1ère partie

LA PAROISSE ET L'ETYMOLOGIE DU NOM

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La paroisse de Froidefont fut probablement fondée par des religieux bénédictins, entre le dixième et le quatorzième siècle. L'abbé de Saint-Léger (près de Niort, alors du diocèse de Saintes) y envoya des prieurs jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle son abbaye fut détruite par les protestants. Dès lors, la nomination des curés de Froidefont appartient aux évêques de Luçon.
Aujourd'hui cette paroisse, formée de la commune proprement dite et d'une fraction de l'ancienne paroisse de Sainte-Croix de Coudrie, est bornée au nord par la Garnache et Saint-Etienne-de-Mer-Morte (diocèse de Nantes), à l'est par Touvois (également du diocèse de Nantes) et Falleron, au midi par Saint-Christophe-du-Ligneron et à l'ouest par la paroisse de Challans.
Il y a peut-être quelque témérité de notre part à ne pas suivre l'ordinaire usage et à nous insurger contre l'orthographe officielle, en écrivant Froidefont au lieu de Froidfond ... Des auteurs, en effet, prétendent que l'étymologie de ce nom vient de la nature du sol, qui est froid et argileux, frigida tellus, frigidum fundum, terre froide, fonds froid ou Froidfond. Mais cette opinion nous paraît inadmissible, car dans les manuscrits latins des derniers siècles, par exemple dans le Grand-Gauthier composé dans les premières années du quatorzième siècle, dans le manuscrit de Luçon (1533), dans le Pouillé latin (d'après le livre rouge, dix-huitième siècle), on trouve invariablement : "Prioratus de Fonte frigido". Ce n'est donc pas dans le mot latin fundum, mais dans le mot fons, fontis, qu'il faut chercher l'éthymologie de Froidefont, et comme ce dernier signifie fontaine, nous nous sommes demandé, afin de donner plus de force à notre sentiment, si la localité dont il s'agit n'était point remarquable par la fraîcheur et l'abondance de ses sources. Or, voici ce que nous lisons dans un manuscrit, qui date de 60 ans : "Les fontaines les plus remarquables de la commune sont : le puits des Landes, près le bourg, la source de la Thécinière et celle de la Ferronnière. Les deux premières surtout sont connues par l'abondance et la fraîcheur de leurs eaux. Il n'y a pas eu de sécheresse assez forte pour les mettre à sec. Il y a aussi la fontaine de Coudrie, dite fontaine des Moines, à cause des Templiers qui y puisaient. Une source également remarquable est celle du réservoir de Babé, qui, de temps immémorial, a servi de lavoir public pour tout le bourg et tous les villages voisins, surtout pendant les sécheresses de l'été. Il a toujours été important pour le public d'avoir cette source ..."

Un arrêt du Parlement de Paris en date du 21 juillet 1518 et que nous avons sous les yeux porte : "Fredeffons" et la plupart des auteurs modernes, sans se préoccuper de l'origine du nom, l'écrivent absolument comme nous.
Il est à remarquer que les paysans, dans leur patois, prononcent Frédefont, ce qui semble aussi favoriser notre opinion.
Selon nous, il ne saurait y avoir de doute sur l'étymologie de ce nom et dès lors l'orthographe la plus rationnelle est celle que nous proposons.
Dans les actes très anciens, on trouve, paraît-il, la dénomination suivante : Froid-fons-sur-Grues, parce que l'un des ruisseaux qui traversent la paroisse portait sans doute autrefois le nom de Grues. Aujourd'hui les principaux ruisseaux qui arrosent le territoire sont : Le Falleron, qui sépare Froidefont de Touvois et Saint-Etienne-de-Mer-Morte, servant en même temps de limite entre le département de la Vendée et celui de la Loire-Inférieure.

