Jean-Baptiste-Sébastien Lavialle de Masmorel, né à Chamboulive en Bas-Limousin, le 5 mai 1748, fils de Léonard Levialle, écuyer, médecin ordinaire du roi, juge au Marquisat de Saint-Jal, et de Marguerite-Jeanne Lavialle. Il épousa Marie-Michel (de Champagnac), d'une famille de Donzenac.

En 1789, il était docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, intendant, après son père, des eaux du Mont-Dore et de la Bourboule. Le 8 février 1768, en vue d'obtenir la palme d'Apollon, il avait présenté à la Faculté de Montpellier une thèse latine intitulée Dissertatio medica de aquis Montis Aurei ; il y avait exposé la doctrine et les expériences de son père sur les eaux du Montdore. Aux réunions de la noblesse pour les Etats Généraux, M. Lavialle de Masmorel remplit les fonctions de président ; il s'y déclara l'adversaire des idées nouvelles. Un matin de l'année 1791, laissant sa femme et ses enfants pour aller défendre la cause de la Monarchie, il partit de Donzenac au lendemain d'une joyeuse réunion destinée à dissimuler son départ. Il arriva à Coblentz en novembre 1791. Il fit la campagne de 1792 comme volontaire dans le corps du duc de Bourbon, fils du prince de Condé et père du duc d'Enghein. Il avait alors quarante-quatre ans. Ce fut cette troupe qui, spontanément et sans ordres, après la bataille de Jemmapes, protégea la fuite de l'archiduchesse Marie-Christine, soeur de la reine Marie-Antoinette et gouvernante des Pays-Bas Autrichiens, chassée de Bruxelles par l'invasion française.

 

Fersen, l'organisateur du voyage à Varennes, qui courait alors sur les routes de la Belgique, raconte dans sa correspondance qu'il vit défiler le corps de Bourbon, composé en majeure partie de gentilhommes émigrés et d'anciens officiers, que plusieurs dames les accompagnaient. Après le licenciement de ce corps, les républicains s'étant emparés de Liège et d'Aix-la-Chapelle, M. Lavialle de Masmorel se trouva enfermé dans Maestricht investi le 6 février 1793 par le général Miranda qui avait sous ses ordres 15 000 combattants. Le gouverneur autrichien était le prince de Hesse Philippstadt. Les émigrés dans la place étaient au nombre de 1 250. 

Général Miranda

Le marquis d'Autichamp, ancien capitaine d'un corps d'élite, les gendarmes anglais de la garde du roi, le meilleur général de cavalerie de l'ancienne armée, dit dans ses mémoires la baronne d'Oberkirch, dirigeait la défense avec le comte du Royel Beaumanoir, lieutenant général. Ils organisèrent deux divisions de neuf compagnies formées par provinces limitrophes. M. Lavialle de Masmorel servait dans la neuvième compagnie de la seconde division qui comprenait les combattants originaires de la Marche, du Limousin et de l'Auvergne, et que commandait le marquis de la Queuille, maréchal de camp, ayant sous ses ordres le vicomte de la Roche-Aymon. D'anciens officiers du corps royal d'artillerie parmi lesquels un Limousin qui eut un rôle prédominant, M. de Gimel, faisaient eux-mêmes, sur les remparts, le service des pièces et pointaient fort juste : leurs boulets coupèrent en deux des volontaires nationaux qui étaient montés sur le glacis et abattirent les arbres de la liberté que plantaient les assiégeants. Mais l'homme qui devait être le rival de Bonaparte, le futur général Moreau, alors chef de bataillon d'infanterie, s'empara du fort Stephenwertz ; le fort Saint-Michel, vis-à-vis de Wenloo, fut également pris. Enfin, le général Miranda, ce Péruvien au service de la France, jeta sur la ville une masse d'obus qui allumèrent de nombreux incendies. Les émigrés qui savaient ce qui les attendait s'ils tombaient aux mains de leurs ennemis, se défendirent en désespérés, M. Lavialle de Masmorel raconte dans ses "Souvenirs" qu'il prit part à une sortie qui fut faite en enfants perdus, au nombre de six cents, sans artillerie, sans cavalerie, sans éclaireurs. Le régiment autrichien de Brunswick et les soldats Wallons avaient refusé de marcher. Finalement les Impériaux que commandait le prince Cobourg et qui s'étaient massés derrière la Rôer, franchirent cette rivière dans la nuit du 1er mars 1793. De son côté, le feld-maréchal Clerfayl, le meilleur des généraux autrichiens, força les lignes d'Aldenhoven ; le prince de Wurtemberg reprit Aix-la-Chapelle. Dans une série d'engagements, les avant-postes des carmagnoles furent culbutés. Miranda qui avait perdu quinze cents hommes du lever le siège le 2 mars à minuit et se mit en retraite sur Tongres.

