D'Elbée

"La Vendée n'a pas oublié ses morts ; elle les a honorés. Elle a montré une générosité inépuisable pour glorifier ses héros.

En 1820, le comte de Colbert élevait, dans la cour de son château de Maulévrier, une pyramide fleurdelisée, en l'honneur de Stofflet, l'ancien garde-chasse de sa famille.

En 1823, la duchesse d'Angoulème inaugurait la colonne de Saint-Florent-le-Vieil.

Une souscription pour le monument de Bonchamps, ouverte dès 1816, permettait d'édifier, en 1825, dans l'église de Saint-Florent, un des chefs-d'oeuvre de l'art français, le Grâce aux prisonniers de David d'Angers.

La générosité du marquis de la Bretesche faisait ériger une colonne à Torfou pour rappeler le souvenir de la bataille du 19 septembre 1793.

A Legé, Charette avait son monument.

Le 9 avril 1827, la statue du Saint d'Anjou, du premier généralissime des armées catholiques et royales, se dressait sur la place du Pin-en-Mauges.

Ce même jour le sous-préfet de Beaupréau, Monsieur de Chantreau, provoquait une souscription pour ériger un monument à celui qui lui succéda après l'avoir si puissamment aidé dans sa noble entreprise.

"Braves Vendéens, s'écria-t-il, il me reste un devoir à remplir : depuis longtemps nous appelons de tous nos voeux l'érection d'un monument à la mémoire du successeur de Cathelineau, dans le commandement suprême de la Vendée, du brave, du pieux d'Elbée. Ces voeux m'ont été souvent exprimés et je n'ai pu que regretter avec vous jusqu'ici de les voir restés si longtemps sans effet. Mais le moment est venu de remplir cette longue attente, et c'est au pied de la statue de Cathelineau qu'il faut voter l'hommage auquel son successeur a des droits sacrés. C'est aujourd'hui qu'il faut, par nos offrandes, en assurer l'exécution.

"Soldats du brave d'Elbée, si souvent témoins et compagnons de ses exploits, Vendéens de tous les temps et de toutes les contrées, Français admirateurs de sa gloire et de sa mort héroïque, venez tous inscrire vos noms sur la liste de souscription qui va s'ouvrir sous d'aussi favorables auspices."

Les souscriptions atteignent promptement 6 300 fr. Le nom du Roi Charles X y figurait en tête pour une somme de 1 000 francs, et il permettait que son nom fût gravé sur la colonne. Le monument devait être élevé au point où la route d'Angers coude entre Beaupréau et Saint-Martin ; le dessin du sculpteur Molchnecht qui représentait une colonne surmontée d'une croix fut remanié, et la commission adopta la colonne terminée par une fleur de lys avec trophée d'armes, surmonté de l'écusson de France.

Le 7 juillet 1828, la duchesse de Berry, voulant "honorer la mémoire d'un des vaillants défenseurs de l'autel et du trône et perpétuer les services rendus par le généralissime des armées catholiques et royales de la Vendée", se rend à l'endroit indiqué.

Elle est entourée d'une nombreuse escorte de soldats vendéens, anciens compagnons de d'Elbée, armés, comme au temps de la grande guerre, de fusils, de fourches et de faulx. Il y a là Payneau-la-Ruine, le tambour-major, à l'énergique figure encadrée de cadenettes ; Richaudeau, le porte-drapeau de la division de Beaupréau, petit de taille mais grand de coeur ; Gourdon dit Crouston, de la Tour-Landry, le tambour de la grande armée ; Jacques Gourdon, de Beaupréau, etc ... toutes les familles des anciens généraux de la Vendée, les d'Autichamp, les Bonchamps, les Charette, les La Rochejaquelein, etc ... sont représentés. Le marquis d'Elbée, maréchal des logis des gardes du corps, parent du généralissime, retrace en quelques mots les principaux traits de la vie du héros vendéen, et aux cris de "Vive le Roi ! Vivent les Bourbons !", la "Bonne Duchesse" toute heureuse et fière de payer la dette de reconnaissance due à ceux qui ont bien servi la religion et la patrie, prend la truelle et le marteau et pose la pierre du monument.

Le marquis de Civrac, maire de Beaupréau, voulait doter la ville d'une oeuvre digne d'elle, et du héros qu'elle entendait honorer. Des modifications furent encore apportées au projet primitif. Le dernier dessin de Molchnecht, conservé aux archives départementales de Maine-et-Loire, comporte "une colonne divisée en deux parties par une ceinture ornée d'une croix tréflée et de banderoles : la partie supérieure est cannelée ; son chapîteau, orné d'oves, avec un large tailloir uni, est surmonté d'une grande fleur de lys. La partie inférieure de la colonne est décorée de trophées composés de canons, de fusils, piques et boulets et portant au centre l'écu de France, surmonté d'un casque. La base, dont le boudin est feuillagé et noué d'un ruban, est ornée aux angles de fleurs de lys. Elle repose sur un socle de trois marches. La principale face porte un bas relief en bronze, représentant l'exécution de d'Elbée fusillé dans un fauteuil."

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La commission approuva ce nouveau projet dont le devis s'élevait à douze mille francs ; mais il dut passer par toute la filière administrative, et il n'en était pas encore sorti quand éclata la révolution de 1830.

Le gouvernement de juillet, dit le marquis d'Elbée, devait satisfaire aux instincts révolutionnaires réveillés, en détruisant et en mutilant les monuments vendéens ; la statue de Cathelineau fut brisée ; il n'eut pas à détruire le monument de d'Elbée, qui n'avait pas reçu de commencement d'exécution.

En 1849, il fut question de placer dans l'église de Saint-Martin de Beaupréau une inscription commémorative, rappelant les services du second généralissime des armées vendéennes. M. Bordillon, alors préfet de Maine-et-Loire, était favorable à ce projet. Il échoua au ministère des cultes.

En 1822, M. Jacobsen, maire de Noirmoutier, avait sollicité du préfet de Vendée l'autorisation d'exhumer les restes de d'Elbée et de ses compagnons de supplice, et ouvert une souscription pour l'érection d'un monument à leur mémoire. Ce projet n'aboutit pas. Les restes de d'Elbée, de Duhoux d'Hauterive, de Boisy et de Wieland, l'officier républicain fusillé avec eux, gisent encore dans les douves du château de Noirmoutier et le généralissime d'Elbée n'a pas de monument qui honore et rappelle sa mémoire en Vendée.

Qu'importent aujourd'hui les pierres et les monuments ? ...

Les noms devenus illustres des Cathelineau, des Charette, des La Rochejaquelein, des Bonchamps, des d'Elbée, seront répétés, de race en race, avec l'admiration et le respect qu'ils imposent, parce qu'ils rappellent les hautes vertus de fidélité et de dévouement jusqu'à la mort à la Religion et à la Patrie.

 

Extrait du livre :

D'ELBEE GENERALISSIME DES ARMEES VENDEENNES

1752-1794

de l'Abbé F. Charpentier