EXTRAITS (4ème partie)

Veut-on savoir comment on exécute les amnisties dans ce malheureux pays ? Le général Joannis, en prenant le commandement du département des Deux-Sèvres, avait fait entendre, dans une proclamation adressée aux habitants, quelques paroles de paix, il promettait le pardon aux jeunes gens qui s'étaient soustraits à la loi du recrutement, s'ils faisaient leur soumission. Le nommé Bodin, soldat d'artillerie dans l'ex-garde, auquel il ne restait plus que deux mois de service à faire, ayant été rappelé sous les drapeaux pour finir son temps de service, s'était réuni à quelques réfractaires. Sur la promesse formelle que lui avait faite le général Joannis qu'il aurait la faculté de se faire remplacer, Bodin fit sa soumission ; il s'est rendu à Bressuire, le 31 mai dernier, avec son père, pour se procurer un remplaçant. Le procureur du roi n'a pas été plus tôt informé de son arrivée, qu'au mépris de l'amnistie, au mépris de la parole du général, il l'a fait arrêter et écrouer à la prison de la ville.

On assure que le général a eu une explication très-vive, à ce sujet, avec le procureur du roi, et qu'il en a écrit au ministre de la guerre. Son honneur est intéressé à ce que le malheureux Bodin, qui est toujours en prison, ne soit pas victime de sa confiance. Cette arrestation a produit le plus mauvais effet : plusieurs réfractaires, qui étaient prêts à faire leur soumission, y ont renoncé, craignant d'éprouver le même sort que Bodin. Il semble que certaines autorités veuillent à toute force pousser ces malheureux au désespoir. "De tous côtés", dit un journal libéral (Le Globe) qui ne semble pas partager entièrement la haine aveugle et la fureur des autres organes de la révolution contre la Vendée, "de tous côtés, des voix imprudentes se sont élevées pour réclamer des mesures de rigueur contre les "brigands" ; la presse elle-même a poussé des cris de vengeance qui auraient pu devenir le signal d'un déchirement général ; et le "Journal de Maine-et-Loire", en particulier, a exprimé des voeux et des menaces "que rien ne saurait justifier". Nous pensons que le commissaire extraordinaire devra porter autant d'attention "à régulariser l'action de ses auxiliaires", qu'à comprimer les tentatives insurrectionnelles."

Ces "voeux atroces que rien ne saurait justifier", aux yeux même des partisans de la révolution que la passion n'aveugle pas complètement, ne sont que trop écoutés par certaines autorités. Il s'est trouvé un préfet, celui de la Loire-Inférieure, qui, non content d'exhumer les dispositions les plus barbares de quelques décrets révolutionnaires contre ceux qui donnent asile à un déserteur, décrets qui avaient cessé d'être en vigueur même sous l'Empire, que la Charte de 1814 avait abrogés, et que la Charte de 1830, n'a sans doute pas prétendu faire revivre ; qui, non content, dis-je, d'en prescrire l'application, par un arrêté en date du 26 mai, n'a pas rougi d'y ajouter la promesse d'une gratification de 25 francs, à quiconque procurera l'attestation d'un conscrit réfractaire ou d'un déserteur. Ce préfet se nomme de Saint-Aignan ... Il est des noms que l'histoire doit enregistrer pour les punir à jamais, comme elle en conserve d'autres pour les illustrer.

O France ! ô ma noble patrie ! ce n'était pas assez pour toi de subir le joug de l'intrigue, de la médiocrité et de la bassesse ; il fallait encore que ces hommes du pouvoir vinssent insulter audacieusement au caractère national ! Tu sais ce qu'ils estiment la vie d'un de tes fils ? Ils t'en ont dit le prix ! Jugeant les autres par leur propre lâcheté, ils ne croient plus à cet antique honneur, qui, de tout temps, imprime chez nous à la délation une tache d'opprobre et d'infamie.

Ombres des vieux Francs nos aïeux, qui prisiez l'honneur avant tout ! vous avez frémi d'indignation en voyant cette immorale tentative pour nous avilir.

Que dira l'Europe, quand elle apprendra que les hommes qui gouvernent la France, supposent tant de bassesse à ses enfans, qu'ils les croient capables de vendre leurs frères, et pour une si noble récompense !

Naguère en Corse, un jeune homme paysan, séduit par l'appât de l'or, fit arrêter un déserteur.

Le fait était inouï dans le pays : il y fut regardé comme un grand crime.

Le déserteur était étranger. La délation n'en parut pas moins odieuse.

Les parents du délateur s'assemblèrent, consternés, se jugeant frappés de déshonneur.