En mémoire de ces évènements, les bourgeois de Maestricht délivrèrent à chacun des émigrés un certificat dit Billet de Siège, ainsi conçu : "Nous, hauts bourgmestres échevins, conseillers jurés et autres du Conseil indivis de la ville de Maestricht, déclarons et attestons que M. ... est du nombre des nobles et militaires français que l'honneur, le devoir et la conscience ont obligés de sortir du royaume pendant la Révolution et qui, se trouvant dans cette ville lorsqu'elle fut assiégée et attaquée de façon violente par les insurgents et rebelles français, ont concouru à sa défense avec la fidélité et le courage qui distinguent toujours la noblesse française.

Ainsi fait et arrêté dans l'assemblée du noble et vénérable Conseil de la ville de Maestricht, le 8 avril 1793 et ont signé ..."

A l'étranger, M. Lavialle de Masmorel publie L'Emigration regardée comme système et comme acte sentimental, avec cette épigraphe virgilienne : Nos patriae fines et dulcia linquimus ares. Le comte d'Artois, qui n'avait pas eu connaissance du manuscrit, voulut bien néanmoins payer les frais de l'impression.

D'autre part, rimant à ses heures de loisir, M. Lavialle de Masmorel adressa des vers à l'impératrice de Russie Catherine qui, malgré les enseignements philosophiques reçus de Diderot, s'était prononcée contre la Révolution française. Il en fut remercié par l'ambassadeur Romanoff et eut à cette occasion la promesse d'un portrait de la souveraine, lequel ne paraît pas d'ailleurs être parvenu à destination. A la fin de 1793, il rejoignit l'armée de Condé. Le 1er octobre 1797, il n'avait pas cessé de servir dans la compagnie n° 13 des chasseurs nobles, se rendant à Constance, et de là en Volhynie, dans les quartiers assignés aux Condéens par l'empereur de Russie, Paul Ier. Malgré son âge, malgré les dangers et les fatigues de l'existence à laquelle il n'avait point été accoutumé, M. Lavialle de Masmorel ne cessa de conserver, pendant les campagnes de l'émigration, ainsi qu'en témoigne sa correspondance, un fonds inaltérable de confiance et belle humeur. Nommé chevalier de Saint-Louis au retour de Gand, par ordonnance royale du 8 novembre 1813, il est mort à Donzenac (Corrèze), le 2 juin 1834.

 

Donzenac

Le 29 messidor an II, le citoyen Meyjonade, officier public de la commune de Donzenac, avait prononcé pour cause d'émigration, le divorce de Sébastien Lavialle, émigré, et de Marie-Michel, épouse et mandataire de ce dernier pour l'administration de ses biens suivant acte reçu par Me Vincent, notaire, le 25 octobre 1791.

Le 1er septembre 1792, les biens de l'émigré Masmorel à Allassac avaient été loués aux enchères pour le compte de la nation, moyennant un loyer annuel de 750 livres. Son fils aîné, Félix Lavialle de Masmorel, hussard au 6ème régiment, armée des Grisons, en l'an IX, fit les guerres de l'Empire et disparut dans la campagne de Russie. Son second fils a été président du tribunal de Brive, et sous le règne de Louis-Philippe, député de la Corrèze. Enfin, bien des personnes à Brive se souviennent encore de M. Jules Lavialle de Masmorel, ancien receveur des finances, chevalier de la Légion d'honneur, un grand vieillard presque centenaire que l'âge ne courba jamais, un homme qui, par sa bonne grâce souriante et son inaltérable courtoisie rappelait les nobles traditions de l'ancien régime. C'était le petit-fils de "l'émigré Masmorel".

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