Le ruisseau de la Pouillette, ceux de Babé et de la Brechetière, enfin celui de la Sorlière en Coudrie, nommé le Ratoli. M. l'abbé Milcent, mort curé de Froidefont, donne un autre motif de la susdite appellation. Dans des notes très intéressantes laissées à ses successeurs, il dit que ce surnom de Grues vient probablement de ce que les oiseaux de passage s'arrêtaient souvent dans les marais de la Chauvière et de la Gaudinière.

LES SEIGNEURS DE FROIDFONT ET LE VIEUX CHATEAU DE LA FERRONNIERE

Les terres de Froidefont dépendaient, avant le XIIIe siècle, des seigneurs de Raiz et de Machecoul ; ce n'est que vers 1230 qu'elles devinrent la propriété de la famille Chabot, déjà maîtresse de nombreux domaines dans le Bas-Poitou. A cette époque, en effet, Gérard Chabot, dont le père était seigneur de la Grève et de la Rocheservière et dont la mère était dame de la Mothe-Achard, épousa Alliette, fille et héritière de Raoul, sire de Raiz, de Machecoul, de Falleron, de Froidefont, etc.

De 1230 à 1375, les six propriétaires qui se succédèrent furent appelés du même nom, mais dans cette dernière année, Gérard VI, mort sans enfants, laissa son héritage à sa soeur Jeanne Chabot, qui faillit se voir dépouillée de ses biens par Jean IV, duc de Bretagne. La nouvelle dame de Froidefont se sentant vieillir choisit, pour héritier, Gui de Laval II, seigneur de Blaizou, par acte de l'an 1400, mais bientôt elle se brouilla avec lui, et le 14 mai 1402, elle prit pour légataire universelle, Catherine de Machecoul, fille et principale héritière de Louis de Machecoul. Un procès s'ensuivit et toutes les difficultés s'aplanirent par le mariage de Gui avec la petite-fille de Catherine. Le fameux maréchal Gilles de Raiz fut le premier fruit de cette alliance, en 1404 ou 1405 ; ses biens furent confisqués par Charles VII, puis restitués à son gendre, l'amiral de Coëtivy. La succession revint à René de Laval, frère de Gilles, puis à sa fille Jeanne, qui la porta à François de Chauvigny. A la seconde génération, la mort d'André de Chauvigny donna lieu à une multitude de procès, de 1502 à 1518, date à laquelle le Parlement de Paris rendit son arrêt relativement, à la possession des terres de Froidefont et de plusieurs autres.

Ensuite, jusqu'à la Révolution de 1793, c'est-à-dire pendant près de trois siècles, les seigneurs de Froidefont sont complètement inconnus, de même que les documents nous manquent sur l'origine du vieux château de la Ferronnière, dont les ruines bravent encore les injures du temps. Nous savons seulement que cet antique manoir appartint, dans ce siècle, à la famille de la Haie de la Ferronnière et qu'il fut habité jusqu'en 1828 par le chevalier de la Haie, lieutenant de vaisseau sous les Bourbons. A la mort de ce dernier maître, il devint la propriété de M. le marquis de Goulaine (1838) et de son fils, M. le comte Arthur de Goulaine.

Cette maison seigneuriale, qui fut ruinée pendant la guerre de la Vendée, s'élevait dans une assez belle position, mais il paraît que sa construction laissait beaucoup à désirer. La cour était très vaste et un magnifique étang, qui se trouvait dans le voisinage, ajoutait encore aux agréments de cette pittoresque demeure.

LA GUERRE DE LA VENDEE ET LES HABITANTS DE FROIDEFONT

M. l'abbé Milcent raconte ainsi le combat de la Chambaudière :
"Dans le mois de mars 1795, le général de Charette fait un rassemblement au village de la Chambaudière de Froidefont. Environ 800 hommes s'y rassemblent. Le général Travot en est averti par un espion ; il vient avec 1300 hommes de troupes, dont une partie de cavalerie, pour surprendre le général royaliste. Charette, trop faible en nombre, se retire, gagne les hauteurs de la Caltière, traverse le Falleron à la Suchoire et s'en va vers Touvois et Legé. Il n'y eut qu'un léger combat à la Chambaudière, parce que le rassemblement n'eut pas le temps de se compléter".