Ils décidèrent que le malheureux qui avait imprimé cette tache à la famille serait fusillé par les siens, à l'heure même où le déserteur dont il avait vendu l'asile, serait exécuté : le père prononça l'arrêt de son fils ! ...

Un prêtre fut appelé pour assister le délateur, et lui accorder, au nom de Dieu, un pardon que sa famille lui refusait sur la terre.

Le prix du sang, qu'ils repoussaient avec horreur, fut remis au prêtre, afin qu'il le distribuât aux pauvres, et priât pour les deux victimes.

Il nous était réservé de voir un préfet des barricades offrir une prime de 25 francs par tête de conscrit.

Oui, par tête ! ... Quand au lieutenant-général, par un ordre digne des Santerre et des Westerman, enjoint aux gendarmes, gardes nationaux ou soldats, "de ne pas s'amuser à faire les sommations légales aux réfractaires, mais de tirer dessus, et de ne faire aucun quartier", chaque rencontre entre les agens de la force publique et un réfractaire devient pour celui-ci un arrêt de mort. Celui qui l'aura dénoncé sera donc un assassin.

Est-ce de bonne foi, qu'on se flatte, par de si odieuses mesures, de ramener dans ces malheureuses contrées le calme dont elles ont besoin ?

Est-ce en couvrant le pays d'espions, en organisant à grands frais un système de délations à primes, qu'on rétablira la concorde entre les diverses opinions ?

Non sans doute, mais on obéit aux exigences d'un parti, on veut plaire à ces hommes qui ne pardonneront jamais à la Vendée tout ce qu'elle a souffert, pour la cause de la religion et de l'ordre social. Ils savent que si leurs théories anarchiques venaient à l'emporter, là encore ils trouveraient un peuple généreux, qui n'en subirait pas l'insupportable joug. Aussi ne cessent-ils d'appeler sur ce pays toutes les défiances et toutes les rigueurs du pouvoir ; il voudraient encore le couvrir de sang et de ruines, et ne cachent pas leurs voeux atroces. "Il faut, disait il y a peu de jours une feuille libérale d'Angers (Le Journal de Maine-et-Loire), en parlant de quelques malheureux réfractaires, il faut, pour en finir avec de pareils hommes, des mesures énergiques, qui frappent de stupeur !!! il faut mettre le pays en état de siège ; que ni jour ni nuit aucun asile ne reste à ces brigands : si les châteaux les recèlent, QUE LES CHATEAUX DISPARAISSENT !" Et si ce sont les chaumières qui leur donnent asile, faudra-t-il donc aussi qu'elles disparaissent ? ... On voit où voudraient nous mener ces écrivains incendiaires.

Oh ! qu'ils connaissent mal la France, tous ces barbouilleurs de papier, transformés subitement en administrateurs !

Ils ignorent tout ce qu'il y a encore de générosité et de bienfaisance dans nos campagnes !

Ils ne savent donc point qu'il n'y a pas un village en France où de tout temps un déserteur n'ait trouvé un asile ! pas une chaumière où on ne lui offrît un morceau de pain.

S'il est coupable aux yeux de la loi, il n'a d'autre crime aux yeux de ses concitoyens, que trop d'attachement pour le foyer qui l'a vu naître, trop d'amour pour un vieux père, pour de jeunes frères dont il était l'appui.

S'il y a des réfractaires, les lois accordent assez de moyens pour les faire rejoindre, sans en employer d'extraordinaires, et qui révoltent par leur rigueur ; s'ils commettent des délits, recourez à la force et aux tribunaux pour les saisir et les punir ; mais que, sous prétexte de leur présence, ou de la difficulté plus ou moins grande de s'emparer de leurs personnes, on ne vienne pas réaliser des mesures que la nécessité la plus urgente, et dans les cas spécialement prévus par la loi, pourrait seule faire tolérer.

Or, que dit cette loi ? elle dit que "l'état de guerre précède l'état de siège : que l'état de siège ne peut exister pour les communes de l'intérieur que dès l'instant où, par l'effet de leur investissement par des troupes ennemies ou des rebelles, les communications du dedans au dehors, ou du dehors au dedans ont été interceptées à la distance de 3.502 mètres. (Lois du 8 juillet 1791 et du 10 fructidor an 5.)

