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FRANCOIS CHEVALLIER
RECTEUR DE SAINT-LUMINE-DE-COUTAIS
DÉPUTÉ DU CLERGÉ AUX ÉTATS-GÉNÉRAUX

François Chevallier, recteur de Saint-Lumine-de-Coutais, est né le 26 février 1733, au village de la Melletière, paroisse de Héric, de Julien Chevallier et de Marie Lebastard, qui appartenaient l'un et l'autre à des familles de cultivateurs aisés, chez lesquelles la foi et les saines traditions étaient héréditaires.

A l'âge de 31 ans, il se présenta au concours qui avait été institué par une Bulle du Pape Benoît XIV pour obtenir les cures de la Province de Bretagne. Malgré cette bulle, beaucoup de candidats cherchaient à éluder la loi du concours par devant leur évêque, en continuant d'aller à Rome ou de s'y faire recommander afin d'obtenir des cures sous différents prétextes. Une déclaration du Roi, en date du 11 août 1742, vint mettre un terme à ces abus en disposant d'une façon rigoureuse les conditions de nomination des curés. Les examinateurs, au nombre de six, étaient nommés par l'évêque qui présidait le concours ou s'y faisait représenter par son Grand-Vicaire. On donnait par écrit, à chacun des aspirants, trois points ou questions sur le dogme, la morale et les fonctions du ministère ; ensuite, tous les aspirants se retiraient dans le lieu qui leur était indiqué, à cet effet, à l'Évêché ou au Séminaire, pour donner par écrit la résolution des trois questions proposées, après y avoir travaillé, chacun en particulier, pendant l'espace de trois heures, sans pouvoir sortir de ce lieu. De plus, on leur donnait un passage de l'Écriture sainte sur lequel ils étaient tenus de prononcer une courte homélie, après s'y être préparés pendant également trois heures.

A ce concours, qu'il passa brillamment le 4 avril 1764, l'abbé Chevallier obtint le choix sur trois cures importantes du diocèse de Nantes et opta pour celle de Saint-Lumine-de-Coutais dont il prit possession le 15 juin de la même année (cette cure avait droit de colombier et de garenne. Ses revenus pouvaient valoir 1.200 livres).

Il ne tarda pas à se faire remarquer, entre tous ses collègues du diocèse, par l'ascendant extraordinaire qu'il avait conquis de suite et qu'il conserva intact sur les habitants de sa paroisse. Prêtre instruit, profond philosophe, savant théologien, il était encore habile juris-consulte et, ayant fait une étude sérieuse des Coutumes de Bretagne, il eut plus d'une fois l'honneur d'être appelé à éclairer de ses lumières plusieurs célèbres avocats des Barreaux de Nantes et de Rennes.

Lorsque l'Assemblée diocésaine du clergé du second ordre, composée de 290 recteurs bénéficiers et députés des Communautés régulières et séculières, se réunit, le 2 avril 1789, dans la grande salle des Jacobins de Nantes, afin de présenter le Cahier de doléances du Clergé et procéder aux élections pour les États-Généraux, l'abbé Chevallier fut nommé commissaire chargé de la rédaction de ce Cahier.

Élu député du Clergé de Nantes, il alla se loger à Versailles avec son collègue Moyon, curé de Saint-André-des-Eaux, et le député suppléant Lebreton de Gaubert, curé de Saint-Similien de Nantes. Il ne siégea que quelques mois à l'Assemblée Nationale et donna sa démission avec ses collègues Moyon et Maisonneuve, ce dernier curé de Saint-Etienne-de-Montluc. Il disparut de l'Assemblée sans qu'on y prit garde et le procès-verbal des séances ne relate même pas sa démission. Il s'empressa de revenir à Saint-Lumine-de-Coutais, au milieu de son troupeau où de graves préoccupations sollicitaient son attention.

