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M. Pinot, curé du Louroux-Béconnais, avait été martyrisé le 21 février 1794. Ce n'était pas encore assez, il fallait persécuter jusqu'à sa mémoire elle-même, en atteignant les personnes qui lui avaient montré de la sympathie pendant sa vie.

Le 12 avril, le Comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers enjoignit à l'un de ses membres, Bougère, "de se rendre dans les communes du Louroux, La Cornuaille et voisines, à l'effet de se concerter avec les municipalités pour mesure de sûreté publique". Il était autorisé à requérir la force armée si elle lui était utile pour l'aider dans ses opérations.

En conséquence, le citoyen Bougère part aussitôt et le 13 avril au matin il entre à la "chambre commune". Après avoir montré ses pouvoirs, qui sont consignés sur le registre de l'administration, Bougère somme la municipalité et le Comité de surveillance du Louroux-Béconnais ainsi que "tous les bons citoyens républicains" de lui dénoncer "les gens suspects, les femmes de brigands et les contre-révolutionnaires."

On se met aussitôt à l'oeuvre, une liste est dressée et la garde nationale se répand immédiatement  dans toute l'étendue de la commune pour mettre à exécution les mandats d'arrêt. L'expédition des membres de la garde nationale est couronnée de succès, au point que le monde manque pour garder les prisonniers.

Le même jour, 13 avril, Bougère et la municipalité requièrent le citoyen Baudy, commandant la force armée en station à La Cornuaille, d'envoyer de suite au bourg du Louroux une vingtaine d'hommes d'armes, la garde nationale étant insuffisante pour surveiller les personnes suspectes emprisonnées à la maison commune.

Voici les noms des personnes arrêtées :

Jean Boine, suspect comme père de deux brigands.

Delieu fils, ancien soldat, suspect comme partisan du fanatisme - Mort à la citadelle d'Angers, le 5 juin 1794

Freulon, des Plains, père d'un milicien qui s'en est revenu sur la commune, et restera en prison jusqu'à ce que son fils ait rejoint - Freulon fut amené comme les autres prisonniers à Angers, où il ne tarda pas à être élargi.

Girard, père d'un milicien, brigand - mort à la Citadelle d'Angers, le 3 juin 1794

Guillot, à Villepierre, suspect comme ayant des correspondances avec les brigands - mort à la citadelle le 9 mai 1794

Pierre Huet, suspect - mort à la citadelle, le 21 juillet 1794

Lelarge, suspect pour avoir retiré chez lui le curé Pinot, lorsqu'il est venu, à la Saint-Jean, au Louroux avec les brigands - mort à la citadelle le 29 avril 1794

Lequeux, de la Glenaie, suspect comme ayant retiré le curé Pinot, qui a déclaré au juge de paix qu'il avait dit la messe chez lui - mort à la citadelle le 11 mai 1794

Pierre Lequeux, à Moiron, père de brigands - mort à la citadelle le 12 juin 1794

Lesage, suspect, ennemi de la révolution.

Meignan, à Quintonnay, suspect comme partisan des prêtres.

Soulou, pour avoir recélé chez lui plusieurs fois le curé Pinot, ainsi qu'il est prouvé par le citoyen Renard qui l'a vu chez ledit Soulou couché - mort à la citadelle d'Angers, le 12 mai 1794

Taillandier, suspect comme père de brigands - décédé à la citadelle le 24 avril 1794

Renée Aligon, veuve René Juet, suspecte comme porteuse de nouvelles de brigands, 60 ans - Mise en liberté le 1er septembre 1794

Marie Alusse, 49 ans, suspecte comme dévote, fanatique et maîtresse d'école - Morte en prison à Angers

Perrine Alusse, femme Pierre Huet, suspecte, 40 ans, née à Vern - décédée en prison le 22 juillet 1794

Madeleine Audouin, suspecte, comme faisant des motions contre-révolutionnaires, 30 ans

Renée Baudet, femme François Giraut, 39 ans, femme de brigand.

Marie Bourget, veuve Emmanuel Meignan, suspecte comme mère de brigands - morte en prison le 24 juin 1794

Jeanne Brard, femme René Chaillou, 41 ans, femme de brigand - mise en liberté le 1er septembre 1794

Victoire Brard, femme Olive Lebon, 31 ans, femme de brigand

Marie Drouau, femme Jean Aubert, 37 ans - En liberté le 30 août 1794

Anne Dupont, femme Marc Chartier, de la Rousserie, 30 ans, porteuse de nouvelles aux brigands.

Rose Fouchard, 25 ans - En liberté le 30 août 1794.

Marie Girard, de la Gerboterie, suspecte comme porteuse de nouvelles aux brigands, 20 ans

Perrine Huet, femme Lebon, 27 ans, née à Cossé-le-Vivien, femme de brigand

Jeanne Juet, 22 ans, suspecte comme porteuse de nouvelles aux brigands, comme sa mère ci-dessus - en liberté le 1er septembre 1794

La femme Laroche, suspecte comme intrigante et partisante des prêtres

Marie Lhermitte, 28 ans, suspecte comme fanatique et maîtresse d'école - en liberté le 30 août 1794

Julie Martin, dit Pain-Frais, 21 ans, suspecte pour avoir dit qu'il fallait jeter par terre l'arbre de la Liberté, née à Chalain - en liberté le 30 août 1794

Marie Mercier, femme Mathurin Oury, 30 ans, femme de brigand

Marie Peltier, femme Jean Mirleau, 33 ans, soeur de brigands et convaincue d'avoir voulu faire massacrer les patriotes lors de la levée en masse - en liberté le 30 août 1794

La veuve Peltier, de la Milandrie, suspecte - elle s'évada de l'église du Louroux dans la nuit (voir ci-dessous)

Julie Pinot, veuve François Chemineau, 26 ans, femme de brigand, née à Saint-Georges-sur-Loire.