Cette définition ne peut s'appliquer, je ne dirai pas à un département, mais même à une seule commune des douze départemens que par le fait on place hors la loi, bien qu'on n'ose pas l'avouer, faute de pouvoir se justifier. M. Casimir Périer l'a reconnu dans son rapport au roi Louis-Philippe. Non-seulement ces provinces ne peuvent être mises en état de siège, mais on ne peut même pas les déclarer en état de guerre. C'est le ministre qui le dit, puisque chacun peut y vaquer paisiblement à ses affaires, parcourir le pays librement, sauf toutefois les tracasseries et les avanies que font essuyer aux voyageurs les agens de l'autorité ; mais celles-là sans doute, on ne les mettra pas sur le compte des réfractaires.

Sur quoi donc motiver ce désarmement, illégalement ordonné, exécuté de la manière la plus tortionnaire, la plus propre à irriter la population ? Les preuves de ce que nous avançons abondent ; nous citerons un fait qui peut faire juger des autres.

Le 24 mai, des soldats conduits par le garde champêtre de Trémentines, et que n'accompagnait aucune des autorités auxquelles seules la loi a confié le soin des visites domiciliaires, se présentent à l'habitation de la veuve Gourdon, qui demeure à quelque distance du village. Elle pouvait leur refuser l'entrée de sa maison, résister à la violence ; elle en avait le droit ; et s'il en était résulté quelque catastrophe, c'est aux agresseurs seuls qu'il eût fallu l'imputer, elle ne l'a pas fait. Les soldats lui demandent les armes de ses trois fils, et sur son refus positif de les leur livrer, ils procèdent illégalement, et sans aucune formalité, à la fouille la plus rigoureuse, culbutant tout dans la maison, dans les écuries ; et enfin, après bien des recherches, on trouve dans la grange un fusil de chasse. Les habitants de la ferme, malgré les menaces et les injures des soldats, persistaient dans leur silence ; alors ceux-ci saisirent le fils aîné de la veuve, le maltraitent, l'emmènent à Trémentines, et le renferment au corps-de-garde. Témoin de cette scène cruelle, la pauvre veuve, que les menaces n'avaient pu ébranler, vaincue par l'amour maternel, prend un second fusil de chasse, et le porte elle-même à Trémentines pour obtenir la liberté de son fils, qui fut enfin relâché.

Le troisième frère, Pierre Gourdon, avait été dénoncé comme ayant aussi un fusil de chasse à un coup ; on revient chez sa mère, et on le somme de livrer ce fusil ; il s'y refuse en disant qu'aucune loi ne l'obligeait à livrer un fusil de chasse qu'il avait bien payé. On le menace ainsi que sa malheureuse mère, plus que sexagénaire, à qui les soldats et les gendarmes disent avec une joie atroce, "qu'ils vont faire avaler une cartouche à son fils, s'il ne rend pas son fusil !" Ce malheureux jeune homme est arrêté, conduit au corps-de-garde de Trémentines, là le sieur Poiré, brigadier de gendarmerie, le fait lier et garrotter. Comme il refuse de marcher, on lui donne des coups de crosse et de baïonnette, on lui fait faire ainsi deux lieues pour le traîner à Chollet, comme un malfaiteur, au milieu des gendarmes et des soldats, qui ne cessent de l'accabler d'injures, et le conduisent devant le colonel Chousserie. Le devoir de cet officier était non seulement de le faire mettre en liberté à l'instant même, mais encore de sévir contre ceux qui avaient abusé de la force et un usage criminel des armes qui ne leur ont pas été confiées pour qu'ils les tirent contre des citoyens paisibles : loin de-là : "Puisque vous êtes si entêté, dit-il à Gourdon, on vous mettre au cachot !" Le courageux jeune homme ne se laisse pas abattre ; mais sa malheureuse mère, désolée de tant de cruautés, voyant qu'elle n'avait aucune justice à attendre, alla déposer son fusil, et à ce prix Gourdon fut remis en liberté.

Au hameau de la Chabassière, quatre-vingts hommes du 32e de ligne, venus des Herbiers, après avoir bouleversé la maison du nommé Barruau, vidé jusqu'aux paillasses des lits pour trouver, disaient-ils, un réfractaire, ont enlevé un fusil d'honneur donné à Barruau par Louis XVIII, en récompense de son courage. "Je leur pardonne le dégât qu'ils ont fait chez moi, disait ce brave homme ; mais mon arme d'honneur ! ... Ah ! si j'avais vingt ans de moins, ils auraient vu que je savait la défendre comme j'ai su la gagner". - Le voilà, disait un brave du Fief-Sauvin en livrant son fusil : mais je me retire ; ma religion ne serait peut-être pas toujours assez forte pour m'empêcher de vous casser la tête."

