Rapport sur l'état de la paroisse en 1785.

Un rapport établi en 1785 par le curé d'Oradour, à la demande de l'Intendant de Poitiers, fait connaître l'état de la paroisse à la veille de la Révolution de 1789.

Le nombre de feux de la paroisse, y est-il dit, monte à 194 pour ce qui est du Poitou ; mais en y comprenant trois villages qui sont de la province du Limousin, il monte à 246. Le nombre des habitants est de 1.747.

Les exploitations et voiturages se font avec des bœufs et vaches. Les bras nécessaires à la culture des terres et autres travaux de la campagne sont rares.

Le pays est un sable maigre, marécageux, traversé par une petite rivière et plusieurs ruisseaux qui attirent une infinité de fraîcheurs ou, pour mieux dire, de gelées dont la première souvent suffit pour ravir l'espoir des cultivateurs.

Les terres ont naturellement peu de substance ; l'évaporation de leurs sels s'y fait trop vite. On y sème ordinairement beaucoup de blés pour en recueillir peu. Il y a beaucoup de prairies et de pâturages, mais de mauvaise nature ; point de vigne, quelques bois, et quelques landes absolument mauvaises.

On y connaît la méthode des prairies artificielles, mais ceux qui ont voulu en tenter le sort ont été dupés de leur expérience.

On n'y cultive que le seigle et le blé noir ou sarrazin.

Le produit des récoltes ne se consomme lias ordinairement dans la paroisse. Le seul débouché est la ville de Limoges dont la communication n'est pas des plus faciles.

On n'y cultive point de lin ; on y recueille du chanvre en petite quantité; il y a des troupeaux de brebis d'assez mauvaise nature et d'un mince produit. Il est inutile de parler de la quantité de cire qui s'y ramasse. On n'y fabrique d'autres étoffes et toiles que pour l'usage des habitants. Point d'autre commerce.

Il y a, pour toute usine et manufacture, une petite papeterie, un moulin à foulon, trois petits particuliers qui fabriquent de mauvais pots de terre, cinq moulins à grains dans la partie du Poitou et deux clans l'enclave du Limousin.

Les ouvriers y sont en petit nombre ; on y compte deux familles de charpentiers, six tisserands, trois taillandiers, dont deux maréchaux-ferrants, et quelques tailleurs de village.

On y tient, dans le cours de l'année, treize foires dont deux grasses. On ne trouve dans les autres pour l'ordinaire que de vieilles vaches, des veaux de lait, des cochons de toute espèce, et quelques merceries. Elles seraient très fréquentées si les communications étaient plus commodes, attendu que le bourg est situé entre quatre villes : Limoges, Saint-Junien, Bellac et Brigueil-l'Aîné, dont la plus loin est distante de 4 lieues.

On n'y tient point de vinage : le boisseau de froment pèse 35 livres, celui de seigle 31 livres, celui d'avoine 25 livres.

Pas de maisons religieuses, ni d'hôpitaux, ni d'écoles de charité.

Le bureau de poste le plus proche est celui de La Barre, sur la grande route de Limoges à Angoulême, à la distance de trois quarts de lieue.

Pas de messagers ou voituriers habituels pour les villes voisines.

Les chemins de bourg à bourg, de village à village, sont en très mauvais état et presque impraticables pendant l'hiver. Il y a un pont sur la rivière de la Glane qui flotte au bas du bourg ; il serait très utile, pour ne pas dire nécessaire, d'en édifier un autre sur un petit ruisseau...

Répartition de la propriété dans la paroisse. Les impôts.

Les rôles des impôts fournissent d'utiles renseignements sur la répartition de la propriété et les impôts payés dans la paroisse d'Oradour.

Dans le rôle de 1779, on constate que, dans la répartition par tête, les plus imposés sont les métayers, qui sont cotisables pour les biens de leurs maîtres. Taux moyen de l'imposition (taille et capitation réunies) : 100 livres 10 sols par métairie.

