Tableau de Julien le Blant

C'était un froid matin de janvier. Sur la place

De Noirmoutier, nul bruit que le bruit de la mer,

Et des pas mesurés faisant craquer la glace ...

On sentait comme un vent de mort passer dans l'air.

C'est qu'en effet, dans l'île, un arrêt militaire

Vient d'être exécuté ce matin-là. Comptez :

Trois Vendéens couchés, la face vers la terre

Près d'un mur, sur le sol, gisent ensanglantés.

Un quatrième ceint de son écharpe blanche,

Front meurtri, bras pendants, est assis au milieu

Sur un large fauteuil. Sa tête qui se penche

Semble à ses compagnons dire un dernier adieu.

Sur lui plus d'un regard tombe à la dérobée.

Les soldats qui s'en vont, pâles, presque tremblants,

Se le montrent des yeux et disent : "c'est d'Elbée !"

"Le blessé de Cholet ! le général des Blancs !"

Eh bien, oui ! c'est d'Elbée ! ... un généralissime !

Mais pour qui la connaît, la mort est sans effroi,

Et l'on peut de sa vie, alors, payer ce crime

D'avoir été fidèle à Dieu, comme à son Roi !

 

Maudits soient les combats et les guerres civiles

Qui font par les vaillants fusiller les héros,

Et qui, pour apaiser les hameaux et les villes

Transforment, sans merci, les soldats en bourreaux !

Adrien Dezamy