L'autorité n'a le droit de désarmer personne : on ne saurait trop le répéter. Elle peut saisir des armes prohibées, là où elle les trouve ; elle peut encore s'emparer de celles qui servent à la manifestation d'un délit. Mais chacun a le droit de s'armer pour sa défense ; chacun peut avoir chez lui épée, fusils, pistolets, et jusqu'à cinq kilogrammes de poudre (Loi du 13 fructidor an 5, art. 24).

Toutes les subtilités officielles et administratives ne sauraient parvenir à exclure les armes de chasse de l'ordre des propriétés privées, déclarées inviolables par l'article 8 de la Charte de 1830.

On assure que, sur les réclamations des malheureux qui se plaignaient de la violation des lois, le maire de Trémentines aurait dit : "La loi ! ... la loi ! ... c'est nous qui la faisons". Ce propos est si grave, que nous aimons à le révoquer en doute.

Les tribunaux vont être appelés à juger si, décidément, la Vendée et la Bretagne sont tombées sous le régime du bon plaisir.

Une action va être intentée devant eux pour faire prononcer la restitution des armes violemment et illégalement saisies.

Nous verrons si la justice manquera aux victimes de l'arbitraire et si la nouvelle Charte est une vérité.

Disons-le : la conduite des autorités diverses employées dans le départemens de l'Ouest, depuis dix mois, n'a cessé d'être hostile, vexatoire envers les habitans ; les mesures prises par le ministère du "juste-milieu", qui s'annonçait comme devant "faire de l'ordre", ne sont propres qu'à provoquer le désordre.

Qu'on ne croie pas justifier cette conduite, aussi odieuse qu'impolitique, par la crainte de la guerre civile. Quelques déserteurs atteints, comme dans tous les temps, du mal du pays ; quelques hommes compromis par de vagues propos que la police a envenimés, menacés d'être traduits devant un jury composé de leurs ennemis, désarmés, se cachant, bien loin d'attaquer : voilà à quoi se réduit tout cet appareil de guerre civile dont on a fait tant de bruit. Sur aucun point, il n'a éclaté de mouvement insurrectionnel.

Un journal libéral de l'Ouest, qui d'abord proscrivait en masse tous les royalistes, disait, il y a quelques jours : "Tout se réduit à une vingtaine de brouillons, qui ne sont pas tous nobles, la plupart sont peuple, peuple de la tête aux pieds !"

De cet aveu ressort une grande vérité, sur laquelle les calomnies sans cesse renaissantes forcent à revenir. Ce ne sont ni les nobles ni les prêtres qui soulèvent les masses ; s'ils mettaient à exciter la guerre civile la moitié des soins qu'ils mettent à la prévenir, depuis long-temps la Vendée et la Bretagne seraient en feu.

Comme en 1793, c'est le peuple qui s'indigne, et pour les mêmes causes. Le premier chef vendéen fut un simple voiturier, le vaillant Cathelineau. Stofflet, qui devint ensuite général, était garde-chasse ; mais Charette et Bonchamp furent arrachés à leurs demeures par les paysans-soldats dont ils avaient gagné la confiance.

La Vendée resta calme au mois d'août 1830 ; elle ne prit pas les armes, alors que trois générations de rois, s'avançant vers l'exil, foulaient encore le sol de la France. Ses blessures n'étaient pas toutes fermées ; elle désirait la paix.

La restauration oublia la Vendée, cette Vendée qui pendant dix ans prodigua son sang pour rétablir la religion et la légitimité. Les Bourbons semblaient appelés à soulager toutes ses infortunes, à relever toutes ses ruines, à réparer tous les maux qu'elle avait soufferts. Entourés de ministres ou traître sou ignorans, ils oublièrent une dette sacrée, ils jetèrent à grand'peine quelques pensions de 60 et de 80 fr. par an, à un petit nombre de veuves et de vieux soldats mutilés, rares débris échappés à cent batailles. C'était, selon la remarque du plus éloquent écrivain de notre siècle, un peu moins d'une livre de pain chaque jour, pour ces hommes dont Napoléon admirait les prodigieux exploits.

Quinze années d'une paix profonde n'avaient pas suffi à la Vendée pour réparer tous ses désastres, toutes ses plaies n'étaient pas cicatrisées ; elle soupirait après le repos, et se soumit au pouvoir nouveau qui promettait de respecter ses croyances, et de protéger les droits de tous. Quand à son viel amour, depuis long-temps il était acquis à d'autres ; Napoléon, qui fit beaucoup pour la Vendée, n'y prétendit jamais ; il se contenta de son obéissance.

