Au mois de février 1792, écrit l'abbé Barruel, le sieur Jardin, curé-jureur de Ceaucé, voyageait avec un chirurgien de village, nommé Barbet, presque aussi ennemi des prêtres non-assermentés que son curé-jureur.

En traversant les hameaux de Cigné, l'apostat se souvient qu'il y a dans cet endroit un vicaire, M. ROBBEVILLE, son paroissien, mais qui a refusé d'imiter son parjure : "Va, dit le forcené à son compagnon de voyage, va me chercher ce gueux de réfractaire, que je l'attache à la queue de mon cheval". Fidèle exécuteur de ces ordres, le frater bourgeois s'arme d'un pistolet et de son sabre, entre chez le vicaire, le trouve récitant son bréviaire, et lui dit : "Suis-moi, ou je te brûle la cervelle".

M. ROBBEVILLE n'avait alors que des sabots pour chaussures. Il suit modestement le brigand qui l'appelle. Le curé-jureur attendait à la porte. Dès qu'il voit le vicaire paraître, il lui jette une espèce de bride, l'entrelace, la noue au cou de ce bon prêtre et l'attache à la que du cheval de Barbet, tandis que ce dernier, toujours le pistolet d'une main et le sabre de l'autre, menace de tirer, de frapper, s'il oppose la moindre résistance.

La victime liée, les forcenés remontent à cheval. Barbet d'un même coup fouette et son coursier et le prêtre qu'il traîne. Le jureur infernal prend son poste derrière le vertueux vicaire, le force d'avancer, et presse son cheval jusque sur ses talons. Le bon prêtre, s'efforçant vainement de suivre à pas égal, bronche, tombe, s'essouffle. Le jureur, à grands coups de fouet, le relève, et dans cette scène atroce, à travers des routes impraticables dans cette saison, ne se termine enfin, après un chemin de cinq quarts de lieues, qu'au moment où M. ROBBEVILLE, ses forces épuisées, retombe, et que les coups de fouet eux-mêmes ne le relèvent plus. Ses deux bourreaux, le voyant à demi mort, le laissent sur des pierres et s'enfuient."

Les Martyrs de la Révolution

dans le diocèse de Séez