne parler que de la ville d'Angers, seuls les registres d'écrou pourraient nous donner le nombre exact, mais la plupart n'existent plus et les autres sont inabordables à l'étude. Heureusement il existe une autre source, où il nous est permis de puiser. Je veux parler des registres de l'état-civil. Les administrateurs et concierges des prisons y faisaient consigner les noms des détenus décédés dans les maisons dont ils avaient la garde. Pourquoi faut-il que ces déclarations aient été faites irrégulièrement, surtout pendant la période qui suivit immédiatement le siège d'Angers ? Il nous faut donc renoncer à connaître les noms de TOUS les détenus dans les prisons d'Angers pendant la Terreur.

Nous allons reproduire tous les noms que nous avons rencontrés dans les registres d'état-civil des trois arrondissements d'Angers.

Pour plus de clarté, nous avons mis les hommes et les femmes dans deux tableaux distincts. De plus, les personnes décédées ont été groupées par prison d'abord, et ensuite d'après le lieu de domicile. De cette façon, il sera facile de voir le nombre et les noms des individus qui sont morts dans les prisons d'Angers pendant la Révolution et qui étaient domiciliés dans l'une ou l'autre des communes du Bas-Anjou. C'est en effet, principalement au Craonnais et à la Vendée angevine qu'appartenaient les victimes dont on trouvera plus loin les noms.

DISONS MAINTENANT UN MOT DES PRISONS

LA PRISON NATIONALE, située au bas de la place des Halles, était l'ancienne prison royale. Elle comprenait un quartier pour les hommes et un autre pour les femmes. Elle devint tellement insalubre que le 24 janvier 1794 tous les hommes furent transférés à la Citadelle, pour permettre de "nettoyer et purifier la maison de justice de l'air putride qu'on y respire", suivant l'expression de la municipalité, "car la malpropreté qui y existe est à son comble". Le concierge lui-même, René-Charles Fricard, ne fut point épargné ; il mourut le 13 juin 1794, d'une maladie épidémique, occasionnée par l'air infect qu'il avait respiré dans la prison.

LA CITADELLE ou le château ne tarda pas, elle aussi, à être contaminée, témoin cette pétition de la municipalité du district, dans laquelle on lit le passage suivant (26 mars 1794) : "Tous les prisonniers sont détenus dans une seule maison, la citadelle. Là, amoncelés, sans distinction de genre de délits, les prévenus avec les accusés, les accusés avec les condamnés, tous sont dans la plus affreuse misère et manquent de tous les secours que l'humanité commande. Ces malheureux manquent de nourriture, ne mangent jamais de soupe, ne changent plus de linge, et sont rongés par la vermine. Ce spectacle est affreux et déchirant. Ils sont entassés les uns sur les autres, l'air qu'ils respirent est pestilentiel, et on compromet sa vie en les fréquentant souvent !"
Vial, ancien procureur général syndic, qui fut interné à la citadelle pendant le mois de mai et le début de juin 1794, disait dans une brochure publiée en janvier suivant : "Je prouverai qu'on a extrait des cachots jusqu'à dix morts par jour, que ces morts étaient exposés dans une cours de la citadelle, à peu près comme des animaux à la voirie ..."

LA MAISON DU CALVAIRE - Au début d'octobre 1793, les femmes et les enfants qui étaient détenus au Petit Séminaire furent transférés dans la maison du Calvaire. La situation y était tout aussi horrible. Un extrait de la pétition adressée, le 18 février 1794, au Comité révolutionnaire par les chirurgiens de la prison va nous en donner une idée : "Les individus sont plongés dans la fange, rongés par la vermine et entassés les uns sur les autres dans de petites chambres qui sont tellement infectées par les miasmes putrides qui s'exhalent des morts et des mourants, qu'en y entrant on est sur le point de se trouver suffoqué. Les détenus sont on ne peut plus mal nourris ; ils n'ont de bouillon que celui qui est fait avec des graisses ou des rebuts de viande, et encore n'en ont-ils qu'en petite quantité ; ils n'ont que peu ou point de vin ; ils manquent de linge pour se changer et de feu pour se chauffer. Ils couchent sur de la paille en partie pourrie par les matières stercorales des malades. Les femmes enceintes et les mères nourrices sont exposées à de semblables misères, leurs enfants meurent en naissant ou languissent perclus entre les bras décharnés de celles qui leur ont donné le jour. Des mères ont vu périr de misère entre leurs bras cinq à six de leurs enfants sans pouvoir leur procurer le moindre soulagement. Tous ceux qui sont détenus au Calvaire seront la proie des douleurs et bientôt au nombre des morts ; calculez et vous verrez que le terme n'en est pas fort éloigné, car il n'y a pas de jour qu'il n'en meure 6 ou 8 ; je puis même prouver que les malades de cette maison se montaient hier au nombre de 250 ou 300. Si l'on ne remédie pas un peu à tous ces abus, on verra les maladies se propager de proche en proche et se répandre jusque dans le sein même de la ville."
En réponse à cette pétition, qui es successivement examiner par le Comité Révolutionnaire, le district et la municipalité, cette dernière administration députe,le 11 mars, des Commissaire au Comité "pour l'engager à ne pas envoyer les malades  du Calvaire à l'hopital Saint-Jean, de crainte qu'ils n'y communiquent les malades pestilentielles dont ils sont attaquées."
Impossible de soigner les pauvres prisonniers au Calvaire; d'un autre côté, on leur refusait l'entrée de l'hôpital ! Que faire? On recourut à un moyen peu commun, tel que les révolutions seules peuvent fournir... Les Filles de la Charité avaient été arrachées de l'hôpital Saint-Jean, dans la journée du 10 mars, pour refus de prestation de serment, et internées aux Pénitentes suivant l'ordre du Conseil municipal. L'idée germa dans la tête de nos révolutionnaires de mettre à profit le dénouement des soeurs ! Dès le 11 mars, huit d'entre elles furent transférées au Calvaire. Il faut croire que les hospitalières répondirent à l'attente de leurs persécuteurs, puis-que le 7 avril l'administrateur Trotouin écrivait à la Commission militaire : "J'atteste avec vérité que la propreté qui règne à la maison d'arrêt du Calvaire est uniquement le fruit de leurs soins ; qu'elles ont chassé l'air pestilentiel qui y régnait, lequel a moissonné plusieurs patriotes, savoir : trois concierges, deux administrateurs, les deux porteurs de morts, et rendu malades tous les administrateurs, administratrices, médecins et autres".

