Capture plein écran 07032013 113923

 UN PRETRE ANGEVIN ASSASSINÉ AU MAINE EN 1793

M. GABRIEL GUÉRIF

Après la déroute du Mans, plusieurs prêtres qui avaient suivi l'armée royale furent tués sur le territoire du Maine. Avec le gros de l'armée vendéenne, ils avaient pris la route de Laval : ils y sont tombés victimes de leur foi et de leur patriotisme.

L'un d'eux, Gabriel Guérif, fut assassiné dans un champ de ma paroisse.

L'abbé Gabriel Guérif était né à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire). Ordonné prêtre le 9 juin 1781, il était vicaire de Saint-Jacques d'Angers au moment de la révolution. Il refusa le serment et se retira dans sa paroisse natale, où nous le trouvons le 30 août 1791. Il se cacha dans les Mauges jusqu'à l'époque de l'insurrection du 12 mars 1793. Il suivit l'armée catholique dans sa bonne et mauvaise fortune.

Certains papiers mis à ma disposition m'ont fait connaître les circonstances de son martyre et le souvenir de son nom. Je les transcris intégralement : ils seront préférables à toute analyse.

"Nous ignorions qu'un prêtre vendéen eût été assassiné à Chassillé, à environ 1.500 mètres du bourg et de la route du Mans à Laval, près la ferme des Plantes, dans le coin d'un champ nommé la Champagne et dépendant dudit lieu des Plantes. Son corps qui n'a pas encore été exhumé, repose dans un des angles de ce champ, à deux ou trois sillons loin de la haie.

Depuis la réception de votre lettre, j'ai interrogé moi-même le nommé Bignon, autrefois mon paroissien, et qui a toujours été connu comme un très honnête homme et s'acquittant exactement de ses devoirs de chrétien, qui m'a affirmé qu'étant petit valet audit lieu des Plantes, il avait aidé à enterrer, dans le lieu que je viens de désigner, un prêtre vendéen, qu'un soldat républicain avait tué près de leur habitation, qu'ils avaient entendu de chez eux le soldat qui poursuivait à outrance ce prêtre caché dans un fossé au milieu d'un épais hallier d'épines, crier d'une voix forte : "Ah ! te voilà ! sors promptement d'ici pour que je te fusille !", et qu'un instant après ils avaient entendu la détonation du coup de fusil, et qu'ils s'étaient dit, entre eux, à la maison : "voilà encore un malheureux vendéen fusillé !"

Il m'a affirmé aussi, qu'environ un quart d'heure après, s'étant avisé de sortir avec le maître et les domestiques de la ferme pour aller voir ce qui était arrivé, qu'ils avaient trouvé le corps de ce Vendéen sans vie, et déjà dépouillé de ses vêtements, hors sa chemise, pour voler ce qu'il pouvait avoir.

C'était assurément pour le dépouiller et le voler plus facilement qu'il l'avait fait sortir du fossé où il était bien caché et où il n'aurait pas été trouvé si le soldat qui le poursuivait de près, le voyant à l'instant tout à coup disparaître, ne s'était avisé de le chercher dans le fossé. Le nommé Bignon m'a dit comme il l'avait fait, il y a deux ans, à M. Lemonnier, vicaire de Loué, qu'on avait trouvé à côté du corps de ce prêtre un papier, un passeport dont il avait entendu la lecture et qu'on y avait lu ses nom et prénom, qu'il avait oubliés mais qu'il n'avait jamais oublié qu'on avait dit que c'était un prêtre portant les titres de curé de Saint-Florent et d'officier du Roi. Il m'a dit Saint-Florent simplement, sans parler de Saint-Florent-le-Vieil ou Saint-Florent-sur-Loire. Y aurait-il un autre Saint-Florent dont le curé serait mort après la prise du Mans par les Vendéens, ou bien celui qui a lu le papier qui était resté à côté de ce prêtre, en lisant G. Guérif, prêtre à Saint-Florent et officier du Roi, aurait-il conclu et affirmé à tort qu'il était curé de Saint-Florent lorsqu'il en était simplement prêtre habitué et y exerçant secrètement, pendant la Terreur révolutionnaire, les fonctions du saint ministère conjointement et d'accord avec M. le curé.

