ICONOGRAPHIE DU COEUR DE JÉSUS DANS LES ARMÉES CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES DE LA VENDÉE

INSIGNE DU COMTE DE LUSIGNAN

En cette croisade volontaire, où plus cordialement qu'en nulle autre, le gentilhomme et le paysan servirent fraternellement le plus haut idéal dans le même dévouement  et dans les mêmes souffrances, le plus illustre nom du Poitou pouvait-il demeurer loin de la lutte héroïque ?

Le vieux sang poitevin qui avait, six siècles plus tôt, donné des rois aux trônes de Jérusalem, de Chypre et d'Arménie coulait alors chez nous dans les veines d'un tout jeune enfant, Tite-Marie-Louis, comte de Couhé-Lusignan. Il n'avait pas encore quinze ans sonnés au jour de mars 1794 qui le vît quitter le château maternel de Villemort, non loin de Poitiers, pour courir rejoindre "l'Armée Catholique et Royale" au centre de la Vendée. Et telle y fut sa jeune vaillance et la sureté de son bon sens militaire que le 10 mai 1795, il était nommé capitaine de cavalerie à l'État-Major Vendéen.

Capture plein écran 06032013 135107Il portait alors sur le plastron de son habit un petit disque de satin blanc avec un Sacré-Coeur surmonté d'une croix brune dont chacun des bouts se fleurit d'un lys rouge. Par une singularité qui surprend, le coeur de l'image du comte de Lusignan est mi-partie vert, mi-partie rouge ... Espérance et Sacrifice ? Peut-être. Dans le haut du disque, l'acclamation vendéenne : DIEU ET LE ROI.

Cet insigne vénérable, souvenir d'un héroïque enfant, est aujourd'hui précieusement conservé par son petit-fils, mon très sympathique collègue des Antiquaires de l'Ouest, le comte Hugues de Lusignan.

La vie militaire de Tite de Lusignan ne fut ensuite qu'une série d'aventures, fort honorables pour lui, du reste : Fait prisonnier avec d'autres officiers vendéens, le 17 novembre 1795, au Bois-Giraud, en Anjou, il est condamné à mort et cependant relaché, le 8 décembre, en raison de son jeune âge. Aussitôt il passe en Sologne où M. de Phélypeaux, dont il devient l'aide de camp, essayait d'organiser un mouvement contre-révolutionnaire. Fait de nouveau prisonnier il est incarcéré durement à Orléans, puis à Châteauroux, et trouve le moyen de se faire relacher.

Sitôt libre, le 31 août 1796, il rejoint l'armée vendéenne en Anjou, où d'Autichamp le nomme Major de division, sous ses ordres.

La Révolution s'achève par le Directoire et l'Empire, et sitôt que Louis XVIII revient, le comte de Lusignan le rejoint et s'engage dans sa garde. Lors du retour de Napoléon, il conduit le roi jusqu'à la frontière et court à franc-étrier rejoindre à Saint-Aubin-de-Baubigné, chez La Rochejaquelein, les chefs Vendéens qui organisaient alors la seconde prise d'armes de la Vendée et qui l'accueillirent en lui présentant le brevet d'adjudant général.

Capture plein écran 06032013 134518Et quand en 1832 la duchesse de Berry essaie, en faveur de son fils exilé, le jeune Henri V, de soulever la Vendée contre l'usurpateur du trône, Tite de Lusignan est encore là ! et les siens conservent, de ce vain effort, un lot d'insignes du Sacré-Coeur, préparés d'avance en Vendée et que la princesse distribuait elle-même à ses partisans. Ces insignes sont tous faits d'après un même modèle : sur un rectangle de flanelle blanche, un coeur enflammé en drap rouge porte une croix de même couleur ; au-dessus, le cri de la double fidélité vendéenne : DIEU ET LE ROI.

Loudun (Vienne)
L. CHARBONNEAU-LASSAY
REGNABIT - Revue universelle du Sacré-Coeur - 1923/01