À côté de trente-et-une métairies appartenant aux privilégiés, il en existe dix-sept autres en possession de la petite bourgeoisie campagnarde.

Souvent, les propriétaires exploitent directement, au moyen de domestiques, des terres qui constituent des réserves.

On relève aussi sur le rôle le nom de vingt-sept laboureurs exploitant directement leur propre bien. Leur taux moyen d'imposition est de 21 livres. C'est parmi eux que sont choisis, par voie d'élection, les collecteurs des tailles responsables sur leurs propres deniers de la rentrée de l'impôt, charge à laquelle ils cherchent souvent à échapper.

On trouve encore sur le rôle vingt-six journaliers et vingt autres noms figurant sans mention de qualité ou de profession. La moyenne de la cote pour les uns et les autres est la même : 4 livres environ par personne. Elle est un peu plus élevée (6 livres environ) pour chacun des six fermiers indiqués sur le document.

Voilà pour la partie poitevine de la paroisse.

Le rôle de la partie limousine concerne l'année 1789. Il intéresse Dieulidou et le Mas-du-Puy-Laplaud.

À Dieulidou, les imposables sont au nombre de quarante-trois, dont trois sont exempts, sans indication de motif. Ils sont presque tous propriétaires-exploitants.

Dix-sept articles sont inscrits au rôle du Mas-du-Puv-Laplaud.

Les personnes qui bénéficient d'exemptions d'impôts dans la partie poitevine sont : M. le Curé, M. le Vicaire, M. le Comte de Lescours, M. de Cressac, M. de Prenaud et M. de Vaux, garde du corps. Mais il faut y ajouter les privilégiés qui, ne résidant pas dans la paroisse, y possèdent parfois des terres et, le plus souvent, des rentes et des dîmes. Ce sont : les Augustins de Montmorillon, les Bernardins de l'Abbaye de Beuil, le marquis de Carbonnières, seigneur de Saint-Brice, le duc de Mortemart, le marquis du Cros, le seigneur du Queyroix, le curé de Cieux, le prévôt de Saint-Martial, les chanoines de Saint-Junien, les Carmes, et le chapelain de Saint-Victurnien.

Dans l'enclave limousine pour Dieulidou : M. le Marquis de Saint-Brice, M. le Comte de Lescours, MM. les Augustins de Montmorillon, et l'hôpital de Saint-Junien ; pour le Mas-du-Puy : M. le Comte de Lescours et MM. les Religieux de l'Abbaye de Beuil.

La première municipalité (1787)

Les assemblées de paroisse se réunissaient à l'issue de la messe, souvent sur injonction du subdélégué ou des officiers de l'Élection ; mais toujours sur convocation du syndic. Elles étaient consultées sur les ventes, achats, réparations, actions à soutenir en justice, nomination du syndic et des collecteurs, etc. Leurs délibérations se terminaient par un procès-verbal établi par devant notaire. La présence de dix habitants au moins était requise pour que la délibération fût valable.

Il y avait parfois du désordre dans ces réunions où tout le monde était admis ; d'autres fois, de l'indifférence ou de la confusion, comme ce fut le cas à Oradour le 31 mars 1772, quand fut autorisé le transfert du cimetière, transfert qui donna lieu à de nombreux incidents. Enfin, des abus répétés finirent par émouvoir les autorités administratives. Aussi, un règlement du 23 juin 1787 dota les communautés rurales d'une Assemblée municipale composée des seigneurs, du curé et de trois, six ou neuf membres, suivant le chiffre de la population, élus par les habitants payant au moins dix livres d'impositions foncières et pris parmi ceux qui en pavaient au moins trente.

La première Assemblée municipale d'Oradour fut élue le dimanche 12 août 1787. Messire Jean-Baptiste de Thamain de Prenaud, écuyer, fut désigné comme syndic.

