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Louis-Julien Monnier naquit à Clisson en 1771. A l'âge de 11 ans, il s'embarqua à Nantes pour Mozambique, sur le navire La Rose, dont le capitaine faisait la traite des nègres. Monnier le suivit au Cap de Bonne-Espérance et au Cap Français où les nègres, achetés au Mozambique, furent vendus trente mille francs. Après dix-sept jours de traversée, La Rose revint à Paimboeuf dans le plus pitoyable état.

En 1785, Monnier partit pour Port-au-Prince, dans l'île de Saint-Domingue, grâce au châtelain de la Courbejolière, qui le recommanda au capitaine Raffin. Pendant le voyage, qui dura neuf mois, Monnier fut continuellement malade.

En 1787, il s'embarquait encore pour Commingo, ville de la Côte d'Or africaine, et l'année suivante il retournait à Saint-Domingue où il rencontra Charette qui était alors lieutenant de vaisseau. "Je conversai avec lui, raconte Monnier, et il me demanda d'où j'étais. Je suis de Clisson, répondis-je. - Puisque vous êtes de Clisson, vous devez sûrement connaître la famille de la Courbejolière. - Oui, Monsieur, et c'est même elle qui me protège et qui m'a rendu jusqu'ici toutes sortes de services. Charette fut charmé de savoir des nouvelles de cette famille. Je suis, me dit-il, le cousin de la jeune dame qui a épousé M. de la Courbejolière. Il m'invita à boire de la bière et promit de venir me voir. J'en prévins mon capitaine qui me dit de l'inviter à dîner et de lui présenter ses excuses, s'il ne pouvait venir lui-même, mais qu'il m'enverrait des provisions. Charette tint sa promesse au bout de quelques jours. Comme j'étais très bien avec tous les autres officiers de notre bord, je propose au second capitaine d'aller, sur un récif peu éloigné de la frégate, jeter la seine pour prendre du poisson. J'emmenai avec moi six matelots et le lieutenant qui était un pêcheur fini. Nous donnâmes un coup de seine qui remplit presque notre canot. Ce fut ce jour-là que M. de Charette vint à notre bord où nous lui rendîmes les honneurs comme officier de frégate. Il fut charmé de voir autant de poissons. On lui donna un beau dîner, dont il fut étonné, car il n'était point servi de cette manière sur sa frégate. On lui donna du poisson à emporter à son bord."

Monnier revit la France en l'année 1789 et revint à Clisson au moment où l'agitation commençait à s'emparer des populations de l'Ouest. Il s'enrôla tout d'abord dans la garde nationale de sa ville natale, et n'y resta que fort peu de temps. Il en sortit pour entrer comme commis chez M. le receveur Dubois qui le chargea de percevoir les contributions à Gorges et à Vieillevigne. Ses relations avec MM. de Rorthais et de Surgère, lui firent perdre cette place ; alors il se fit maître d'école, en cette qualité, des leçons d'écriture dans les familles nobles de la contrée, ce qui le rendit plus suspect encore aux républicains. N'écoutant alors que son irritation, car il n'avait pas d'autre moyen de gagner sa vie, il se mit à la tête des mécontents, forma un camp à Lalouée, combattit un instant avec Charette et se joignit définitivement à la grande armée ; il la suivit au-delà de La Loire, jusqu'à Ancenis, et réussit à passer ce fleuve en même temps que La Rochejaquelein et Stofflet. Il ne tarda pas à rencontrer son ami Pierre Cathelineau auquel il fut heureux de se joindre, puis tous les deux allèrent plus tard se mettre sous les ordres de leurs anciens généraux. Stofflet choisit Monnier comme chef de la division de Montfaucon. Monnier combattit jusqu'à la fin et ne déposa les armes qu'à la paix qui fut faite à la conférence de la Tessouale, le 24 juin 1815.

 

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La guerre terminée, le général Monnier alla se fixer à Montfaucon, puis devint percepteur de Tilliers où il ne resta que peu de temps. Il vint ensuite demeurer au Pont-de-Moine, dans la paroisse de Montigné, mais tout près de Montfaucon, et il y mourut, dans un état voisin de la misère, à l'âge de 80 ans, le 24 novembre 1851, à une heure du matin.

Ce fut pendant cette période de sa vie qu'il écrivit ses "Mémoires sur la guerre de Vendée".

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Police secrète du premier empire
Bulletin du 25 fructidor an XII
Mercredi 12 septembre 1804

Maine-et-Loire - Amnistié fidèle.
Monnier, de Montfaucon, chef de chouans, a rendu des services importants depuis son amnistie. Le général Gouvrion, qui en rend compte au Ministre, par une lettre particulière en date du 23, rappelle que dans les derniers troubles de la Vendée, après l'affaire de Montfaucon, il conduisit six chasseurs déguisés et un lieutenant au rassemblement de Boussay, et procura la défaite de trente-six brigands, dont plusieurs tués et dix pris avec leurs armes. Il a montré  le même zèle dans d'autres circonstances, et, quoique sans fortune, a refusé toutes les récompenses pécuniaires qui lui ont été offertes. Il paraît, par le même rapport, que, pour se venger, le parti des chouans a fait parvenir au préfet de Maine-et-Loire une dénonciation calomnieuse contre Monnier ; qu'il a de plus été signalé à la marine comme déserteur, et que le colonel Noireau a reçu ordre de l'arrêter. Il  a différé l'exécution de cet ordre jusqu'à ce qu'on ait pu reconnaître le véritable motif de cette dénonciation. Ce colonel assure que cet amnistié a réellement mérité des récompenses et une protection spéciale. Ces observations sont transmises au ministre de la marine.