Ce récit diffère, sur certains points, avec celui de l'abbé Deniau, qui a copié Lebouvier. Ainsi ces deux derniers auteurs fixent au 18 juillet 1794 la date du combat, donnent 4.000 hommes au général républicain et 1500 volontaires seulement au général royaliste, tandis que l'historien de Froidefont parle du mois de mars 1795, de 1300 républicains et de 800 royalistes ... Cette dernière date est évidemment fausse, puisque Charette signa le traité de la Jaunaie le 18 février 1795 et ne reprit les armes que le 28 juin de la même année. La relation, que nous avons citée plus haut, se termine ainsi : "Les habitants de Froidfond se trouvaient en grand nombre au combat de la Chambaudière. Ces braves paysans eurent l'occasion de se distinguer sur un champ de bataille, voisin de leur paroisse ; nous voulons parler de Fréligné, où l'armée royaliste remporta un éclatant triomphe, le 15 septembre 1794. Les soldats de Charette mal armés attaquèrent 2.000 républicains aguerris, qui s'étaient retranchés sur une colline, dans un camp entouré de palissades et de fossés ; mais ils étaient excités par le souvenir de leurs récentes victoires. La fusillade fut terrible pendant plus d'une heure ; les Bleus, cachés derrière leurs retranchements, foudroyaient les Blancs. Charette s'élance en criant : "Feu et n'ayez pas peur !" M. de la Jaille, vieillard aux cheveux blancs, s'avance lui aussi en disant : "Mes amis, nous perdons notre temps, suivez-moi !" Les paysans suivent leurs chefs, franchissent les palissades, tombent sur leurs ennemis et en font un horrible massacre. Le butin fut immense.

Dans le pays, on n'a pas encore oublié un fait d'armes singulier, qui se produisit au début de l'attaque, un brave homme de l'endroit qui nous servait de guide, il y a quelques semaines, dans une excursion sur ce champ de bataille célèbre, nous parla en ces termes :

"Retailleau de Machecoul était bon cavalier, mais Charette ne l'aimait pas beaucoup à cause de son indiscipline. Il n'avait pas peur ; la preuve, c'est qu'il vint provoquer en duel un brave républicain, qui était maréchal des logis. Retailleau n'avait pour toute arme qu'un vieux sabre ; le Bleu, lui, était armé de toutes pièces ; il s'avance sur le Brigand. Celui-ci pare le coup et dérouille son vieux sabre dans le coeur de son adversaire. Charette reçut en hommage le grand sabre du républicain".

La paroisse de Froidefont eut beaucoup à souffrir pendant les guerres de Vendée.

Dans  l'année 1799, le 22 juillet, jour de la fête patronale, l'église fut brûlée par les Bleus, qui incendièrent aussi les villages du Fief-Sorin et de l'Enchésière. La famille Seigneuret habitait alors ce dernier hameau ; elle fut massacrée sans pitié. On ne voyait partout que pillage, incendie, meurtres, et les malheureux habitants, pour éviter la mort, durent, pendant plusieurs années, se réfugier au milieu des bois de Coudrie et des Gordonnières.

FROIDEFONT EN 1815 ET EN 1830

Pendant les Cent jours, les jeunes gens de Froidefont se réunirent à plusieurs reprises et choisirent, pour capitaine, Vincent Boucard, propriétaire à la Bourrière. Ils assistèrent, avec leur chef, au combat d'Aizenay, où l'armée du jeune de Charette fut aux prises avec les soldats du général Travot, de même qu'ils furent au débarquement des munitions de guerre, dans les rochers de Sion, sur la côte de Saint-Gilles-sur-Vie. Dans ces deux circonstances, les généraux royalistes n'eurent que des louanges à leur donner.