Les Cahiers de doléances apportés par les députés aux États Généraux de 1789 étaient unanimes à réclamer une meilleure répartition des impôts. À Oradour, sans attendre le vote de l'Assemblée nationale, la Municipalité inscrivit tous les privilégiés de la paroisse sur le rôle de la taille pour 1789.

Le duc de Mortemart, le marquis de Carbonnières, le comte du Cros et le comte de Lescours intentèrent immédiatement une action contre la municipalité devant l'Élection de Confolens pour faire annuler cette décision arbitraire. L'Élection condamna la municipalité.

Mais la Constituante ne tardera pas à établir l'égalité de tous les citoyens devant l'impôt.

Oradour dans la nouvelle organisation territoriale.

Afin de détruire le particularisme des provinces, l'Assemblée Nationale Constituante divisa le Royaume en départements, districts, cantons et communes, par décret du 22 décembre 1789.

L'enclave poitevine, vieille de cinq siècles, disparut enfin et fut incorporée au département de la Haute-Vienne. Oradour-sur-Glane fut inclus dans le district de Saint-Junien (qui sera remplacé plus tard par Rochechouart comme chef-lieu d'arrondissement} et dans le canton de Saint-Victurnien. Ce canton, assez mal composé et qui ne vécut pas longtemps, comprenait cinq communes dont Oradour était la principale.

Les 17 et 28 février 1790, Oradour procéda à l'élection d'une nouvelle municipalité qui, d'après la loi, devait comprendre un maire, un corps municipal de trois membres, plus un agent d'exécution des affaires de la commune portant le titre de procureur-syndic. Des notables désignés de la même façon en nombre double de celui des membres de la municipalité, et pris parmi les citoyens les plus imposés, formaient le Conseil général de la commune qui devait collaborer avec le corps municipal.

Il y avait 75 électeurs inscrits. Le comte Michel de Lescours présidait. Jean de Lavérine fut élu maire.

En 1791, la population d'Oradour se composait de 1.303 habitants. En 1800, elle ne sera plus que de 1.191.

Pour l'élection des députés à la Constituante, la commune d'Oradour fut représentée en 1790 par deux électeurs qui appartenaient à l'ancienne classe des privilégiés : le curé de la paroisse, François Guilhau du Cluzeau, et le gentilhomme du Rateau du Vaux, chevalier de Saint-Louis.

La vie municipale sous la Convention.

Le 2 novembre 1792, on procède à Oradour à l'élection d'une nouvelle municipalité. Le nombre des votants est seulement de 46, soit 40 % d'abstentionnistes, ce qui montre que l'esprit civique ne s'est guère développe. Le citoyen Jean de Lavérine, dit Nadaud, est réélu maire avec 26 voix, et le curé Lavergne, procureur-syndic.

À partir du 29 juin 1793, les actes de l'autorité municipale, transcrits sur le registre des délibérations, cessent d'être signés par Lavérine qui, signalé comme suspect par des dénonciations calomnieuses et malicieuses avait été enfermé dans la Visitation de Limoges transformée en prison et suspendu de ses fonctions. Reconnu innocent de tout crime contre la République, il est mis en liberté, mais donne aussitôt sa démission, le 15 septembre.

Ses compatriotes lui sont restés favorables puisque, le 1er décembre suivant, les officiers municipaux lui accordent, à la demande du Représentant du Peuple en mission en Haute-Vienne, un certificat de bon et vrai républicain. Mais sa carrière politique est terminée.

Un certain nombre d'électeurs et de membres de la municipalité sont mécontents de la politique du gouvernement, et l'administration des affaires municipales en souffre visiblement, ce qui amène, le 19 septembre 1793, les sept membres de la municipalité présents à décider :

1° de donner aux absents un " avis fraternel " d'être exact aux séances ;

2° de dénoncer aux autorités les membres qui laisseraient, par leur absence, la municipalité incomplète.