Mais tout a été douleur et amertume pour les provinces vendéennes : des levées d'hommes exécutées avec rigueur qu'elles n'avaient même pas connue sous l'empire, sont venues, en peu de mois, enlever presque tous les jeunes gens à l'affection et aux besoins de leurs familles. Y avait-il dans un village un homme connu par la violence de son caractère, par sa haine contre tout ce que ses concitoyens respectent, c'était celui qu'on leur donnait pour maire.

Des visites domiciliaires ont été exercées avec un raffinement de barbarie, qu'auraient envié les seides de 1793, pour découvrir une conspiration rêvée par le machiavélisme et par la peur, et dont des arrêts solennels viennent de démontrer la fausseté.

On a voulu enlever aux Vendéens les armes conquises au prix de leur sang, ces armes que Napoléon leur avait laissées. C'est qu'il appréciait la valeur et comprenait l'héroïsme de ce peuple de Géants. Il connaissait le coeur d'un soldat, il savait que c'est lui faire le plus sanglant outrage que de lui enlever ses armes ; il peut céder au nombre, et les laisser arracher de ses mains, mais il jure de retrouver un jour les vainqueurs d'un moment, et de laver cet affront. Ces armes d'honneur, accordées par deux rois, ne devaient-elles donc pas être respectées, comme toutes les décorations données par ces princes ?

Naguère un ministre tout-puissant sous Louis XVIII, voulut aussi désarmer les Vendéens. Il osa calomnier leur loyauté, suspecter leur fidélité. Le nom de cet homme leur est resté odieux à l'égal de celui des Carrier et des Westerman.

Les provinces de l'Ouest ont vu depuis dix mois outrager ce qu'elles honorent, profaner ce qu'elles vénèrent. "Les monumens sont sacrés comme l'histoire, a dit récemment un ministre ; ils ne doivent périr que sous la faux du temps". Et pourtant à Savenay, l'humble pierre qui marquait le sépulcre de tant de braves, avec cette simple inscription : "A la Bretagne et à la Vendée fidèles", a été outrageusement brisée par des magistrats. A Legé, la statue de Charette a été mutilée, la tête séparée du tronc, et roulée dans la boue. Le monument élevé à Cathelineau, nom si cher à la Vendée, a été détruit par des soldats. Enfin, plusieurs de ces croix, au pied desquelles ces pieux laboureurs viennent demander au Ciel la régénération et la pénitence, ont été renversées.

Nous avons dit ce qu'est pour ce pays l'occupation militaire, ses avanies, ses violences ; les déceptions cachées sous le nom d'amnistie, les déserteurs traqués comme des bêtes fauves, leur vie mise à prix, et estimée si peu ! ...

Les provinces de l'Ouest ont tout supporté avec une admirable patience ; mais cette indignation pourrait avoir un terme. Lorsqu'elles demandent la justice et réclament l'exécution des lois qui doivent protéger tous les citoyens, lorsque la conciliation serait si nécessaire, on leur envoie comme commissaire extraordinaire, un général que son caractère a toujours fait regarder comme un homme violent d'exécution, que ses antipathies bien connues rendent impropre au rôle de pacificateur, et nous doutons qu'il l'ait jamais ambitionné. ...

La Vendée a des droits qui lui sont communs avec toute la France, et dont on la privé violemment sans motifs plausibles. Oublie-t-on donc qu'une révolution a été faite il y a dix mois à Paris, imposée à toute la France, parce des vexations avaient été commises contre des imprimeurs et des journalistes et puisqu'on cherche à rendre la Vendée odieuse en parlant sans cesse de guerre civile, posons nettement la question : "Dans le duel, a dit un écrivain dont nous citerons les paroles, dans la guerre étrangère, dans la guerre civile, le tort est naturellement du côté de l'agresseur. Ainsi, dans nos moeurs, le duel est parmis au particulier qui reçoit un outrage ; et dans les moeurs universelles, la guerre est permise au peuple dont on envahit le territoire, ou à qui on vient imposer des lois étrangères ; la guerre civile, de toutes les guerres la plus terrible, est permise à la portion du peuple qu'une autre portion tente d'opprimer ; elle est alors la conséquence d'un principe de liberté. Le pays qui repousse une invasion est dans son droit de défense naturelle, puisqu'en se laissant envahir il perdrait son indépendance. La ville ou la province qui résiste à l'oppression, qui refuse de s'accommoder au caprice d'une autre ville ou province, est dans son droit de défense naturelle, puisqu'en se soumettant, de libre elle deviendrait vassale."

...

Juin 1831

(Pas de nom d'auteur)