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Au XVIIIe siècle, l'industrie des cartes ne chômait pas à Laval, et c'est de l'atelier de Nicolas Barat, que sont sorties les cartes recueillies par le Musée après avoir charmé les loisirs des bourgeois de Laval, il y a cent cinquante ans. Comme on le pense bien, Nicolas Barat n'est pas un grand personnage : l'histoire ne lui doit pas sa place, et son nom ne sortirait pas de l'oubli qui l'a enveloppé jusqu'ici, si ses oeuvres, pourtant bien éphémères, n'avaient échappé à la destruction qui est la destinée inévitable et rapide de ces sortes de choses. Il vivait en la première moitié du XVIIIe siècle, était paroissien de l'église de la Sainte-Trinité et prenait le titre de maître-cartier ; sans doute, il jouissait de quelque renom, car on venait de loin se former à son école. Le 7 février, en effet, Pierre Lattache, fils de Pierre-Honoré Lattache, maître-cartier à Angoulême, entre chez lui comme apprenti, pour passer quatre années en son atelier ; c'est aussi pour quatre ans que s'alloue, le 28 octobre 1748, Simon Béhuel, originaire de Lonlay-l'Abbaye en la vicomté de Domfront.

Ses cartes sont du domaine de l'imagerie populaire ; les figures sont bien ornées, fortement charpentées et les physionomies ne sont pas plus banales que celles de leurs congénères : les rois ont l'air très rébarbatif, les reines assez grincheux, et les valets ne disent rien. Le nom, N. BARAT, est ainsi gravé entre les jambes du valet de trèfle ; il existe, du reste, deux types de ce personnage et l'un d'eux porte sur sa poitrine les mots CARTES DE LAVAL, entourant une fleur de lys surmontée d'une couronne ; sur l'autre, ce médaillon est remplacé par une tête de méduse ou d'autre personnage. Le roi de carreau porte vers le bas de sa robe une sorte de médaillon ayant en son milieu les initiales N.B. et, tout autour, les mots CARTES DE LAVAL ; il existe aussi deux types de ce personnage, différents seulement par quelques détails de l'ornementation ; sur l'un d'eux, les initiales et l'inscription du fabricant lavallois sont remplacés tantôt par une tête de profil, tantôt par une fleur de lis. Un roi de pique porte les initiales N.B., un autre, tout en bas, DE LAVAL. Aucun roi de coeur ne porte d'inscription. Au roi de trèfle, la mention DE LAVAL en côté ; il en est de même pour la dame de coeur et la dame de carreau et sur un exemplaire de la dame de pique ; sur une autre on a placé son nom, Pallas : c'est la seule figure portant son nom. Sur un exemplaire d'une dame de pique, tout en bas, on lit DVMANS ; sur une dame de trèfle, en côté, E. DUMANS. Ces exemplaires sont tirés avec la même planche typographique que les autres cartes : E. Dumans est donc le nom d'un cartier qui a eu à son usage les mêmes bois que Nicolas Barat. Le valet de pique porte, tout en bas, les mots DE LAVAL ; aucune inscription ne se lit sur les cartes à l'effigie des valets de coeur et de carreau. Enfin, s'il existe entre les diverses figures de roi et de reines d'une même couleur, comme on dit au jeu, quelques différences dans les ornements ; il n'en est pas de même pour les valets, à l'exception du valet de trèfle.

Rien n'indique quel fut l'auteur de cette gravure sur bois ; les cartes sortent de l'atelier lavallois de Nicolas Barat, - voilà ce que nous savons, et c'en est peut-être assez sur ce point très-minime d'histoire locale.

Jules-Marie Richard

Bulletin de la Commission historique

et archéologique de la Mayenne

1900