De plus, l'exercice de la liberté et la gestion des affaires publiques exigeaient des capacités et un souci du bien commun que l'on ne rencontrait pas toujours chez les intéressés. Aussi, à Oradour, le 6 nivôse an II (26 décembre 1793), on voit arriver de Saint-Junien l'agent national du District, pour requérir la Municipalité de lui exhiber le registre de ses délibérations aux fins de s'assurer si elle avait été exacte à enregistrer et à promulguer les lois.

Malgré cette surveillance, la municipalité d'Oradour paraît, quelques mois plus tard, singulièrement désemparée. Le 27 germinal an II (17 février 1794), le citoyen Desourteaux, officier municipal, adresse, en effet. au Comité de Sûreté générale, une lettre où l'on peut lire :

Depuis quelques temps, la municipalité n'a ni maire ni agent national. Nous en aurions le plus grand besoin, attendu que les membres qui la composent sont de bons villageois, sincères républicains, aimant la loi et la faisant exécuter, mais ayant peu de lumières, n'ayant que deux membres sachant un peu lire et écrire...

À la suite de cette lettre, les membres du Directoire du District nomment te citoyen Périgord-Lavalade, maire, et le citoyen Lavérine fils, dit Besoin, agent national (16 juin 1794).

Le 19 ventôse an III (7 mai 1795), arrive à Oradour un instituteur public nommé par le jury d'instruction publique du District.

La crise des subsistances et les réquisitions.

Pendant vingt-trois ans, de 1792 à 1815, quelles qu'aient été les conjonctures politiques, la vie quotidienne des paysans d'Oradour resta dominée, comme autrefois, par la question des impôts, la pénurie des vivres, la hausse effrayante des prix, difficultés aggravées par les réquisitions et la conscription qu'exigeait la poursuite incessante de la guerre.

Le 17 février 1793, on compte 81 indigents dans la commune, et il est à craindre que ce nombre se soit accru par la suite.

L'appât du gain étant plus fore que le sentiment civique, la spéculation apparaît avec la raréfaction des produits. Et même la fraude comme le révèle, le 1er mai ce réquisitoire du procureur-syndic de la commune qui signale que plusieurs citoyens se sont plaints que les marchands de blé de cette commune utilisent des boisseaux fort au-dessous de la mesure fixée par la police du lieu, et que cette injustice est d'autant plus atroce que le prix des grains est excessif. À la suite de quoi, le procureur de la commune requiert que les boisseaux frauduleux soient brûlés et les marchands condamnés à une amende en blé applicable au profit des pauvres de la commune.

Les réquisitions de toutes sortes se multiplient pour le ravitaillement des villes, l'approvisionnement et l'équipement des armées en campagne, avec poursuites, amendes, confiscations pour les récalcitrants. Aussi, les esprits s'échauffent... Le registre municipal signale que des habitants, pour échapper aux réquisitions, se prétendent titulaires de détaxes et qu'il s'est produit des rixes, le 20 septembre 1793 notamment.

Les prix montent en même temps que le cours des assignats s'effondre. La Convention espère remédier à la crise en établissant dans toute L'étendue de la République la loi du maximum. Le 1er novembre 1793, le procureur de la commune taxe les denrées.

La loi du maximum ayant complètement échoué, la Convention se résigne à t'abroger le 24 décembre 1794. Le résultat de ce retour à la liberté du commerce, c'est qu'à Oradour, en janvier 1795, le blé se vend 32 livres le setier alors que, taxé, il valait 12 livres 10 sols en novembre 1793.

Les ateliers de salpêtre.

En vertu d'une loi du 14 frimaire an II (4 décembre 1793), toutes les communes, tous les citoyens de France furent en réquisition pour la production de salpêtre pour fabriquer de la poudre. À Oradour, le 11 messidor an II (29 juin 1794), on procéda au lessivage des murs et à la calcination des plantes contenant du salpêtre, et l'on put envoyer à Saint-Junien trois barriques d'eau salpêtrée à 5 degrés.

