Le vingt six juillet mil sept cent quatre vingt neuf,

Messieurs de la municipalité de la ville de Beaupréau et de la paroisse de S. Martin de cette ville, les jeunes gens et habitans, en état de porter les armes, instruits que des troupes, qui remplissent et environnent Paris, ont déjà lâchement assassiné une infinité de leurs frères, et que repoussées ont réclamé d'autres forces ; qu'à cet effet plusieurs régiments maintenant en Bretagne, même des troupes étrangères, ont eu ordre de partir pour Paris ; que leurs frères, tant Bretons qu'Angevins, ayant vu le danger où alloient se trouver leurs illustres et immortels représentants, se sont préparés et préparent à s'opposer au passage de toutes espèces de troupes, qui voudroient sortir de Bretagne pour aller à Paris ;

Ce récit de malheurs et d'inquiétude mis en délibération, il a été arrêté unanimement et avec la plus grande acclamation [que malgré que l'on promette au roi la fidélité la plus inviolable] que l'on juroit et affirmoit, sur l'honneur le plus sacré, qu'au premier signal de leurs frères, tant Bretons qu'Angevins, on les rejoindra et aidera de tout secours de fortune et de bras jusqu'au dernier soupir, avec tout l'honneur dont un bon François peut être animé.

Les officiers de la municipalité et habitants de Beaupréau ont nommé pour leurs députés au commité Angevin Mre Paumard Bourjaudière et M. Pichery, qu'ils ont chargés de faire agréer audit commité leur serment et offres, comme surs garans de leur coeur patriotique ; et Messieurs de la municipalité et habitans de S. Martin, M. Bory, leur sindicq, et M. Hervé, porteurs des mêmes intentions et sermens.

Arrêté audit Beaupréau ledit jour, et ont signé Messieurs :

BRUNET, M.D.M. ; COYCAULT, syndic de Beaupreau, D'ELBÉE*, membre ; PAUMART
(Suivent 65 signatures, dont celles de trois chanoines).

* La signature de d'Elbée donne à cet acte une valeur singulière et fait songer, par analogie, à Bonchamps, acquéreur en 1790 de biens nationaux. Ce n'est là d'ailleurs qu'un document, entre tant d'autres, que pourraient offrir les archives de la ville et celles du département, à qui voudrait démontrer combien est grande l'erreur des historiens, qui persistent à voir dans la Vendée Angevine le foyer constant de la contre-révolution. Nulle part peut-être, il le faudrait dire, la grande réforme de 1789 ne fut applaudie avec plus de vivacité et d'enthousiasme par toutes les classes de la société, peuple, clergé, noblesse, unis, on le voit, dans un même élan sincère de liberté et de patriotisme.

Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d'Angers :
suivi de tables et de documents inédits / publié sous les auspices du Conseil municipal,
par M. Célestin Port ... J. Dumoulin (Paris) 1861