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Les habitants de Froidefont étaient tous très attachés à la branche aînée des Bourbons. Leurs pères avaient presque tous fait le coup de feu à la suite de Charette, et beaucoup d'entre eux avaient péri dans les combats pour la défense de l'autel et du trône légitime. Les fils de ces braves n'avaient pas dégénéré et autant ils avaient éprouvé de joie à la prise d'Alger, autant ils ressentirent de tristesse à la chute de Charles X. Ils ne voulurent pas tout d'abord reconnaître le gouvernement de Louis-Philippe. Les souvenirs de la grande guerre vendéenne se réveillèrent au fond de leurs coeurs et les gars de Froidefont furent les premiers, dans le pays, à dérouiller leurs fusils de 1815.

En 1831, les conscrits refusèrent de partir et se cachèrent dans les bois, n'en sortant que pour aller à la recherche des vivres indispensables et fusiller, à l'occasion, les Culottes-Rouges de Louis-Philippe. Cet état de choses dura pendant plusieurs années. Nous devons à la vérité de dire que les réfractaires ne se conduisirent pas toujours modérément. Ils poursuivaient, sans trêve ni repos, ceux qui passaient pour leurs dénonciateurs. Ainsi, pour ce motif, le 10 mai 1831, ils tuèrent, à coups de fusil, dans un champ de Coudrie, le nommé Henri Guyard, farinier de Falleron ; la nuit suivante, ils pillèrent la maison de Jean Seigneuret, du Roteau, et celle du sieur Chanteloup, fermier à Coudrie ; ils frappèrent indignement dans le bourg un nommé Jarny, qui les vit maltraiter sa femme, à qui on arracha violemment ses boucles d'oreilles.

A cette époque, les chefs de la chouannerie, étaient les frères Robert de Chataigner, de Saint-Jean-de-Monts, les frères Lancier, de Nantes, M. Guyet, également de Nantes, et enfin M. de Fuysieux, aide de camp du général Charette.

La paroisse de Froidefont fut particulièrement tourmentée, mais ce qui mit le comble à l'agitation, ce fut l'arrestation de plusieurs habitants dans les circonstances suivantes : comme il n'existait alors aucune grand'rouge dans cette localité et que les chemins étaient presque impraticables, les réfractaires de cette région venaient de préférence chercher un asile dans ce quartier. Le 24 novembre 1831, le préfet de la Vendée, M. Alexis de Jussieu, à la tête d'une compagnie de soldats, vint à Froidefont pour y rechercher les Chouans ; il établit sa résidence au village de la Chauvière, et sur les dénonciations d'un nommé Callionneau, de Saint-Christophe-du-Ligneron, il fit saisir Pierre Seigneuret, Louis et Jacques Guyard, de la Thécinière, Jean Goulpeau, de la Chauvière, Pierre Doucet, domestique, et Pierre Mérieau, cultivateur au Roteau, tous désignés, par l'espion, comme recéleurs de réfractaires. Ces pauvres gens furent arrêtés au milieu de leur travail et on ne leur permit même pas de retourner chez eux. Attachés les uns aux autres, maltraités indignement, ils furent conduits à Saint-Christophe, puis renfermés dans un cachot d'Apremont, où ils restèrent sans manger pendant un jour et une nuit ! Après avoir passé par Aizenay et Bourbon-Vendée, ils furent enfin écroués à la prison des Sables. Leur cause fut examinée et, faute de preuves suffisantes, on fut obligé de les rendre à la liberté le 15 décembre 1831. Antoine Goulpeau, Pierre Violeau et sa femme, de la Chambaudière furent 24 heures en prison, puis renvoyés dans leur village.

On raconte qu'en 1832, la duchesse de Berry vint passer une nuit à Froidefont ; elle était déguisée en homme. Elle avait, pour compagnons de route, Charette et La Robrie, et, pour guide, Jacques-Providence Turpin, très connu dans le pays pour ses opinions royalistes.

... à suivre ...