La garde nationale.

Le 14 juillet 1790, des députations de toutes les gardes nationales de France furent convoquées à Paris, au Champ de Mars, pour la fête de la Fédération. Les fédérés jurèrent fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Mais, ce jour-là, à Oradour, la garde nationale refusa de prêter serment. On ne connaît pas le motif de ce refus qui fut notifié par le maire à l'Assemblée Nationale.

On ne devait guère sentir la nécessité d'une telle police à Oradour, puisque le 2 fructidor an II (18 août 1794), l'agent national de la commune requiert que la Municipalité ait à faire organiser la Garde nationale le plus promptement que pourra se faire. Vers la fin de l'année 1794, la garde d'Oradour comprend : un capitaine commandant, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent, deux caporaux et X... simples soldats. (L'état-major seul a intéressé le secrétaire qui donne cette composition). Rien ne dit qu'elle ait jamais eu à intervenir pour le maintien de l'ordre.

La conscription.

Dès que la Législative eut déclaré la guerre à l'Autriche et à la Prusse, le 20 avril 1792, on organisa des bataillons de volontaires. Quatre bataillons de la Haute-Vienne allèrent rejoindre l'armée du Nord et prirent part à la conquête de la Belgique. Les deux premiers furent composés uniquement de gardes nationaux parmi lesquels figuraient plusieurs volontaires d'Oradour.

Mais bientôt, la Convention décide la réquisition de 300.000 hommes et, enfin, la levée en masse. À Oradour, le 15 mars 1793, cent célibataires et veufs sans enfants, âgés de dix-huit à quarante ans, susceptibles d'être enrôlés, étant présents, on procède au tirage au sort de vingt noms. Le 7 avril, nouveau tirage au sorts de trois volontaires parmi 70 hommes présents.

Le 16 mai, une nouvelle liste de célibataires et veufs sans enfants est dressée ; on y trouve seulement quatorze noms. Le 25 septembre, le sort désigne cieux cavaliers. Le 29, un volontaire s'enrôle, pour voler à la défense de la République française. Le 2 novembre, dix-neuf recrues sont dirigées sur le 5e bataillon de la Haute-Vienne envoyé à Toulouse d'où il partit pour la frontière de Catalogne. À la date du 14 juillet 1794, soixante-deux familles d'Oradour ont des fils sous les drapeaux. En l'an VII, de nombreux conscrits sont appelés, et, ainsi, d'année en année, non seulement pendant la Révolution mais autant, sinon plus, sous l'Empire, les levées d'hommes se feront de plus en plus nombreuses et, il faut le reconnaître, de plus en plus impopulaires.

Le clergé pendant la Révolution.

Concédés au cours des siècles à l'Église par des particuliers ou des souverains pour qu'elle s'acquittât, en plus du culte, d'un certain nombre de services publics : assistance, enseignement, etc., les biens du clergé furent repris par la Nation à charge par elle de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres.

Le 1er avril 1791, eut lieu, dans la salle du District de Saint-Junien, l'adjudication définitive de la réserve des domaines de La Fauvette avec ses dépendances, provenant des ci-devant Augustins de Montmorillon, évaluée à 1 320 livres, et du domaine évalué à 4 950 livres. On ignore le nom de l'acquéreur de ces biens nationaux ; ce fut peut-être la commune elle-même.

En application de la Constitution civile du clergé, les ecclésiastiques étant des citoyens comme les autres devaient être recrutés comme les autres fonctionnaires, c'est-à-dire par voie d'élection, et devaient jurer fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi.

Le curé d'Oradour, Guillot de Cluzeau, et son vicaire, acceptèrent de prêter serment. La cérémonie eut lieu le 30 janvier 1791 ; le curé prononça une allocution dans laquelle il déclara vouloir maintenir de tout son pouvoir, en tout ce qui est de l'ordre politique, la Constitution décrétée par l'Assemblée Nationale et acceptée par le Roi, en exceptant formellement tous les objets qui dépendent de l'autorité spirituelle.