LA MAISON DE BON-PASTEUR qui servit de prison pendant la Révolution, existe encore. Elle est située rue Saint-Nicolas avec entrée aujourd'hui dans la rue Dindron. Une communauté de femmes s'y était établie au XVIIe siècle. Comme elles étaient hospitalières, les soeurs n'avaient point été expulsées de leur demeure. De plus, au moins  de janvier 1794, elle firent le serment de liberté et d'égalité, ce qui leur permit de rester en fonctions. A la fin du mois de décembre 1793, le couvent fut transformé en prison, et les religieuses nommées gardiennes des détenues.

LA CROIX était également une communauté d'hospitalières, qui fut dissoute au mois de novembre 1793. On y installa immédiatement une prison. Elle était située rue Lionnaise.

LE GRAND SÉMINAIRE - Les bâtiments du Grand Séminaire d'Angers avant la Révolution occupent aujourd'hui les n° 10, 12 et 14 de la rue du Musée. Un grand nombre de prisonnières y furent renfermées à partir du 26 mars 1794. Dès le 4 mai suivant, les détenues furent transférées au Carmel.

LE CARMEL - Le 18 juillet 1793, eut lieu, au Carmel, l'installation des administrateurs de la "maison des enfants trouvés". A la fin de l'année, des soldats y logèrent, et le 4 mai 1794, les prisonnières du Grand Séminaire y furent transférées. Les administrateurs et les administratrices continuèrent de donner leurs soins aux détenues dans le nouveau local.

LA ROSSIGNOLERIE, aujourd'hui le Lycée, avait été construite par les Frères de la Doctrine chrétienne. Ceux d'entre eux qui prêtèrent le serment de liberté et d'égalité restèrent dans cette maison pendant la révolution. Le 30 novembre 1792, on y enferma les prêtres sexagénaires et infirmes, qui étaient par là-même exempts de la déportation. Le 24 décembre 1793, on commença à y interner les enfants des Vendéens. A ce sujet, la municipalité d'Angers écrivait, le 3 février 1794, au Comité révolutionnaire : "Les enfants des brigands détenus à la Rossignolerie y répandent un air méphitique qui peut mettre la contagion dans cette maison ; d'ailleurs ils n'y sont pas soignés comme ils devraient l'être."

LA PRISON DES PÉNITENTES - Il y aurait à signaler la prison des Pénitentes, dont les bâtiments existent toujours boulevard Descazeaux. Mais nous n'avons trouvé à l'état civil aucune prisonnière de cette maison décédée pendant la Terreur. Il en est de même des PRISONS DES CORDELIERS, DE SAINT-AUBIN, DE LA CATHÉDRALE, DES PETITS-PERES, du PETIT SÉMINAIRE, etc.

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Il ne nous reste plus qu'à donner un tableau d'ensemble des détenus morts dans les diverses prisons d'Angers pendant la Terreur.

Les registres de l'état-civil des trois arrondissements de la ville d'Angers nous donnent un total de 1.020 décès, soit 711 femmes et 309 hommes.
Femmes - Calvaire : 428 ; Carmel : 190 ; Prison Nationale : 46 ; Bon-Pasteur : 26 ; Citadelle : 13 ; Grand Séminaire : 8 - Total : 711
Hommes - Citadelle : 149 ; Prison Nationale : 102 ; Rossignolerie : 56 ; Croix : 2 - Total : 309.

A supposer qu'une vingtaine de détenus morts dans les prisons n'aient pas été de la classe des suspects, il reste donc un millier de personnes à ajouter, rien que pour la ville d'Angers, aux 10.000 victimes de la Terreur en Anjou. Et nous avons dit plus haut qu'un certain nombre de déclarations de décès n'avaient point été faites à la mairie d'Angers. Il serait utile de faire le même travail pour les prisons de Doué-la-Fontaine, Montreuil-Bellay et Saumur. Il faudrait y ajouter les prisons d'Amboise, Bourges, Chartres, etc., où furent conduits, à la fin de 1793, bon nombre d'Angevins et d'Angevines par les soins des représentants du peuple et du Comité révolutionnaire d'Angers. Ces envois avaient été faits à cause de l'encombrement des prisons et aussi en prévision du siège d'Angers qui eut lieu les 3 et 4 décembre 1793.

F. UZUREAU
Directeur de l'Anjou Historique
Mémoires de la Société d'agriculture,
sciences et arts d'Angers
1911