Le nommé Bignon m'a dit encore que ce prêtre était d'une taille moyenne et lui avait paru gros et pesant, ayant aidé à le porter et à le déposer dans la fosse creusée près le lieu où il avait reçu le coup mortel, et même qu'il avait grand'peur en voyant ce corps mort par suite d'un assassinat, qu'il n'osait y toucher.

Je dois déclarer ici que l'assassinat de ce prêtre vendéen sur la paroisse de Chassillé était très peu connu, pour ne pas dire oublié, et que je suis la principale cause de l'erreur qui a été commise depuis deux ans à l'égard du prêtre vendéen assassiné sur la paroisse d'Ammé, sous le nom de curé de Saint-Florent. Voici comment :

Le 8 juin 1852, l'abbé Lemonnier, vicaire de Loué, étant occupé dès quatre heures du matin à recueillir les restes d'un prêtre vendéen assassiné au lieu de la Barattière, sur la route du Mans à Laval, à environ quatre kilomètres de Loué, plusieurs personnes des hameaux voisins dudit lieu où il avait été tué et enterré  vinrent par piété pour être témoins de cette cérémonie et pour y assister ; il y en avait même de plusieurs paroisses, vu que c'était un jour de marché à Loué et que plusieurs s'arrêtèrent pour assister à la levée du corps qui se fit avec une grande cérémonie. L'un de ceux qui étaient présents ledit sieur Bignon, affirma qu'il avait connaissance d'un autre prêtre vendéen, M. le Curé de Saint-Florent, avait été assassiné sur la paroisse de Chassillé et qu'il avait aidé à l'enterrer dans le champ où il avait été mis à mort.

Les anciens du pays ignorant, comme moi, la mort de ce prêtre vendéen assassiné sur le territoire de Chassillé, je persuadai à M. l'abbé Lemonnier qu'il avait fait erreur, qu'il avait pris Chassillé pour Amné et que ce n'était pas à Chassillé, mais à Amné, qu'on avait assassiné un prêtre vendéen, et j'ajoutai que c'était sans doute M. le Curé de Saint-Florent qui avait été assassiné à Amné. Telle est la cause de l'erreur que j'ai commise.

Cela étant, le corps de M. Gabriel Guérif, prêtre habitué à Saint-Florent, qu'on a pris pour M. le Curé de Saint-Florent, repose encore en terre profane. M. le Curé de Chassillé m'a dit qu'il avait l'intention de faire pour lui la même cérémonie que nous avons faite pour les trois autres et de faire déposer ses restes dans un cimetière neuf dont nous avons fait la bénédiction il y a mercredi huit jours (23 octobre 1854)

Je n'ai jamais entendu nommer que, il y a deux ans, le prêtre qui a été assassiné au lieu des Plantes, sur la paroisse de Chassillé. Cependant c'était le plus ignoré de tous les prêtres vendéens morts sur le canton de Loué, vu qu'on laboura aussitôt par-dessus et qu'on a continué d'y labourer comme à l'ordinaire."

C'est donc bien un prêtre angevin qui repose son dernier sommeil au champ de la Plante. Les intentions de M. le Curé dont parle notre relation, n'ont malheureusement pas eu de suite jusqu'ici. Au demeurant, le champ étant assez vaste où tomba ce martyr, le souvenir de son meurtre étant à peu près oublié aujourd'hui, il serait assez difficile d'entreprendre à l'heure actuelle quelques fouilles.

La confusion qui longtemps demeura au sujet de son assassinat n'est peut-être pas inexplicable. Un autre prêtre angevin demeura quelque temps sur le territoire de Chassillé et y administra même les sacrements : Simon-René-Aubin Courgeon de la Pannière, nommé curé de La Chapelle-Saint-Laurent en janvier 1786, qui suivit l'armée vendéenne et reçut le dernier soupir de Bonchamps. Il signe sur les registres de catholicité rédigés par le vicaire de  Chassillé, M. François Trouvé, "pendant la persécution", un acte de mariage et une reconnaissance d'enfant, le 9 décembre 1794, c'est-à-dire près d'un an après le passage de l'armée vendéenne sur la grande route. Après la persécution, il rentra dans sa cure. M. l'abbé Uzureau nous affirme que M. Courgeon était proche parent de l'abbé Guérif. Tous deux avaient pu ensemble quitter Le Mans après la déroute.

L. CALENDINI
Mémoires de la Société d'agriculte,
sciences et arts d'Angers.
1912

La plantegéo(Emplacement de la ferme de La Plante - vue aérienne)

La plantecadas1

La plantecadas