Françoise Ravary, femme Jean Verger, 24 ans - Son mari, également arrêté comme "contre-révolutionnaire", se sauva des mains des gardes nationaux du Louroux. Elle fut mise en liberté le 4 mai 1794 par la Commission militaire.

Louise Simier, femme Jacques Guillot, 30 ans, femme de brigand

Michelle Thierry, femme Pierre Briel, 40 ans, née à Angers - c'est son mari qui devait être arrêté comme "porteur de nouvelles" ; comme il était absent, on arrêta sa femme - elle fut libérée le 1er septembre 1794

Françoise Thomas, femme Julien Echalier, 41 ans, femme de brigand

Madeleine Turpeau, 15 ans, pour avoir pris la cocarde blanche - mise en liberté le 30 août 1794

Catherine Valuche, femme René Greteau, 44 ans, femme de brigand

Renée Viau, veuve Toureau, 58 ans, mère d'un brigand - morte en prison le 25 juillet 1794.

Le soir venu, on emprisonna les 41 détenus dans l'église, et la municipalité les remit à l'adjudant de la garde nationale pour être conduits au Comité révolutionnaire d'Angers. Le procès-verbal est signé des noms qui suivent : "Jacques Viau, maire ; R. Guimier, officier municipal ; A. Breheret, agent général ; J. Robin, officier municipal ; P. Pineau, officier municipal ; J. Tallourd, officier municipal ; P. Lair, commandant ; Bidon, juge de paix ; J. Abraham, officier municipal ; B. Grandin, membre du Comité de surveillance ; Renard, membre du Comité de surveillance ; C. Bource, Julien Robin, membres du Comité de surveillance."

Les femmes furent emprisonnées dans l'ancien couvent du Carmel d'Angers, et les hommes à la citadelle.

M. Doguereau, prieur-curé de Saint-Aignan d'Angers, et M. Chesneau, curé de Montreuil-Belfroy, guillotinés sur la place du Ralliement, le 31 décembre 1793, avaient été pris dans la grange d'un métayer du Louroux-Béconnais, nommé Chalain. Son nom avait été mis sur la liste de proscription réclamée par le citoyen Bougère, et aussitôt un mandat d'arrêt avait été lancé contre lui. Comme il était absent de chez lui, on ne l'arrêta point. Le 19 avril, la municipalité du Louroux l'envoyait au Comité révolutionnaire d'Angers avec la lettre suivante : "Il est venu lui-même aujourd'hui en notre chambre commune, où il a dit qu'il était vrai que lors de la déroute de Savenay, il vint chez lui deux prêtres qui lui demandèrent à loger, ce qu'il ne voulait pas. Alors ils furent dans sa grange, où la garde étant arrivée les prit." La municipalité terminait par une demande d'indulgence pour le prisonnier porteur de la lettre.

Capture plein écran 07032013 132100(La Milandrie)

La veuve Peltier, cette pauvre receleuse du curé, avait été rigoureusement traitée aussi. On l'emprisonna dans l'église, mais la nuit suivante, un garde national, son parent, sollicité par les habitants, lui dit secrètement qu'à une heure avancée de la nuit la porte du midi lui serait ouverte quelques instants et qu'elle eût à s'enfuir au plus vite. Elle profita de l'avertissement charitable et s'enfuit en toute hâte. Arrivée en face de la Touchardaie, elle heurta dans sa marche précipitée au milieu des ténèbres contre le corps d'un enfant endormi. Elle reconnut son jeune fils François Peltier, âgé d'environ 6 ou 7 ans. Ce pauvre enfant recueilli par les voisins lors de l'emprisonnement de sa mère, s'était échappé vers le soir ; il avait suivi la route du bourg, et à quelque distance de sa demeure, (la Milandrie), ne voyant pas revenir sa pauvre mère, désespéré et fatigué il s'était assis sur la route par un froid glacial et s'était profondément endormi en pleurant. La pauvre mère emporta son fils dans ses bras, prit deux pains et quelques vêtements, ce qu'elle avait de plus précieux, et s'enfuit dans les bois qui sont actuellement la propriété de M. le comte d'Anthenaise. Elle s'y fit un abri misérable de branches recouvertes avec de la mousse et quelques feuillages et y demeura avec son fils pendant plusieurs mois pour échapper aux poursuites des révolutionnaires. Il restait dans son grenier une certaine quantité de farine ; lorsque ses pains furent mangés, elle revenait le soir au commencement de la nuit, boulangeait et cuisait son pain, et repartait le matin avant le jour avec son fils. Lorsque la farine fut épuisée, elle venait pendant la nuit chercher du pain chez son frère à la Beaujardière et dans les fermes voisines, Quintonnay, la Clémencière, la Grange. (Récit de François Peltier, répété encore à son lit de mort, en 1853, à la Servangrais, et recueillis par l'abbé Brouillet)

F. UZUREAU
Mémoires de la Société d'agriculture,
sciences et arts d'Angers
1911