Cette restriction concernait l'autorité du pape que, précisément, les Constituants voulaient éliminer. L'attitude du curé d'Oradour remplit d'indignation les membres de ['Assemblée électorale du District qui déclarèrent sa cure immédiatement vacante et procédérent à l'élection d'un nouveau pasteur. Ce fut l'abbé Simon Lavergne, vicaire de la paroisse de Notre-Dame, à Saint-Junien. qui venait de se signale: en prononçant un discours où il parlait de l'heureux accord de la nouvelle constitution du clergé avec la religion de nos pères.

La Municipalité reçut l'ordre de faire déguerpir le curé non-jureur qui, bien qu'expulse du presbytère et de l'église, mais soutenu par la population ne quitta pas immédiatement Oradour, et emporta du presbytère tout ce qui pouvait avoir quelque valeur.

Le curé Lavergne parait avoir réussi avec la population et les pouvoirs publics puisque, le 2 novembre 1792, il est nommé procureur de la commune. Mais, quelques mois plus tard, il est invité à cesser sa double fonction et arrêté. Il n'est plus question de religion jusqu'au 6 messidor an III (24 juin 1795) où un prêtre ci-devant bénédictin, demeurant chez son frère. à Lapleau, vient déclarer conformément à la loi exercer le culte catholique dans l'église de la commune d'Oradour-sur-Glane.

Le mémo jour, la municipalité se rend à l'église pour constater les réparations à faire. Il ne reste guère que les murs. Les autels, dit le procès-verbal, sont sans autre garniture que leur pierre de marbre. Cependant, les livres liturgiques, qui n'ont pas intéressé les pillards, sont la. La plupart des fenêtres sont dépourvues de vitres. Le clocher est tout découvert... Au corps de l'église, il manque beaucoup de matériaux.

Émigrés et suspects.

À partir de 1789, des milliers de gentilshommes quittent volontairement la France et le mouvement s'accélère en 1791 après l'arrestation de la famille royale à Varenne.

Parmi les émigrés, les uns obéissent à leur passion anti-révolutionnaire, à leur loyalisme envers le roi ; les autres, au souci de leur sécurité personnelle. Dans cette dernière catégorie, doivent être rangés un grand nombre de gentilshommes de la campagne, car c'est presque la guerre aux châteaux. Quand on ne les brûle pas, comme en Dordogne, on arrache les girouettes, symbole de la noblesse. Le 14 janvier 1793, à la vente du mobilier de Charles de Lescours, marquis de Puvgaillard, il en sera adjugé six qu'on s'était hâté d'enlever des demeures seigneuriales...

Dans un relevé général des émigrés du District de Saint-Junien, on trouve, pour la commune d'Oradour, les noms de Lescours du Puygaillard, ancien chevau-léger du roy ; Lescours fils aîné, dit d'Oradour, privilégié et Lescours fils cadet, dit d'Oradour, officier des carabiniers ; Thamain Prenaud, privilégié, et Thamain Cressac, ci-devant garde du roy.

Joseph de Lescours de Puvgaillard, seigneur d'Orbagnac, frère du premier, n'ayant point le désir d'émigrer, renonce à la particule. Le 23 juillet 1794, il n'hésitera pas à faire partie d'une commission chargée d'estimer des objets de literie confisqués au préjudice de Jean-Antoine Thamain de Cressac et destinés au magasin militaire de Saint-Junien. Le 20 avril 1793, on lèvera les scellés apposés sur ses armoires, coffres, secrétaires et cabinets. Thamain Prenaud, le père de l'émigré, bénéficiera de la même mesure.

