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Dans la commune de Roussy se cachait l'abbé Rocher. Le 19 mai 1793, il fut découvert et arrêté dans un bâtiment destiné à faire sécher les châtaignes, au moment où il allait dire la messe à une foule assemblée.
La garde nationale de Labrousse le conduisait à Aurillac lorsqu'un attroupement d'hommes de Roussy survint et arrachat le prêtre des mains des gardes nationaux.
Instruit de ce fait, le Comité du Salut public donna l'ordre à la force armée de se rendre à Roussy et d'arrêter les coupables. Elle ne put en arrêter que trois : Pierre Lissorgues, Antoine Lamouroux et Marguerite de Lostal.

Après ce récit, l'orateur du Comité du Salut public demanda la punition des coupables et le Conseil permanent, mis en demeure d'agir, porta l'arrêté suivant dans la même séance du 22 mai :
"Le Conseil permanent du département du Cantal, considérant qu'il est avéré que les habitants de Roussy ont été livrés au fanatisme le plus effréné, qu'ils ont souffert au milieu d'eux leur curé réfractaire jusque au mois de novembre dernier (1792) ; qu'ils ont reçu avec empressement tous les prêtres rebelles qui sont venus leur demander asile et particulièrement le prêtre qui a fait sa résidence habituelle à Roussy depuis le 25 août dernier, y a célébré, nuitamment et clandestinement, les offices divins et propagé les mauvais principes dont il était animé ; que les membres de la municipalité de Roussy, partageant les mêmes principes, ont favorisé ou tout au moins toléré les pratiques dangereuses de ces prêtres rebelles et les erreurs des habitants de la commune ; qu'il est prouvé que les vases sacrés et ornements sacrés de l'église de roussy servaient aux sacrifices clandestins du prêtre Rocher ; qu'en conséquence, les officiers municipaux de Roussy qui en ont la surveillance immédiate, se sont rendus coupables d'une indifférence très blâmable et sont responsables de la spoliation qui a été faite à ladite église ... arrête :

Le maire, procureur de la commune et officiers municipaux de Roussy sont provisoirement suspendus de leurs fonctions. Il sera formé par le Directoire du District d'Aurillac une commission pour remplir les fonctions municipales ... Il sera envoyé un détachement de la force armée dans la commune de Roussy, lequel sera placé chez tous les propriétaires qui ont donné les plus grandes marques d'incivisme et y sera à leurs frais.

Le Procureur-général syndic est expressément chargé de dénoncer à l'accusateur public près le tribunal criminel de ce département tous les auteurs ou complices des vols ou spoliations des vases sacrés ou ornements de l'église de Roussy, de l'attroupement qui enleva le 19 de ce mois le prêtre Rocher à la garde nationale de Labrousse, ainsi que ceux qui ont recélé des prêtres réfractaires ..."

La commune de Roussy qui avait enlevé au gouvernement révolutionnaire les vases sacrés et les ornements de son église pour les donner à ses prêtres fidèles qu'elle cachait soigneusement, était donc brutalement punie de sa fidélité à son Dieu, à l'instigation du Comité du Salut public d'Aurillac qui pesait de tout le poids de sa fureur démagogique sur la volonté des administrateurs. C'était lui qui ordonnait les arrestations, comme le prouve le registre qu'il tenait à cet effet.

Dans ce registre, conservé aux archives d'Aurillac, nous lisons entre autres choses ce qui suit :

"Le 17 avril 1793, ordre au sieur Chevalier, capitaine de gendarmerie, d'arrêter Trotapel, prêtre, et de saccager le château de Ladinhac.
Le 18 avril, ordre à une brigade d'Aurillac de se transporter à Saint-Julien-Paganiol, département de l'Aveyron, où il existe un certain nombre de prêtres insermentés.
Le 19 avril, ordre à une brigade d'Aurillac et à la brigade de Saint-Mamet de se rendre à Marcolès et dans les paroisses voisines pour rechercher les prêtres insermentés.
Le 29 avril, ordre d'arrêter Ode, juge de paix du canton de Lanobre, et le sieur Trénioles parce que Ode avait reçu une lettre suspecte, destinée à Trénioles et qu'il n'en avait rien dit, favorisant ainsi les personnes inciviques.
Le même jour, ordre d'arrêter Bertrand Laporte de Saint-Géron, accusé de prêter la main à un émigré dont il avait reçu une lettre laquelle est tombée entre les mains du Comité.
Le 1er mai, ordre d'arrêter la dame Lymen de Saint-Géron pour laquelle Bertrand aurait reçu une lettre de gens émigrés.
Le 17 mai, ordre à deux brigades de gendarmerie de se transporter dans la commune de Naucelle pour y arrêter le nommé Delsort et autres personnes suspectes.
Le 20 mai, ordre d'arrêter le citoyen Portes, domestique du citoyen Auzolles de Laveissière, de Sabatier, demeurant chez le fermier de ... (illisible), du citoyen Jean de Badaillac, etc.
Le 8 juin, ordre au capitaine de gendarmerie d'Aurillac de se transporter au château de Caillac pour y arrêter une douzaine de révoltés de la Lozère qui s'y sont cachés dans les caves.
Le 18 septembre, ordre d'arrêter le nommé Ambage, ancien capitaine de gendarmerie à Tulle et Félix Laprade, ancien maréchal des logis, tous deux retirés à Aurillac.
Le 2 octobre 1793, ordre d'arrêter le sieur Sarailles et ses deux fils, parce qu'ils se sont opposer à l'arrestation du sieur Grenier ...

C'était donc le Comité du Salut public d'Aurillac qui disposait de la liberté et de la vie des citoyens ; le Tribunal et la Société populaire en disposaient également ; c'était l'arbitraire à son comble et la confusion partout.
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Histoire de la révolution en Auvergne - Tome 9
par M. Jean-Baptiste Serres