Adresse du Préfet par intérim, aux habitants du Département de la Charente sur le rétablissement des Bourbons

Vous avez déjà entendu, mes chers compatriotes, la voix de ce bon Roi, qui vous apporta l'année dernière la paix et le bonheur. Ses vertus ont seules désarmé le juste courroux de toutes les nations de l'Europe, et des Souverains magnanimes qui se sont coalisés pour renverser le tyran qui voulait asservir toute la terre sous le joug de fer qu'il vous avait imposé. Qu'avez-vous eu sous Son règne qui fut sacré pour lui ? Votre Représentation n'était qu'un simulacre. On vous a accablés d'impôts ; et après avoir enlevé tous nos jeunes cultivateurs, on dépouillait les vieillards par des réquisitions arbitraires.

Réfléchissez un instant sur tout ce qui s'est passé sous le règne sage de notre Monarque chéri. Il vous a donné une Charte qui assure à tous les Français ce qui constitue la vraie liberté : une Représentation vraiment nationale qui en est la plus sûre garantie. Nous avons recueilli, pendant dix mois, tout les avantages de la Paix, personne ne les a mieux sentis que les habitants de ce département.

Aussitôt que les factieux, qui voulaient encore une fois troubler notre Patrie, ont appelé sur notre territoire le plus cruel ennemi de notre liberté, une guerre civile, une guerre étrangère ont répandu un deuil universel. Nous avons vu se renouveler les réquisitions d'hommes et d'argent, et nous avons perdu notre bonheur et notre tranquillité.

La Providence a voulu convaincre nos soldats égarés, que la cause pour laquelle ils combattaient était trop injuste pour triompher. Une seule bataille a suffi pour renverser la puissance du tyran. Il a fait périr ses meilleurs soldats, lui seul n'a pas su mourir.

Braves militaires, reconnaissez vos erreurs ; rangez-vous spontanément sous la bannière des Lys. Vous connaissez la bonté du Roi ; vous savez que son âme n'est point accessible aux ressentiments ; vous recevrez de Sa justice les récompenses dues à votre courage, comme si vous l'aviez fidèlement servi.

Habitants des campagnes cessez d'écouter désormais les insinuations perfides des ennemis de votre repos. Notre Roi ne veut que votre bonheur. Il nous a déclaré que toutes les propriétés, quelle qu'en soit l'origine seront constamment respectées ; qu'aucunes nouvelles charges ne pourraient vous être imposées que du consentement de vos Représentants, qu'il n'a jamais eu le dessin de rétablir les rentes et les dîmes, puisqu'il vous assure que ce qu'on vous a dit à ce sujet est une fable inventée par notre ennemi commun. Soyez confiants en la parole de celui qui ne vous a jamais trompés ; et cessez d'ajouter foi à ce que vous disent ces hommes qui, depuis 25 ans, ne cessent pas de vous tromper. Imitez les citoyens de votre Capitale, réunissez-vous à eux pour ne plus connaître que ce seul cri de ralliement : Vive le Roi ! Vive la famille des Bourbons !"

Fait à Angoulême à l'Hôtel de la Préfecture, le 14 juillet 1815.

Le Préfet par intérim,
Signé : ROY

Arrêté du Préfet de la Charente sur le rétablissement du Drapeau blanc

Le Préfet de la Charente,

Considérant qu'au milieu des circonstances les plus difficiles, la Ville d'Angoulême a été une des premières à arborer le signe chéri des coeurs français ;
Que toutes les communes du Département dont elle est le chef-lieu, ne peuvent trop tôt suivre ce noble exemple, que la presque totalité s'est empressée déjà d'imiter,
Qu'il importe de répondre entièrement aux voeux de tous les bons citoyens qui s'étonnent de ne pas voir partout le drapeau de Henry IV et de Louis XVIII ;
Art. 1 - Le Pavillon blanc sera arboré dans toutes les communes du département de la Charente.
Art. 2 - Les Sous-Préfets, les Maires et les Commandants de Gendarmerie sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
Fait à Angoulême, à l'Hôtel de la Préfecture, le 24 juillet 1815.
Le Préfet,
Signé : CREUZÉ DE LESSER

(Ce document et le précédent, insérés dans le présent Bulletin, sont extraits des archives de la commune de l'Isle-d'Espagnac)
Communiqué par G. LEBON, instituteur à Angoulême
Bulletin de la Société Charentaise des études locales.