Quelques mois plus tôt, s'est produit un fait passé à peu près inaperçu mais qui aurait pu avoir de graves conséquences s'il avait eu lieu sous là Terreur : le registre des délibérations du Corps municipal de Limoges relate, à la date du 18 juillet 1792, l'interrogatoire d'un habitant du village du Queyroix, sur lequel on a trouvé dix lettres adressées à des émigrés qui lui avaient été confiées par Mme Baillez du Quevroix chargée sans doute de les centraliser. Parmi les correspondants figuraient les dames De Cressac et Thamain Prenaud, du bourg d'Oradour-sur-Glane, et quelques-unes des lettres avaient pour destinataires les deux cousins, Jean-Antoine Thamain de Cressac et Jean-Jérôme Thamain de Prenaud. Trois de ces lettres furent retenues et remises au Directoire du District, les sept autres furent recachetées et admises au transport du service des Postes...

Mais la situation se tend vis-à-vis des personnes considérées comme suspectes. Le 3 mai 1793, la Municipalité qui, pourtant, voudrait se montrer conciliante, est obligée de refuser un certificat de civisme à la nominée Luchapt, la femme d'Antoine Thamain de Cressac, émigré, qui doit, dès lors, se rendre avec sa famille à Saint-Junien pour y être placée en surveillance. Le 30 septembre, en dépit de ses preuves d'attachement au nouveau régime, Joseph Lescours se voit refuser lui aussi un certificat de civisme ; huit jours auparavant, la citoyenne Marie-Anne Lescours, tante des deux frères émigrés, n'avait pas été mieux traitée.

Le 3 octobre, on procède à une récapitulation générale des émigrés et des suspects. Parmi ces derniers, on compte Joseph Lescours, sa femme et Marie-Anne Lescours, qui doivent se rendre à la maison de détention à Saint-Junien où les trois soeurs de l'émigré Thamain Prenaud sont déjà enfermées. Leur père, sorti de la maison d'arrêt de Limoges, n'a pas reparu dans la commune.

Le 9 thermidor et la chute de Robespierre, en juillet 1794, amènent la libération d'une grande partie des détenus. Sept jours après, Joseph Lescours obtient un certificat de civisme. Le 24 janvier 1796, c'est au tour de Marianne (Marie-Anne) Lescours d'obtenir ce certificat ; le 20 août, Jean-Baptiste Thamain de Prenaud, père de l'émigré, revient dans la commune ; le 24 décembre, Du Rateau de Vaux et sa femme suivent son exemple.

Séquestre et vente des biens des émigrés.

La documentation relative aux biens des émigrés d'Oradour est fragmentaire. On contrait cependant les inventaires-séquestres concernant le domaine de réserve de Charles Lescours de Puygaillard (28 avril 1792), les biens de Thamain de Prenaud (30 mars au 3 avril), ceux de Thamain de Cressac (12 avril 1792).

Ces mises sous séquestres provoquent quelques réclamations auprès du District du Directoire de Saint-Junien. Thamain Cressac, père de l'émigré, produit le testament de Jeanne Mascureau, sa défunte femme, et le contrat de mariage de son fils. Le 27 avril 1792, la main-levée lui est accordée jusqu'à concurrence de la somme de 5.000 livres.

Agathe de Vaux, femme de Charles de Lescours de Puvgaillard, voit, au contraire, le 11 septembre 1792, sa requête rejetée. Marie-Anne de Lescours, âgée de soixante-quinze ans, atteinte d'infirmités, a des droits indivis sur la succession de son frère feu Michel Landru de Lescours, dont les biens aussi ont été séquestrés à la suite de l'émigration de ses deux fils. Comme elle n'assume aucune responsabilité clans la conduite de ses deux neveux, elle demande une pension pour la dédommager d'une confiscation dont elle subit injustement les conséquences. Pour tenir compte de ses droits et par esprit d'humanité il lui est alloué 50 livres par mois.