En 1790, il rédigea, croit-on, la fameuse "Adresse à l'Assemblée Nationale", qui avait reçu l'adhésion de 104 prêtres du diocèse de Nantes. L'exemplaire imprimé à Nantes, chez Gigougeux, libraire, Haute-Grande-Rue, fut saisi et déféré au Conseil du Département, à la séance du 10 novembre 1790 (cet exemplaire se trouve à la Bibliothèque publique de Nantes, dans le recueil portant le n° 48196). Un procès-verbal des officiers municipaux de Nantes, du 15 novembre de cette année, constatant la découverte chez l'imprimeur Gigougeux de deux lettres de Chevallier, relatives à l'impression de cette brochure, confirme l'opinion que ce prêtre est bien l'auteur de l'Adresse.
Cet écrit traite les cinq points suivants :
1° Dignité du Sacré ministère compromise ;
2° Hiérarchie anéantie ;
3° Juridiction spirituelle anéantie ;
4° Distinction des deux Puissances (spirituelle et temporelle) supprimée ;
5° Vrai culte gêné par le mélange des sectes.
Les signataires réclamaient la permission, en faveur de l'Église de France, de s'assembler en Concile afin d'aviser à une réforme sévère dans sa discipline et son organisation. Ils suppliaient en même temps l'Assemblée Nationale de décréter l'unité du Culte dans toute l'étendue de la Monarchie.
Les membres du Conseil de Département demandèrent à l'Assemblée Nationale d'exercer des poursuites contre les auteurs et adhérents de l'Adresse, comme criminels de lèse-Nation.

L'abbé Chevallier refusa le serment à la Constitution civile. Interné à Nantes en 1791, il réussit à s'échapper et se réfugia chez M. de la Barre, rue Saint-Laurent. Il rentra dans sa paroisse où il réussit à se cacher jusqu'à l'époque de l'insurrection vendéenne.

A plusieurs reprises, la Municipalité de Saint-Lumine-de-Coutais réclama au Département, pour son pasteur, la liberté de continuer son ministère, vu la certitude de la nullité de son remplacement. Les habitants étaient bien décidés, en effet, de ne recevoir aucune administration spirituelle de la part du curé constitutionnel Guidon, installé en présence de la force armée, le 24 juillet 1791, et qui fut en butte à toutes sortes de vexations.

Un détachement du 4e bataillon de la Garde Nationale de Nantes fut envoyé à Saint-Lumine-de-Coutais pour arrêter le "ci-devant recteur" : "Des perquisitions furent opérées à la maison curiale et chez divers habitants, notamment chez Pierre Arnaud, charpentier, où on supposait que le recteur était caché. On trouva dans une armoire "des effets à l'usage d'église" appartenant à l'abbé Chevallier qui demeura introuvable, grâce à la fidélité de ses paroissiens.

Au mois de mars 1793, lorsque les affaires de Machecoul amenèrent en permanence dans cette région les troupes républicaines, il lui fut impossible de continuer son ministère secret et il abandonna momentanément sa paroisse pour suivre l'armée royaliste d'Anjou en qualité d'aumônier. Sachant que, dans beaucoup de communes, on brûlait les registres d'état-civil nécessaires cependant à tout le monde, il les cachait avant de quitter le pays, au fond d'une futaille d'où on les retira plus tard en bon état. Après les combats de Cholet et de Beaupréau, il revint vers Saint-Lumine-de-Coutais, où le culte constitutionnel ne se pratiquait plus ou partiellement, l'église paroissiale ayant été incendiée pendant les guerres civiles. Voulant alors à tout prix rester parmi ses paroissiens, il continua de pratiquer son ministère au milieu des bois.

Autorisé par le Général Commandant à célébrer publiquement le culte à Saint-Lumine-de-Coutais en l'an IV (1796), son premier soin fut de reconstruire l'église et, après dix-sept années encore d'exercice décéda le 24 juin 1813, à l'âge de 80 ans, ayant gouverné sa paroisse pendant l'espace de 49 ans.

François Chevallier a laissé un ouvrage resté manuscrit et intitulé : ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANCAISE. Ses prétextes, ses occasions, ses causes, ses préparatifs, ses commencements, ses moyens, ses progrès, ses ruses, ses erreurs, ses atrocités, ses fauteurs, ses malheurs, ses remèdes, ses suites, ses vues. Cet ouvrage forme trois volumes et fait partie de la collection Dugast-Matifeux appartenant à la Bibliothèque publique de Nantes. Il est d'une lecture fort peu intéressante et le style en est d'ailleurs peu soigné. Au point de vue local, il n'ajoute rien aux connaissances acquises, l'auteur semblant avoir eu pour objet principal de démontrer que la Révolution française a été une conséquence du protestantisme, la mise en oeuvre en quelque sorte des idées protestantes.

LÉON DELATTRE
Bulletin de la Société archéologique
de Nantes et du département de la Loire-Inférieure