Entre les opérations de séquestre et celles de vente qui auront lieu plus tard, il s'est écoulé un laps de temps souvent fort préjudiciable aux biens nationalisés. Le château des de Lescours, situé au Sud de l'église et du presbytère, est démoli en décembre 1793. Le 1er mars 1796, l'agent de la commune surprend des gens qui enlèvent les derniers vestiges du manoir. Tout disparaît, pierre après pierre. Les biens séquestrés ne gagnent pas à rester longtemps dans une situation d'attente. Les pillages et les détournements sont fréquents ; aussi, les autorités responsables vont-elles faire diligence pour en réaliser la liquidation. Le 14 janvier 1793, le mobilier de Charles de Lescours de Puvgaillard est vendu par l'administrateur du district de Saint-Junien. Les articles adjugés comprennent surtout des ustensiles de cuisine, de la vaisselle, du linge, des meubles, auxquels il faudra ajouter deux baromètres, les six girouettes déjà signalées, etc.

Les 19 et 20 juillet 1794, a lieu la vente des objets mobiliers de la famille Thamain de Cressac. Les articles adjugés forment une très longue liste où figurent pêle-mêle des ustensiles de cuisine, des meubles, des outils, etc., et même huit boîtes d'allumettes!

Il a bien été adjugé de petites balances pour l'argenterie, mais celle-ci n'a pas vu le feu des enchères, emportée probablement avec les bijoux par son propriétaire fuyant à l'étranger. Du linge, et surtout de la literie, ont été distraits de la vente et conduits trois jours plus tard au magasin militaire de Saint-Junien avec un lot de livres.

Les adjudications d'immeubles se décident plus tard ; elles s'échelonnent sur juillet, octobre et décembre 1794. Tous les biens disparaissent successivement au feu des enchères.

La vente des biens des émigrés permit à quelques petits propriétaires d'arrondir leur domaine ; mais elle profita bien davantage aux nouveaux notables déjà aisés et surtout aux riches bourgeois. 

Fin de la période révolutionnaire. L'Empire.

On ignore ce qui s'est passé à Oradour-sur-Glane sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, les archives municipales des années 1795 à 1815 ayant disparu bien avant la tragédie du 10 juin 1944.

À la fin de la période révolutionnaire, les habitants d'Oradour, blasés sans doute comme la plupart des Français sur les nombreux changements politiques survenus depuis 1789 et inquiets devant une situation économique et financière désastreuse, devaient se soucier fort peu que ce fut un roi, une république ou un empereur qui les tirât du gâchis, puisque, au plébiscite de 1804 sur l'établissement de l'hérédité impériale, il n'y eut aucun Non dans la Haute-Vienne.

Le recensement de l'année 1806 donne, pour la population d'Oradour, les chiffres suivants :

Nombre de feux : 246. Total de la population :

1.202 habitants auxquels il faut ajouter 20 militaires sous les drapeaux. En 1785, la paroisse comptant 1 747 âmes, il y aurait eu une forte diminution de la population dans l'espace de vingt ans, si ces chiffres sont exacts. 

La Restauration.

Après le désastre de Waterloo (18 juin 1815) et la chute définitive de Napoléon Ier, une nouvelle administration s'installe à Oradour. Malgré la prospérité qui revient peu à peu, on compte encore à Oradour trente familles nécessiteuses auxquelles on s'efforce de donner du travail et du pain.

Les réquisitions de denrées, si impopulaires dans les campagnes pendant la Révolution et l'Empire, réapparaissent de temps en temps.

En janvier 1823, le bourg d'Oradour compte 300 habitants, soit environ le quart de la population totale de la commune.

A la suite vraisemblablement d'une ordonnance de Charles X en date du 14 février 1830, pressant les communes de se pourvoir de moyens suffisants d'instruction, le Conseil municipal d'Oradour, clans sa session de mai voit avec une vive satisfaction l'intention du Gouvernement de développer l'instruction primaire, regrette d'être clans l'impossibilité de subvenir à tous les frais d'une école, mais croit pouvoir assurer 100 F par an à l'instituteur et à l'institutrice ; les enfants paieraient 2 à 3 F par mois .